Cultivamos Cultura : conditions férales et futurs ruraux
Ce mois-ci, Makery publie plusieurs essais extraits du Feral Labs Node Book #3, titré « Fa Fa Futures ». Ce chapitre revient sur les pratiques développées par Cultivamos Cultura, dans l’Alentejo au Portugal, en tant qu’institution culturelle engagée dans le développement de la créativité, de l’expérimentation et de la circulation des savoirs à l’intersection de la science, de la technologie et de l’art contemporain.
Cultivamos CulturaLes Feral Labs Node Books constituent une série de publications interconnectées produites par le Feral Labs Network dans le cadre des projets Feral Labs (2018-2021) et Rewilding Cultures (2022-2026). Croisant réflexion théorique, recherche artistique, ethnographie, écriture spéculative et documentation visuelle, ces ouvrages mettent en avant des savoirs issus de la pratique ainsi que des formes expérimentales de collaboration. Le Feral Labs Node Book #3 : Fa Fa Futures explore la manière dont les pratiques artistiques et de recherche férales interagissent avec les institutions, les infrastructures, les crises et les systèmes de contrôle. Le volume s’intéresse aux questions de responsabilité, de survie, de soin et de continuité des pratiques au-delà des structures temporaires de financement.
par Emma Hallemans, Anna Isaak-Ross, Rita de Almeida Leite et Marta de Menezes
Comment cultiver la culture ? Comment faire circuler les savoirs qui se développent dans l’espace intime d’un atelier vers des cercles proches ou lointains ? Où trouver des points de jonction entre les différentes composantes de notre association culturelle afin de créer les conditions propices à leur créativité ? Que se cache-t-il derrière le processus d’élaboration d’une programmation pertinente ? Voilà les questions auxquelles nous, à Cultivamos Cultura (désormais abrégé CC), sommes confrontés depuis seize ans. En tant qu’institution culturelle, nous accueillons des résidences artistiques privées, développons notre collection et organisons des expositions afin de diffuser les œuvres de nos résident·es. Autour de ces pratiques principales, nous avons progressivement construit des cadres de soutien permettant de partager des atmosphères de créativité et d’échange culturel. Marta de Menezes, directrice artistique de Cultivamos Cultura, décrit ainsi Cultivamos Cultura comme « un espace d’expérimentation et de développement de savoirs partagés dans la théorie et la pratique de la science, de la technologie et de l’art contemporain. Autrement dit, Cultivamos Cultura cherche les conditions capables de favoriser la créativité ».
Ces cadres de soutien reposent sur trois piliers principaux : l’engagement communautaire, les pratiques éducatives et les stratégies de communication. Chacun d’eux est devenu l’ossature de notre institution culturelle et agit comme une manière à la fois d’entrelacer et de désentrelacer notre programmation. En d’autres termes, nous souhaitons connecter notre réseau d’artistes à nos partenaires et à nos publics, localement comme internationalement. Mais nous voulons également trouver des moyens de rendre les savoirs culturels plus accessibles. Même si ces stratégies ne constituent pas les activités principales de CC, nous pensons qu’elles soutiennent l’ensemble de notre programmation et qu’il est pertinent de les aborder dans cette publication. Dans ce chapitre, nous soulignons d’abord l’importance de notre engagement communautaire dans la création d’une atmosphère susceptible de faire émerger créativité et échange culturel. Nous nous intéressons ensuite à la manière dont les pratiques éducatives sont essentielles pour créer des espaces — physiques ou autres — où peuvent se déployer expérimentation et engagement artistique. Enfin, nous examinons comment nos stratégies de communication ouvrent des accès plus accessibles à la créativité et à l’expérience artistique, en reliant engagement communautaire et pratiques éducatives.
En tant qu’association implantée dans un territoire rural, nous cherchons constamment à engager aussi bien nos communautés locales qu’internationales. Nous sommes physiquement situés dans le contexte local de São Luís, mais CC se déplace également afin d’atteindre d’autres géographies au-delà du village. Pourtant, plusieurs strates communautaires coexistent à São Luís, ce qui génère ses propres défis. La communauté locale se compose majoritairement de générations plus âgées, mais de nombreux jeunes s’installent aujourd’hui dans la région depuis les villes portugaises environnantes. On y rencontre également de nombreux artistes et communautés (inter)national·es, porteurs de perspectives plus radicales sur les manières d’habiter les paysages ruraux. L’agriculture industrielle ajoute une autre strate à notre communauté, en rassemblant des travailleurs et travailleuses saisonnier·ères ou permanent·es, ce qui élargit encore davantage notre paysage culturel. La municipalité d’Odemira compte 80 nationalités. Chaque jour, nous faisons l’expérience de ce public pluriel et cherchons à réunir les différentes strates de notre communauté afin de favoriser des rencontres qualitatives fondées sur l’échange créatif et culturel. Dans ce qui suit, nous examinerons d’abord comment mobiliser ces différentes composantes de notre communauté puis, à travers les pratiques éducatives, comment nous opérons des mouvements de zoom avant et de zoom arrière entre le local et l’international. Nous conclurons en prenant davantage de recul sur ces pratiques afin de les relier — ainsi que notre public pluriel — à nos stratégies de communication.

L’engagement communautaire à l’épreuve de la ruralité
Dans un contexte rural aussi singulier que le nôtre, nous devons suivre attentivement les évolutions des communautés qui nous entourent. Cela signifie qu’en parallèle d’un programme régulier de résidences curatoriales, nous avons progressivement tissé un réseau de communautés mettant l’international en contact avec le local, et les savoirs artistiques en relation avec l’expérience vécue de São Luís. Dans les milieux culturels, l’expression « participants de pollinisation croisée » est souvent employée pour désigner des individus issus d’horizons divers qui, par leurs interactions, « fertilisent » mutuellement leurs idées. Nous avons commencé à observer l’émergence d’un réseau traversant différentes générations et plusieurs versions successives de São Luís et de CC.
Lorsque CC a été fondé, nous disposions déjà d’un vaste réseau international d’artistes, ce qui rendait relativement simple l’accueil d’artistes en résidence. L’espace physique de CC donnait presque l’impression d’une réalité alternative où des pratiques expérimentales d’art contemporain prenaient place dans la cour, la grange ou l’ancienne maison. Notre espace privé nourrissait une atmosphère dans laquelle les artistes pouvaient s’inspirer mutuellement tout en laissant fermenter une curiosité envers le monde situé au-delà de CC. Ce monde extérieur — un village rural portugais proche de l’océan — offrait un vaste espace à la maturation des idées dans l’esprit des artistes. Nous pouvions également constater à quel point l’environnement de CC mettait à leur disposition des matériaux, des interactions et des formes d’émerveillement propices à l’expérimentation.
Ici, à CC, nous considérons les résidences artistiques comme des événements privés au sein desquels les artistes peuvent explorer à leur propre rythme, avec leurs propres questionnements et leur propre organisation de l’espace. Malgré cette dimension privée des résidences, nous avons commencé à organiser des journées portes ouvertes ainsi qu’une exposition estivale afin de créer un premier point de pollinisation croisée avec nos voisin·es. Malheureusement, presque personne ne s’est présenté à ces événements. Nous avions manifestement sauté une étape dans le processus de construction d’une relation avec notre communauté locale.
Cultivamos Cultura est un lieu où les savoirs semblent inscrits dans les murs ou, comme l’a récemment formulé Yuko Oda, artiste en résidence : « On a l’impression d’être dans les ruines archéologiques d’une fouille, et j’y fabrique mon art. » Nous accordons une grande valeur aux savoirs qui se sont développés entre ces murs, en tant que condition de possibilité de rencontres créatives. Il nous a donc semblé naturel de revisiter la mémoire culturelle du lieu et ce que ce bâtiment représentait pour la communauté locale avant de devenir une association culturelle. Le fait d’organiser des projections nocturnes — autrefois proposées par Senhor Feliciano dans son ancienne ferme — a permis de réactiver un lien avec cet espace. Luís Graça, propriétaire de Cultivamos Cultura, écrit ainsi : « […] la magie du lieu persiste : il demeure nécessaire d’attendre la tombée de la nuit avec une impatience croissante. On ressent également cette attente dans l’arrivée des spectateurs, désormais munis de leurs propres chaises — souvent en plastique ou pliantes — qui n’auraient pas existé il y a cinquante ans ! » […] « Malgré toutes les différences, ce qui importe réellement, c’est que l’expérience demeure inchangée : comme autrefois, les conversations prennent fin lorsque les lumières s’éteignent, laissant place au silence qui marque le début de la séance. Désormais sans interruptions inattendues. Les images projetées sont identiques, au même endroit qu’il y a un demi-siècle, au même moment de la journée, après le coucher du soleil, dans la même tranquillité des douces nuits de l’Alentejo. Manuela et Francisco, les enfants de Senhor Simões et Dona Dilar, continuent de venir au cinéma. »

Nous avons organisé une série de quatre projections au cours du même mois que l’exposition (août), en programmant des films comparables à ceux diffusés autrefois. Il était intéressant de constater qu’en 2013, les personnes venant au cinéma étaient, générationnellement, bien plus âgées que par le passé. En retour, elles amenaient avec elles leurs petits-enfants venus leur rendre visite pendant les vacances d’été. Ensemble, ils allaient voir le film puis visitaient l’exposition présentée simultanément. Cela a produit une forme de pollinisation croisée intergénérationnelle, où la magie passée du cinéma demeurait encore présente dans le contexte actuel de CC. Ces soirées de projection ont ainsi apporté à CC une expérience culturelle locale tout en étant profondément intergénérationnelle.
Nous continuons d’organiser ces soirées de cinéma aujourd’hui encore, à ceci près qu’elles sont désormais portées par un partenaire local (Cinema Fulgor), qui programme des films pertinents à la fois dans le contexte de São Luís et au regard des enjeux contemporains. Aujourd’hui, ces projections attirent des publics très divers — à mesure que CC comme São Luís ont connu d’importantes transformations ces dernières années.

Afin d’explorer plus en profondeur ces terrains communs entre générations, nous avons cherché à entrer en relation avec les élèves du secondaire de la région, qui se retrouvaient souvent à Odemira après les cours. Nous avons demandé à la municipalité s’il serait possible d’exposer notre collection dans un lieu fréquenté par les étudiant·es et d’autres habitant·es. La municipalité nous a proposé la bibliothèque d’Odemira, un espace où de nombreuses personnes — notamment les élèves — se retrouvent durant l’hiver avant de prendre leur bus. Aujourd’hui encore, nous y organisons une exposition chaque mois de décembre, transformant l’atmosphère du lieu afin que les adolescent·es puissent trouver un terrain commun entre leur espace de sociabilité quotidienne et notre dispositif curatorial.

Aux débuts de CC, notre rayonnement international passait principalement par des expositions organisées hors du Portugal. Les liens tissés avec des lieux étrangers — comme la Verbeke Foundation — ont permis la mise en place d’une vaste série d’expositions. Par la suite, des projets financés par Creative Europe ont élargi les possibilités de faire circuler notre pratique locale vers d’autres géographies. Au fil des années, CC comme son contexte local se sont profondément transformés. L’un des changements les plus marquants que nous avons observés est l’installation de nombreux artistes (inter)nationaux à São Luís et dans ses environs. Un groupe d’habitant·es a lancé le mouvement Transição São Luís et organisé des activités telles que des projections de films, des débats, des conférences, des marchés locaux, etc., avec l’intention de faire évoluer le territoire vers une communauté plus résiliente, plus consciente et en croissance.
Mais lorsque ce mouvement, entre autres, a commencé à attirer davantage de groupes internationaux au sein de nos publics locaux, CC a dû apprendre à naviguer dans cette nouvelle trame d’origines et de cultures, tout en développant des formes d’engagement plus adaptées à nos pratiques artistiques. Cette évolution a également été rendue possible par la présence permanente de notre équipe dans le village tout au long de l’année, ce qui a modifié notre perception de nos publics ainsi que le rythme des activités proposées, comme les ateliers organisés dans le cadre des camps d’été de notre partenaire local Fundação Cerro, les séances de cinéma mentionnées plus haut ou, plus récemment, notre participation au projet OASis.
CC est actuellement partenaire du projet européen OASis, dont l’un des principaux objectifs consiste à rapprocher la communauté locale et les artistes. C’est dans ce cadre qu’est né notre programme récemment lancé, Criadores à Conversa (« Créateurs en conversation »). Puisque nos résidences prennent la forme d’événements privés, une certaine curiosité persiste chez nos publics. Afin de dépasser cette frontière, notre médiatrice culturelle a initié une série de rencontres organisées chaque deuxième samedi du mois, à heure fixe. À travers des expériences antérieures comme les séances de cinéma ou la foire locale, nous avons appris qu’un événement pensé comme un rituel récurrent crée de la confiance. Cette dynamique est renforcée par une approche ascendante (bottom-up) dans laquelle nous considérons les participant·es comme tout autant créateur·rices et contributeur·rices que les invité·es eux-mêmes.
Ces rencontres ont déjà pris des formes très variées — débat, atelier, promenade, conférence, etc. — et continuent de se réinventer. À chaque nouveau format, nouveau thème ou nouvel·le invité·e, la communauté demeure engagée, apportant, apprenant ou expérimentant chaque fois quelque chose de nouveau. Nous invitons non seulement les artistes en résidence mais également des créateur·rices locaux·ales, offrant ainsi à ces dernier·ères un espace d’expérimentation avec la communauté tout en renforçant un lien supplémentaire entre CC et son territoire. Une conséquence directe de ce programme est l’intégration des savoirs circulant au sein de CC, de ses partenaires et de ses artistes en résidence avec ceux qui circulent parmi les publics locaux. En invitant à la fois des créateur·rices internationaux·ales et locaux·ales, nous renforçons les liens entre les différentes communautés présentes autour de São Luís et ouvrons davantage de connexions permettant à Cultivamos Cultura de véritablement « cultiver la culture » au sein de ses communautés.

La dernière strate de notre engagement communautaire concerne les plus jeunes membres de notre communauté — ce qui nous conduit également vers la section suivante. Dans un premier temps, afin d’entrer en relation avec les enfants de la région de São Luís, nous avons tenté de les faire venir à notre exposition annuelle à Odemira. Pour encourager les enseignant·es des écoles environnantes à s’engager avec l’exposition, notre médiatrice culturelle a conçu des « dossiers pédagogiques » sur mesure. Il s’agissait de livrets élaborés reliant les œuvres exposées aux programmes scolaires. Les enseignant·es parcouraient l’exposition avec ces outils, qu’ils utilisaient comme supports afin d’encourager les enfants à interagir avec les œuvres.
Malheureusement, le déplacement jusqu’à la bibliothèque d’Odemira était parfois difficile à organiser pour les écoles, et les dossiers ne suffisaient pas à les inciter à venir. Nous avons donc décidé de modifier notre approche. Au lieu d’amener les écoles dans nos espaces, nous avons choisi d’aller nous-mêmes dans les écoles. Après avoir obtenu un soutien financier pour organiser des ateliers, notre médiatrice culturelle a commencé, avec beaucoup de persévérance, à contacter différents établissements. Cela a déclenché une longue chaîne d’e-mails, d’appels et de réunions nécessaires pour comprendre leurs centres d’intérêt, les détails des programmes scolaires et les contraintes d’organisation. Le principe restait cependant le même : proposer des activités mettant en relation les pratiques de nos artistes en résidence avec les contenus pédagogiques des écoles.
Peu à peu, nous avons construit un réseau entre CC, notre médiatrice culturelle et les écoles environnantes. Les enfants ont commencé à nous reconnaître à travers les ateliers et à parler à leurs parents de ce qu’ils avaient créé avec CC. Nous avons également organisé plusieurs ateliers avec des artistes invité·es afin que les enfants puissent entrer directement en contact avec ce qui se déroule à l’intérieur des murs de notre association. L’ensemble de ces activités a progressivement donné naissance à un programme annuel de médiation mettant en œuvre différentes manières de travailler avec notre communauté locale. Aujourd’hui, nous organisons entre dix et vingt ateliers par an dans différentes écoles, ainsi que plusieurs ateliers en partenariat avec une fondation locale.
Les moments les plus beaux sont souvent ceux où un enfant « interprète mal » un atelier et produit à la place une alternative inattendue et magnifique. Nous envisageons désormais d’exposer les créations des enfants à CC afin de provoquer une rencontre entre différentes écoles. Cet échange — nous rendant dans les écoles pour partager nos savoirs, puis les écoles venant dans notre espace pour montrer leurs créations aux familles et aux autres membres de la communauté — construit des liens solides à l’intersection de multiples strates communautaires.


Programmation éducative non-formelle — Nos Feral Labs
Comme mentionné plus haut, les pratiques éducatives ont constitué une composante essentielle dans la construction d’un espace d’expérimentation et d’engagement avec l’art. Plus particulièrement, notre université d’été annuelle — ou, dans ce contexte, notre Feral Lab — représente un programme central pour CC et témoigne de la continuité de nos activités au fil des années. En conséquence, ce programme éducatif spécifique a connu de multiples transformations afin de trouver la formule la plus adaptée à CC et aux différentes communautés qui le composent.
Les Feral Labs ont débuté en 2013 sous la forme d’un nouveau programme intensif de cinq jours destiné à des participant·es adultes. Nous l’avons conçu comme un investissement précieux dans la programmation éducative. Produire de nouveaux savoirs collectivement avec des artistes dans un cadre informel enrichissait non seulement les échanges entre participant·es et artistes, mais aussi entre les participant·es eux-mêmes. Bien que le programme ait évolué au fil du temps, la structure d’apprentissage non formel est restée l’ossature de l’expérience Feral Lab.
Dans une logique de continuité, Marta de Menezes conserve chaque année le rôle de responsable pédagogique principale. Cela permet également aux différents Feral Labs d’entrer en résonance les uns avec les autres ainsi qu’avec CC. Par exemple, des idées ou des événements survenus lors d’une édition précédente peuvent être racontés par Marta au cours de la suivante. Ce faisant, nous créons une atmosphère de confiance et d’interconnexion — comme si les participant·es entraient dans un lieu porteur de multiples inspirations passées. Chaque année, Marta conçoit un programme articulé autour d’un thème central et invite au moins un·e artiste en activité ainsi qu’un·e théoricien·ne également en pratique. Du côté des participant·es, CC diffuse des appels à candidatures via des listes de diffusion et les réseaux sociaux. En parallèle, nous collaborons avec différents cursus en écoles d’art afin de permettre à des étudiant·es particulièrement motivé·es de postuler à une bourse.
Même si les premiers Feral Labs furent particulièrement riches, il est rapidement devenu évident qu’un programme de cinq jours ne suffisait pas pour permettre à l’équipe pédagogique et à la communauté d’apprentissage de réellement se rencontrer. C’est pourquoi, dès 2014, CC a étendu le Feral Lab à un programme de deux à trois semaines — format qui demeure celui d’aujourd’hui. Cette durée permet aux participant·es non seulement d’apprendre à travers ateliers et conférences, mais aussi d’intégrer et de matérialiser les savoirs acquis dans une pratique. Durant la première semaine, nous organisons des pratiques d’atelier, des apprentissages techniques et des discussions théoriques spécifiquement conçus pour construire une base de connaissances. Par exemple, nous invitons les participant·es à développer des micro-paysages sur un support destiné à la culture de micro-organismes, puis à en observer la topographie microscopique. Les participant·es se voient ainsi transmettre différents outils et modes de compréhension — en l’occurrence, issus de la pratique bioartistique de Marta de Menezes.
Lors de la deuxième semaine (et de la troisième lorsqu’elle existe), l’attention se déplace vers un travail d’atelier plus autonome, accompagné par l’équipe pédagogique et soutenu par la communauté environnante. Cela laisse aux étudiant·es le temps de développer une micropratique au sein d’une même expérience d’apprentissage. Un espace se crée alors pour laisser les savoirs se déposer dans l’esprit, s’intégrer à de nouvelles idées et se matérialiser dans l’expérimentation.


Parce que ces expériences pédagogiques étaient particulièrement significatives et qu’elles n’étaient pas encore développées comme une pratique à part entière, Marta de Menezes a engagé en 2018 une collaboration avec l’University of Massachusetts afin de développer, avec la professeure Ellen Wetmore, un cours universitaire accrédité. Cette collaboration a donné naissance à une version condensée du Feral Lab intitulée Contemporary Art and Life Sciences Workshop in Portugal. Ce cours interdisciplinaire offre à des non-spécialistes l’opportunité d’acquérir des connaissances théoriques et des compétences pratiques à l’intersection de l’art, de la biologie, de l’environnement et des arts visuels. À l’image du Feral Lab traditionnel de CC, nous explorons cette intersection à travers des exercices pratiques combinant théorie et pratique dans un cadre informel.
Sur le plan théorique, nous abordons des thèmes tels que les représentations culturelles de la technologie et de la science, les enjeux éthiques ou encore l’évolution du bioart en tant que phénomène culturel. Cela implique d’explorer des concepts, des processus et des savoirs scientifiques afin de les appliquer à la création artistique, mais aussi d’appliquer des approches artistiques aux pratiques scientifiques. L’un des moments récurrents les plus stimulants des Feral Labs est la conférence de Luís Graça, au cours de laquelle nous découvrons des concepts particulièrement féconds issus de l’immunologie. Ceux-ci conduisent souvent les participant·es à s’interroger sur la manière dont un système biologique peut être « créatif », ou encore sur la façon dont la biologie traite également de notions sociales telles que « l’identité » ou « la mémoire ». Ces pistes de réflexion deviennent fréquemment des bases conceptuelles pour des projets artistiques.
Dans nos Feral Labs, cette dimension théorique se déploie à travers une grande diversité de formats : séminaires, débats, visites, création d’œuvres utilisant des matériaux biologiques, etc. En outre, dans le cadre du programme, les étudiant·es sont invité·es à documenter leur travail, leur méthodologie et leur processus à travers la tenue simultanée d’un journal physique et d’un journal en ligne.
La composante pratique de la première semaine du Feral Lab se déroule principalement dans notre laboratoire, notre atelier et l’environnement naturel qui nous entoure. Par sa nature même, le programme constitue une expérience d’étude à l’étranger centrée sur la présence dans le sud du Portugal ainsi que sur sa flore et sa faune. Les intentions sous-jacentes résident autant dans la possibilité de transformer des concepts abstraits en objets artistiques que dans la collecte et la sélection d’organismes à des fins artistiques. Des équipes composées d’étudiant·es en art et en sciences sont amenées à développer des projets et invitées à présenter leurs idées et leurs travaux ou à participer à des sessions critiques plus formelles.
Par exemple, l’un des ateliers qui conduit les participant·es de l’environnement naturel vers le laboratoire consiste en une collecte d’oursins. Nous organisons une excursion au bord de l’océan, capturons des oursins puis demandons aux participant·es d’en prendre temporairement soin dans notre laboratoire. À travers cette pratique, les participant·es sont amené·es à réfléchir à l’éthique du laboratoire, à une culture du soin envers « l’autre », mais aussi à ce que les oursins eux-mêmes peuvent nous apprendre. Enfin, durant la deuxième semaine — et la troisième lorsqu’elle existe — les participant·es disposent du temps nécessaire pour intégrer les perspectives, les nouvelles techniques et les impressions acquises. Durant cette période, outils et matériaux restent accessibles afin de permettre une exploration libre des différents projets émergés de leurs réflexions. Le programme s’achève généralement par une exposition publique des travaux à CC et/ou dans l’institution partenaire.

Chaque année, CC réévalue la structure du programme Feral Lab ainsi que les manières de mieux organiser ses activités pour les participant·es internationaux·ales comme locaux·ales. En 2025, grâce à un financement partiel du programme Rewilding Cultures, nous avons pu proposer des bourses à deux participant·es locaux·ales. Cela a non seulement bénéficié directement aux participant·es concerné·es, mais nous a également permis de diffuser plus largement notre programmation diversifiée au sein de la communauté de São Luís. Par ailleurs, le projet Rewilding Cultures nous a donné l’opportunité d’acquérir des matériaux spécifiques et d’offrir aux participant·es la possibilité de les utiliser et d’expérimenter avec eux.
L’un des aspects que nous souhaitons particulièrement souligner lorsqu’il s’agit de créer des conditions favorisant la créativité et les échanges culturels ne peut pas se formuler dans des annonces ou des supports de communication : nous cherchons à construire, avec chaque participant·e et chaque membre de l’équipe, des atmosphères fondées sur des relations égalitaires et non hiérarchiques. Dans notre mode de vie collectif, chacun·e prend part à la responsabilité de prendre soin de l’environnement, des autres et de l’ambiance commune. Le fait de partager la table avec les personnes qui animent les ateliers et organisent le programme permet l’émergence de conversations informelles et parfois d’amitiés.
De même, les activités quotidiennes — comme faire les courses au marché paysan local ou acheter du pain à la boulangerie — permettent à nos participant·es internationaux·ales de découvrir la culture locale et les rythmes de la vie quotidienne. La nourriture a toujours constitué un sujet central de nos échanges, dans la mesure où nous nous retrouvons ensemble pour cuisiner, manger et nettoyer. Ces moments deviennent des occasions de discuter des différences culturelles et d’établir des points de connexion.
L’un de ces moments particuliers s’est produit lors de notre Feral Lab 2025, lorsqu’une étudiante mexicaine s’est proposée pour cuisiner et partager des tacos mexicains. Ce qui s’est révélé complexe, c’est qu’elle devait composer avec les différences entre les ingrédients disponibles localement au Portugal et ceux auxquels elle était habituée, multipliant les substitutions afin de parvenir à réaliser les tortillas parfaites — au point d’échanger en visioconférence avec sa famille à l’autre bout du monde. Ces moments de cuisine partagée ne constituent pas seulement une forme de subsistance ; ils nous permettent aussi de comprendre l’importance de l’alimentation comme outil de mise en relation à l’échelle globale.
Le fait qu’une étudiante ait été inspirée à cuisiner dans un village rural portugais, l’amenant à composer avec les ressources locales disponibles — un petit supermarché et un marché paysan — témoigne d’un échange culturel à la fois global et hyperlocal particulièrement riche, ainsi que de conditions propices à la créativité. Ces moments nous montrent à quel point un programme d’éducation non formelle permet aux étudiant·es d’apprendre à de multiples niveaux, bien au-delà des seuls exercices théoriques et pratiques.

Au-delà de son format d’éducation non formelle, le Feral Lab se distingue également par ses publics, constitués d’un mélange de participant·es internationaux·ales, nationaux·ales et hyperlocaux·ales. Chaque participant·e apporte avec lui ou elle ses propres outils de connaissance et d’expérience. Cette diversité est rendue possible grâce à un ensemble de bourses hyperlocales et nationales ainsi qu’à un rayonnement international soutenu par des projets financés par Creative Europe, tels que Rewilding Cultures. En outre, les financements de Rewilding Cultures nous permettent de couvrir les coûts des matériaux et de rémunérer l’équipe pédagogique, évitant ainsi d’avoir à imposer un nombre minimal de participant·es.
Au sein de ces multiples pollinisations croisées entre cultures, des expériences partagées se construisent à travers les ateliers, les conférences, les lectures, l’écologie locale, le chant, la danse, la nourriture, les récits et bien d’autres formes encore.
Au fil des années, nous avons cherché à identifier quels formats et quels aspects contribuent le mieux à un programme éducatif capable de créer des conditions favorables à la créativité et aux échanges culturels. Dans cette perspective, nous imaginons aujourd’hui des programmes universitaires fondés sur une structure articulant travail à distance et préparation préalable au Feral Lab lui-même. Ensuite, durant un laboratoire physique intensif organisé à CC — généralement sur une dizaine de jours — ce travail préparatoire est mis en œuvre à travers la combinaison évoquée plus haut de travail théorique, pratique et autonome.
Ce programme intensif de dix jours produit des réalisations pouvant être présentées soit à CC, soit dans le cadre d’une exposition conçue au sein de l’institution d’origine des étudiant·es. Cette seconde phase pourrait ensuite continuer à être développée à distance. Ce cadre permet une utilisation optimale du temps tout en articulant préparation et production dans un format hybride. Nous sommes actuellement en train de mettre en œuvre ces nouveaux formats et d’en ajuster les contenus en fonction des universités, des contextes et des thématiques concernées. Nos Feral Labs demeurent flexibles et adaptables à ce qui fait sens dans chaque situation, tout en continuant à soutenir l’idée d’une éducation non formelle capable de favoriser un véritable engagement envers l’art et la créativité.
Stratégies de communication — des portails vers l’engagement communautaire et les pratiques éducatives
Pour revenir à notre cadre initial, CC a dû s’adapter à un public pluralisé — voire « schizophrène » — allant des habitant·es âgé·es du territoire aux élèves des écoles, en passant par des artistes internationaux·ales, des universitaires, des migrant·es, etc. Les deux piliers évoqués précédemment — l’engagement communautaire et les pratiques éducatives — donnent à voir un ensemble de stratégies permettant d’atteindre ces différentes strates de notre communauté. En complément, notre troisième pilier — les stratégies de communication — vise à développer des formes d’échange au sein de cet écosystème pluralisé. Ces trois piliers fonctionnent comme des infrastructures de connexion cherchant des terrains communs à travers les stratégies que nous avons mises en place.
D’un côté, notre engagement local à CC repose sur la présence continue d’une médiatrice culturelle. Celle-ci est profondément ancrée dans la communauté, permettant ainsi une communication informelle à travers le bouche-à-oreille, les rencontres quotidiennes et une participation visible à la vie locale. Des moments comme celui où l’on croise un enfant au supermarché qui se met immédiatement à sourire en affirmant avec fierté qu’il possède encore l’œuvre réalisée ensemble lors d’un atelier rendent possible une forme de communication qui ne pourrait exister sans interaction directe. Par ailleurs, des programmes structurés comme Criadores à Conversa ouvrent des espaces pour des ateliers, des questions-réponses, des discussions autour d’objets ou encore des visites d’ateliers, intégrant ainsi — et donc mettant en circulation — les savoirs qui circulent en interne. Ces dispositifs brisent les barrières de communication et s’appuient sur une approche participative et ascendante (bottom-up). De plus, les collaborations et résidences avec des artistes locaux·ales garantissent que les activités demeurent pertinentes et profondément liées au contexte de la communauté. Elles peuvent alors agir comme des catalyseurs de notre communication avec les strates plus profondes de notre communauté.
D’un autre côté, notre communication internationale s’est développée à travers des programmes de résidence et des réseaux attirant des artistes et chercheur·euses internationaux·ales issus de champs variés, parmi lesquels l’art, la biologie ou la philosophie. Ces personnes mettent en circulation des savoirs entre leur propre territoire et São Luís, tout en prolongeant ces échanges à travers les médias en ligne et les déplacements. Cette communication interculturelle se manifeste également dans nos pratiques éducatives, comme les exemples précédents l’ont montré. Des événements tels que nos Feral Labs combinent aujourd’hui conférences en ligne, résidences sur site et expositions ultérieures. Grâce à des partenariats avec des universités, les Feral Labs offrent des formes d’accès supplémentaires, renforcées par la reconnaissance institutionnelle et les échanges de savoirs. Enfin, ces partenariats contribuent à assurer une rémunération plus juste ainsi qu’une durabilité à long terme, soutenues notamment par des initiatives comme Rewilding Cultures. Cela nous permet d’entrer en communication avec des communautés que, autrement, nous ne serions peut-être pas en mesure d’écouter.
Dans les dynamiques d’engagement locales comme internationales, la communication numérique joue un rôle central. À CC, nous sommes actifs sur différentes plateformes de réseaux sociaux, notamment Facebook et Instagram, et plus récemment Bluesky. Celles-ci mobilisent une pluralité de publics et nous permettent d’observer les déplacements démographiques ainsi que les évolutions des usages selon les plateformes. Récemment, nous avons diffusé un appel ouvert à candidatures via deux comptes Instagram (@maisumcasting et @Art Connect), ce qui a généré près de 500 candidatures ainsi qu’une augmentation significative des interactions sur nos réseaux sociaux.
Par ailleurs, des plateformes comme Vimeo et YouTube accueillent nos microdocumentaires consacrés aux résidences d’artistes, aux processus de création et à certaines expositions. En parallèle, notre chercheur spécialisé dans la transition numérique 3D travaille à la numérisation des œuvres de notre collection, contribuant à la constitution d’une archive numérique progressivement intégrée au site principal. Nous assurons ainsi à la fois l’accessibilité et la mémoire institutionnelle de ces œuvres — enjeu particulièrement important pour la diffusion internationale de nos pièces biodégradables. Nous publions également une lettre d’information mensuelle afin de tenir informées nos communautés locales et internationales des activités en cours.
Les publics interagissent de plus en plus avec CC, à la fois en ligne et physiquement. Ils réagissent positivement à nos approches hybrides et transdisciplinaires, qu’il s’agisse des journées portes ouvertes, des expositions accompagnées d’un travail de contextualisation, des dispositifs de médiation ou encore des activités liées aux mémoires et traditions locales. Au-delà de cela, nous envisageons que la stratégie de communication de CC poursuive son exploration des plateformes sociales émergentes afin de pouvoir accompagner les migrations de nos publics d’un espace numérique à l’autre.
Après avoir abordé la communication avec nos publics, il demeure également essentiel, de manière structurelle, d’entretenir des relations de long terme avec nos artistes. Nous les informons systématiquement lorsque leurs œuvres sont exposées et leur fournissons des matériaux de communication qu’ils peuvent relayer, prolongeant ainsi la visibilité des projets à travers une communication collaborative. Plus récemment, nous avons commencé à recueillir des témoignages d’ancien·nes artistes et participant·es aux événements de CC, puis à les diffuser stratégiquement sur les réseaux sociaux, mettant en avant des expériences vécues tout en renforçant la confiance par des formes de communication entre pairs.
Ces pratiques de communication collaborative avec les artistes resteront au cœur de notre démarche, à travers des publications partagées, des contenus de suivi et des invitations à différents événements. Les campagnes de témoignages seront maintenues et développées afin d’amplifier leur portée. Il va sans dire que la sécurisation de financements stables pour la communication et l’engagement communautaire demeure essentielle, tout comme la poursuite d’un engagement en faveur de formats participatifs et de co-création maintenant la communication profondément ancrée dans la vie communautaire.

Conclusion : Comment cultiver la culture ?
Comment faire circuler les savoirs qui se développent dans l’espace intime d’un atelier vers des cercles proches ou lointains ? Où trouver des points de jonction entre les différentes composantes de notre association culturelle afin de créer les conditions propices à leur créativité ? En revenant aux questions formulées dans l’introduction, nous avons tenté d’y répondre en décrivant les multiples processus traversés par CC. Nous avons structuré ces processus autour de trois piliers et développé les dimensions liées à l’engagement communautaire, aux pratiques éducatives et aux stratégies de communication.
Ces trois piliers reposent sur un même principe : cultiver les conditions permettant aux personnes de se réunir pour partager des savoirs et des moments de créativité. Du point de vue de l’engagement communautaire, l’un des processus que nous avons dû traverser concernait la mémoire culturelle de notre espace physique. Son importance nous a appris qu’il ne suffisait pas de supposer que les personnes viendraient naturellement chercher la nouvelle atmosphère créée lors de la fondation de CC. Nous avons compris que la co-construction d’atmosphères entre les pratiques de CC et les significations que la communauté attribue à ce lieu faisait émerger des points de rencontre intergénérationnels au sein de CC. Nous avons également réalisé que, pour approfondir cette portée intergénérationnelle et construire des relations durables, il était essentiel de sortir de CC et d’aller vers les espaces environnants. De plus, les rituels et les collaborations permettent de bâtir une relation de confiance entre notre association et la communauté. Il est important de faire circuler nos savoirs vers d’autres espaces tout en introduisant simultanément de nouvelles variations dans le nôtre.
Nombre de ces processus se sont progressivement cristallisés dans un programme de médiation reliant différents réseaux à travers des rencontres qualitatives. Ce programme de médiation répond à cette volonté de créer des atmosphères propices à la créativité et à l’échange culturel. Comme nous l’avons évoqué dans la première partie, nous avons conçu des programmes adaptés à différentes générations — ateliers, conversations récurrentes avec des artistes, séances de cinéma, etc. — tout en cherchant constamment à favoriser des formes de pollinisation croisée entre générations.
Notre engagement communautaire et nos pratiques éducatives sont profondément entremêlés ; une relation devenue particulièrement manifeste à travers les discussions menées dans le cadre de nos Feral Labs. Ceux-ci sont devenus un moyen d’interconnecter des cercles proches et lointains au sein de nos différentes communautés. Nous avons également décrit les Feral Labs comme des espaces permettant aux participant·es de s’engager dans l’art et d’explorer leur créativité. L’un des éléments qui s’est imposé très tôt dans la mise en place de ces laboratoires fut l’importance du temps — le temps d’absorber les informations, de les laisser se déposer, de créer puis, finalement, de présenter. À mesure que les laboratoires évoluaient, ces différentes phases ont été intégrées de manière délibérée dans une structure hybride articulant distance et présence physique.
Nous avons compris que, pour favoriser l’engagement artistique et la créativité, il était nécessaire de trouver un équilibre entre continuité et variation, mais aussi entre les différentes strates de nos communautés. Grâce à notre implication dans des projets Creative Europe et dans des collaborations universitaires, nos participant·es couvrent désormais un spectre allant de l’hyperinternational à l’hyperlocal. Ces groupes peuvent aisément se rencontrer dans le cadre non formel du laboratoire. Nous ne nous contentons pas de stimuler leur pensée critique à travers le contenu interdisciplinaire du programme ; nous leur offrons également un espace d’échange au sein de notre mode de vie collectif, des repas partagés et des moments situés en dehors des temps de formation structurés. Nous sommes arrivés à la conclusion que le processus consistant à améliorer continuellement le Feral Lab afin d’en faire la version la plus pertinente possible révèle de multiples manières d’ouvrir des espaces disponibles pour la créativité et l’engagement artistique.
Enfin, à CC, les stratégies de communication agissent comme des portails vers des conditions dans lesquelles les personnes se rassemblent pour partager des savoirs et des moments de créativité. En combinant des formes souples d’engagement local en présentiel avec des stratégies numériques, l’institution veille à ce que les initiatives culturelles trouvent un écho aussi bien localement qu’internationalement, tout en soutenant un sentiment de connexion et de coappropriation créative. Par ailleurs, grâce aux témoignages des participant·es et au suivi continu de nos artistes, nous entretenons un réseau qui rapproche artistes, publics et membres de l’équipe autour de moments collectifs d’échange culturel et de conditions favorables à la créativité. Nos stratégies de communication agissent comme une forme de liant entre les deux autres piliers ; ensemble, ils constituent une infrastructure connective permettant la circulation, l’articulation et le désenchevêtrement des savoirs culturels entre contextes locaux et internationaux.