Makery

Code, écrans et No School Nevers, entretien avec Ted Davis

Ted Davis © Simon Mader

Makery a discuté avec l’artiste numérique et designer Ted Davis le jour de clôture de No School Nevers, où il donnait une conférence et un atelier.

No School Nevers, envoyé spécial,

Ted Davis travaille comme artiste numérique, designer et enseignant à Bâle en Suisse. Il enseigne le design d’interaction et coordonne le programme de Master International de Design UIC/HGK à l’Ecole de Design de Bâle HGK FHNW. Son travail, présenté internationalement, explore les possibilités de design en « new et newer media » selon ses mots. Makery l’a rencontré à No School Nevers (NØ School Nevers), une summer school internationale organisée à Nevers du 1er au 14 juillet 2019.

Ted Davis, portrait à l’oscilloscope © Ted Davis

Vous travaillez essentiellement avec les oscilloscopes comme champ de recherche privilégié. Pouvez-vous nous parler de ce qu’aborde votre dernier projet ?

Depuis décembre et janvier je travaille sur le live coding à l’intérieur de navigateurs en utilisant p5.js, cette librairie qui est en quelque sorte inspirée de Processing. Nous avions organisé une journée pour la communauté Processing à Bâle et nous voulions proposer des visuels live en soirée. La plupart d’entre nous connaissons Processing et la journée avait pour thème Processing. Je cherchais des environnements de live coding pour les visuels et ne pouvait trouver ce que je cherchais avec Processing ou p5.js, c’est-à-dire voir les visuels en plein écran et coder par dessus. J’ai donc conçu une interface dans le navigateur qui permet de faire du VJing audio-réactif avec le langage p5.js.

Et c’est ce que vous avez présenté en atelier et conférence à No School ?

Durant ma présentation j’ai parlé de ma recherche avec les oscilloscopes et également de p5 et de P5LIVE, l’outil pour le live coding. Ce sont les deux choses qui m’occupent depuis, disons, un an. L’atelier était sur l’utilisation de P5LIVE.

Vous êtes installé à Bâle où vous travaillez comme chercheur à l’école de design. Comment votre pratique de chercheur se croise avec votre pratique d’artiste ?

J’enseigne principalement, alors la recherche que je mène ressemble à de la recherche artistique pour moi-même, mais si elle trouve ensuite son chemin dans ce que j’enseigne. J‘ai utilisé l‘outil P5LIVE le dernier semestre avec mes étudiants de première année en licence pour les intéresser au code créatif et le processus s’est avéré être un moyen très rapide. J’ai constaté une différence par rapport à l’année précédente, à quelle vitesse ils ont pu entrer dans le code et essayer des choses, dissiper l’hésitation « est-ce que je peux appuyer sur play ? », ou « est-ce que je peux exécuter le code ? ». Ils se sont juste mis à essayer les choses très rapidement. Auparavant, étudier les oscilloscopes a été une manière intéressante de sortir de l’écran de l’ordinateur et de trouver un autre canal de sortie du code. Et ensuite, je donnais des cours sur les autres moyens d’afficher notre code, entre la projection, les anciens ou anciens nouveaux media. En posant la question : quelles sont les technologies disponibles pour conserver notre contrôle sur le code ?

Pour vous il n’est plus nécessaire d’utiliser le terme nouveaux media ?

J’aime utiliser le terme « new and newer media » (nouveau et plus nouveau encore). C’est comme cela que j’ai commencé à décrire mes expérimentations il y a quelques années quand j’ai commencé à jouer avec des vieux traceurs et imprimantes thermiques parce que toutes ces technologies avaient un jour été des nouveaux media. Mais ensuite il y a un nouveau medium, puis encore un plus nouveau. Toujours plus de nouveautés. Et certaines personnes détestent utiliser le terme nouveaux media. Cela reste cependant pratique pour donner aux personnes un contexte basique de ce dont tu parles. Les nouveaux media donnent une certaine idée de ce que c’est et ensuite tu peux être plus spécifique sur l’aspect des nouveaux media dont tu parles.

Sera-t-il possible un jour de prévoir ce que seront les media futurs ? Voyez-vous des convergences pour les media du futur ?

Je peux imaginer, et je suppose que c’est plus un espoir, que nos futurs media seront basés sur une grande partie des media déjà produits et que nous pourrons déterminer comment utiliser ce qu’on en a fait par le passé pour penser leur usage pour l’avenir. Je suis vraiment intéressé par les écrans analogiques, ce que fait le tube cathodique, l’oscilloscope a une qualité si spéciale comparée à cet écran très haute rétine que nous avons. Je suis optimiste pour l’avenir. Peut-être que grâce à la bioluminescence, les bio-hybrides, nous trouverons des techniques moins gourmandes en énergie, offrant une qualité différente… En même temps, je suis vraiment curieux. Nous avons des lentilles de contact de réalité augmentée. Les lunettes Google ne fonctionnent pas, mais quand elles sont plus intégrées, vous pouvez avoir différentes couches. Qu’est-ce que cela va signifier pour la façon dont nous utilisons l’ordinateur que nous avons devant nous ? Une sorte d’ère omni-écran.

C’est le dernier jour de No School aujourd’hui. Est-ce que la summer school a répondu à vos attentes ?

Cela a complètement dépassé mes attentes. J’avais une sensation FoMO la première semaine quand je regardais ce qu’il se passait sur Internet. J’étais en workshop à Bâle et je n’ai pu venir que la deuxième semaine. Une fois sur place c’est devenu génial. La NØ School était un réseau à l’image de l’expérience de Ben [Benjamin Gaulon, l’organisateur de NØ School] dans le domaine ces dernières années. Rassemblant en quelque sorte toutes les personnes et compétences qu’il a pu rencontrer. C’était assez sauvage d’avoir cette intensité chaque jour. Provenant de différentes entrées, de différentes technologies, puis du groupe d’étudiants. C’est vraiment intéressant de voir comment chacun, avec sa propre pratique, ses propres recherches dans le cadre de son doctorat etc, peuvent être combinés ensemble. A la fois enseigner, puis s’asseoir avec d’autres personnes et acquérir des compétences dont j’étais déjà curieux ou que je connaissais seulement par l’Internet, et les acquérir ici, directement par les créateurs de ces outils.

Avez-vous encore des moments où vous avez la chaire de poule après toutes ces années dans les media, le design, le code ?

Oui, totalement. J’ai toujours ces sensations de chaire de poule. Chaque fois que vous touchez une pièce d’équipement ou un code d’une manière légèrement différente de celle que vous pouviez faire auparavant, vous êtes surpris. Chaque fois que cette surprise survient, il y a encore de la chair de poule. Et là vous vous dites : « Oh, c’est super excitant ! »

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