Des communs aux NFT : Introduction à une série de sept essais

‘Map’ par Aram Bartholl, partie de l’exposition ‘From Here On’, Rencontres de la Photographie 2011, Arles (Fr). CC BY-SA 4.0

Il nous semble que nous nous trouvons à la croisée des chemins. Il y a tellement de crises, certaines plus récentes, d’autres accumulées depuis très longtemps, qu’une seule chose semble claire : Les choses ne peuvent tout simplement pas continuer comme elles sont. L’avenir se ferme et s’ouvre à la fois. Que faire ? La culture numérique a toujours été une source d’imagination radicale, souvent à la fois utopique et éminemment pratique. De là sont nées deux visions radicalement différentes, qui se concrétisent actuellement petit peu par petit peu.

Au tournant du millénaire, la notion de biens communs a pris l’abondance d’informations numériques comme point de départ pour développer des idées, des infrastructures et des pratiques pour le libre accès, la collaboration et la communauté. Inspirés par le logiciel libre, les acteurs culturels ont lancé de nombreux projets contribuant aux biens communs numériques et ont investi la notion avec un horizon utopique. Le mouvement maker s’inscrit dans cette vision. Alors que de nombreux projets dans cet espace continuent de fleurir à ce jour, et que des expériences considérables sont encore lancées, l’approche dans son ensemble semble être coincée dans une sorte de niche, sous la pression constante de l’enfermement et de la cooptation.

Plus récemment, la blockchain est apparue comme un nouvel espace technologique, là encore avec des applications pratiques concrètes et un fort horizon utopique. Son point de départ est exactement l’inverse. L’abondance a été remplacée par la rareté de l’information et le libre accès par un système de permissions très fines. Au lieu de communautés, des marchés en expansion constante sont désormais considérés comme la forme sociale la plus importante. Le domaine culturel, les NFT et la possibilité de créer un marché de « copies authentifiées » de biens numériques ont vu le jour. Sur le plan économique, cet espace est actuellement en plein essor, mais il apporte son lot de problèmes (consommation d’énergie, spéculation, fraude, etc.)

Le passage, dans l’imaginaire radical, de l’abondance à la rareté, des communautés aux marchés globaux, est à la fois alarmant mais accélère aussi la création de nouveaux potentiels. Cette situation de potentialité confuse, pour le meilleur et pour le pire, est la source d’inspiration de cette série de textes.

Marquant le 20e anniversaire de Kingdom of Piracy (2002 – 2006), l’un des premiers projets de net-art sur la piraterie informatique et les communs, « Des communs aux NFT » compile 7 essais – de Felix Stalder, Yukiko Shikata, Michelle Kasprzak, Denis « Jaromil » Roio, Cornelia Sollfrank, Tzu Tung Le, et Jaya Klara Brekke – pour évaluer cette situation. Chacun.e parle de son point de vue unique et s’appuie sur son engagement profond et à long terme dans la culture numérique.

Ce discours sur le thème « Des communs aux NFT » est réalisé sous la forme d’une série d' »essais en chaîne » qui sont entrelacés, réceptifs et correspondants dans leurs échanges de pensées et de notes, de sorte que les idées se contaminent et s’accumulent au fil de la série, avec une contribution publiée à la fin de chaque mois.

« Des communs aux NFT » est une série d’écriture (élargie) initiée par Shu Lea Cheang (KOP), Felix Stalder & Ewen Chardronnet (Makery).

Premier texte de la série : « Des communs aux NFT. Objets numériques et imagination radicale » par Felix Stalder.

Kingdom of Piracy (KOP) est curaté par by Shu Lea Cheang, Armin Medosch et Yukiko Shikata. La première édition a eu lieu à Ars Electronica (Linz, Autriche) en 2002, puis exposée à FACT (Liverpool, UK) en 2003, à NTT/ICC (Tokyo, JP) pour l’exposition Open Nature en 2015, et a fait l’objet d’un évènement PLENUM d’une nuit entière à Node London en 2006. Son site web est en ligne à : http://mauvaiscontact.info/kop

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