Makery lance une campagne de donation pour soutenir ses activités

© DR

Makery est un média indépendant depuis 2014. Il a pour vocation de rendre compte du dynamisme de l’économie circulaire et d’informer sur les communautés créatives et la scène des labs :  fablabs, makerspaces, hackerspaces, médialabs, tiers-lieux, creative hubs, biohacklabs, artlabs.

la rédaction

MAKERY EST MOBILISÉ AVEC LES MAKERS CONTRE LE COVID-19

Makery est très sollicité depuis le début du confinement pour relayer l’information sur les initiatives des makers et biohackers contre le Covid-19 et aider à coordonner la communication sur les actions entreprises et solutions partageables (visières, masques, pousse-seringues, respirateurs, tests rapides, etc.). Nous souhaitons être à la hauteur de ces demandes, il en va de la raison d’être de notre média. Mais Makery a été fragilisé ces dernières semaines : nous avons besoin de votre soutien pour relever ce défi.

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Makery, media de tous les labs depuis 2014

Makery publie chaque semaine des articles, reportages, enquêtes et entretiens, en français et en anglais, qui rendent compte de l’actualité de ces communautés. Makery publie également une newsletter bi-mensuelle, ainsi qu’une carte mondiale des labs.

Le tout en accès libre, sans abonnement et sans publicité.

Makery se construit progressivement en mode participatif, pour et par la communauté des labs. Makery essaye de définir et d’étendre le spectre de ce qui constitue la culture “maker”.

Le modèle économique de Makery mise sur la formation aux nouveaux métiers de la transformation numérique, la coopération nationale et internationale et les partenariats.

Mais cela ne suffit pas.

Aujourd’hui l’avenir de Makery dépend de la participation de ses lecteurs à l’aventure

A quoi servent vos dons ?

✅ A garantir les salaires
✅ A rémunérer des auteurs et journalistes indépendants
✅ A payer les cotisations sociales
✅ A réaliser les enquêtes et reportages que vous lirez chaque semaine sur Makery
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✅  A soutenir un projet éditorial unique en France
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Makery : notre modèle, nos projets, nos difficultés

Vous qui êtes peut-être un(e) fidèle lecteur(trice) de Makery, vous vous souvenez possiblement qu’après la période de la FAB14 française en juillet 2018, Makery avait dû se résoudre à un redimensionnement à la baisse. De septembre 2018 et jusqu’à ces derniers mois, Makery était donc entré dans une autre phase de son histoire, construisant et consolidant sa participation à des consortiums de formation ou de recherche en France et à des partenariats en Europe. Ce fut aussi l’occasion de redéfinir la périodicité de publication et de faire évoluer la ligne éditoriale. Nous décidions de poursuivre sur une vision étendue de la culture maker avec un rythme allégé, mais en demeurant plus que jamais le magazine de tous les labs et bilingue, mais également en se focalisant plus particulièrement sur l’économie circulaire et la dynamique Fab City, les rencontres entre arts, sciences et technologie, le voyage et l’exploration des communautés créatives et éco-socio-conscientes aux quatre coins du monde.

Et maintenant, quels sont nos projets ?

NOUS INTÉGRONS LE PROJET DE FAB CITY HUB À PARIS

Aujourd’hui Makery et son medialab sont membres de la plateforme de recherche et d’expérimentation Fab City Grand Paris, travaillent à l’animation de la communauté et à la stratégie de communication, à la production d’études comme de contenus journalistiques indépendants pour la plateforme et le média. A l’automne nous allons intégrer les locaux du nouveau Fab City Hub rue de Mouzaïa dans le 19ème arrondissement de Paris. Le Fab City Hub est un lieu dédié à l’économie circulaire et à la ville productive initié par Volumes en collaboration avec Oasis21 et avec le soutien de l’association Fab City Grand Paris et de la Fab City Foundation. Ce projet de Fab City Hub a également reçu le soutien de l’Union Européenne via le programme Centrinno. Le Medialab Makery pourra prolonger son travail de média, d’animation et de production dans ces lieux. Ce nouveau projet est enthousiasmant !

L’espace co-working de Volumes © Stefano Borghi

 

NOUS VOULONS CONTINUER À DÉVELOPPER NOTRE RESEAU DE SUMMER CAMPS

Makery et son medialab sont également membres du réseau Feral Labs Network de summer camps et en juin (ou plus tard dans la saison, en fonction de l’évolution de la crise sanitaire) nous organisons une Feral Labs Retreat européenne sur l’île de Batz en Bretagne. L’objectif : étendre le réseau et réfléchir aux méthodes collaboratives de documentation et d’éditorialisation. Il y aura également bien sûr des activités pratiques, entre DIYbio marine, énergie solaire, bidouille sonore et bricolage.

Soudur-athon au PIFcamp © Katja Goljat

 

NOUS PARTICIPONS A UNE GRANDE ÉTUDE EUROPÉENNE SUR LA MOBILITÉ DES MAKERS

Nous démarrons une collaboration dans le cadre du programme MakersXchange (MAX) avec le European Creative Hubs Network, Fablab Barcelona et UPTEC Porto afin de mener en 2020-2021 une grande étude pilote sur la mobilité des makers pour l’Union Européenne qui pourrait servir de prototype pour de futurs programmes d’échanges et de mobilité raisonnée. Ce programme va nous faire aller à la rencontre de nombreux makers et programmes de mobilité existant déjà dans l’Union Européenne. Si la crise sanitaire met aujourd’hui à mal l’idée même de mobilité, MAX sera aussi l’occasion de penser une mobilité future différente, plus raisonnée. Par ailleurs MAX est pour nous une opportunité formidable d’étendre la visibilité et le lectorat de Makery, de produire des contenus de recherche et des grands entretiens journalistiques d’acteurs de la communauté.

La carte de Makery répertorie plus de 850 labs dans le monde. © CC

 

NOUS SOUHAITONS ORGANISER UN DEUXIÈME FESTIVAL OPEN SOURCE BODY

Le medialab Makery organisait en 2018 son premier festival OpenSourceBody.eu pour faire se croiser professionnels de santé, scientifiques, techniciens, artistes, designer et activistes de l’open source et du DIY dans l’objectif de discuter des techniques frugales permettant d’améliorer l’accès aux soins. Avec l’objectif qu’il devienne biennale. En cette période de Coronavirus des initiatives ouvertes se multiplient pour endiguer la pandémie. Nous aimerions pouvoir leur donner la parole et souhaitons plus que jamais organiser une seconde édition à la fin de l’année.

Open Source Body 2018 © Makery

 

LES CIRCONSTANCES ACTUELLES AGGRAVENT NOS DIFFICULTÉS

Le confinement obligatoire du à la pandémie de maladie à coronavirus (Covid-19) met en difficulté notre activité journalistique ce printemps. Nos journalistes sont confinés et ceux qui ne disposent pas de cartes de presse ne peuvent se déplacer professionnellement ; un grand nombre d’événements sont annulés et donc de partenariats média pour Makery ; l’horizon sur mai, juin ou juillet est encore incertain et, de fait, notre agenda éditorial est flou et nos journalistes indépendants voient déjà des difficultés à équilibrer leur activité de travail et revenus. Plus de flexibilité trésorière nous permettrait de soutenir plus facilement notre équipe de journalistes indépendants dans cette période difficile. Si les aides et reports proposés par l’Etat sont bienvenus, ils ne sont pas suffisants.

NOUS AVONS DONC BESOIN DE VOUS IMMÉDIATEMENT !

✅ Nous avons des difficultés de trésorerie du fait des échelonnements des co-financements européens.
✅ Nous souhaitons soutenir nos correspondants.
✅ Nous devons agrandir l’équipe avec au moins un salarié supplémentaire.
✅ Nous devons financer notre déménagement dans les locaux du Fab City Hub.

Pour tout cela, nous estimons nos besoins à 30 000  euros (minimum).

Merci pour toute aide ou contribution que vous pourrez nous apporter !

Donnez sur OkPal.

Une question ? Contactez-nous : contact@makery.info

Etudier les impacts et les capacités d’adaptation face à la crise du Covid-19

Human Adaptation Institute

Christian Clot et le Human Adaptation Institute appellent à participer à une étude mondiale sur la capacité d’adaptation du cerveau humain au confinement et à la crise du Covid-19.

Cécile Ravaux

Le confinement, personne n’aurait imaginé un jour une telle expérience ! Pourtant sans préparation, les citoyens de tous les pays (ou en majeure partie) vont devoir s’adapter à une nouvelle organisation, autant physique que psychologique. Comment allons-nous tous agir ou réagir au fil du temps, maintenant que nous sommes tous cloîtrés entre quatre murs ? Anxiété, panique, créativité, lâcher-prise, meilleure concentration… Nous allons tous pouvoir découvrir qui nous sommes vraiment et quel est notre degré d’adaptation à la situation du Covid-19.

Faire grandir l’humain pour préserver notre planète, c’est la signature du Human Adaptation Institute, fondé par Christian Clot, l’explorateur aventurier des milieux extrêmes. Cet institut de recherches et d’actions étudie les capacités d’adaptation humaines comme l’évolution et l’adaptation de notre physiologie et de notre cerveau. L’un de leurs objectifs fondamentaux est de proposer des solutions concrètes pour se préparer, gérer les situations de transformation et ainsi mieux former les humains à vivre demain. L’ensemble des études du Human Adaptation Institute est exclusivement réalisé lors de situations réelles, vécues par des humains, afin de mieux comprendre les leviers cognitifs et sociaux des changements de paradigmes situationnels.

Participez à une #étude sur les conséquences #mentales et #sociales et notre capacité d'adaptation face à la crise du #COVIDー19 , c'est important et c'est ici. Tout le monde peut le faire, pour faire avancer nos #connaissances. @HumanAdaptation https://t.co/oeulbG3ydu

— Christian Clot (@ChristianClot) March 24, 2020

Une étude des impacts psychologiques et cognitifs

Dans le contexte actuel, le Human Adaptation Institute lance une nouvelle étude scientifique qui a pour objectif de comprendre les impacts sociaux en santé mentale – psychologique, psychiatrique et cognitif – de la gestion de la crise du Covid-19, ainsi que les adaptations à court et long terme qu’elle va générer. Selon Christian Clot, « A ce jour, aucune étude sur les confinements involontaires n’a été menée sur les impacts mentaux et sociaux au cours d’un évènement paroxysmique aussi conséquent que la crise due au Covid-19. Nous souhaiterions obtenir le plus grand nombre de réponses possibles, afin que cette étude nous apporte les meilleurs indicateurs sur l’état psychologique de la population pendant le déroulé de cette crise. »

[#Thread à dérouler]
« #Confinement » 3 sur 10 – « Changer de niveau » par @ChristianClot
Je distingue 5 types de confinement :
1. Volontaire avec durée déterminée. C’est par exemple le cas dans l’espace ou dans les bases antarctiques.
1/12 pic.twitter.com/jtjFoxhi1o

— ADAPTATION (@HumanAdaptation) March 25, 2020

Cette étude est une première dans ce type de situation. Elle va suivre le déroulement de la crise sanitaire au travers de l’évolution des conditions mentales d’un nombre conséquent de citoyens. Lancée à vaste échelle le 22 mars, elle va évaluer l’ensemble des couches sociétales en matière d’âges, de métiers ou de situations de vie durant la crise.

En cette période de confinement, la méthodologie est basée sur une série de questionnaires évolutifs, qui évaluent à la fois la condition mentale, les états motivationnels et les projections adaptatives. Les questionnaires seront hebdomadaires durant le confinement, puis bimensuels durant la période de sortie de crise, sur la base du volontariat, sans prélèvements de données personnelles. Ils seront adaptés au fil des besoins et des évolutions. Dans un second temps, de six mois et un an après la fin déclarée de la crise, des travaux sur la mémoire et la projection mentale seront menés, toujours par le biais de questionnaires, d’interviews et de tests cognitifs, afin de compléter la vision adaptative.

[#Thread à dérouler]
« #Confinement » 4 sur 10 – « La solidarité » par @ChristianClot

La solidarité. Sans elle, dans une situation comme la nôtre aujourd’hui, rien n’est possible à long terme. […]
1/7 pic.twitter.com/kYpCyCxLak

— ADAPTATION (@HumanAdaptation) March 26, 2020

Étudier les moments de charge mentale

Les objectifs de cette étude sont divers. Dans un premier temps, grâce aux analyses paramétriques hebdomadaires, Human Adaptation Institute souhaite identifier les impacts sociaux et traumas de stress immédiats face aux évolutions de l’évènement en cours. Ainsi, l’étude contribuera à prendre des décisions éclairées dans la gestion des risques sociaux, psychologiques, psychiatriques et cognitifs du confinement. Dans un second temps, elle décryptera les mécanismes d’adaptation qui vont être mis en œuvre, à titre individuel et collectif. La volonté de l’institut est ainsi de faire évoluer les outils en cas de survenance de nouvelles crises et d’adapter nos changements de paradigmes nécessaires pour amender leur survenance. « De cette situation unique et particulièrement stressante peuvent naitre des solutions innovantes pour le futur. Mais ces solutions ne seront applicables que lorsque que ce phénomène aura été analysé avec rigueur. » nous dit Christian Clot.

Christian Clot. DR.

Vous ne connaissez pas Christian Clot ?

Créateur et directeur de Human Adaptation Institute, Christian Clot est un explorateur-chercheur, spécialisé́ dans les conditions extrêmes de vie. Ses expéditions en auraient fait rêver plus d’un… Ou pas du tout ! Embarqué dans des expéditions dans les conditions les plus extrêmes, il a vécu plusieurs confinements involontaires comme une prise d’otage au Pérou ou encore, 13 jours dans une tempête en Cordillère de Darwin en 2004… Il a aussi vécu le théâtre de crises majeures lors de tsunamis. Les observations qu’il a mené́ in situ, l’ont conduit à créer le Human Adaptation Institute, il y a quatre maintenant, afin de le rendre utile à la société. Comme l’affirme Christian Clot, « C’est la capacité de l’humain à accepter, comprendre et modifier son comportement qui fera la différence. Une adaptation qui passe par des changements de paradigme dans nos fonctionnements actuels. »

Participez à l’étude du Human Adaptation Institute.

L’ Étude est menée en collaboration avec des chercheurs(es) des laboratoires et universités :  Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé, Santé Mentale, Société / CERMES3 ; Institut du Cerveau (ICM) ; LIP PC2S-Université Savoie Mont Blanc ; Université Paris 2 Panthéon-Assas (Largepa), CHU de Caen.

Le site du Human Adaptation Institute.

Covid-Initiatives, une plateforme recommandée par le Réseau Français des Fablabs pour coordonner la mobilisation des makers

Capture d'écran de la carte du site Covid-Initiatives.

La plateforme Covid-Initiatives, soutenue par le Réseau Français des Fablabs, rassemble les initiatives de makers en France et au-delà qui proposent des équipements et solutions de fortune dans la lutte contre le Covid-19.

la rédaction

Le Réseau Français des Fablabs appelle à la mobilisation générale des makers et des fablabs pour lancer la fabrication coordonnée et distribuée sur tous les territoires de métropole, des Dom-Tom et de l’Outremer. Leur conviction : produire au plus près des besoins réduit considérablement les risques de dissémination du virus et réduit les temps de livraison.

Pour répondre à cela, une équipe de bénévoles sort aujourd’hui Covid-Initiatives, un riche site rassemblant les initiatives de makers en France qui proposent des équipements et solutions de fortune dans la lutte contre le Covid-19.

Capture d’écran de la carte du site Covid-Initiatives.

Coordonner les initiatives des makers et fablabs

La force d’un réseau national c’est d’être une plateforme au carrefour des idées, savoir-faire, propositions, offres, besoins et désirs d’une communauté. C’est ce qui fait du Réseau Français des Fablabs l’interface nécessaire à une action coordonnée des makers en France.

En effet, depuis le début de la crise, de nombreux makers se mobilisent, se mettent en action collective via diverses plateformes d’échange et s’organisent en communs pour fournir des réponses en urgence. Partout l’entraide et l’auto-organisation démontrent leur capacité à fournir des solutions crédibles. Mais les initiatives fleurissent à une allure telle qu’il devient difficile de s’y retrouver et de s’orienter à travers le foisonnement d’informations.

« Plusieurs plateformes ont été ouvertes. Au Réseau Français des Fablabs nous communiquons sur le fait qu’il faut se fédérer. le RFFLabs peut jouer ce rôle car nous sommes en contact avec les autorités de santé nationales, nous recevons des demandes des hôpitaux et nous faisons retomber en régions. Certains makers et fablabs surproduisent par rapport à la demande, alors que d’autres n’ont pas assez de matériel pour répondre aux sollicitations. Nous essayons d’équilibrer cela », explique Simon Laurent, président du Réseau Français des Fablabs.

Par soucis d’efficacité le RFFLabs encourage donc de se faire référencer sur la plateforme Covid-Initiatives mis en ligne ce mardi 31 mars et développé par une équipe de bénévoles. La plateforme vise à recenser le maximum de projets émergents et à aider ceux qui font, ces citoyens qui contribuent, les « makers » – artisans, ingénieurs, bricoleurs, faiseurs de tous bords – qui agissent dans l’urgence. Elle recense aussi les initiatives de ceux qui permettent d’assurer la continuité pédagogique, de garantir l’approvisionnement alimentaire des personnes en difficulté, de venir en aide aux personnes seules, ou encore de ceux qui prototypent du matériel médical pour tenter de répondre aux urgences.

Par ailleurs, des rapprochements sont en cours entre le RFFLabs, JOGL, France Tiers-lieux, la communautés de makers rassemblée sur le Discord de Mr Bidouille, les communautés Facebook, des rassemblements locaux de makers et Covid-Initiatives pour se coordonner autour des besoins, ressources et initiatives.

Covid-Initiatives propose une cartographie interactive à partir de bases de données développées par d’autres acteurs : une plateforme d’auto-recensement des fabricants d’impression 3D ; un référencement des Fablabs et Makerspaces du territoire français réalisé par le RFFLabs. Cette carte donne à voir les acteurs de cette mobilisation du monde makers. Elle sera augmentée au jour le jour.

Chaîne de production de la visière « Folded Face Shield » fabriquée et montée en une minute chrono et développée à Volumes Coworking (coordinateur RFFLabs pour l’Ile-de-France) en Creative Commons. Elle est conçue pour la découpe laser afin de minimiser la matière et le temps. (ici le formulaire de besoins en matériel pour les établissements hospitaliers) :

Les besoins et priorités

Visières : le besoin auquel la communauté des makers semble être le plus à même de répondre efficacement est celui des visières de protection (voir la page spéciale). Utiles pour les soignants autant que pour tous les professionnels en contact avec des publics (commerce, forces de sécurité, ambulanciers, postiers…) elles sont faciles à produire et neutres en termes de risques sanitaires. Des solutions existent en impression 3D mais également en découpe laser. Coordonnée, la communauté des makers pourrait produire jusqu’à 100 000 visières en un temps record.

Pousse-seringues électriques : les hôpitaux font savoir qu’ils commencent à manquer de pousse-seringues électriques, et le RFFLabs appelle les makers à initier un challenge pour répondre à ce besoin via les canaux habituels, avec comme contrainte une utilisation minimale de l’impression 3D.

Respirateurs : nous savons aujourd’hui que les hôpitaux manquent de respirateurs, essentiels pour maintenir en vie les personnes les plus gravement touchées. Il existe aujourd’hui plusieurs prototypes à l’essai issus de la communauté. On citera les projets Minimal Universal Respirator et MakAir.life qui sont déjà très avancés. Si l’industrie est mobilisée aujourd’hui pour répondre aux besoins en France, ces appareils plus légers pourront également répondre à la demande dans des zones dans le monde plus démunies en équipements.

Le MUR Project conçoit un respirateur de fortune en partenariat avec Objectif Sciences International et le teste en ce moment avec l’hôpital de Créteil et La Salpêtrière. DR.

Bien évidemment, les besoins en masques (de préférence en tissus, voir le patron de référence), en blouses, gels et autres dispositifs sanitaires basiques sont toujours d’actualité.

Un besoin de coordonner pour tenir la durée

« Au-delà des visières de protection d’autres demandes vont tomber dans les semaines qui viennent, on risque d’avoir des problèmes pour avoir du plastique pour imprimer, il faut donc organiser la production. Localement des makers sont contactés par des EHPAD et des hôpitaux mais aujourd’hui le message est passé au niveau de la coordination générale des hôpitaux et nous recevons maintenant en direct des messages de services hospitaliers, qu’on redistribue aux fablabs en réseau, sur le principe de la fabrication distribuée, de manière à produire et distribuer dans de bonnes conditions », défend Simon Laurent.

Bémol ? « Cela fait 15 jours que nous demandons une régulation ministérielle là-dessus, mais pour le moment nous n’avons eu aucune réponse de Ministère, aucune réponse des Agences Régionales de Santé, sachant qu’il y a des inégalités suivant les territoires, dans certaines régions des ARS travaillent avec des fablabs, mais dans d’autres elles ne veulent pas en entendre parler. Nous sommes cependant en contact avec le pilotage des services ORL de toute la France et le message a été redistribué, explique Simon Laurent. Nous cherchons également à entrer en contact avec le réseau des EHPAD », ajoute-t-il.

Il importe pour les makers de France de se coordonner. Makery tient en ce sens à rappeler que les actions entreprises et solutions partageables ne seront pas seulement utiles pour la France mais aussi très vite pour d’autres communautés dans le monde où les équipements font peut-être encore plus cruellement défaut.

Makers, signalez-vous auprès de la plateforme Covid-Initiatives.

Système K, arts du chaos et de la survie à Kinshasa

Kongo Astronauts © Renaud Barret

A Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, les habitants se débattent pour survivre au milieu d’un chaos qui est profondément lié au système techno-capitaliste contemporain. Dans les décombres des politiques désastreuses, entre joie de créer, pauvreté, débrouille et bidouille, le réalisateur Renaud Barret a suivi pendant près de quatre années, plusieurs jeunes artistes – plasticiens et performeurs – de la ville. Son film, « Système K », est sorti en janvier dernier.

Céliane Svoboda

Le film Système K dresse le portrait de jeunes artistes contemporains qui vivent et travaillent à Kinshasa. Ville encombrée, défaillante, surchargée de déchets, où le bruit est omniprésent, constant, la capitale congolaise se dresse comme le reflet de tous les paradoxes planétaires. Les conditions de vie des habitants sont plus que précaires. L’eau courante fait défaut autant que l’électricité, et pourtant au milieu de  ce tumulte, Kinshasa déborde d’énergies, de forces et d’arts.

Rues des arts et du chaos

« Nos œuvres se nourrissent du chaos. Notre nécessité d’inventer est la même que celle de la population, qui doit inventer en permanence les conditions de sa survie. » déclare Freddy Tsimba, un des artistes, dont le film dresse le portrait. Son travail oscille entre la sculpture et l’installation et renvoie notamment au traumatisme des guerres parallèles au boom numérique du tournant du millénaire. Il utilise ainsi des douilles pour ses statues qu’il produit en série avec l’aide de la communauté. Une séquence du film nous montre comment il construit une « maison » faite uniquement de machettes soudées entre-elles et son installation sur une place publique de la ville, pour offrir son art à l’appréciation des Kinois. Ni étanche, ni réellement fermée, la « maison » de Freddy Tsimba devient une métaphore évidente de l’ultra-violence de la ville autant que de la société. Comme un appel, une dénonciation, l’œuvre est franche, directe, installée au cœur de la ville – elle interpelle. Les passants s’arrêtent, observent ; avant que la police elle-même déboussolée face au travail de l’artiste ne vienne l’arrêter. Les artistes que suit Renaud Barret sont des artistes-travailleurs de la rue, sans institutions, ni galeries, les artistes du Système K, qui s’inscrivent dans leur environnement par la création artistique, mais n’y échappent pas.

Freddy Tsimba © Renaud Barret

Depuis les feux et les fumées

Le film suit aussi le jeune artiste Béni Barras, qui passe la plus grande partie de son temps aux Beaux-Arts sans en être pour autant étudiant. Il récolte, récupère, partout dans la ville ce qu’il peut pour son travail et ses compositions. Ainsi, c’est principalement en fondant ce qu’il trouve, qu’il réalise ses travaux.

Parallèlement, Géraldine Tobe est une peintre qui use de la fumée. Elle peint à la lumière de la bougie, dans une ambiance qui nous rappelle nombre de rituels. C’est alors la fumée qui vient entacher la toile pour faire peinture.

Usant également du feu, Yas Ilunga, dénonce nombre de rituels notamment ceux des églises évangéliques via des performances où il met son corps à rude épreuve. Dans le film, pour une performance,  il se laisse recouvrir entièrement le corps de cire chaude de bougies.

Yas Ilunga © Lodown Magazine

Les travaux des artistes se nourrissent de leurs combats personnels autant que de leur vision du monde. Travaillant souvent gratuitement, leur art est autant une manière de survivre au milieu de ce chaos qu’un appel. Entre prises de conscience et inventions, rien n’est simple au milieu des décombres, dans une ville en constante ébullition, toujours au bord de l’embrasement.

Kokoko! Du bruit à la musique

Dans l’effervescence de la ville, le collectif Kokoko! rassemble autour de la musique. Ils bidouillent des machines musicales avec des déchets et des objets de récupération, boites de conserves, machines à écrire, leur inventivité est sans limite. D’un art sonore de la débrouillardise, Kokoko! a produit avec Xavier Thomas (Débruit) et Liam Farrell (Doctor L) la bande son du film. C’est une version Do-it-Yourself, une musique qu’ils nomment tekno kintueni, ou zagué, proposant une ambiance électro-rumba groove et punk qu’on ne se lasse pas d’écouter.

Présentation de Kokoko! en 2017, avec des séquences présentes dans Système K :

 

Astronautes sans vaisseau

Parmi les performeurs, on retient également le travail de Kongo Astronauts, collectif initié en 2013 par Michel Ekeba et Eléonore Hellio, deux artistes basés à Kinshasa. Dans Système K, Ekeba arpente les rues de Kinshasa tel un afronaute tombé du ciel. Ses tenues, des œuvres en soi, sont faites de bric et de broc, de résidus plastiques ou métalliques repeints en argenté ou doré, de déchets électroniques collectés, revenus vivre par Kinshasa après un tour complet de la planète. Car les minerais qui permettent l’électronique mondial sont bien souvent extraits des mines du pays. Ekeba nous raconte que les guerres du coltan (le Congo est la plus grande réserve mondiale avec 60 à 80% des ressources) ont laissé des blessures profondes, cela pendant que les satellites de communication high tech survolent le ciel de Kinshasa.

Système K est sorti en France alors qu’Arte diffusait, Fly Rocket Fly, un autre documentaire sur le Congo, qui se passe cette fois dans les années 1970 du régime de Mobutu Sese Seko. On y apprend que le pays avait accueilli l’OTRAG, la première agence spatiale privée au monde. Avec la bénédiction de Mobutu, les ingénieurs allemands de l’OTRAG avaient installé un pas de tir dans le Sud-Est du pays, mais le programme, controversé, avait finalement échoué à se pérenniser. Aucune fusée n’avait pu franchir la limite de l’atmosphère. Est-ce une influence des Kongo Astronauts ? On l’imagine. Le Kongo Astronaut, tel un cyborg tout droit sorti de Mad Max, un astronaute autonome afro-futuriste, explore ville, ruines et forêts, en astronaute piégé physiquement sur Terre, mais dont l’imaginaire ne connaît pas de frontière. « Nous traversons le vertige des mondes », disent-ils.

Mais pour Ekeba et Hellio, le collectif ne relève pas que de la performance, il s’agit pour eux de propositions d’expériences. Et pour en conserver la mémoire, ils réalisent également des courts-métrages, jamais achevés, entre poèmes filmés et vijing, toujours en mouvement. « KA est une expérience visuelle, sonore, textuelle et spatio-temporelle. Aux troubles et syncopes du cyborg contemporain, le collectif réplique par des actions et des écritures performatives, tentatives de résistance aux ghettos psychiques nés de la condition (post) coloniale. Il se manifeste dans les interzones de la globalisation digitale où le passé, le futur et le présent s’entrechoquent. Joueuses dans la post-discipline, ses apparitions cosmiques et ses fictions polysémiques questionnent les conditions de production, de création et de diffusion d’œuvres parfois difficilement classifiables, refusent (ou du moins se défient de) l’objet fini. »

Le nom même de ce collectif qui se constitue et se reconstitue sans cesse laisse sous-entendre une incapacité à habiter les lieux. Mais l’on perçoit aussi dans le travail une déclaration d’amour au territoire, une empathie pour Kinshasa et le Congo. Que faire ?

Kongo Astronaut © Renaud Barret

Planète K

Le film Système K est lui-même également un paradoxe, on se laisse séduire par l’esthétique qui y est constamment présente. Kinshasa est torturée et pourtant magnifique. Système K dresse le portrait d’une ville qui souffre de la corruption et du postcolonialisme, via une poignée d’habitants artistes, mais nos fauteuils rembourrés dans les cinémas du « premier monde » deviennent alors inconfortables. On peut louer les qualités esthétiques et musicales du film, la sympathie que l’on éprouve pour ses héros, mais ce serait oublier que le film nous renvoie aussi le portrait en creux d’une « périphérie globale » que nous nous empressons d’oublier en sortant de la salle, horrifiés par l’impression de déchetterie à ciel ouvert que nous montre la réalisation, confrontés aux conséquences du pillage des ressources mené pour rassasier nos besoins pavloviens de surconsommation, mis face au miroir du racisme des logiques mortifères de la production capitaliste d’objets de consommation jetables à destination des sous-classes, qu’elles soient du premier, du second ou du troisième monde. Système K reste alors une énigme, un film magnifique, mais qui dérange. Mais peut-être serait-il temps d’être dérangé, non ?

Système K, de Renaud Barret, Les films en vrac, 2019.

HackteriaLab s’isole à Okinawa

Toru Oyama, co-organisateur du Oki Wonder Lab, à Sonda Labo. © Dusjagr

Aujourd’hui, le Oki Wonder Lab est sans doute le camp de recherche in-disciplinaire DIYbio le plus isolé au monde. Cette dernière manifestation de Hackteria a lieu actuellement dans les îles japonaises d’Okinawa.

Cherise Fong

Après avoir pensé et planifié la dernière édition de HackteriaLab depuis plusieurs années, à travers multiples continents avec divers collaborateurs—suite au succès de HackteriaLab 2014 à YogyakartaMarc Dusseiller, fondateur de Hackteria, n’allait pas se laisser intimider par une pandémie mondiale. S’il était bien « le dernier voyageur international » à débarquer d’un vol entre la Suisse et Taïwan où les préparatifs ont commencé, il a non moins réussi à atterrir à Okinawa, juste à temps pour inaugurer le Oki Wonder Lab avec son co-organisateur local Toru Oyama, le 25 mars 2020.

Evidemment, la plupart des participants internationaux prévus n’ont pas eu cette chance. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Le slogan de Hackteria a toujours été « enraciné localement, connecté globalement » (“locally rooted, globally connected”). Alors que la majorité des membres sont confinés à la maison et communiquent maintenant en ligne, quelques artistes et activistes résidents d’Okinawa sont déjà en train de discuter et de réaliser des projets ensemble sur place.

Le Oki Wonder Lab en cours à Okinawa. © Dusjagr
Marc Dusseiller, Shin Asato, Toru Oyama, Azusa Yoshimoto (craftiviste et fermentista chez Sonda Labo). © Dusjagr

Le premier participant officiel, l’artiste Shin Asato d’Okinawa, est arrivé de Yokohama le 26 mars. Même si la liste s’est réduite peu à peu à une poignée de participants, Marc reste optimiste : « On s’étonne déjà d’avoir réussi à réunir un groupe—assez petit pour ne pas être dangereux, assez grand pour être intéressant. »

Pendant ce temps, le programme, les sites et les activités du Oki Wonder Lab sont réadaptés et réajustés en fonction de l’évolution constante de la crise sanitaire par les co-organisateurs in situ (qui se sont rencontrés pour la première fois dans l’isolement de la station biologique de Kilpisjärvi en Laponie pour Field_Notes 2018). Si Marc continue à porter la vision et le réseau mondial de Hackteria, à Okinawa, Toru est à la fois méta-philosophe et instigateur local.

L’inauguration du Oki Wonder Lab a eu lieu chez Sonda Labo, autrement dit la maison de Toru située dans la ville d’Okinawa, qui sert également de QG du camp, équipé d’un espace de travail et d’outils dédiés, et qui comprend une cuisine expérimentale, un camion transformé en laboratoire mobile garé dehors, et une mascotte dalmatienne qui porte le nom du philosophe slovène Slavoj Žižek.

Sonda Labo dans la ville d’Okinawa. © Dusjagr
Des cultures de fermentation dans l’espace Hackteria. © Dusjagr

Artiste et chimiste rentré au Japon au bout d’un séjour de dix ans en Allemagne, Toru a profité de cette occasion pour redécouvrir le Japon en explorant des lieux moins connus d’Okinawa, sites qu’il a trouvés grâce à des amis, tels que la petite île de Maejima (inhabitée par les humains mais envahie par les chèvres).

Depuis longtemps, le thème du Oki Wonder Lab 2020 est « isolement ». Plus que la situation géographique d’un archipel, ou même la pratique scientifique d’isoler la bactérie d’une culture, sans même évoquer le zeitgeist du confinement, pour Toru, la notion d’isolement est personnelle et métaphysique.

« L’hypothèse veut que toutes valeurs, pensées et idées soient inconsciemment et potentiellement partagées à 100% par tout le monde, explique-t-il. Si l’on admet que toute “nouvelle” idée ou pensée, du moment qu’elle est exprimée, devient une chose partagée, alors on se retrouve face à une perspective différente. L’isolement total est impossible. Que se passe-t-il lorsqu’on s’isole de la société physique, de la communication interpersonnelle, des informations partagées ? Revenons-nous à la conscience de soi, au subconscient ? Pour moi c’est aussi une image mentale. Comment puis-je m’isoler jusqu’au point où il n’y a rien à faire, rien à recevoir, rien à donner ? N’y a-t-il que le silence ? Je ne pense pas. »

L’île de Miyagi à Okinawa. © Dusjagr

L’autre co-organisateur, Andreas Siagian du collectif Lifepatch, écrit : “HackteriaLab a toujours insisté sur les processus d’interaction entre créatifs, entre professionnels et amateurs, en stimulant des processus collaboratifs, afin de développer de nouvelles idées qui relient et intègrent les diversités culturelles des participants, et en abordant les défis sociaux à travers des expériences DIWO (Do It With Others, ndlr) avec le matériel, la technique et la nature grâce au bricolage, à la recherche expérimentale et à la curiosité inépuisable. »

Ce printemps, le très anticipé Oki Wonder Lab est plus que jamais fortement marqué par les lieux choisis et inévitablement influencé par la capacité des Hacktériens à s’adapter, leur volonté de s’engager et leur créativité débrouillarde dans ce nouvel ère de l’isolement.

C’est aussi une occasion d’explorer de nouveaux processus et perspectives au travers de l’Okinawa de Toru. « Ma vision initiale du Oki Wonder Lab était purement poétique, inspirée par le dessin de Marc sur l’histoire de Hackteria Taïwan, dit-il. Nous cherchons des moyens de décrire des processus invisibles qui peuvent émerger et être partagés. Plus importants qu’une chose que je peux fabriquer, ou les échanges entre local et global, ce sont la spontanéité naturelle et l’indépendance. Cela peut être aussi une occasion de motiver les gens. »

Pont vers les îles de Henza et Miyagi. © Dusjagr

Interview avec Marc Dusseiller, pionnier du biohack (1re et 2ème parties), 2016

Cherise Fong est chroniqueuse-en-résidence du réseau Feral Labs soutenu par le programme Europe Créative de l’Union Européenne.

REALTIME : Making Digital China, an online book launch

'REALTIME : Making Digital China' © Dennis de Bel
Clément Renaud

REALTIME : Making Digital China is an investigation about China’s digital and urban infrastructure, practices and imaginary spaces. It attempts to capture the pace, scale and depth of China’s complex and imaginary spaces. An online launch event is scheduled Thursday March 26, 10-11pm CET (4-5pm CDT), as part of the Venture Cafe’s Virtual Thursday Gathering. Extracts.

Le Fresnoy projette « l’humain qui vient » à Tourcoing

"Phantom", Daniel Steegmann Mangrané © Le Fresnoy

Constellation d’artistes au Fresnoy pour l’exposition « Fluidités : l’humain qui vient », du 8 février au 29 avril 2020. Visite pré-confinement.

Céliane Svoboda

Des humanités contemplatives, il nous faudra sortir. Redessiner les fluidités des paysages que nous sommes. D’un malentendu, ou d’un déni bien ancré, les récits et les histoires esquissés jusqu’alors semblent se perdre, nous perdre. Désidérés. Aux imaginaires capitalistes qui nous tiennent captifs, l’humain qui vient devra répondre. Il nous faut des mots et des nouvelles fictions. L’exposition qui se tient actuellement au Fresnoy dessine quelques pistes. Partir des actualités qu’on n’ose s’avouer pour dresser des perspectives fuyantes. La fuite n’est alors plus celle de ceux qui se barrent, c’est la fuite – l’eau – qui où on ne l’attendait plus, commence, doucement… à se répandre.

Hors cadre ?

Aux États-Unis déjà, en Chine aussi (entre autres), la surveillance généralisée de la population est devenue la nouvelle norme. Nombreuses sont alors les caméras qui vous suivent, vous épient, pour une partie de jeu (malhonnête) dont vous êtes l’objet sans nécessairement en prendre la mesure. Une prétendue chasse au crime ouvre la porte aux algorithmes pour collecter vos données. Prédire ? Prévenir ? L’artiste Lynn Hershman Leeson dans son court-métrage Shadow Stalker, dévoile alors la sombre réalité qui se cache derrière « l’algorithme du carré rouge ». On aimerait se rassurer en rapprochant ce travail de la fiction mais la frontière avec le documentaire est fine. L’artiste nous dévoile la violence des algorithmes prédictifs qu’utilise la police pour tenter de définir des lieux où les crimes auraient lieu. Nous ne sommes pas dupes des surveillances à outrance mais ce que révèle surtout ce « carré rouge », c’est le racisme intrinsèque à ces algorithmes et  au capitalisme. Les algorithmes prédictifs comme ceux de Predpol répondent à une logique étouffante qui par une logique paranoïaque cherche à entretenir la peur. L’écho se fait avec l’œuvre de Philip K. Dick et on pense aux brigades de « pré-crime » dans Minority Report (adapté au cinéma par Steven Spielberg).

Capture d’écran de « Shadow Stalker » avec January Steward dans le rôle de l’Esprit du Web Profond (Spirit of the Deep Web), 2019. DR.

#BEWATER plutôt que Swatted

Réalisé au Fresnoy, par des combinaisons d’images de jeux vidéos et de témoignages Youtube le film d’Ismaël Joffroy Chandoutis, Swatted, nous donne froid dans le dos. Le phénomène du « Swatting », se joue des frontières d’un monde prétendu virtuel. Le swatting, de l’acronyme S.W.A.T. de Special Weapons And Tactics, les forces spéciales urbaines américaines, consiste en canulars en vue de piéger ces services de police, en général chez un particulier, pour lui nuire. Des faux signalements sont faits auprès de ces brigades dans le but de les faire venir chez le joueur. Non sans risque, le film d’Ismaël Joffroy Chandoutis raconte que les joueurs victimes se retrouvent souvent confrontés à des forces de l’ordre très armées. Fin 2017, Andrew Finch a été tué par la police suite à un « swat » qui a mal tourné.

Ce phénomène qui se sert du fait que de nombreux joueurs se filment en direct en train de jouer, s’est aussi vu détourné par certains. Alors que les vidéos de « swat » font affluer le nombre de vues, l’audience, des joueurs simulent de faux « swat » en direct. Le nombre de vue est souvent au cœur de l’enjeu et des sombres canulars, on arrive aux canulars du canular. On ne tire alors plus les limites du vrai, du faux, du jeu, du lieu, des tirs depuis les claviers d’ordinateurs aux tirs à balles réelles, le prétendu jeu, laisse un goût plus qu’amer devant une théâtralité du « canular » … dangereuse. 

Joffroy Chandoutis, Swatted, trailer :

Dans son installation et son film, Uki virus rising, Shu Lea Cheang interroge les devenirs de la biotechnologie et les scénarios dystopiques qu’elles peuvent stimuler. Uki virus rising est un « sequel » de son film IKU et de ses performances UKI. Il s’agit ici d’une version en installation évoquant le récit de [science] fiction dans lequel Reiko, la séduisante codeuse d’IKU (orgasme), déclassée et abandonnée dans l’etrashville par GENOM Corp., s’efforce de rebooter son système. Alors que Reiko cherche à se reformater, GENOM Corp. s’est retiré après l’effondrement de l’Internet et a pris en otage des corps humains pour construire un BioNet dans lequel les globules rouges (érythrocytes) sont transformés en unités micro-informatiques pour reprogrammer l’auto-orgasme. Par inadvertance, l’auto-codage frénétique de Reiko génère un rétrovirus UKI, prêt à se répliquer et à infiltrer le BioNet de GENOM Corp… Le virus UKI prend donc forme, c’est le début de l’histoire qui nous est proposé ici.

Les possibilités que pourrait offrir la biotechnologie dans les années à venir sont-elles vraiment enviables ? L’installation qui nous plonge dans un rouge plutôt inquiétant interroge ainsi les limites de la collecte de données biologiques.

Uki virus rising, Shu Lea Cheang, vue de l’exposition au Fresnoy :

Écran de fumée

Des paysages que nous sommes aux paysages que nous créons, nous ne savons plus vraiment où passer la tête. Nous nous jouons des frontières, des algorithmes, des images, des photographies, des montages, des trucages. Joyeux mélange, joyeuse poésie.

Entre les Augures mathématiques et Kéromancie, Hicham Berrada s’amuse de paysages en constantes constructions. De la chimie aux algorithmes c’est des données issues des sciences de la vie et de la terre que Berrada nourrit son travail, piochant dans la chimie, dans les mathématiques. L’esthétique reste une donnée non-négligeable de ces vidéos ou sculptures vivantes. Le film, Augures mathématiques, utilise des algorithmes de morphogenèse pour former des paysages numériques, pendant qu’une sorte de chimie est à l’œuvre dans Kéromancie.

Démêler ? De ceux qui dressent les frontières entre les histoires qu’on se raconte et celles qui seraient plus « réelles », Joan Fontcuberta semble se jouer. On ne démêle plus vraiment ce qu’on aurait un temps considéré comme paysage naturel des paysages reconstitués. La Série Orogenesis, Cézanne, Gainsborough, Millet, Turner, donne un contre-pied aux nombreux travaux photographiques de paysages. On doute devant ces paysages idylliques. L’utilisation de logiciels génératifs de paysages donne à voir une étonnante série de « fausses » photographies. 

Jusqu’aux étoiles, et au-delà

Le film Terraforming de Michael Najjar joue également sur les registres des paysages indomptables. Entre les images issues d’une randonnée et celle du robot martien Curiosity, l’installation nous plonge dans des interstices entre paysages terrestres et extra-terrestres. Une nouvelle fois, la cosmologie rentre en jeu à l’instar de l’installation Désidération – par Smith, la cellule Cosmiel et le studio Diplomates – dont nous vous parlions déjà en novembre dernier.

Et même si le chemin vers l’état de « Cosmiel » est encore long, un passage par l’installation 3D, Phantom de Daniel Steegman Mangrané vous plongera, un instant au moins dans un paysage qu’on aurait à peine osé rêver. Une expérience immanquable pour ne serait-ce qu’un instant, se réapproprier le temps, le temps d’une contemplation d’un paysage dont nous ne serions plus extérieurs.

Interrogeant les humanités numériques, l’exposition au Fresnoy nous dresse différentes perspectives possibles. Entre potentiels devenirs et contemporanéités (parfois effrayantes) que souhaitons-nous laisser advenir ? Les fluidités esquissées ouvrent alors à l’idée de contrer l’enferment de certains algorithmes pour infléchir une nouvelle dynamique, tels les cyborgs de Donna Haraway. Des fluidités, des devenirs mais aussi des responsabilités. L’enjeu serait peut-être de reconquérir nos subjectivités au-delà des imaginaires individualistes, reconquérir nos rêves, conscientiser nos liens. Si l’on vous cite quelques artistes ici, rien ne vaut un passage dans l’exposition où nombre d’autres travaux vous attendent. Alors, après les confinements, prenez le temps de la ballade dans l’exposition. Et essayons ensemble de reconstruire toujours plus de nouveaux récits, de nouvelles fictions, de nouveaux possibles. Les imaginaires ficelés par nos systèmes mortifères doivent réapprendre à voguer vers de nouveaux horizons. « Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce » nous dit Corinne Morel Darleux. Il nous faudra apprendre à faire autrement. Reprendre goût au poème, aux rhizomes qui s’extériorisent, aux potentialités multiples. Puisqu’on ne peut plus se mentir, nous somme les paysages que chaque jour nous construisons. Rendons-les habitables pour « l’humain qui vient ».

L’exposition « Fluidités : l’humain qui vient » est programmée au Fresnoy de Tourcoing jusqu’au 29 avril, mais bien sûr fermée pour cause de Covid-19 jusqu’à nouvel ordre.

Smart Cities and the Internet of Things: City Mattering

The City of Dundee. Felipe Fonseca.

In the context of the OpenDoTT project, a PhD programme from the University of Dundee and Mozilla which advances the understanding of open design seeking to develop a more trustworthy internet of things (IoT), the specific topic of Felipe Fonseca research is that of the so-called Smart Cities. Felipe Fonseca is currently at the Duncan of Jordanstone College of Art and Design in Dundee and will join this summer Berlin at the Mozilla Foundation. He offers Makery the logbook of the progress of his research. First episode.

Felipe Fonseca

Since I arrived in Dundee last July I was able to get a taste of a wide range of critical takes on the field, reflect upon some common elements between them and how they relate to my own past experience, as well as learn about areas I want to explore further.

My starting point was, in fact, a hiatus of about a decade. Around 2009 and 2010 I have written a bit about smart cities, albeit very superficially and only in Portuguese. My main interest was not technology in itself, for I already felt the deployment of information systems and hardware in cities was arguably nothing new. From public lighting to policing and transportation systems, cities have often been the proving grounds for new technological developments, since way before the digital appeared. I was rather more interested then in understanding the potential role of experimental labs when associated with emergent urbanism and local communities.

After writing those first texts, though, my attention was driven to other directions as I committed myself to a series of projects over the next years. Meanwhile, the role of technologies in society and politics has changed substantially. Just think that in 2010 there was no WhatsApp; few people knew about Wikileaks, nobody could foresee what Snowden and Manning would reveal; and far-right politicians still laid at the fringes of representative democracy.

Upon starting my PhD research I felt then the need to read a lot, if only to get up to date with recent developments. I also felt I needed (and to be honest still do) to acquire a wider understanding of scholarship about the thousands of years of urban development, and to gain insight into how that relates to digital technologies. One of my first clues was a short pamphlet that I had intended to read since it was out in 2013, but never had the time to do so. In Against the Smart City, Adam Greenfield exposes how the mainstream narrative around smart cities was manufactured intentionally by big IT vendors willing to sell their services and equipment to municipalities – often similar to services and equipment they were already delivering, but for a premium; that said narrative is based on a very hollow understanding of what a city is or should be; that some of the most widely used examples of smart cities are in fact artificial urban sections built from scratch with no genuine urban life; that they often aim at a supposed increase in productivity and efficiency, but those are very hard – likely impossible – to measure; and consequently that those famous cases of smart cities are much more mobilized as PR stunts to legitimize retrofitting every other city than honest experiments with new ways to organise urban life in those locations all while throwing more public money onto private corporate suppliers with little democratic oversight.

For some years after exploring the shortcomings of the idea of a smart city, Greenfield went looking for alternatives. His Practices of the Minimum Viable Utopia saw value on emergent urbanism, community workshops and local making, while later in Radical Technologies he would go further on the potential uses of technologies such as blockchain and digital fabrication equipment to support meaningful political change. In the process, though, he would give up on smart cities altogether and is reportedly treading other paths nowadays whilst still interested in cities, democracy and change.

Alongside Greenfield, many other authors have been contributing to understanding smart cities from a critical lens. Around the first month after I moved to the UK, a friend who’s a researcher on Latin American studies and decolonization suggested I had a look at the work of Ayona Datta. In a series of interesting pieces, Datta tries to bring the perspective of non-western urban environments to the discussion about smart cities, engaging with Indian and South African contexts, as well as more recently bringing to the fore the potential implications in small towns too. Her work weaves, on the one hand, an ethnographic approach with eyes and ears on the field, and on the other an incisive reading on the political aspects of urbanisation and how power relations are represented in it – not only at a local level but regional and transnational as well.

Beyond Smart Cities

Ayona Datta was also one of the keynote speakers in the Beyond Smart Cities Today seminar I came to attend in Rotterdam last September. As well as her own work, I had then the opportunity to learn about other interesting researchers. Many among them were speakers at the seminar, as well as being featured in a book recently edited by Rob Kitchin and Paolo Cardullo, The Right to the Smart City (a play with Henri Lefebvre’s well-known “The Right to the City”). Those days turned to be a good crash course on the critique of the smart city. I was put in contact with a number of works questioning the lack of agency of local populations about smart city projects, as well as issues of surveillance and privacy, ownership and the often intimate relationship of local authorities and the interests of transnational corporations.

The extent to which a significant part of the conflict arising from smart cities is tied to such a fundamental issue as land use regulation and the governance of private-public partnerships was somewhat disappointing to my own illusions around the smart city. It felt in fact surprisingly similar to what we found while running Ciência Aberta Ubatuba, a research project initially interested in promoting open and collaborative practices amongst researchers and scientists working in a particular area of Brazil, but which ended up trying to contribute precisely to promote wider access to the discussions about land use regulations. Not a new subject to me, in that sense.

During one of the last sessions of Beyond Smart Cities Today, Rob Kitchin noted that the participants had been discussing smart cities for those three days, but very little was explicitly said of, and I paraphrase, capitalism, labour and value creation. In something of a parallel to that perception, it indeed feels to me that all the discussion about smart cities is only concerned with what people do before they get to their workplace, or after they leave – public transport, lighting, options for entertainment and leisure, access to public services and play areas. Sometimes even housing, education, and healthcare. But little is said about work itself. As if citizens are not workers.

Again from Rob Kitchin, this time in his own keynote during the conference, I have learnt about Francesca Bria’s and Evgeny Morozov’s Rethinking the Smart City, published in 2018 by the Rosa Luxembourg Foundation. Despite having been reading a number of articles written by Morozov in the last couple years, and being acquainted with Francesca since the days of the Bricolabs network, somehow I had previously overlooked that work. The book interestingly makes the point that the smart city is precisely the stage of reproduction of neo-liberalism:

« it seems to be the case that technological infrastructures configured in a fashion more in line with the dogmas of neoliberalism—e.g., which treat data gathered in the city as a commodity to be bought and sold on secondary markets, delegating a greater share of public transportation to firms like Uber and taking a more hands-off approach towards the likes of Airbnb—will make it rather difficult for cities to experiment with non-neoliberal political and economic agendas. »

Later on, Bria and Morozov propose that building on the idea of technological sovereignty – a term first circulated, it seems, from within autonomist and anarchist circles [PDF] and encompassing a number of experiments around free/open source technologies, local manufacturing, and degrowth – would be a first significant step in overcoming the neo-liberal dead-ends. Rethinking the Smart City lists examples of local administrations facing the immense power of venture-funded transnational corporations by trying to shift from market-oriented urbanization to approaches oriented towards the public good.

Unfolding the map

Those three or four leads opened my eyes to a diversity of meaningful research and literature done in recent years. Only on smart cities and other urban issues, there are a couple dozen books, articles and papers I plan to read in the coming months. The list can keep on growing indefinitely as new works appear, as is natural. To mention just two of the most recent ones that caught my attention: Some Thoughts and How to run a city like Amazon, and other fables.

The former stems largely from the opposition to Sidewalk Toronto. I must confess I was not following that project before starting the PhD, but many people drove my attention to it since, not least Bianca Wylie, who was also a keynote speaker in the Rotterdam conference and is one of the key people resisting in Toronto. The project seems to be the new shining utopia of the smart city canon, updated with a little hipster-greeny dressing. For research purposes, I have listened to some episodes of a podcast made by Sidewalk Labs, the project’s developer. I feel that the people who host and participate in the podcast sound as they even believe to be taking on the establishment (the automotive industry, for instance, or the construction sector). More important than whatever they say, however, are the many issues they do not address. To what extent their blindness to the corporate interests behind their own organisation (backed by Alphabet, which itself owns Google, no less) is either ignorance or cynicism remains to be discussed. Against that, Some Thoughts offers many quick entry points to deeper discussions and that way highlights important ideas and initiatives in the smart city space.

In a different approach to similar matters, How to run a city like Amazon explores “how a city might look, feel and function if the business models, practices and technologies of 38 different companies were applied to the running of cities”. It features speculative or otherwise exploratory essays, flirting with cyberpunk and dystopic storytelling and as such can contribute to the discussion in ways that go beyond the mere naturalisation of new technologies and key points of neoliberal ideology in the urban environment.

Focusing

In any case, up to now, I have read a part of those books and articles on smart cities and urban issues in order to understand what the perspective of my research must be. And I will be focusing next on one particular subject, for a number of reasons. First of all, I understand that a general critique of the smart city is already being well concerted, and for now, I wouldn’t have much to contribute significantly to it apart from closing ranks against the ill consequences of digital-driven transnational capitalism. Even if the smart city is still making headlines on specialized news and being promoted by IT vendors to maximize their businesses with vulnerable officials in cities of all sizes, the groundwork is laid to understand how problematic that image is. I do however see a gap in most of what I have read to date.

I am naturally aware of the risks of bias, as the proverbial hammer for whom every problem is a nail head, but I know as well that one needs to value their past experience to understand current challenges. It is then expected that my eyes will pay attention to an area I have been involved in and out in the last couple decades: waste management. And from what I read so far, I do see it mentioned briefly within smart city materials, but usually only in introductions sections. That is, whenever people try to explain what smart cities are about, they will say something about cities trying to use IT in order to better manage transportation, lighting, security, and… waste. There it is, indeed, mentioned quite often. But as the works unfold, the smart city may be criticised for its own blind spots that increase inequality, undermine democracy and put us all under permanent surveillance. Some will even start proposing alternatives, escape routes, ways to say no and create different settings for contemporary urban life. But at that point waste is absent from the conversation. It may be mentioned anecdotally – some rightly dismiss the deployment of “smart bins” as useless or outright nonsensical. But the whole discussion about capitalism, labour, inequalities, sovereignty… is apparently unrelated to whatever mechanism is generating and disposing of waste. And to my understanding that view must be challenged.

It is as though compared to issues such as social participation, agency and inclusion, waste dissolves (literally?) in the background, seen as nothing more than an unsexy technical-material ensemble only interesting to engineers and perhaps some environmentalists. After all, isn’t society already moving forward as more citizens start sorting their recyclables all over the world?

It turns out it is not. And that requires me to dive into literature and insights from a whole other area, as well as recollecting projects I’ve been involved with in the past couple decades. But I’m keeping that for my next article. Meanwhile, check how waste and scraps entered my life, back in the last Millenium.

This project has received funding from the European Union’s Horizon 2020 research and innovation program under the Marie Skłodowska-Curie grantNo 813508.

JOGL lance un appel pour concevoir un test open source du Covid-19

Ewen Chardronnet

Concevoir un test de détection open source DIY du Coronavirus ! C’est le challenge que le laboratoire de recherche distribué JOGL a décidé de se lancer.

Thomas Landrain, fondateur de Just One Giant Lab (JOGL) et Zach Mueller, co-fondateur de SoundBio à Seattle, lancent l’initiative OpenCovid19 afin de développer et de partager des méthodologies open source pour tester en toute sécurité la présence de SARS-CoV-2.

JOGL est le premier laboratoire de recherche distribué fonctionnant comme une plate-forme de mobilisation ouverte et massive pour la résolution collaborative de tâches. JOGL s’appuie sur les efforts de pairs pour « résoudre les problèmes les plus urgents et les plus importants en utilisant la science ouverte, l’innovation responsable et l’apprentissage continu ».

JOGL a décidé de contribuer à lutter contre l’épidémie actuelle en développant une méthodologie open source pour tester en toute sécurité la présence du SRAS-CoV-2 en utilisant des outils aussi communs que possible.

Vidéo du premier appel communautaire :

Vidéo du second appel communautaire :

Plus d’infos sur la page de l’OpenCovid19 Initiative.

Forum Vertigo au Centre Pompidou, STARTS au Centquatre : la création artistique à l’épreuve de la technologie

Ouverture des STARTS Residencies Days au 104. © Makery

Dans la continuité de l’ouverture le 26 février dernier de l’exposition au Centre Pompidou « Neurones, les intelligences simulées », se tenaient le forum Vertigo « Intelligence artificielle et création artistique » ainsi que divers évènements associés en partenariat avec l’Ircam et le programme STARTS de l’Union Européenne.

Céliane Svoboda

Après « Imprimer le monde », « Coder le monde », « La Fabrique du Vivant », le quatrième et dernier volet de la série Mutations/Créations du Centre Pompidou et de l’Ircam abordait cette fois le champ de l’intelligence artificielle avec l’exposition « Neurones, les intelligences simulées ». Parallèlement, du 26 février au 4 mars, et comme à chaque fois, le Forum Vertigo déclinait les enjeux de la thématique avec des artistes et chercheurs de différents champs de la création (arts visuels, architecture, musique, danse), entre perception artificielle, comportement autonome, interaction corporelle, et nouveaux espaces de représentation et de transformation issus de l’analyse massive de données.

Les 26 et 27 février proposaient ainsi un riche programme au Centre Pompidou condensé sur deux jours avec de nombreuses conférences que vous pouvez retrouver sur la chaîne Youtube de l’Ircam. Hugues Vinet, directeur de l’Innovation et des Moyens de la Recherche à l’Ircam, et Frédéric Migayrou et Camille Lenglois, commissaires de l’exposition « Neurones, les intelligences simulées », étaient présents pour animer les différentes discussions. Les thèmes étaient donc variés, nous avons retenu quelques projets.

Des data, du glitch et des tulipes

Au milieu des questions urbanistiques et architecturales, on retient notamment l’original travail de Refik Anadol, Engram Data Sculptures qui plonge le spectateur dans des peintures/sculptures dynamiques, présentées sur grand écran. C’est un jeu entre différentes dimensions qui s’instaure et on est alors vite plongé dans ses tableaux géants qui induisent un mouvement presque qu’absorbant. Sans qu’on s’en aperçoive nécessairement le tout dépend de la gestion d’un grand nombre de données. Il est alors question de mettre en mouvement les données pour proposer autre chose, une expérience algorithmique plus visuelle. Les algorithmes sortent alors pour un temps de leurs logiques habituelles pour proposer une expérience différente qui vient questionner l’usage habituel des big data. Habile détournement. 

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Neurones, les intelligences simulées 26 février – 20 avril 2020 Au @centrepompidou En lien avec l’ @ircam_paris Découvrez l’exposition qui fait le lien avec les différents événements de la semaine passée (forum Vertigo @startseu S.T.Arts days) Photo 1: Présage, tranche 2007 – en cours ~ Hicham Berrada Photo 2: Engram, Data Sculpture 2018 ~ Refik Anadol Photo 3: Dream machine, 1960 ~ Brion Gysin Photo 4: Mosaic Virus, 2019 ~ Anna Ridler Photo 5: Aerospheres, 2016 – 2019 ~ Certain Measures #art #artnumerique #algorithm #algorithms #algorythmes #IA #intelligenceartificielle #artificialintelligence #code #coding #paysages #artistes #centrepompidou #exposition #exhibition #artists #art #contemporaryart #artcontemporain #reseaux #networks

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Dans un univers bien différent, se déjouant de toute sobriété, le travail de Lu Yang aux graphismes colorés utilisant le design du jeu vidéo questionne d’une manière singulière les potentiels de l’intelligence artificielle. L’artiste basée à Shanghai use de tabous autour de la spiritualité, de la religion, de la mort, de la sexualité et a su se créer un univers propre, reconnaissable entre mille. Une vidéo est présentée dans l’exposition au Centre Pompidou. Son site internet est aussi l’occasion de découvrir son univers qui joue du kitsch et du glitch pour aborder des questions non moins sensibles. 

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Forum Vertigo – Autour de la question des « Limites et potentiels génératifs de l’intelligence artificielle » Les artistes Robbie Barrat, Ronan Barrot, Mario Klingemann, Lu Yang, Jonas Lund et Anna Ridler nous présentaient leurs travaux en lien avec le numérique et l’intelligence artificielle, avec Stéphane Mallat du Collège de France pour porter les questions de relations entre art et sciences. Le débat était animé par Frédéric Migayrou et Camille Lenglois @centrepompidou @ircam_paris #art #contemporaryart #artcontemporain #conceptualart #artconceptuel #numerique #IA #intelligenceartificielle #artificialintelligence #code #coding #makers #artists #artist #algorithm #algorithms #generativeart #beaubourg #paris #forumvertigo #ircam #artjaws #debat #centrepompidou

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Anna Ridler, quant à elle, joue de liens improbables entre la « Tulipe mania » et les cryptomonnaies. Son travail Mosaic Virus (également visible au sein de l’exposition), développé à partir d’une intelligence artificielle dans le cadre d’une résidence EMARE à Impakt aux Pays-Bas, joue sur l’apparence des tulipes en fonction des fluctuations des prix du bitcoin. L’occasion de faire le lien entre les différentes spéculations faites autour de ces fleurs, de leurs apparences et des cryptomonnaies. C’est un lien presque intangible qui s’esquisse d’une spéculation et d’une surveillance (voir d’un contrôle) accru qu’on a de cesse d’élargir à ce que l’on a souvent trop considéré dans la culture occidentale comme élément à part, à savoir – la nature. D’un monde toujours plus quantifiable (manipulable ?), les fleurs présentées sont séduisantes et pourtant elles reflètent aussi l’écho de spéculations souvent néfastes à notre environnement – dont nous ne sommes pas exclus.

De l’historique « Dream Machine » aux enjeux contemporains

Pour ouvrir la deuxième journée, Pierra Cassou-Noguès, Paul Pangaro, Daniel Parrochia, Andrew Pickering, Margit Rosen et Frédéric Migayrou questionnait les « Impasses et devenirs de la cybernétique ». 

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Deuxième journée du forum Vertigo @centrepompidou avec @ircam_paris « Impasses et devenir de la cybernétique » avec Pierre Cassou-Noguès (philosophe, professeur à l’université Paris 8, Paul Pangaro (designer et professeur des pratiques à l’université Carnegie Mellon), Daniel Parrochia (philosophe, professeur honoraire à l’université de Lyon), Andrew Pickering (professeur émérite de sociologie et de philosophie à l’université d’Exeter), Margit Rosen (directrice du département d’archives, des recherches et des collections du ZKM) et Frédéric Migayrou. #cybernetique #cybernetics #algorithm #data #database #donnees #machine #hommemachine #sciences #art #predictivealgorithms #chercheurs #artistes #makers #entropie #boltzmann #physique #mathematiques #technologie #technology

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C’était alors l’occasion de retrouver diverses théories et travaux artistiques plus anciens telle que la Dream Machine de Brion Gysin et du scientifique Ian Sommerville, œuvre également dans l’exposition dont on vous suggère d’aller faire l’expérience si vous n’en avez encore jamais eu l’occasion. Néanmoins, on regrette que sur des questions si complexes la conférence d’une heure et demi n’ait pas vraiment permis de mieux questionner ce qu’il en est du tout technologique contemporain. Bien que balayant les théories alarmistes du siècle précédent et le devenir tout technologique souvent sanctifié d’aujourd’hui, la question de la responsabilité des développeurs était esquivée au profit des mantras de l’innovation et du progrès. Délaissant les questions éthiques et philosophiques les artistes et chercheurs nous laissaient parfois dans un certain flou, rendant quelque peu frustrant le manque d’approfondissement de ces questions essentielles vis-à-vis de la tournure qu’ont tendance à prendre nos sociétés du contrôle.

Finalement, dans cette débauche, c’est ce lien appuyé entre la création artistique et les nouvelles technologies qui finit par poser question. Si on note l’intérêt du travail de Maxime Matthys qui questionne dans The Ministry of Privacy l’utilisation déjà omniprésente dans certains pays de la reconnaissance faciale et des différents dispositifs de surveillance des populations, la collaboration avec de nombreux scientifiques et le développement de divers algorithmes tend à questionner la responsabilité de l’artiste. Si mettre en visibilité des phénomènes parfois encore peu connus pour les questionner est d’une nécessité absolue, la question du dépassement de la fascination dans ces collaborations entre artistes et scientifiques se pose. Si certaines sont fructueuses, n’y a-t-il pas un certain danger dans la recherche de la « nouveauté » à tout prix, et cela d’un côté comme de l’autre ?

STARTS Days : artistes et innovation au Centquatre

Les S.T.ARTS Days (pour Science, Technologie et Arts) qui se déroulaient dans le week-end du 29 février et 1er Mars au Centquatre étaient l’occasion de présenter différents projets issus des S.T.ARTS Residencies de l’année écoulée. Les projets issus des résidences étaient présentés pour le week-end sous forme de stands dans la nef du site, ce qui donnait plus l’impression d’un forum de rencontres de startupers plutôt que d’une valorisation d’un programme artistique. L’ambiguïté était traduite également par les divers prospectus remis à l’entrée qui utilisaient ad nauseam le jargon des startups de la tech. Pourtant, au milieu de projets aux potentialités variées, certaines dynamiques plus artistiques auraient gagné à être présentées sous un autre format. Si la petite exposition présente dans la galerie 6 du Centquatre était l’occasion de découvrir l’impressionnant Hilbert Hotel de Dimtry Gelfand et Evelina Domnitch (entre autres) qui jouent avec la physique pour proposer une œuvre quasi hypnotisante offrant une poésie étonnante à des particules flottantes, on regrette que les lieux n’aient pas été mieux investis. Le choix de la Nef Curial faisait perdre aux propositions artistiques leurs capacités à investir l’espace, et on sait pourtant combien aujourd’hui la scénographie n’est plus négligeable si l’on prétend jouer autour/avec de l’art contemporain.

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Découvrez l’exposition au @104paris en lien avec les S.T.ARTS DAYS. Technologie, arts et sciences se rencontrent et s’influencent. ✨ #art #contemporaryart #artcontemporain #science #sciences #artsciences #scientists #artists #artistes #chercheurs #chercheuses #numerique #data #donnees #IA #intelligenceartificielle #technology #technologie #startsdays #arts #makers #fab

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Les S.T.ARTS DAYS c’est ce week-end au @104paris , retrouvez les tables rondes avec @ircam_paris ce samedi et demain ! #artnumerique #numerique #artiste #chercheurs #chercheuses #104 #centquatre #data #IA #intelligenceartificielle #design #tech #technology #technologie #creation #artcontemporain #contemporaryart

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On note quand même quelques jolis projets dispersés au sein de cette grande halle. Le projet Data Union Fork, Tools for Data Strike par Larisa Blažič sonnait comme une invitation à mieux diffuser l’univers du code et l’utilisation de Rasperry Pi et des technologies open-source et du peer-to-peer pour sortir des logiques de surveillance à outrance. Data Union Fork est une « proposition visant à conceptualiser, à articuler et à co-créer un modèle de «contrat intelligent» affirmé permettant une couche de protection supplémentaire pour les droits numériques des citoyens tout en promouvant la solidarité et l’entraide ». L’artiste développe un outil qui résonne avec notre actualité, pour permettre à chacun d’inviter anonymement à un rassemblement collectif, à une manifestation… Orbital River Station du duo Hehe (présenté à Avignon l’été dernier) s’avérait être un exemple convaincant d’application d’une philosophie « critical making », cette méthodologie définie par le canadien Matt Ramo qui consiste à « utiliser des formes matérielles d’engagement avec les technologies pour compléter et étendre la réflexion critique et, ce faisant, reconnecter nos expériences vécues avec les technologies à la critique sociale et conceptuelle ». Suivant une méthodologie proche, l’Invisible Agency travaillait à rendre visible les ondes de données qui nous entourent… L’occasion de se rendre compte, même si on n’en doutait plus, que nous sommes pris au milieu de très très nombreux flux…

En parallèle des présentations dans la nef et de l’exposition, se tenaient également diverses tables rondes et projections, toujours dans ces questionnements entre art, création artistique, science, technologie. 

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Table-ronde Art, technologie et médecine. Les S.T.ARTS DAYS c’est ce week-end au @104paris, retrouvez les tables rondes ce dimanche ! Et le programme se poursuit lundi et mardi avec @ircam_paris ! @startseu #artnumerique #numerique #artiste #chercheurs #chercheuses #104 #centquatre #data #IA #intelligenceartificielle #design #tech #technology #technologie #creation #artcontemporain #contemporaryart #soundart #technomedicine #care #medical #mediaarts #ircam #art4med #startsresidencies #eucommission #medtech

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De l’utilité de l’art

Malgré un programme riche, foisonnant, on est resté quelque peu perdu face à ces questions si denses rassemblées dans un temps si court. Parfois le subtil et trop rapide balaiement des thèmes ne permettait pas d’investir vraiment les questions et les enjeux, tandis qu’à d’autres moments l’argumentation technique pouvait réfréner les novices en quête de découvertes.

Un sentiment encore plus surprenant émergeait après les tentatives de discussion avec certains des artistes de la nef qui questionnaient eux-mêmes la volonté de trouver à tout prix une « utilité » pour la science dans leur travail artistique : les dynamiques utilitaristes ne font souvent que répondre à des enjeux économiques qui ne sont pas nécessairement les enjeux de la création artistique. Si certains pouvaient exprimer les nouveaux mondes et inspirations rencontrés dans leurs séjours dans les laboratoires scientifiques, d’autres relevaient aussi le manque de liberté dans la conduite des projets, tant les nombreux « pitchs » et présentations requis par le programme condamnaient parfois le temps réel qui aurait pu être dédié à la recherche et à la création.

Si les artistes ont régulièrement cherché à questionner la science, leurs objectifs sont souvent plutôt éloignés de ceux des chercheurs. Face à l’ultra-spécialisation scientifique contemporaine, la collaboration avec des artistes peut sans doute permettre d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexions, de développer de nouveaux programmes, mais dans le processus une question est négligée en chemin : qu’est-ce que la création artistique ? Si la création artistique se pense souvent comme interrogeant le monde qui l’entoure, ses dérives et ses déboires, il semble difficile de vouloir la constituer en « driver » de l’innovation technologique. Et si l’apport des artistes n’est finalement que purement esthétique, dans le but d’enrober l’innovation technologique, cela ne renvoie alors qu’à une question de design qui n’est plus vraiment celle de la création contemporaine. Il faudra alors apprendre à ne jamais cesser de se questionner et peut-être relire le Manifeste Cyborg de Donna Haraway.

Le site du Forum Vertigo et le site des STARTS Residencies.

L’exposition « Neurones, les intelligences simulées » se tient au Centre Pompidou jusqu’au 20 avril 2020.