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Fashion Tech Week : la tech se met à la mode

Quand on tricote à droite, on code à gauche. Louis Eveillard et son tricodeur à la Fashion Tech Week. © Carine Claude

Que se passe-t-il quand couture et bidouille électronique se télescopent ? Calée sur la semaine de la mode parisienne, la 2ème Fashion Tech Week organisée par Numa s’est achevée le 6 mars avec un showroom pas comme les autres hébergé par le biohacklab La Paillasse.

« T’as résolu ton problème Arduino ? » « Non, je termine l’ourlet. » Alors que le public arrive, les créateurs de mode invités pour le showroom de clôture de la Fashion Tech Week le 6 mars à La Paillasse mettent une touche finale à leur présentation. Ou calent un dernier programme informatique. Car cette seconde édition de la semaine de la mode version numérique, lancée par Numa à l’automne dernier, mixe collections de vêtements connectés, e-couture, textiles techniques, wearable, créations imprimées en 3D et détournements électroniques.

Le kimono musical de Lise Sansen. Les stries de ses manches créent des notes quand on les effleure.

Un peu désorientées, des élégantes s’attardent devant un kimono musical. Plus loin, les rédactrices de mode cherchent leurs repères, hésitant entre secteur Mode Ethique et Mode & Tech. Public plutôt inédit pour ce biohacklab de la rue Saint-Denis pourtant rodé au mélange des genres. « Ça me fait assez bizarre, j’ai même du mal à reconnaître le lieu », dit Thomas Landrain, président et co-fondateur de la Paillasse, hébergeant à l’année les makers-thinkers du TEXTILab et Hall Couture, fondée par Alice Gras, coordinatrice de la soirée.

Alice Gras, fondatrice de Hall Couture et du TEXTIlab.

Ici, peu de portants et aucun défilé de clôture, contrairement aux showrooms qui pullulent pendant la semaine de la mode, mais plutôt des stands et de rares collections de prêt-à-porter orientées textiles intelligents et matières innovantes. « Je ne voulais pas présenter uniquement des innovations stylistiques », dit Alice Gras, jeune diplômée d’Esmod qui continue ses études en école de commerce trois jours par semaine, tout en gérant son entreprise et l’organisation du showroom.

« Lorsque je suis arrivée à Paris, il me semblait incroyable qu’il n’existe aucun espace de coworking dédié à la mode, ni aucun lieu pour expérimenter le prototypage numérique adapté à la création textile », explique la styliste-entrepreneuse. Lauréate de la bourse French Tech, elle a créé sa société qui accueille des créateurs de mode en résidence dans un espace de travail collaboratif au sous-sol de la Paillasse, entre machines à coudre traditionnelles et outils à commande numérique. L’un d’eux, Charly — « mon premier résident, je suis très fière » — transforme des sacs de riz du monde entier en vêtements, bottes ou œuvres murales pimpantes.

Charly explique le concept éthique de sa marque Makabu à des visiteurs.

Juste à côté, le projet Thermotex recycle en isolants phoniques les volumes considérables de déchets textiles rejetés quotidiennement par le Sentier, quartier traditionnel de la confection, « plus d’une tonne par jour », selon un membre du Paléo-Energétique Lab, un collectif de hackers-paléo-anthropologues qui se plaît à réinventer l’histoire de l’énergie et de ses héros oubliés, dans un esprit très rétro SF. « On va sans doute les transformer en panneaux d’isolation pour la Paillasse, qui est un lieu qui résonne beaucoup, mais aujourd’hui, on présente un proto de proto. »

Ambiance plus électro avec l’artiste codeuse Nancy Boehm qui présente Anthracite syncopé 1.2 mymute, un col isolant phonique qu’elle développe à l’atelier de la Petite Rockette. Ou encore les bidouillages des membres de Datapaulette, hackerspace dédié à l’expérimentation dans le domaine des textiles et des technologies numériques lancé fin 2014 à la Caserne de Reuilly.

Le Tricodeur, machine à tricoter du code présenté pour la première fois à Paris.

«Le Tricodeur? Du tricot pour enseigner le code et du code pour enseigner le tricot.» Louis Eveillard, chercheur en design de l’Ensad

Dans un coin, le Tricodeur sort tranquillement ses pièces de laine aux motifs pixellisés. La machine à tricoter a été hackée et débridée, histoire de voir ce qui se passe quand on rentre du code d’un côté et de la maille de l’autre. Le projet est porté par l’association bordelaise Sew&Laine en collaboration avec Processing Bordeaux, 2roqs et Louis Eveillard, chercheur en design d’interaction du laboratoire de recherche Sociable Media de l’École nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad) qui pilote une partie des expérimentations.

En utilisant des méthodes de programmation type captation en temps réel, le designer arrive à obtenir des variations de motifs quasi illimitées. « On est même un peu émus car c’est la première fois qu’on le présente à Paris », dit Louis Eveillard. Le tricodeur continuera sa tournée à  Roubaix, où la Fashion Tech week joue les prolongations du 19 au 21 mars. Finalement, le sauvetage des industries textiles passera peut-être aussi par le codage.

Texte et photos : Carine Claude

Retrouvez le Tricodeur dans notre article « Tricoter en décodant »

Le site de la Fashion Tech Week