/ Vie des labs Masterclass sur l'organisation du travail dans les hackerspaces à la Myne le 18 mai. © Elsa Ferreira

A Lyon, la Myne expérimente l’entrepreneuriat coopératif

Commentaires

  • Rieul Techer

    (suite) Les membres, les projets et la réciprocité
    40 membres actifs est un chiffre réducteur au vu de l’écosystème de La MYNE. Chiffrer le nombre de personne incluses dans la dynamique n’est pas dans la logique de la communauté puisque l’open-source et le hacking permette justement d’entremêler et de confondre les communautés. Parler de plusieurs dizaines de membres actifs et acteurs serait plus approprié pour donner une idée de la taille de la communauté.
    En tant que tels, “des projets” n’ont pas été portés en tant que tels “pour la Biennale du design de Saint-Étienne en mars et avril dernier”. La MYNE, en tant qu’entité et en tant que communauté de projets, a pris part à la Biennale Internationale du Design qui a eu lieu à de Saint-Etienne. Les projets n’ont pas été spécifiquement développés pour la Biennale, la Biennale a été un prétexte pour des projets déjà présents (comme dans un processus projet classique) pour révéler les processus sous-jacents au développement de ces projets.
    Sur les “contrats de réciprocité”,
    “La première étape a été de créer des « contrats de réciprocité », par lesquels « les parties prenantes déclarent qui elles sont et ce qu’elles attendent de la relation », décrypte Benjamin. Un outil juridique donc, mais qui statue autant sur les valeurs que sur les contraintes des parties.”).
    ils sont hors du jeu direct et n’ont, à priori, aucun lien direct avec OxaMYNE. Il ne s’agit que d’une source d’inspiration expérimentale sur les nouveaux modes de collaboration. Par ailleurs, l’utilisation d’ “accord de réciprocité” ou “cadre de réciprocité” plutôt que “contrat” est préféré à la MYNE. Enfin, ce n’est en aucun cas un “outil juridique” car il n’a aucune valeur légale, juste morale.
    Concrètement, l’accord “créé avec le cabinet d’études et de conseils Nova7” est un cadre dit “de réciprocité”, d’ordre moral et non contraignant juridiquement, régissant notamment certaines résidences au sein de Nova7. Nous travaillons avec eux sur des thématiques croisées en lien avec les tiers-lieux. De même, concernant la coopérative Coexiscience, Benjamin mentionne des différences de langage, entre le monde de la start-up et du numérique, et les langages et chartes académiques — qui ont mené à un travail de construction d’un cadre de réciprocité, justement afin de prévenir une incompréhension. Il ne s’agissait pas d’une opposition aussi marquée que cette l’extrait de l’article le laisse entendre.
    L’entrepreneuriat coopératif, OxaMYNE et la MYNE
    “Côté entreprises aussi, la Myne attire : Veolia, Bouygues ou Nexity se sont montrés intéressés, ainsi que des PME de l’économie numérique. Bref, « le carnet de commandes est plein », fait savoir Benjamin Chow-Petit, membre actif, qui annonce 150000€ d’activités pour l’année à venir, et ce, « avant même d’avoir fait de la prospection commerciale »”.
    Nous sommes encore un élément de curiosité dans l’écosystème lyonnais autour duquel se cristallise en effet des intentions, qu’elles viennent de grands groupes, de PME (du numérique ou pas) mais aussi d’autres associations, de la société civile, des collectivités… Le fait de mettre l’accent sur des “grands groupes” a pour effet de réduire la réalité de nos activités et de nos volontés.
    Le terme de “carnet de commandes” est abusif et ne reflète pas la réalité des relations et surtout des modalités de collaborations que nous essayons de nouer avec des acteurs (qu’ils soient économiques ou non). Nous ne répondons pas à des commandes, nous co-construisons les “cahiers des charges”, en fonction des “besoins” et de préférence sur des bases de “réciprocité” pour que cela profite à la contribution aux documents et matériels communs à tous.
    L’annonce de “150000€ d’activité” ne peut donc avoir à ce stade de réalité que prévisionnelle et ne concerne pas la MYNE en tant que telle mais bien la structure OxaMYNE co-portée par la MYNE et Oxalis. Nous sommes loin d’une “manne commerciale” et beaucoup plus proche de relations en partie commerciales et en partie partenariales. Le but n’est pas de “l’intégrer… dans cette maison”, mais effectivement de penser une juste distribution de la valeur pour l’ensemble de la communauté dans le cadre d’une gouvernance partagée et ouverte. Par ailleurs, cette structure “co-portée” aura opur vocation a être régie par le même soucis de qualité d’éthiques, d’ouverture et de transparence que ce que nous expérimentons à la MYNE.
    Enfin, nous ne faisons pas de “prospection commerciale”. Ce qui était le point souligné par Benjamin, comme constitutif des pratiques, et non comme potentiel de dévellopement commercial inexploité.
    C’est pour quand et est ce que c’est documenté ?
    “Une fois la partie administrative passée, qui devrait durer environ un mois selon Benjamin Chow-Petit”
    Il n’y a à ce jour que peu de visibilité sur l’éxistence juridique et le fonctionnement de OxaMYNE. En effet, le co-construction de cet outil nécessite un travail de fond de médiation et d’appropriation, ainsi que sur la gouvernance ouverte et partagée que nous souhaitons mettre en place. Le timing annoncé ne concerne donc que la partie administrative propre, suivie d’expérimentations multiples et donc sans dates annoncées.
    “Le modèle, qui sera, comme les autres projets de la Myne, documenté, pourra-t-il ensuite servir à d’autres tiers-lieux ? « On a d’abord besoin d’explorer et de l’essayer avant de dire qu’on peut reproduire et essaimer », tempère-t-il”
    L’ensemble est et sera documenté. Il ne s’agit pas de prêcher l’essaimage ou la reproduction d’un modèle, mais de défricher et d’explorer. Cette documentation servira de fait les autres tiers-lieux sous couvert d’appropriation de tout ou partie pour expérimenter et croiser les retours d’expériences.
    En bref: le vocabulaire de cet article résolument “économie de marché” n’est, selon moi, pas en phase avec les valeurs portées par la MYNE.
    En espérant que ces éléments apportent un éclairage (à recouper bien entendu avec les échanges avec les différentes parties prenantes) sur l’expérimentation en cours autour d’OxaMYNE. Les interventions de Michel Lallement et de Marie-Christine Bureau sont pertinentes et étoffent l’article de manière efficace. Ces descriptions correspondent bien à la démarche que nous avons engagés avec Oxalis.
    Encore merci Elsa pour cet article.

  • Rieul Techer

    Bonjour Elsa et merci pour cet article complet.
    Nous nous permettons pour autant quelques clarifications/précisions afin d’éviter toute confusion, incompréhension et tout raccourci sur les activités menées à la MYNE sur ce qui est défini ici comme “l’entrepreneuriat coopératif”. Ce commenaire reprend donc certains éléments de l’article pour les expliciter et est le résultat de la coopération de plusieurs membres de la communauté de la MYNE qui ont souhaité participer à apporter des précisions et un point de vu plus large que celui pris par l’article.
    OxaMYNE: “une entité interne”
    OxaMYNE (du petit nom de l’expérimentation de rapprochement entre la MYNE et Oxalis) n’est pas “une entité interne au hackerspace”. C’est une entité qui aujourd’hui, dans sa préfiguration, pourra être un établissement secondaire de Oxalis et sera co-porté par la MYNE et Oxalis. La gouvernance a pour vocation d’être partagée et ouverte, pilotée par les porteurs de projets entrepreneuriaux.
    Par ailleurs, “le hackerspace” ne “compte” pas “se doter d’une entité inspirée de la coopérative Oxalis”; nous n’en n’avons pas l’ambition car ni le temps ni les compétences et préférons expérimenter en coopération avec Oxalis plutôt que de se doter d’une structure propre. OxaMYNE n’est en aucun cas la propriété de la MYNE. De plus, s’il est vrai que “les règles doivent être adaptées au fonctionnement particulier du lieu”, le fonctionnement du lieu n’a que peu d’impact, par contre les pratiques au sein d’une communauté ouverte nécessite effectivement de se mettre d’accord de manière collégiale sur des règles communes. Il reste clé de distinguer soigneusement, sous le terme “La Myne”, les notions de lieu (espace physique), des pratiques mises en place, des projets portés au sein de la Myne et de la (les) communautés de personnes. A ce propos voir “La MYNE : une Manufacture des Idées et Nouvelles Expérimentations autonome*”
    (suite du commentaire ci-dessous)

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