À Fukushima, surfez les vagues après la catastrophe
Chaque année depuis cinq ans, à la date anniversaire de la catastrophe qui a dévasté le Japon le 11 mars 2011 – le séisme qui a déclenché le tsunami à l’origine des multiples fusions nucléaires à Fukushima –, un groupe hétéroclite de personnes se réunit dans une maison traditionnelle à Hirono pour apprendre à surfer les vagues de la côte Pacifique, juste au sud des réacteurs désormais hors service. Entretien.
Cherise FongEn 2025, j’ai eu la chance de participer à la 4e édition de “Let’s Ride the Waves on March 11th” à Fukushima. Cette année, Yuko Takahashi nous raconte l’histoire du lieu et partage quelques réflexions sur cet événement informel et rituel. Impressions d’une réunion intime autour de l’histoire locale et de la communauté des surfeurs, pour réfléchir au passé et faire face à l’avenir, ensemble.
engawanoie 縁側の家
L’après-midi du 10 mars, la soirée préliminaire bat déjà son plein. Dans une cour privée, les gens bavardent en buvant des infusions organiques, assis sur des bancs en bambou, placés autour de tables improvisées faites de longues planches posées sur des souches brutes.
Derrière, la maison traditionnelle en bois s’anime de l’air frais et l’énergie qui circulent librement dans ses pièces, au travers de sa véranda (engawa) ouverte. Cette maison vieille de 68 ans se dresse au bout d’un chemin qui s’enfonce dans la végétation, près de la côte de Hirono, le village le plus au sud de la fameuse « zone dangereuse » de la préfecture de Fukushima.

« Bienvenue à engawanoie », dit Yuko Takahashi, une femme que je ne connaissais jusqu’alors que comme l’élégante responsable de l’ambassade de Suisse à Tokyo. Mais elle est tout aussi une enfant de Fukushima et une surfeuse dans l’âme, parfaitement à l’aise dans cette campagne côtière. Pullovers de laine, jeans, sabots en cuir, sourire chaleureux et rire confiant.
La maison était restée inhabitée pendant plus de trois décennies avant de survivre à la catastrophe de 2011 et à ses conséquences. Yuko a acquis la propriété avec le terrain en 2016, la faisant renaître avec joie sous le nom de engawanoie : un espace culturel dédié aux rencontres conviviales, aux expositions d’art et aux projections de films.
L’artiste Kika Suzuki sert des tisanes artisanales faites maison, à partir de plantes sauvages qu’elle a cueillies dans le village voisin de Tomioka, nous invitant à nous connecter à la terre fertile. Même ses récipients en céramique sont imprégnés des éléments naturels de la région environnante, infusés de liquides chauds qui s’infiltrent à travers leurs pores. Je remplis ma tasse en bambou coupé de chaque infusion : douces et apaisantes, elles me réchauffent de l’intérieur. Omotenashi en pleine nature.

Le frère de Yuko, Hide, vit et cuisine à engawanoie depuis qu’il a quitté les restaurants et les bars de Roppongi à Tokyo, pour revenir s’installer dans son village natale de Hirono. Il travaille actuellement comme cuisinier pour les ouvriers de TEPCO chargés de la reconstruction de la centrale nucléaire désaffectée de Fukushima Daiichi dans les villages d’Okuma et de Futaba. Le 11 mars, il nous sert un déjeuner magistral, composé d’un carpaccio de dorade, d’une salade de romaine aux crevettes et à l’avocat, d’une purée de pommes de terre au beurre accompagnée de tendre rôti de bœuf… et d’une pizza maison cuite dans un four à charbon de bois construit à la main par leur père.
Puis, à 14h46 pile, on entend les sirènes. Tout le monde se tait, se lève et prie pendant 1 minute de silence, jusqu’à la fin des sirènes. Une fois assis de nouveau, nous faisons le tour de la table, et chaque personne partage quelques mots sur ce que cette journée représente pour elle.
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2026 marque le 5e anniversaire de « Let’s Ride the Waves on March 11th » (Surfons les vagues le 11 mars), co-organisé par trois personnes : Soichiro Mihara, un artiste dont le carillon « Bell », composé entre autres d’un compteur Geiger recouvert de verre, est exposé en permanence à engawanoie ; Yosaku Matsutani, chercheur média à l’université d’Otemon Gakuin d’Osaka, dont le caractère intellectuel et les lunettes rondes noires me rappellent le peintre japonais Foujita dans le Paris des années folles ; et la surfeuse Yuko Takahashi, qui s’est entretenue avec moi début mars, en direct de engawanoie.

Comment as-tu trouvé cette merveilleuse maison traditionnelle en bois à Hirono ?
Yuko Takahashi : Hirono est mon village natal. J’y suis née et j’y ai grandi jusqu’à l’âge de 18 ans, lorsque j’ai déménagé à Tokyo pour mes études. Après la catastrophe du 11 mars 2011, Hirono s’est retrouvé dans une situation très particulière, celle d’un village frontalier. Le district de Futaba comprend 12 villages qui ont été fortement touchés par les radiations nucléaires, touts situés sur une bande côtière d’environ 30 kilomètres. Hirono est le point le plus au sud de Futaba-gun et à l’époque, c’était aussi le terminus nord de la ligne de train Joban. Le village est donc devenu un centre névralgique pour la reconstruction de la région.
Hirono se trouve juste au nord d’Iwaki, sur la ligne de démarcation des zones dites dangereuses. Cette décision a été prise par les autorités japonaises, mais évidemment, les radiations ne connaissent pas de frontières. Ainsi, même si le village était soumise à un ordre d’évacuation, mon père a été l’un des premiers à y retourner travailler en tant qu’ingénieur à la centrale électrique de Hirono. Juste après la catastrophe. Puis, en 2012, lorsque l’ordre d’évacuation a été levé pour Hirono, le village a commencé à encourager les habitants à revenir. Après seulement un an… Ma mère a donc rejoint mon père.
À cette époque, la maison de mes parents était très endommagée, je ne pouvais pas dormir chez eux, même si je voulais les voir. Finalement, vers 2014-2015, une fois la maison de mes parents entièrement réparée, j’ai commencé à me rendre plus souvent à Hirono. Et j’ai été profondément inspirée par la transformation de cette région. À chaque fois que j’y retournais, c’était tellement dynamique, tellement inspirant.
Quels changements as-tu remarqués au fil du temps ?
Les premières années suivant la catastrophe, les dégâts causés par le tsunami étaient très visibles. Vers la côte, on pouvait voir des voitures et des maisons renversées, la région avait été très durement touchée. Mais à chaque fois que je retournais à Hirono, les chantiers de nettoyage et de reconstruction avaient avancé, et jour après jour, des maisons ou des immeubles d’habitation plutôt laids et facilement construites apparaissaient soudainement. La route endommagée est redevenue très vite réutilisable.
En voyant cette énorme transformation, cette reconstruction étape par étape, j’ai senti que cette terre était en quelque sorte vivante, organique, comme nous. La route, les digues, tout ce qui est fait par les humains, le béton, la construction elle-même est aussi en quelque sorte organique, tout fait partie d’une grande planète. Comme nous. Certaines personnes parlaient de manière très négative des grandes digues ou de la construction rapide. Je suis d’accord, mais je peux dire aussi que je sens vraiment que je fais partie de la planète. Tout fait partie de nos activités humaines, c’est une sorte d’évolution naturelle.

Être témoin de cette transformation spectaculaire m’a donné matière à réflexion. Cela m’a également inspiré un thème concret sur lequel je travaille encore aujourd’hui : les frontières, le corps et l’incarnation, ces questions qui nous amènent à nous demander où nous nous situons. J’ai ressenti un fort désir de partager, à travers l’art, ces paysages en mutation avec mes amis, et je voulais un endroit où je pourrais les accueillir. C’est alors que j’ai découvert cette maison.
engawanoie ?
C’était le coup de foudre. Je me tenais juste là, devant le portail. La maison était presque identique à aujourd’hui, même après avoir été abandonnée pendant 30 ans et ayant survécu à une catastrophe majeure, à commencer par le tremblement de terre. Mais on aurait dit que rien ne s’était passé. Rien n’était endommagé, et le jardin était parfait. Cette maison était tellement calme, elle était magnifique. Avant même de mettre les pieds dans le jardin ou d’entrer dans la maison, j’ai finalisé tous les documents nécessaires pour acquérir la propriété, j’étais si sûre de mon choix. C’était en 2016.
La maison a été construite en 1958. Elle appartenait aux grands-parents de l’amie d’enfance de mes parents, Masako-san. Et la fille de Masako-san, Kana-chan, est ma meilleure amie. Plus tard, j’ai appris qu’elles avaient effectué quelques petits travaux d’entretien sur la maison avant la catastrophe et que depuis 2011, mon père venait aider à couper les arbres envahissants. C’est pourquoi elle semblait si parfaite de l’extérieur.

Cependant lorsque nous sommes entrés dans la maison et que nous l’avons inspectée, nous avons constaté qu’elle avait quand même besoin de quelques réparations, en particulier au niveau du toit et des murs. Nous avons finalement pu accueillir des invités à engawanoie au printemps 2017. Nous avons organisé une cérémonie d’inauguration, une journée portes ouvertes spéciale au cours de laquelle nous avons allumé le premier feu symbolique. Une quinzaine d’amis sont venus, la plupart d’entre eux venant de Tokyo.
Qu’est-ce qui a inspiré l’événement « Let’s Ride the Waves on March 11th » ?
C’était un soir, avec Soichiro et Yosaku, qui étaient déjà venus plusieurs fois à la maison, et Yukiko Shikata, qui avait également assisté à l’inauguration de engawanoie. Nous venions de dîner, un repas préparé par mon frère Hide. Comme je vais surfer tous les matins, je me sentais un peu coupable de ne pas pouvoir passer du temps avec eux le lendemain matin. Je me suis dit que ce serait plus sympa si nous pouvions y aller tous ensemble. Je leur ai donc naturellement proposé : « Et si nous allions surfer ensemble demain ? » C’est ainsi que tout a commencé.
C’était la première fois que tous les trois faisaient du surf. Matsumoto-san, un surfeur local qui était avec nous au dîner, s’est également joint à nous. Et lorsque nous sommes arrivés à la plage d’Iwasawa, comme d’habitude, beaucoup de nos amis surfeurs étaient là. J’ai donc présenté mes amis aux surfeurs locaux, dont les trois légendes Gan Sakamoto, Katsuji Suzuki et Osamu Sekine, qui ont découvert ce spot de surf dans les années 1980.

Je me souviens de ce jour-là, Yosaku et Soichiro étaient fascinés. Ils se sont tellement amusés, et je les revois encore rire avec de grands sourires, agréablement surpris. Je me souviens aussi que Shikata-san, qui n’a pas l’habitude de faire du sport, a courageusement essayé le surf elle aussi. Elle avait très froid et était très fatiguée, mais quand je lui ai demandé si elle voulait se reposer, elle a répondu non. Elle a été très courageuse de continuer, je m’en souviens. J’ai trouvé ça formidable.
Plus tard, Soichiro a suggéré de transformer cette expérience en un événement annuel intitulé « Let’s Ride the Waves on March 11th » (Surfons les vagues le 11 mars).

C’est ce qui fait la beauté de cet événement : nous n’avons pas d’intention rigide. Tout se passe de manière très organique. Des personnes de tous horizons se rassemblent naturellement. Je pense que cela s’explique par le fait que nous trois, les organisateurs, venons d’univers différents. Soichiro est artiste, Yosaku est chercheur et je suis une surfeuse locale. Un autre surfeur est plongeur professionnel pour la centrale nucléaire endommagée, par exemple. Différentes communautés se mélangent et créent une atmosphère joyeuse.
Comment as-tu rencontré Adam Doering, professeur canadien spécialisé dans les « études sur le surf » à l’université de Wakayama ?
C’était un jour d’hiver, un jour vraiment très froid. C’était pendant la pandémie de COVID, donc je restais presque tout le temps ici, à engawanoie et à Hirono, où je travaillais chez moi à distance. Cela voulait dire que je pouvais surfer carrément tous les jours. Tous les matins, même par temps très froid, pluvieux et orageux. Les vagues étaient énormes et très froides.
Ce jour-là, deux autres surfeurs locaux et moi-même sommes allés surfer à la plage du port de Tomioka. Adam et Simon, son collègue, sont alors arrivés. Ils ont été très surpris de nous voir aller surfer dans ces conditions. Ils venaient d’arriver dans la région pour faire des recherches et ne s’attendaient pas du tout à ce que quelqu’un puisse surfer ce jour-là. Ils sont donc venus nous parler. C’est ainsi qu’Adam et moi nous sommes rencontrés pour la première fois.
Et puis il vous a présenté des personnes comme Juik, le surfeur indonésien d’Aceh, qui a participé à l’événement du 11 mars en téléprésence ?
Exactement. Après notre rencontre en ce jour légendaire, Adam et moi avons communiqué petit à petit, et il m’a rendu visite à plusieurs reprises, accompagné de ses étudiants. Nous avons surfé ensemble et avons continué à communiquer. Puis, un jour, il m’a invité à participer à un symposium en ligne organisé par le Centre international d’études sur Aceh et l’océan Indien (ICAIOS).
J’ai donc parlé de la situation du surf à Fukushima. Juik était dans le public, avec la personne de contact principale, une femme qui s’appelle Ika. Nous sommes devenus amis, et Juik et Ika sont venus me rendre visite à Hirono l’année dernière. Ika viendra également participer à l’événement du 11 mars de cette année. Nous faisons donc beaucoup de rencontres à différents niveaux, et nous continuons à faire rouler la boule de neige, qui devient de plus en plus grosse.

Au fait, comment es-tu venue au surf ?
Ayant grandi ici, à Hirono, l’océan a toujours fait partie de notre vie. Mon frère et moi étions vraiment des enfants de la mer, très doués pour la natation et passant toutes nos journées à la plage en été. On voyait l’océan tous les matins. Même depuis la maison de mes parents, on pouvait entendre le bruit des vagues.
Puis le 11 mars est arrivé. À ce moment-là, nous ne savions pas quand nous pourrions rentrer ni ce qui se passait exactement dans notre village natal. Tout était flou après la catastrophe. Personne ne savait rien. Beaucoup de mes amis et voisins ont été touchés par le tsunami, et nous étions tous déprimés. Une amie d’enfance m’a dit que sa sœur avait désormais très peur de l’océan. Elle ne voulait plus voir ni sentir l’océan, car sa maison avait été frappée par le tsunami et tout avait été emporté. J’ai trouvé cela très triste.
Alors un jour, j’ai dit : « Retournons à l’océan. » J’ai d’abord suggéré d’essayer la plongée, car un senpai avait ouvert une école de plongée à Izu. Nous sommes donc allés plonger à quatre, et nous avons été enchantés, tellement heureux de ressentir à nouveau l’océan. C’était au printemps 2011. Je me suis alors vraiment passionnée pour la plongée. Chaque week-end, j’allais à l’école de plongée et je profitais de l’océan. Mais j’ai ensuite eu une otite, et le médecin m’a dit qu’il était un peu dangereux de continuer à plonger de manière intensive.
Je me suis alors dit : « Et pourquoi pas le surf ? Ça ne devrait pas poser de problème pour mon oreille. » J’ai donc commencé à surfer à l’été 2011. J’ai pris des cours dans la région de Shonan, car à l’époque, je vivais à Tokyo. Et j’ai vraiment adoré le surf. Tous les week-ends, le samedi matin, j’allais à Shonan et je rentrais l’après-midi, puis le dimanche matin, j’y retournais. C’était devenu une sorte de routine. Puis, quand je suis retourné à Hirono, j’ai découvert qu’il y avait déjà des surfeurs qui étaient revenus à la plage d’Iwasawa. J’ai donc déplacé ma routine du week-end de Shonan à Hirono.

Qu’est-ce qui rend les gens « accros » du surf ?
Oui, « accro » c’est vraiment le mot juste ! Quand on fait du surf, surtout le matin, on se sent en harmonie avec la planète. Ou avec cette journée. Après avoir plongé dans l’eau et admiré le lever du soleil, on est prêt à commencer la journée. On est plein d’énergie et en phase avec la planète.
Pourquoi avez-vous décidé d’organiser l’événement « Let’s Ride the Waves » le 11 mars ?
La question reste ouverte. Encore une fois, cet événement n’a pas de signification profonde. Pas du tout. Nous sommes ouverts à tout. Je vais surfer tous les matins. Pourquoi pas le 11 mars ? Quand je surfe, je me sens tellement bien, on ne fait plus qu’un avec la Terre. Alors, vous venez avec moi ? Surfons ensemble ! C’est vraiment ça. Comme le mot « ngupi » en Aceh : sans raison particulière, juste pour passer du temps ensemble et être ensemble. C’est en quelque sorte notre façon d’inviter chaque participant à réfléchir individuellement à la signification du 11 mars.
Lors des 3e et 4e éditions, nous avons accueilli des participants issus des jeunes générations, des étudiants qui ont vécu la catastrophe de 2011 pendant leur enfance, une période très sensible, ou alors qu’ils étaient au collège. La présence d’un éventail aussi large de générations a mis en évidence les multiples facettes de la catastrophe du 11 mars. C’est une caractéristique essentielle de l’événement, qui compte un grand nombre de participants réguliers. C’est pourquoi le programme se poursuit, de manière détendue, et est mis à jour année après année.

Vous avez commencé à organiser cet événement en 2022, et les t-shirts « Let’s Ride the Waves » portent la mention « 2022-2032 ». Que se passera-t-il après 2032 ?
Après avoir organisé cet événement la première année, nous avons décidé de le faire pendant 10 ans. En fait, cela devrait durer jusqu’en 2031. Quoi qu’il en soit, cette année marque la moitié du parcours. [Nous publierons un livre pour marquer son 5e anniversaire cet été 2026.]
Notre rêve est que les gens pratiquent « Let’s Ride the Waves on March 11th » à leur manière, quand ils le souhaitent. Nous n’organiserons donc pas d’événement officiel, mais si vous le souhaitez, vous pouvez simplement passer à engawanoie. Ou si vous voulez faire du surf ou rencontrer des gens, quand vous le souhaitez, c’est tout à fait possible.
Et mon objectif final est qu’une belle rumeur se répande à travers le monde : si vous surfez une vague le 11 mars, quelque chose de merveilleux se produit. C’est mon rêve. C’est tout. J’espère donc que nous apprécierons d’être ensemble, dans l’attente de la 10e édition de cet événement. Je pense que cela suffira. Nous profitons de cette période. Ensuite, nous lâchons prise et voyons ce qui se passe.

Surfer les dragons de la mer
(Extrait de ma contribution au livre qui paraîtra à l’occasion du 5e anniversaire)
Fukushima est ensoleillée mais venteuse, l’air est vif. Je porte une combinaison noire épaisse qui couvre tout mon corps, du cou jusqu’aux extrémités des mains et des pieds, une protection moulante contre les éléments environnants. L’océan me pousse et me tire, alors que je m’avance timidement dans l’eau jusqu’à la taille, portant une longue planche rose. Je sens qu’une bataille maritime m’attend.
À ma grande surprise, je n’ai pas du tout froid. Au contraire, encouragée par ma combinaison super-performante, j’ai envie de m’aventurer plus loin et de m’enfoncer davantage dans l’eau, de sentir la densité de l’eau salée me soulever alors que je commence à me détendre dans le courant. Dans cette enclave de surf qu’est la plage d’Iwasawa, nous y sommes tous ensemble.
Soudain, j’entends « Saute ! » L’instructeur me fait signe de m’allonger à plat sur la planche. Je saute dessus, équilibrant mes membres avec l’excitation qui m’envahit. « Pagaye ! » crie-t-il, alors que je sens une vague arriver subrepticement derrière moi. Je pagaie furieusement, ballottée et éclaboussée par les vagues qui rugissent derrière moi. Puis, je sens la planche se soulever sous moi, emportée par la vitesse de la vague, qui fonce en avant dans un sprint, qui finalement ralentit dans les eaux peu profondes avant que je ne puisse me lever pour profiter pleinement de sa puissance.
La prochaine fois, je suis prête. Je pars de plus loin dans la mer. Je saute plus en arrière sur la planche au bon moment. Je trouve le point d’équilibre idéal qui me donne l’impression d’être en selle, chevauchant un dragon marin, glissant sur ses écailles ondulantes, jusqu’à ce qu’il replonge enfin dans le sable.
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