L’installation anti-trou de mémoire de Fito Segrera

«Agnosis: The Lost Memories…», Fito Segrera, 2016. © Courtesy Rolando J.Carmona

C’est bien connu, la mémoire est un gruyère. Pour remplir les trous, l’artiste colombien Fito Segrera a imaginé un dispositif pour se bidouiller des souvenirs à l’aide d’un casque Open BCI (brain computer interface), une interface cerveau-machine open source permettant d’accéder à des données impulsées par les ondes cérébrales. « Se remémorer les choses nécessite de la concentration, or, que deviennent toutes celles que l’on voit, mais dont on ne se souvient pas ? », explique-t-il à l’occasion de Variation, la foire parisienne dédiée aux artistes nouveaux médias produite par Art2M (la maison-mère de Makery) et MCD. 

L’installation «Agnosis: The Lost Memories…» à la foire Variation à Paris en octobre 2016. © Fito Segrera

Pour reconstituer ses oublis, il superpose images bien réelles et virtuelles. Lorsque son casque détecte ses chutes d’attention, une caméra prend le relais en capturant des clichés de l’instant. En parallèle, des algorithmes de reconnaissance d’images, ainsi que le moteur de suggestion de recherche de Google, interprètent les signaux cérébraux de manière autonome, génèrent leur propres images et compilent le tout dans un carnet de bord. Intitulée Agnosis: The Lost Memories…, l’œuvre exposée pendant Variation montre des vues recomposées de Shangaï, constituées d’une photo de fond « prise dans la rue comme par n’importe quel touriste » dit l’artiste, de fragments photographiques instantanés et d’images algorithmiques. Bref, une sorte de réalité augmentée, mais auto-générée. 

Algorithmes et résultats de recherche des vrais-faux souvenirs compilés dans un carnet de bord. © Fito Segrera

Responsable de la création au centre d’art Chronus de Shangaï, ce diplômé de la Parsons School new-yorkaise brasse, avec humour, du côté des humanités numériques, du transhumanisme et de l’intelligence artificielle, notamment avec ses projets comme Transiconmorphosis et ses émoticônes humaines ou encore Flagellum Machinam, une machine qui vous fouette dès que vous captez un signal wifi dans la rue.

«Flagellum Machinam», Fito Segrera (2013): 

Voir «Agnosis: The Lost Memories…» dans le cadre de Variation Media Art Fair, jusqu’au 23 octobre, Cité internationale des arts, Paris, entrée libre (jusqu’à 20h)