/ Actu Les tisseurs lyonnais ou canuts, précurseurs des antitechnos du jour? «La crise lyonnaise, intérieur d'un tisseur en soie» (Jules Férat, 1877). © CC0

Le néo-luddisme, maladie infantile de la critique des technologies?

Commentaires

  • Leseid

    Bonjour,

    quelques remarques sur l’article :
    – les ouvriers tisserands ont brisé leurs machines car elles les dépossédaient de leurs savoir-faire. Leurs savoir-faire étant devenus obsolètes car remplacés par ces machines, eux-mêmes l’étaient devenu du point de vue de leurs dirigeants et employeurs. Ces ouvriers ont brisés ces machines car elles les privaient de leurs privilèges d’ouvrier, c’est à dire des compétences rares qui peuvent rentrer dans la balance en cas de négociations sociales par exemples. Désormais, avec ces machines, même si les ouvriers font grève pour manifester une baisse notable de rémunération par exemple, on pourra toujours leur dire : peut importe, les machines vous remplacent déjà et de plus vous êtes plus facilement inter changeable, votre grève n’a donc pas beaucoup de poids. Ce ne sont pas leurs outils qu’ils brisent alors mais une réplique automatisée de leurs savoir-faire il me semble.

    – je ne suis pas certains que les métiers jacquard aient remplacé « les tâches qui devaient auparavant être réalisées par les femmes ou les enfants devenaient automatisées » mais bien les savoir-faire des tisserands de façon plus large.

    Merci pour l’article et la référence à Célia Izoard, trop peu lu à mon avis. cf la revue Z.

    • Ewen Chardronnet

      Les machines étaient dans les espaces domestiques, et quand il fallait être 3 sur un métier traditionnel, avec le métier Jacquard il ne fallait plus qu’une personne, l’économie domestique de l’atelier à domicile était déstabilisée, économie domestique héritée du proto-capitalisme (https://en.wikipedia.org/wiki/Putting-out_system). Dans le cas des Canuts il y a une vraie particularité car les machines étaient à leur domicile

      • Machine à Trucs

        Sauf que Ludd est « né » avant les révoltes des Canuts, 20 ans plus tôt en Angleterre, contre les fabriques collectives. Les ouvriers attaquaient (« sabotaient » comme ils l’ont si joliment appelé) les usines équipées en machines ultra modernes qui faisaient le travail à leur place et donc les mettaient à la porte, tout en produisant des produits de moindre qualité.

        Le cas Lyonnais des apparts-usinettes est, je crois, particulier.

        Anglais comme Français, leurs révoltes n’étaient pas il me semble en premier lieu contre l’instauration de métiers automatisés… Éventuellement contre le dumping social qu’elles permettaient, avec d’autres facteurs, comme la rapacité des industriels, la faiblesse de la protection sociale et la « standardisation qui vient ».

        Quant au titre de l’article, il est assez spécieux : vous montrez que la critique technologique ne date pas d’hier puis qualifiez le néo-luddisme de « maladie infantile »… Je ne sais ce qu’est le néo-luddisme et ne l’ai pas appris ici, mais il me semble qu’avec les théoriciens fondateurs que sont Ellul, Gorz ou Castoriadis, on peut dire que cette pensée est au moins sortie de l’enfance ! Tout au plus, je pourrais m’accorder avec vous sur le qualificatif de « Debordement pubère », pour cet agissement spectaculaire pas vraiment marchand 😉

        • Ewen Chardronnet

          Merci pour ces commentaires correctifs. Effectivement, je le mentionne, les luddites sont antécédents aux Canuts. Le texte est une évocation rapide mais pour compléter il est intéressant de remettre en perspective le mouvement luddites-canuts dans la suite des pressions créées par le proto-capitalisme des modèles d’économie d’ateliers d’artisanat (domestic economy ou putting-out system) en Angleterre, C’est sans doute plus particulièrement le cas quand on parle des apparts-usinettes des Canuts (un salut à usinette.org). Ici dans le cas de Grenoble, on peut remarquer aussi que la casemate brûlée a été construite (sans lien apparent je crois) dans les années qui suivent la révolte des Canuts à Lyon. Enfin quant au titre, je reconnais que le jeu de mot léniniste est un effet de presse, mais il me semble que quand Lénine a écrit ce livre dans les années de révolution, le Manifeste du Parti Communiste était rédigé depuis près de 70 ans.

  • phv

    La technologie n’est pas neutre, et cet article devrait rappeler la destruction créative théorisée par Schumpeter. Dans toute évolution il y a des gagnants et des perdants. Les perdants peuvent être tentés par la violence, illusion de retarder ou bloquer le cours des choses. Comment une société gère cela (formation, mobilité professionelle, …) fera la différence …

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