Makery

Peggy, mobilier open source en vitrine

Peggy, un mobilier open source pour les fablabs et makerspaces. © Libre Objet

Jusqu’au 22 janvier, Constant à Bruxelles expose les «(New) Objects in Common: Peggy» du collectif Libre Objet. L’occasion pour nos chroniqueurs Dcalk d’évoquer ce projet de mobilier open source pour les fablabs qui vient de faire l’objet d’une publication.

Association active depuis 1997 dans le champ des arts, médias et technologies, Constant a lancé en 2015 « Constant_V », une série d’installations dans la vitrine de son bureau à Bruxelles. Y sont exposés six à sept projets par an ayant en commun la (petite) dimension (pour la vitrine), la notion de prototype (travail en cours), de collaboration et de diffusion (œuvres réalisées et distribuées avec des logiciels et licences libres).

Session de travail «Objets en Commun» à Madrid au printemps 2016. © Medialab Prado

Depuis sa création, Constant rassemble une communauté de libristes, en Belgique et au-delà, autour de thématiques exploratoires (Cqrrélation de données, Genderblending, etc). A l’instar d’Objets en Commun, le sujet qui a mobilisé pendant un an des makers, artistes, designers et facilitateurs, de Bruxelles à Madrid en passant par Dakar, pour aboutir à Peggy, qui est tout à la fois une famille d’objets et une « documentation-manifeste ».

Mobilier en kit

Si l’on voit une tendance au mobilier en kit, notamment de type bibliothèque, se déployer ici et là – l’Ideas Box de Bibliothèques Sans Frontière, un bibliothèque pop-up pour crises humanitaires, ou Kit@lire, une bibliothèque numérique qui se déplace en zones rurales proposée par le Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes –, ces initiatives institutionnelles ne viennent pas nécessairement avec une notice ouverte. Question : est-ce là une condition (« l’esprit open source » et les pratiques associées) pour garantir la mobilisation d’une communauté, l’évolution du projet et sa pérennité ?

Le design signé Starck de l’Ideas Box. © Bibliothèques Sans Frontière
A Londres, Machines Room dispose de sa Makerlibrary. © MakerLibrary Network

Prenons l’exemple du réseau Makerlibrary (dont nous vous parlions par ici), des bibliothèques développées dans le milieu des makerspaces anglophones. Impulsé par le British Council, ayant commissionné le designer Daniel Charny pour produire un meuble multi-fonction sous la devise « Make, Read, Show », le projet diffusé sous licence Creative Commons est une invitation à reproduire le mobilier et rejoindre le réseau. Dans les faits, la plupart des lieux ont adapté le mobilier de départ, sans pour autant laisser de traces des nouveaux plans.

Reproduction, traduction, bifurcation

Le projet Peggy nous emmène sur les sentiers de la diversité, de la complexité et de la convivialité de l’histoire locale des ateliers de fabrication numérique. Quand reproduction rime avec traduction et ripe avec bifurcation. « À quel moment un objet devient-il un objet en commun ? Que signifie avoir un objet en commun ? »

Détournement d’objets au fablab du Medialab Prado à Madrid. © Medialab Prado
Dessiner, documenter, partager. © Kër Thiossane

Ces questions ont servi de point de départ aux participants venus d’Afrique et d’Europe, réunis lors de sessions de travail au Medialab Prado à Madrid en 2016. Cette interculturalité pimentée à la sauce collaborative a fourni un terrain idéal pour penser et concevoir des versions d’un même objet, ajustées aux réalités des uns des autres (suivant la superficie du lab, la taille des machines, la disponibilité des matériaux, etc.).

Couleur grigri

Peggy prend pour point de départ le détournement d’un mobilier open source réalisé par Simon Ruaut, auquel est venue se greffer l’idée d’une « pegboard », ce classique des fablabs destiné à accrocher ses outils. D’autres objets, « détournés et dérivés », ont également vu le jour.

Peggy, du mobilier d’exposition pour fablabs à reproduire, traduire, forker. © Libre Objet
Le Grigri Thiossane, une bascule à énergie solaire et cinétique. © Ker Thiossane

À l’occasion de la résidence « Grigri pixel : makers et énergie dans les villes africaines », des bricoleurs dakarois ont été invités à fabriquer des grigris, « des objets réalisés de manière collective qui soient capables non seulement de rendre service aux communautés mais aussi de défendre les espaces en commun dans lesquels ils seront placés, grâce au récit et au réseau qui les accompagnent » dixit Susana Moliner, curatrice et grigri sister au grand cœur.

Doc, doc, doc

Les plans de ces projets (Peggy, Grigri Thiossane, Grigri Relax, Grigri Totem) sont aujourd’hui diffusés et accessibles sous la licence Cern Open Hardware v1.2 via la publication et le site de Libre Objet, auteur en collectif des fichiers source Peggy et d’un générateur de documentation. Ces artisans hyperactifs, on les retrouve tantôt contributeurs, tantôt instigateurs ou auteurs de projets tels que Flatshape (plateforme de design participatif), Non Pareil (studio de design sur mesure) ou encore du manuel Diverted Derived Design.

Mathieu Gabiot du collectif Libre Objet installe l’expo Peggy à Constant. © Dcalk

Peggy, un objet en commun est aussi une publication éditée par Constant et disponible en libre téléchargement. On ne peut que vous inviter à craquer votre « budget documentation » pour vous procurer la version imprimée (5€). Non seulement vous aurez le plaisir d’une micro-édition imprimée en Riso (une forme de duplicopie) mais vous découvrirez aussi des lieux en dehors des radars (même de la carto Makery !), comme Fablab’ke, le nouveau fablab de Molenbeek ou des recycleries en Espagne, ainsi qu’un inventaire des plateformes de partage et d’outils de documentation. Bref, 2017 année de la documentation, et pour abonder en prédictions, année des bibliothèques en fablab…

Retrouvez les précédentes chroniques de Dcalk, association de promotion du jeu en tant qu’objet culturel, qui poursuit en 2017 l’aventure du projet Ludobox