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Soil Assembly : cultiver des écologies de l’apprentissage

Soil Assembly #3 at Kochi-Muziris Biennale @ Credit: KMB

Et si le sol devenait un lieu de rencontre, d’apprentissage et d’imagination d’autres modes de vie ? À travers l’Europe et au-delà, Soil Assembly construit un réseau translocal qui rassemble des artistes, des agriculteurs, des scientifiques, des éducateurs, des militants et des communautés locales autour de l’un des fondements les plus essentiels — et les plus menacés — de la vie : le sol.

Soil Assembly part d’une simple observation : le sol est bien plus qu’un simple substrat agricole. C’est un système vivant, un réservoir de biodiversité, le fondement des cycles alimentaires et hydriques, ainsi qu’un lieu où se croisent les histoires, les cultures et les communautés humaines. Travailler avec le sol, c’est donc aussi aborder les questions du climat, de l’alimentation, de la biodiversité, du paysage, de la santé et de la manière dont les sociétés occupent leurs territoires.

Plutôt que d’organiser une énième conférence internationale, Soil Assembly propose un autre type de rassemblement. Ses assemblées sont réparties sur différents territoires, combinant rencontres locales, expérimentations sur le terrain, communauté en ligne et réunions internationales hybrides. Chaque assemblée est à la fois un événement et un laboratoire vivant, ancré dans les conditions écologiques, culturelles et sociales propres à son lieu d’implantation.

Le projet rassemble des personnes qui ne se rencontrent pas nécessairement au sein des institutions académiques ou culturelles conventionnelles : agriculteurs et cultivateurs, artistes et designers, scientifiques et chercheurs, éducateurs et étudiants, militants, jardiniers, conservateurs de semences, hackers, créateurs, professionnels du paysage et communautés locales. Ce qui les relie, c’est un intérêt commun pour la recherche de moyens pratiques et imaginatifs de comprendre et de régénérer les systèmes vivants.

Au cœur du projet se trouve l’idée de « pédagogies vivantes ». Développée pour la première fois en 2022 à l’Institut Srishti Manipal d’art, de design et de technologie de Bangalore, cette approche remet en question la séparation entre l’apprentissage et l’action, la théorie et la pratique, l’école et le territoire. Le savoir émerge à travers un engagement direct avec les lieux et les systèmes vivants : cultiver la terre, observer le sol, récolter des semences, cartographier les écosystèmes, faire fermenter des aliments, fabriquer du compost, mener des expériences de science citoyenne, partager des récits et travailler aux côtés de personnes porteuses de savoirs écologiques ancrés dans le territoire et transmis de génération en génération.

Cette approche met délibérément en dialogue différentes formes de savoir. La recherche scientifique peut rencontrer les traditions agricoles ; l’expérimentation artistique peut rencontrer la science citoyenne ; le design peut rencontrer la mémoire locale et l’expérience incarnée. Plutôt que d’établir une hiérarchie entre savoirs d’experts et savoirs non experts, Soil Assembly cherche à créer des situations dans lesquelles ces formes de savoir peuvent interagir et se transformer mutuellement.

L’assemblée elle-même devient un espace pédagogique

Cela revêt une importance particulière à une époque où la crise écologique s’accompagne d’une fragmentation sociale et d’un sentiment croissant de déconnexion vis-à-vis des lieux dont dépendent les sociétés. Soil Assembly considère l’acte de se rassembler — se réunir, échanger des savoirs, créer collectivement — comme une pratique politique et culturelle à part entière.

Ses thèmes vont de la santé des sols et de l’agriculture régénérative à l’agrobiodiversité, en passant par les zones humides et les bassins versants, les systèmes alimentaires et les modes de transport alternatifs, la gestion multispécifique, la permaculture, la pensée mycélienne et ce que le réseau appelle « le futurisme écologique ». Ces thèmes ne sont pas traités comme des disciplines distinctes, mais comme des dimensions interconnectées d’une transition plus large vers des modes de vie régénératifs, loin de l’exploitation extractive.

Le réseau met également fortement l’accent sur la science citoyenne et les pratiques de bricolage. L’observation des sols, les analyses élémentaires des sols, le compostage, la collecte de semences, la cartographie écologique et l’expérimentation « low-tech » sont autant de moyens de rendre les connaissances écologiques accessibles au-delà des institutions spécialisées. La recherche devient ainsi une activité à laquelle les communautés peuvent participer, qu’elles peuvent documenter et partager.

Cela conduit également Soil Assembly à formuler une critique de l’enseignement conventionnel de l’art et du design. Si la crise écologique est en train de remodeler fondamentalement les conditions dans lesquelles nous vivons, la culture écologique ne peut rester une matière spécialisée ajoutée aux programmes scolaires existants. Elle doit s’intégrer à la pratique créative elle-même.

Soil Assembly expérimente donc des laboratoires de terrain, des fermes pédagogiques, des résidences, des ateliers et des programmes immersifs dans lesquels artistes, designers et étudiants travaillent directement avec les territoires, les communautés et les systèmes vivants. L’ambition n’est pas simplement de produire des œuvres d’art ou des projets sur le thème de l’environnement, mais de développer de nouvelles formes d’éducation culturelle capables de répondre à la transformation écologique.

Le sol comme lien culturel

Tout le réseau repose sur une conception du sol en tant que lien culturel. Le sol relie la biodiversité à l’alimentation, l’eau à l’agriculture, le paysage à la mémoire, et les processus écologiques à l’organisation sociale. Il relie ce qui se passe sous nos pieds à des questions bien plus vastes sur la manière dont nous vivons ensemble.

Dans cette perspective, le sol est à la fois matière et métaphore : un lieu de décomposition et de régénération, d’interdépendance et d’échange. Il invite à passer d’une réflexion axée sur des individus et des disciplines isolés à une réflexion centrée sur les relations, les cycles et les formes de gestion collective.

Soil Assembly qualifie certaines de ces pratiques émergentes de « permacircularités » et de « fermentation sociale ». S’inspirant de la permaculture, des économies circulaires, du slow food, de la restauration écologique et de l’expérimentation communautaire, ces concepts décrivent des processus qui ne peuvent être réduits à une solution rapide ou à un projet unique. Il s’agit de créer les conditions dans lesquelles les relations, les savoirs et les communautés peuvent se développer lentement — à l’image d’un écosystème.

L’ambition de Soil Assembly n’est donc pas de créer une nouvelle institution ou un modèle unique à reproduire partout. Il s’agit de cultiver un réseau d’expériences situées : différents territoires, différentes communautés, différentes formes de savoir, reliés par un engagement commun en faveur de sols vivants et d’un avenir régénérateur.

Dans un monde de plus en plus marqué par les perturbations climatiques, la perte de biodiversité et l’incertitude écologique, la question n’est plus simplement de savoir comment protéger le sol sous nos pieds. Il s’agit de réapprendre notre relation avec les systèmes vivants dont nous faisons partie.

Soil Assembly propose de commencer par se rassembler, apprendre et travailler ensemble — en partant du sol.

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