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Le festival des hackers en Seine se paie la French Tech

Remise des «Bullshit Bingo Awards» ou la dénonciation du jargon de l'innovation. © Nicolas Barrial

Les hackers donnaient rendez-vous au public pour le tout premier PSESHSF (sic), fusion de Pas Sage en Seine et du Hacker Space Festival, du 30 juin au 3 juillet à Choisy-le-Roi, en banlieue parisienne. La French Tech en a pris pour son grade.

Ils passaient le périph’ et additionnaient leurs forces pour attirer le public dans un mélange de conférences, d’ateliers et de sessions de hack. Pas Sage en Seine, le Off de Futur en Seine à Paris, et le Hacker Space Festival ont organisé pendant quatre jours, à Choisy-le-Roi, le premier PSESHSF, avec pléthore de conférences, ateliers et performances autour de l’activisme, de la vie privée, des utopies et, climat social oblige, de la loi travail…

Samedi, en début d’après-midi, le grand hall de la médiathèque hébergeant le village des associations paraissait un peu vide, mais les conférences étaient en cours à l’étage et au centre ville. Sur les stands, des informaticiens syndicalistes venaient chercher des conseils auprès du « syndicat d’initiatives », guichet des luttes sociales mis en place par l’Usinette, une extension du /tmp/lab, co-organisateur de l’événement. Tandis qu’en fond sonore, la webradio libre du festival, Libre@Toi La Radio, recueillait la parole de visiteurs, un couple écoutait sagement les conseils pour sécuriser ses mots de passe à l’atelier « vie privée ».

Le «syndicat d’initiatives» de l’Usinette, renommée «usine à temps libre». © Nicolas Barrial

A l’étage, une conférence assez technique des membres de Replicant, un système d’exploitation (OS) libre pour téléphone Android, faisait le plein d’initiés – informaticiens et amoureux du libre.

Ceux qui n’étaient pas familiers avec le mouvement libriste – et quelques fans – avaient rendez-vous avec le plus célèbre de ses défenseurs, l’Américain Richard Stallman, créateur de l’OS libre GNU. Il était attendu pour 16h au Royal, à quelques minutes de la médiathèque. Sur place, la salle du théâtre était encore occupée par une quinzaine de personnes venues participer à un atelier de correction de données sur Wikidata avec la dataloveuse Harmonia Amanda et Ash Crow, administrateur de Wikidata et Wikimédia.

Compétition de modifications de données Wikidata au théâtre le Royal. © Nicolas Barrial

Une voix venue du fond de la salle proposait alors à l’audience d’acheter des marchandises, pin’s et autocollants pour soutenir la lutte libriste… Richard Stallman en personne rappelait ainsi que free signifie libre mais pas gratuit, ravi que le français permette de faire cette distinction. Comme à chacune de ses prestations, le show-man du libre a commencé par dire ce qu’est un ordinateur sans OS libre, « qui t’obéit autant que les autres t’y autorisent », avant de placer l’informatique libre comme un droit à disposer de soi-même, garanti par la liberté d’accès et de modification des programmes. Mais « comme tout le monde n’est pas informaticien, ce droit doit s’exercer collectivement. » 

Prônant le refus d’utiliser des outils non libres, Richard Stallman a dénoncé les logiciels « privateurs » de liberté, les « Ithings » et autres produits « orwelliens » et en a profité pour fustiger l’accord entre Microsoft et l’Etat français pour équiper les écoles : « Les logiciels privateurs cachent les connaissances contenues dans le programme, c’est contraire à l’apprentissage. » Il n’a pas oublié les petites saillies dont il est coutumier et qui ravissent son public (une quarantaine de personnes en l’occurrence)… 

«Si je suis le père de l’open source, alors elle a été conçue par insémination artificielle.»

Richard Stallman

Pour le programmeur et militant du libre, l’open source se limite à l’amélioration des logiciels et n’est pas une revendication de liberté. Il a pointé du doigt les « licences faibles » qui consistent selon lui à dire « fais ce que tu veux avec le logiciel » et ouvrent la possibilité d’y mettre un verrou. La licence libre devrait « transmettre les mêmes droits que ceux que tu as reçus », estime-t-il. En fin de conférence, sous les yeux amusés de l’assistance, Richard Stallman a revêtu un aube et une auréole « disque dur » pour achever son prêche sur le ton de la dérision.

«GNU est ton Dieu et Linux est ton prophète», annonce Stallman. © Nicolas Barrial

A 18h à la médiathèque, une petite foule s’était agglutinée autour d’un stand où l’on entendait crier : « 600 mètres parcourus sur le chemin de croissance ! » Il s’agissait d’un jeu vidéo proposé par le Labomedia orléanais, Le bus de l’innovation sur le chemin de la croissance, avec pour joystick, trois pattes de poulet. Son concepteur Olivier Baudu précise : « Le poulet, c’est la French Tech. Le discours qui consiste à associer l’innovation à la croissance, c’est une porte qui se ferme à l’innovation au service de la poésie. » 

L’innovation au service de la croissance selon le Labomedia. © Nicolas Barrial

Les discours de l’innovation ont également été démontés par les Bullshit Bingo Awards, qui clôturaient cette journée de samedi. Autrement dit, le palmarès des mots, titres de posts et autres perles de sites les plus creux ou les plus pompeux du landerneau de l’innovation. La salle de conférence de la médiathèque avait fait le plein pour cet évènement 100% détente.

Emmanuelle Macro et Alain Manc distribuaient les Awards. © Nicolas Barrial

Après un discours d’Emmanuelle Macro et Alain Manc – reconnaître qui on veut –, on a pu découvrir les vainqueurs issus des propositions soumises aux votes en ligne pendant la journée : « Coach agile » l’a emporté dans la catégorie « Bullshit jobs », les « Bullshit Words » ont distingué « As a Service », « digital en français » ou encore « Internet of Things ».

«24h/24 de créativité», slogan illustrant parfaitement les perles du Net de l’innovation. © Nicolas Barrial

Epinglé lui aussi, le hackathon Nec Mergitur qui consistait à demander à des hackers de renforcer les mesures sécuritaires. Pas bégueules, les organisateurs ont failli s’attribuer un Award pour PSESHSF, le nom du festival réunifié. On vous laisse découvrir le palmarès sur le pad de l’évènement, copieusement hacké de commentaires au cours de la cérémonie.

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