Aux Comices du Faire, le camp d’été breton des amoureux de la lowtech

Aux Comices du Faire à Nevez (Finistère) © Jean-Jacques Valette

A Nevez dans le Finistère se tenait du 15 au 28 juillet les Comices du Faire. Un micro-festival pour makers amoureux de la récup’ et des énergies renouvelables. Makery leur a rendu visite.

Jean-Jacques Valette

Chroniqueur en résidence (Feral Labs Network), texte et photos

C’est un petit chemin qui sent la low tech. Passée la haie de noisetiers, l’atelier Z accueille sur son terrain de deux hectares à la pointe du Finistère des makers de tous types pendant deux semaines chaque été (lire notre chronique du camp 2017). Objectif de ce camp nommé « Comices du Faire » : créer un tiers-lieux éphémère où chacun est libre de se reposer ou de travailler selon son rythme et ses envies. Un format plus « slow » que les hackathons chronométrés, avec un accent fort mis sur l’écologie et l’autosuffisance.

« On a acheté ce terrain à Nevez il y a trois ans avec ma compagne Blanche pour se mettre au vert. Dès le début on cherchait un lieu avec de l’espace pour l’ouvrir aux autres », explique Cédric Lebreton, ancien skipper et fondateur des Comices du Faire.

Et de l’espace, il n’en manque pas. Un bois, des prairies, un hangar de 300m2 et un atelier de 150m2 qu’il met à disposition pour l’événement. Des toilettes sèches, une douche et une cuisine d’extérieur permettent l’accueil des festivaliers. Le tout, à dix minutes de vélo de la plage.

De gauche à droite, Manu, Cédric et Ronan, les fondateurs de l’atelier Z. © Jean-Jacques Valette
A l’atelier Z on travaille aussi le bois. © Jean-Jacques Valette
Electronique DIY aux Comices © Jean-Jacques Valette

Voiturette électrique et bateau en bio-composite

Ici, pas de tickets pour les repas et les boissons. Un coup de torchon chasse les composants électroniques pour faire place à l’épluchage de légumes. Chacun participe et met dans la tire-lire en toute conscience.

Sous le hangar aux murs de pierre trône une Mini-Comtesse blanche. Une voiturette à une place des années 1970 qui avait jusqu’ici un moteur de mobylette, mais que les bricoleurs entendent bien remplacer par un modèle électrique. C’est l’un des chantiers majeurs de ces deux semaines avec la rénovation du Gold of Bengal. « A côté de nous se tient le premier bateau au monde en bio-composite », explique Cédric. Fabriqué en 2013 au Bangladesh par l’ingénieur breton Corentin de Chatelperron, il a survécu à six de mois de navigation en solitaire dans l’océan Indien et démontré la pertinence de la jute comme alternative naturelle aux fibres synthétiques. Un projet qui a mené depuis Corentin à fonder l’association Low Tech Lab, basée à Concarneau.

La Mini-Comtesse © Jean-Jacques Valette
Le Gold of Bengal © Jean-Jacques Valette

Maisonnette sur roues

Des voisins en somme, et qui ouvrent le même jour au public leur prototype de Tiny House autosuffisante. Une petite expédition s’organise. La maisonnette en bois sur roues, d’une quinzaine de mètres carrés, est déjà entourée de visiteurs.

Car ce prototype incarne beaucoup de promesses. Celle d’avoir un toit pour moins de 30 000 euros, tout en offrant une grande qualité de vie. De quoi se libérer des loyers, des crédits, et même des factures.

La Tiny House, maison pilote du Low-Tech Lab © Jean-Jacques Valette

A l’avant, deux panneaux solaires assurent la production d’électricité. Les gouttières captent l’eau de pluie dans une citerne, qui après usage est rejetée en phytoépuration. Plus étonnant, deux capteurs thermiques fabriqués avec de l’ardoise et une grille de frigo chauffent l’air et l’eau de la Tiny House. Et un garde-manger ventilé dépasse d’une fenêtre à l’arrière.

Le Low-Tech Lab propose une web série autour du projet Tiny House. Ici l’épisode 4 des écolocataires Clément Chabot et Pierre-Alain Lévêque sur la gestion de l’eau :

« Il y a en tout une quinzaine de low tech dans cette maison . Des technologies abordables, faciles à réaliser qui répondent à nos besoins essentiels », détaille Pierre-Alain Lévêque. Il vit dans cette maison depuis le printemps pour la tester et mesurer ses performances avec des capteurs. Les plans finaux seront ensuite publiés en open source sur le site de l’association.

« On veut surtout démontrer qu’il est possible de réduire les besoins à la source, avant de penser à quelle énergie renouvelable employer. On a encore quelques réglages à faire ici et là, comme pour le poêle de masse ou la douche à récupération de chaleur mais on y arrive petit à petit ! »

Pierre-Alain Lévêque à l’intérieur de la Tiny House © Jean-Jacques Valette

Appropriation du vivant et Internet libre

De retour aux Comices, c’est l’heure de la soirée ciné. Le réalisateur Philippe Borrel est venu présenter La Bataille du Libre. Un film qui tisse des parallèles entre l’appropriation du vivant par les grandes firmes agricoles et pharmaceutiques, la lutte contre la propriété intellectuelle, et le droit à la réparation et à un Internet libre.

« Ce n’est pas un film sur le numérique mais sur la question des Communs. Sur comment cesser d’être des consommateurs passifs et reprendre notre vie en main », détaille Philippe Borrel. « Ce qui se joue aux Comices, ce qui m’intéresse, c’est le verbe Faire. Il y a ici une passerelle étonnante entre des gens de domaines très variés, comme le numérique ou le bois, et qui font des choses ensemble.»

En parlant avec les participants, on va en effet de surprise en surprise. Cela va d’une communauté écologique pour les orphelins au Maroc à la restauration des vieux catas des écoles de voile du coin.

Philippe Borrel est venu présenter son dernier documentaire, la Bataille du Libre. © Jean-Jacques Valette

Cryptomonnaies et dômes de terre

Dorian, lui est venu présenter la monnaie libre Ğ1 (prononcez « june »). « Notre argent c’est de la dette. Quand tu donnes un euro à la boulangère, c’est de la dette. On a besoin de repenser le système économique mondial car c’est lui qui incite à la surproduction et la surconsommation. »

Pour lui la solution est dans cette nouvelle cryptomonnaie, qui pour des raisons (assez compliquées) serait l’outil le plus simple pour verser le revenu inconditionnel d’existence…

Romane et Léa débattent de leur coté de la meilleure façon de bâtir un dôme géodésique. « C’est parti d’un projet de fin d’étude en école d’ingé, où on nous a demandé de réaliser un business model. Et on recherchait du sens alors on a inventé un projet de location sociale avec des habitats écologiques. Et puis ça nous a donné envie de nous lancer », raconte Léa.

Léa et Romane en discussion autour de la tenségrité des dômes géodésiques. © Jean-Jacques Valette

Aujourd’hui, elles lancent un collectif nommé le Klédou afin d’organiser des chantiers participatifs. Leur prochain projet, actuellement en financement participatif, est une Kerterre, un genre de maisonnette entièrement en terre et en matériaux de récupération.

« C’est ce genre de rencontres que je recherche. Il y a tout un réseau qui se forme dans le Finistère Sud », constate Cédric, fondateur des Comices. « Aujourd’hui, tout l’argent va vers les métropoles. Et le fossé se creuse avec les périphéries. Alors que face aux enjeux du siècle, on a plus que jamais besoin du monde rural, et de partager la solidarité et les savoirs. »

En savoir plus sur le wiki des Comices du Faire.

Jean-Jacques Valette est chroniqueur en résidence 2019 du réseau Feral Labs.

Au Nowhere Festival, le DIY permet l’abondance dans le désert

Avec l'équipe du Bababarrio au Nowhere Festival © Jean-Jacques Valette

Au Nowhere Festival, équivalent européen du Burning Man, les makers ont trouvé un terrain de jeu pour déployer leurs compétences. Objectif: assurer l’autonomie totale de leurs camps en eau, énergie et nourriture durant une semaine. Et créer de la beauté dans des conditions extrêmes. Notre chroniqueur a suivi l’équipe du Bababarrio.

Jean-Jacques Valette

Chroniqueur en résidence (Feral Labs Network), texte et photos

A trois heures à l’est de Barcelone, sur la route de Saragosse, nous bifurquons vers le désert espagnol de Los Monegros en Aragon, un chemin vers nulle part. La piste de terre nous couvre de poussière alors que notre voiture se faufile entre de hautes mesas dignes d’un western dans le Sud-Ouest américain. Nous sommes en route pour le festival Nowhere, l’équivalent européen du Burning Man.

Ce festival est aussi méconnu que le second est célèbre. Fondé en 2004, le Nowhere rassemble 3 500 personnes contre 70 000 pour son grand frère américain. Et pourtant, on y trouve le même esprit. Voire une taille plus humaine.

L’esprit Burning Man se retrouve au Nowhere © Jean-Jacques Valette

Dômes géodésiques et containers maritimes

Devant nous, une cité éphémère dédiée à l’art et à la fête est en train d’émerger sur la page blanche qu’offre le désert. Il fait encore 40 degrés et une tornade de poussière tourne à l’horizon. Le festival ouvre le lendemain et des équipes s’activent en tous sens pour tendre des bâches et des sangles à cliquet. Dans la lumière dorée de la fin du jour, on aperçoit à l’arrière plan des dômes géodésiques, des containers maritimes et la haute silhouette des chapiteaux. Quelques guirlandes lumineuses tracent déjà des traits roses sur l’indigo.

Entre installation et retrouvailles © Jean-Jacques Valette

Tout ceci a été amené sur place par des participants comme nous. Car au Nowhere, il n’y a pas d’artistes, pas de consommateurs, chacun est participant. C’est l’une des dix règles du Burning Man, avec l’autosuffisance, le zéro-commerce et le zéro-déchet.

Le billet à 170 euros ne donne donc droit à rien si ce n’est la présence de toilettes et de services de secours (et tout de même quelques subventions pour les projets artistiques ou technologiques les plus ambitieux). C’est aux participants d’apporter leur eau, leur nourriture, leur énergie. Mais aussi leur musique et leurs installations artistiques. Et cela fonctionne au-delà des espérances.

Cage à hamster géante

Chaque camp rivalise pour construire les structures les plus accueillantes ou les plus audacieuses. Une immense tente de velours rouge aux airs de cabaret côtoie un camion DJ transformé en caméléon hérissé de néons, un labyrinthe de toile avec des salles secrètes, une cage à hamster géante qui crache des flammes… Tout est possible au Nowhere.

La cage à hamster géante qui crache des flammes © Jean-Jacques Valette

Et c’est ce qui m’a mené à rejoindre un « barrio ». Un camp d’une cinquantaine de personnes, qui permet de mettre en commun la logistique et de mener des projets plus ambitieux que si l’on vient seul avec sa tente et sa glacière en mode « freecamp »

Son nom ? Le Babababarrio. Le groupe fête sa deuxième année et rassemble essentiellement des parisiens. La plupart ont la trentaine et travaillent dans l’art, l’architecture, le design, la communication… Des bobos millenials diraient certains, d’autant que le reste des Burners, sous leurs costumes de Mad Max, sont généralement des cadres ou des CSP+.

Le Bababarrio © Jean-Jacques Valette
Chill au Bababarrio © Jean-Jacques Valette
Soudure au chalumeau à l’atelier joaillerie. © Jean-Jacques Valette

200 événements Burn

Le mouvement Burn s’étend pourtant à travers le le monde depuis son apparition à la fin des années 1980, et compte déjà 200 événements. Outre le Burning Man au Nevada, on compte notamment le Mid Burn en Israel, l’Afrika Burn en Afrique du Sud. Et plusieurs petits festivals en Europe comme Borderland en Suède, Nest au Royaume-Uni, Where the Sheep Sleep aux Pays-Bas, Crême brûlée en France… et bien sûr Nowhere.

Pour mener à bien leurs projets, les «burners » se préparent des mois à l’avance. Dès février, des rencontres permettent de constituer l’équipe de notre barrio, et celle-ci s’organise sur Slack et Google Drive. Comme j’ai bricolé un petit générateur solaire de 20W l’année dernière, je suis bombardé « lead électricité » du camp. A moi de trouver comment répondre aux besoins de 50 personnes !

Un plan se dessine rapidement : construire un générateur solaire avec des composants d’occasion, le plus puissant possible tout en restant sous la barre des 500 euros. Et lui rajouter un petit générateur thermique pour alimenter notre sound system les soirs de fête.

Douche électrique et boissons glacées

Plusieurs nuits blanches plus tard avec mon compère Simon dans son atelier, nous avons un générateur solaire fonctionnel. 210W, 190Ah de batteries dans une boite étanche. Soit dix fois plus puissant que la version précédente. Nous avons aussi bricolé plusieurs dizaines de mètres de guirlandes LED, une pompe à eau pour alimenter notre douche et notre évier. Et j’ai même enseigné l’art du climatiseur par évaporation à trois personnes !

Dans l’atelier de Simon © Jean-Jacques Valette
Le générateur solaire 20W aux côtés de son grand frère de 210W. © Jean-Jacques Valette
Opération climatiseur solaire. © Jean-Jacques Valette
Le générateur solaire DIY une fois terminé. © Jean-Jacques Valette

Car ce n’est pas parce nous serons dans le désert qu’il faut renoncer à tout confort. Appartenir à un camp permet de se laver, d’avoir au moins deux repas par jour, un grand espace d’ombre et généralement un bar avec des boissons glacées. Le tout pour environ 150 euros la semaine.

Un coût relativement élevé mais qui nous permet de dépenser par exemple 1 700 euros dans la location d’un camion, ou 1 300 dans l’achat d’un demi container maritime. Le genre d’investissement qu’on ne fait pas pour un simple week-end entre amis, mais qui nous feront faire des économies à l’avenir.

Pour notre structure d’ombre principale, les architectes du Bababarrio ont réalisé un chapiteau de onze mètres de diamètre à l’aide d’un poteau central, de sangles à cliquet et de toile d’ombrage. Il a fallu coudre des dizaines de mètres de filet, creuser des tranchées pour les ancres, lever des poteaux… mais le résultat est là. D’autant plus que notre Team Déco lui a donné un style « jungle » avec des guirlandes en plastique upcyclé et du film dichroïque aux couleurs irisées.

Les membres du Babababarrio en train de coudre des dizaines de mètres de toile d’ombrage. © Jean-Jacques Valette
Votre chroniqueur au travail avant le départ. © Jean-Jacques Valette
Puis sur le terrain. © Jean-Jacques Valette

Massage thaï et crochetage de serrures

Notre petit chapiteau est parfait pour piquer une sieste dans un hamac, ou organiser des workshops l’après-midi. Du yoga au massage thaï en passant par les moulages corporels ou le crochetage de serrures, les festivaliers s’y pressent. Du moins en journée, car la nuit nos guirlandes LED souffrent encore de quelques court-circuits…

D’autres camps vont plus loin dans leur quête du confort. Au No Camp Camp, on peut se faire refroidir la tête dans un casque de coiffeur bricolé, tout en savourant une délicieuse bière blanche allemande tirée à la pression. A Solonia Wilds, des polisseuses de carrosserie permettent de se masser le dos avec des moumoutes vibrantes. Ailleurs on a creusé un restaurant souterrain d’une dizaine de mètres carré. Ou installé des brumisateurs automatiques et même une piscine !

Votre chroniqueur se rafraichit le cerveau au No Camp Camp. © Jean-Jacques Valette
Massages à la polisseuse de carrosserie chez Solonia Wilds ! © Jean-Jacques Valette

Les meilleures inventions peuvent recevoir des bourses d’innovation, et sont ensuite publiées sur un site wiki. Dans ce domaine, le barrio SolarPunk se distingue. Une dizaine de panneaux solaires entourent le camp. Ils alimentent un congélateur qui contient les repas déjà préparés de l’équipe dans de petits sachets biodégradables que l’on réchauffe au micro-onde. Et luxe ultime, une cabane en panneaux d’isolation permet même de redécouvrir les joies de la climatisation !

Récup’ et énergies renouvelables

« Le tout a été bâti avec du matériel 100% récup’ et des énergies renouvelables », annonce fièrement Tom Allen, l’un de ses fondateurs. Même la caravane derrière lui a été sauvée de la casse avant sa destruction.

Pour le trentenaire britannique, le Nowhere est un aperçu de ce que pourrait être le monde de demain, avec une société véritablement écologique et démocratique. Et c’est la raison qui l’a poussé à nommer son barrio Solarpunk. Un courant de science fiction encore minoritaire, qui imagine les humains reconstruire des utopies soutenables après l’effondrement.

Du Steampunk au Solarpunk © Jean-Jacques Valette
En communion avec la nature © Jean-Jacques Valette

Et en regardant autour de nous, on pourrait y croire à cette nouvelle société. Sans chefs, sans argent, elle parvient néanmoins à créer de l’abondance et de la beauté. Un espace hors du temps et hors de la société. Devant nous, un couple se balade entre des installations artistiques avec des guirlandes dans leurs chapeaux. Un mammouth géant leur fait face et son squelette s’illumine soudainement, accueilli par des cris de joie.

Faut-il se libérer de l’argent pour retrouver la créativité ? Une société basée sur le don est elle plus écologique que celle basée sur la rareté ? Et surtout, comment s’organise-t-on entre êtres humains sans chefs et sans se taper dessus ? C’est avec toutes ces questions que je repars du Nowhere. Mais je n’ai pas fini d’y retourner pour en apprendre plus !

Le site du Nowhere Festival.

Jean-Jacques Valette est chroniqueur en résidence 2019 du réseau Feral Labs.

Plateau Urbain: « l’alternative au capitalisme c’est l’hybridation, les communs, l’archipel » (2/2)

Les Cinq Toits dans le 16ème Arrondissement de Paris © Plateau Urbain

Est-ce qu’investir les espaces inutilisés peut être un facteur contribuant à la relocalisation de la production en ville ? Seconde partie d’un grand entretien d’été sur le thème des espaces de création et de la fabcity à Paris avec Simon Laisney et Paul Citron de la coopérative Plateau Urbain, qui œuvre au quotidien à la résorption de la vacance.

Arnaud Idelon

Moins visible auprès du grand public que les lieux eux-mêmes, mais incontournable pour tout l’écosystème d’acteurs de l’urbanisme transitoire, la coopérative Plateau Urbain a été l’une des structures pionnières de la diffusion de l’urbanisme transitoire en France et de l’instauration de ce cycle de confiance entre différents acteurs de la fabrique de la ville, en se positionnant dès leur création en 2013, comme interface entre plusieurs mondes et filières. Leur cheval de bataille : mettre la vacance immobilière au service de l’intérêt général, permettre – en l’outillant – à l’alternative de se développer dans la ville contemporaine. Rencontre au long cours en deux parties (lire la première partie) avec Simon Laisney et Paul Citron, chevilles ouvrières de la coopérative respectivement comme Directeur Général Fondateur et Directeur du Développement, qui évoquent à Makery leurs intuitions de départ, leurs parti-pris et doutes, ainsi que leur vision de la ville d’aujourd’hui, de demain et d’après-demain.

Exposition ARTAGON organisée aux Petites Serres, occupation temporaire située dans un hôtel particulier classé et des locaux industriels sous verrière appartenant à NOVAXIA. Durant 2 ans, Plateau Urbain a accueilli 40 structures et proposé 15 places d’hébergement pour des personnes en difficultés accompagnées par l’association Aurore. © Plateau Urbain

Comment est-ce que le contexte a évolué depuis les premières heures – notamment du côté des propriétaires et commanditaires ? On entre progressivement dans un climat de confiance ? Quels ont été les arguments, les leviers et les outils pour l’installer ?

Paul Citron : L’outil principal au début, c’est la cravate. Pour montrer au propriétaire que tu respectes ses enjeux et ses codes, c’est l’outil le plus utile.

Simon Laisney : Blague à part, les deux premières années, on a multiplié les rendez-vous et les salons. On est allé parler de cette intuition auprès de réseaux que l’on connaissait. On savait où rencontrer les gens. On maîtrisait leur l’habitus, et ça nous a servi. Il a fallu montrer que l’on savait sortir des projets (petits au début, avec des rythmes très courts puis à mesure de plus en plus longs) et les gérer. La dernière étape pour installer ce climat de confiance, c’est quand tu rends les clés. On est arrivés au bout de plusieurs cycles d’occupation, et on a su montrer que tout au long d’un projet, du début à la fin, on sait gérer. Apparemment, il y a des externalités positives pour le propriétaire comme pour les occupants, puisque certains propriétaires nous re-confient des bâtiments, et certains occupants nous suivent de site en site.

PC : Notre prochain outil, c’est celui de l’évaluation : on sait que ce qu’on fait est utile, mais on veut être en capacité de le prouver. On a donc commencé à travailler sur une plateforme de mesure d’impact pour les lieux hybrides en général, qui s’inscrit dans un faisceau d’usages, de projets et d’acteurs qui défendent les mêmes valeurs et se trouvent confrontés aux mêmes problèmes de crédibilité. Il s’agit de réfléchir tous ensemble à comment on s’organise pour mesurer l’impact de ce qu’on fait et pour justifier du crédit que l’on nous donne. Le crédit, c’est le crédit symbolique d’une part, la légitimité, mais c’est aussi le crédit économique, c’est-à-dire l’accès aux crédits bancaires. Aujourd’hui, une structure comme la nôtre y a accès facilement, contrairement à d’autres porteurs de projets, et l’on sait combien c’est important. Cet outil de mesure d’impact, il part de considérations très concrètes et cherche à aider les porteurs de projets à se financer, et à les mettre en capacité de parler avec des décideurs et des financeurs. Il peut aider à légitimer leurs objectifs, à montrer qu’ils sont atteignables, parce que d’autres, dans d’autres contextes, l’ont déjà fait, puis à prouver qu’ils sont atteints.

Cet outil de mesure d’impact est l’un de vos projets du moment. Il est financé par le label French Impact, vous avez recruté une équipe et réuni de nombreux acteurs de la fabrique de la ville pour le construire collectivement. Quel est sa destinée par la suite ?

PC : L’outil de mesure d’impact a vocation à être libre, assumé et construit collectivement. Il y a une histoire entre PU et le monde du logiciel libre. Ce sont des mecs qui sont venus nous chercher à un moment en nous disant que nous étions des hackers, des hackers de bâtiments, trouvant le moyen d’entrer dans un bâtiment et d’en abolir la propriété. Aujourd’hui on a embauché l’un de ces gars pour développer cet outil qui ne marchera que s’il est réapproprié, et même détourné. Cet outil a vocation à sortir de Plateau Urbain dès qu’il sera mûr, porté par une association ou une fondation, ou un fonds d’investissement solidaire. On a de l’argent public pour nourrir le moteur, à un moment c’est donc logique que l’outil revienne dans le giron commun.

Portes ouvertes de la PADAF (25/05/1019), Plateforme des Acteurs de Demain (Absolument Fantastiques).  Propriété de l’Établissement Public Foncier d’Île-de-France, les anciens entrepôts Universal Music France sont confiés à Plateau Urbain jusqu’à l’horizon 2024. Ce lieu de plus de 17 000 m2, voisin d’un centre d’hébergement de demandeurs d’asile géré par l’association Aurore, accueille aujourd’hui à Antony, 93 structures, soit 186 personnes travaillant sur le site et dont les projets s’inscrivent dans une démarche entrepreneuriale, associative, artisanale ou artistique collective. Photo prise devant le traiteur Kalbas Miss Orange installé à la PADAF © Masha Litvak
Salariée de la structure, Artisan du Canapé, installée à la PADAF, lors des Portes Ouvertes de la P.A.D.A.F – 25/05/19 © Nicolas Hrycaj

Est-ce que le Grand Paris est un contexte singulier en France dans la prise en compte de l’urbanisme transitoire par les politiques publiques ?

SL : Le Grand Paris c’est le premier marché tertiaire d’Europe avant Londres. Mécaniquement il y a plus de m2 disponibles, notamment depuis la crise de 1994. Il y a le prix du foncier et l’immobilier qui fait que le temporaire est plus attractif en Ile-de-France. L’appétence des pouvoirs publics pour l’urbanisme transitoire se généralise partout en France.

PC : Il y a une mise à l’agenda des politiques publiques de se dire qu’on ne peut pas continuer à laisser les choses vides, démolir et reconstruire. Ce que défend Patrick Bouchain depuis 30 ans. Ce sont des idées qui finissent par arriver, on est dans le bon timing.

SL : Au-delà du temporaire, c’est plus le concept d’un lieu ouvert, partagé, avec un écosystème, une portée sociale, qui réunit plein d’activités qui va attirer les gens et fédérer, qui séduit. Dans l’emploi de bâtiments, il y une dimension écologique qui monte dans l’opinion publique. Il y a une conscience de l’utilité du bâti, il y a un bon sens à utiliser le bâti délaissé, que ce soit pour l’opinion publique et les propriétaires. Pour ces derniers, il ne manquait que les outils (juridiques, techniques, numériques) pour les rassurer.

« Lieu ouvert, partagé, avec un écosystème, une portée sociale… », tu es en train de décrire un tiers-lieu. Pourtant vous n’utilisez que très peu le terme, lui préférant celui de « lieu hybride ». Qu’est-ce qui prévaut à ce choix ?

PC : On hésite parce que le mot tiers-lieu est un peu galvaudé, il y a un peu à boire et à manger.

SL : Au début de Plateau Urbain, on a eu la chance d’être proche des réseaux de tiers-lieux. Il y avait déjà deux écoles. D’une part, les puristes du tiers-lieux à qui tu ne pouvais t’adresser que si tu avais lu une pile incommensurable de livres, maîtrisé tous les concepts, tenants et aboutissants. Et on s’est dit que si l’on appelait nos espaces tiers-lieux ce n’était même pas sûr que ça rentre dans la définition des puristes. On n’a pas voulu s’approprier ce terme, d’autant plus que d’un autre côté, il y avait d’autres personnes qui le faisaient de manière commerciale. Aujourd’hui, on est un peu partagé entre des lieux hybrides avec une grande liberté d’usages, de pratiques, de personnes mais en même temps on se dit que maintenant que tout le monde comprend ce qu’est un tiers-lieu, on aurait peut-être intérêt à s’y intéresser un peu plus.

PC : Il y a toujours un danger à être excluant, à se reporter sans cesse à des valeurs théoriques, au risque d’oublier de s’opposer aux véritables tentatives de récupération du mouvement. Le second danger, c’est qu’à trop vouloir séparer le bon grain de l’ivraie, on oublie qu’au niveau macro on peut tous aller dans le même sens. Et puis surtout, il y a une histoire de contexte. Est-ce qu’un espace de coworking à Belleville c’est un tiers-lieu ? Peut-être pas, mais le même en zone rurale, ça peut le devenir. Tu as envie de t’en revendiquer ? Très bien. C’est ce que dit Julien Beller du 6b : « récupérez-nous les gars, allez-y, ça veut dire qu’on pèse ».

Le Python, projet d’occupation temporaire présenté par la responsable du site Margaux Latour:

Le 3ème Forum des Lieux Intermédiaires et Indépendants organisé par la CNLII aux Ateliers du Vent en juin dernier à Rennes a montré du doigt l’urbanisme transitoire – et les tiers-lieux – comme représentants d’un passage à la commande (publique ou privée) là où la génération précédente prenait racines dans des initiatives spontanées de la société civile. A ce titre, la nouvelle génération dont vous faites partie serait instrumentalisée. Quelle est votre position ?

SL : Tout simplement que la commande fait mauvais ménage avec le principe de programmation ouverte, ou de programmation en action, qui est le nôtre. Il ne peut pas y avoir de commande d’un propriétaire dès lors que l’objet n’est pas défini a priori.

PC : C’est une génération qui est très marquée par l’idéologie du projet (projet culturel, associatif, social, etc.) Nous on serait plus dans la veine de Patrick Bouchain de dire qu’il y a des valeurs, des méthodes, des modèles (juridiques, économiques, etc.) et que le projet ce n’est pas à nous de le porter mais aux occupants du lieu. A eux de définir la manière dont ils veulent se l’approprier, et c’est sans doute très différent de ces lieux intermédiaires et indépendants, qui restent fortement marqués par un paradigme de projet. Là où eux voient une séparation entre les bons qui œuvrent au service de l’intérêt général et les mauvais qui font des trucs au service du Grand Capital, moi je verrais plutôt une démarcation entre des gens qui ont un projet, une vision, qui la portent, et d’autres qui veulent laisser les choses plus ouvertes et moins définies. C’est précis, ça correspond aux valeurs politiques de cette génération qui a grandi dans un monde où l’on pouvait encore penser que le marxisme était l’alternative au capitalisme quand nous sommes la génération qui pense plutôt que l’alternative au capitalisme c’est l’hybridation, les communs, l’archipel. L’enjeu c’est de permettre à ce qui peut être beau, utile (ou inutile d’ailleurs) et qui advient au coin de la rue d’exister, et de lui faire de la place. On est plus Italo Calvino que Karl Marx. Après, on travaille à donner de la valeur d’usage à ce qui n’a pas de valeur d’échange, et ça c’est du Marx dans le texte. Mais ce n’est pas comme cela qu’on le revendique. Ce sont aussi des modalités de référence à des théories politiques qui sont à mon avis plus hybrides, tout simplement.

Marché des créations organisé par les occupants de L.A.R.O, occupation temporaire accueillant 42 structures sur 2200 m2 situé dans le 5ème arrondissement de Paris de mars 2018 à juin 2019. © Plateau Urbain
Atelier Imagineo au « U ». Au cœur du quartier récemment rénové de la Duchère à Lyon, le «U» est situé au pied d’une tour classée « Patrimoine du XXe siècle ». Mandaté par le groupe SERL pour étudier les modalités d’une occupation temporaire, Plateau Urbain a mené un diagnostic du territoire pour ancrer le projet dans son quartier et assure depuis novembre 2018 la gestion du « U » qui accueille 27 structures jusqu’à avril 2020. © Imagineo

Ces lieux sont-ils des caisses de résonance pour l’engagement, l’implication citoyenne ? C’est un élément de discours très diffusé, est-ce une réalité que vous observez ?

SL : Pour ce qui est des lieux mixtes comme Les Grands Voisins, comme Les Cinq Toits ou encore Coco Velten, ce sont des espaces qui sont des plateformes de participation citoyenne, voire même de solidarité. D’avoir des espaces-temps sur lesquels tu communiques localement permet l’engagement, parce que tu facilites le fait de le faire. Pour avoir travaillé dans ces lieux, c’est vrai que la proximité de la possibilité de l’engagement citoyen – auprès des travailleurs sociaux et de l’hébergement d’urgence notamment – fait que tu vas le faire beaucoup plus naturellement. C’est une vision positive de la société que de se dire qu’il y a l’envie, et qu’il faut faciliter le passage à l’acte par la proximité et le fait de rendre les choses visibles. Quand tu bosses aux Grands Voisins et que tu vois que l’accueil de jour commence à être saturé, que des files d’attente s’étirent dehors sous la pluie, tu as forcément des occupants qui vont se mobiliser pour servir le thé, apporter des gâteaux, des parapluies, etc. C’est une pédagogie vers la solidarité que permettent les lieux mixtes. C’est réel, ça ne ressort pas du concept à mon sens.

Dans la programmation effective de nos bâtiments, il y a 50% des espaces qui sont en commun. Il y a une forme de responsabilisation (et de non-infantilisation) de nos utilisateurs qui peut amener un changement dans la définition de ce que doit être un espace de travail. On a des résidents qui sont partis d’un incubateur pour venir aux Grands Voisins, pour repartir dans le marché classique, et enfin revenir dans un de nos sites, en payant au prix du marché, pour continuer à être dans l’écosystème. Cette diversité au quotidien, ces espaces de partage, l’attitude générale manquaient à leurs salariés. Pour avoir testé plein de configurations, l’architecture même du bâtiment peut-être un accélérateur fou de participation à un projet collectif. L’injonction à participer se fait moins dans des dispositifs (type animation de communauté) que dans la manière dont tu vas programmer ton lieu, pour que le lieu de vie et de rencontre soit aussi un lieu de passage.

Comment ces sites demain peuvent-ils reconfigurer la face de la ville, notamment au niveau de l’économie circulaire ?

SL : Là où cela vient nourrir un peu la réflexion c’est sur la question de la mixité d’usages, le fait d’avoir de l’artisanat à côté d’une agence de design, d’initier des synergies, et d’aller au-delà d’une méconnaissance des métiers et des rythmes. Cela vient nourrir une réflexion sur les rythmes diurnes et nocturnes de la ville. Cela peut donner des idées, et nourrir des programmations à venir, mais à part de grosses politiques volontaristes, je ne vois pas comment l’urbanisme transitoire peut ramener à lui seul la production en ville.

PC : Il faudrait fait bouger de grosses machines, des politiques industrielles à l’échelle macro, et il faudrait déjà qu’il y ait une taxe carbone, ça permettrait de ramener d’un coup pas mal de production en ville.

Plateau Urbain : l’économie collaborative des immeubles vides:

Quels seraient les pièges pour l’urbanisme transitoire demain ?

SL : Le danger je le vois éventuellement sur la partie événementielle, celle de la friche festive, où il y a un danger de laisser cela à des personnes qui ont des moyens de communication qui ne sont pas les mêmes et qui peuvent aligner plus de billets pour avoir un lieu. Là, il y a une mise en concurrence des acteurs culturels sur les friches, non pas au niveau du contenu, mais pour le plus offrant. Il y a un risque à ce que ça devienne un marché. Mais pour la vacance dédiée à l’activité (bureaux, ateliers), je ne pense pas que ça puisse arriver parce que sinon ça serait déjà fait : si ce créneau de dents creuses, avec des contrats courts, avait trouvé une économie réelle dans le marché et qu’il y avait vraiment de l’argent à se faire, je fais bien confiance au secteur immobilier pour en faire dessus. Mais peut-être que je ne vois pas le danger arriver.

PC :  Il faudrait pouvoir légiférer pour que la vacance soit exploitée à des fins d’intérêt général. Les pouvoirs publics peuvent aider à permettre que ces pratiques conservent cette vocation. Cela dépendra aussi de l’attitude des professionnels, et là franchement, plus il y aura de gens capables de travailler pour faire advenir ces projets, des gens avec qui on partagent les mêmes valeurs, plus on arrivera à faire en sorte que ces possibilités spatiales soient exploitées à des fins d’intérêt général et non pas à des fins marchandes.

Pour combien de temps en a l’urbanisme transitoire ?

SL : Peut-être que le terme disparaîtra, mais la pratique continuera. C’est mon souhait : que ça devienne tellement normal que ça se diffuse, sans être exceptionnel. Le côté mode va sans doute passer, mais il n’y aura jamais moins de vacance, à l’échelle macro du moins.

Qu’est-ce que c’est Plateau Urbain demain ? Vos territoires, vos métiers, vos équipes ?

SL : Avec 35 personnes, on est quasiment au maximum des effectifs que l’on souhaite avoir pour les prochaines années. On aimerait davantage travailler sur la définition d’un métier de gestionnaire de site, d’animateurs de communautés, et être à même de transmettre, d’aider, d’accompagner sur d’autres territoires. On deviendra des accompagnateurs, avec plusieurs casquettes, soit directement en activation, soit en accompagnement, soit via la mesure d’impact, dans la recherche de fonds ou encore la transmission d’outils et d’expériences. Ce qu’on a vraiment réussi à mon sens, c’est la frugalité dans l’aménagement des espaces. On a prouvé qu’un lieu pouvait fonctionner sans toute refaire à neuf, sans investir comme des grosses brutes, et cet aspect pourra permettre de diffuser plus largement ce genre de lieux, dans de nombreux contextes, dont les territoires ruraux, pour des petites communes ou des territoires aujourd’hui délaissés.

Retrouvez la première partie de cette entretien.

En savoir plus sur Plateau Urbain.

A day of DITOxication at PIFcamp, Slovenia

Foraging at PIFcamp with Dario Cortese © Katja Goljat

Another day at PIFcamp in beautiful Soča valley in Julian Alps. Today PIFcamp opens its doors for visitors in their traditional « Open Saturday » of demonstrations, installations and performances.

Petra Tihole

The annual exploratory trips around the camp guided by PIFcamp wild man and nutrition expert, Dario Cortese, with whom they are getting to know various edible wild plants, have been upgraded this year. PIFcamp participants are working to systematically mark the habitats of the surrounding edible wild plants. The first mapping have already taken place on the way to the abandoned village of Lemovje, located on a hill and featuring some spectacular vistas.

This year PIFcamp strive to establish guidelines for a holistic approach to the understanding of our relationship to food, which has always been an important part of the camp. Some experiments with fermentation and bread baking are ongoing. Also, in a playful way food is also the focal point of a soon to be completed board game. The board game’s originators Grace Wong and Jennifer Katanyovtamant try to encourage its players to try new flavours (natto, durian, kimchi …), to make new combinations of flavours and above all, to talk about food.

Scott Kildall, an American conceptual and multimedia artist, communicates in a very unique way. By positioning various response sensors and creative electronics at different points around the camp and manipulating sound material he is recording here, he is constantly setting new and humorous tones to our surrounding.

Possible layouts of modular outdoor mobile furniture, that would allow for participants to work, rest or spend some time even closer to nature are of interest to a group gathered around  the Greek architect Olivia Kotsifa, whose prime interest is in co-creating these possible environments of the future. With an enthusiastic group of fellows Olivia has already checked up some possible locations to set the furniture up.

The German nomadic scientist with a background in molecular biology Julian Chollet has immediately buried his hands in the ground. Visiting the camp with a desire to study and explore the soil, which he otherwise does in the context of the open research platform HUMUS sapiens, he took some samples of soil. Examined under the microscope they indicated that the soil around the camp is alive and full of microorganisms that assist in biodegradation.

« PIF » comes from the Slovenian « piflar » which means « nerd » or “hacker » and many variations have been heard, from PIFfood, to PIFnic, PIFsynth, PIFform, PIFling, etc. Although most PIFparticipants work on their projects, there is a lot of collaboration and idea-sharing. The relaxed atmosphere and openness of the participants allow for creative exchange, validation of ideas, as well as solving completely practical and abstract problems.

Read our days 1&2 and 3&4 reports.

More on PIFcamp.

Super-ordinateurs, mythes ancestraux et cultes de la mort de la Noosphère

L'ENIAC (Electronic Numerical Integrator And Computer) est en 1945 le premier ordinateur entièrement électronique construit pour être Turing-complet. Domaine public.

Retour sur le concept de Noosphère auquel se réfère le transhumanisme contemporain, et comment l’émergence des super-ordinateurs a réactivé des mythes ancestraux.

Ewen Chardronnet

Si tout le monde comprend ce que signifie le terme de « biosphère », beaucoup ont plus de difficultés à définir ce qu’est la « noosphère ». Certains n’ont que vaguement entendu parler du terme, pour d’autres c’est la première fois qu’ils y sont confrontés. Pour comprendre ce qu’il y a derrière ce néologisme, il faut remonter aux années 1920 dans l’URSS révolutionnaire. Dans son livre La Biosphère qu’il publie en 1926, le géochimiste Vladimir Vernadski développe l’idée de noosphère comme sphère de l’entendement humain pour expliquer l’impact de l’humain (via sa technosphère) sur la biosphère, sphère ayant elle-même un impact sur l’atmosphère et la lithosphère rocheuse et aqueuse du globe terrestre. La vision de Vernadski apparaît aujourd’hui comme étant une définition précoce de l’anthropocène, l’ère de l’impact irrémédiable des activités humaines sur l’écosystème terrestre.

Au moment où il attaque la rédaction de son ouvrage, Vladimir Vernadski vient de passer trois années en France à mener des recherches sur l’histoire de la constitution des éléments du globe, recherche qui le conduit à étudier les cycles géochimiques, comme celui du carbone, ou l’activité géochimique d’origine humaine. Comme nombre de ses contemporains russes, il s’intéresse aux futurologies cosmistes héritières de Nicolaï Fiodorov qui définissait au siècle précédent la grande « cause commune » de l’Humanité comme étant le voyage spatial, l’extension de la durée de la vie et la résurrection des morts par la science. Mais Vernadski y a été plus particulièrement sensibilisé par le courant « biocosmiste » qui définit pour la première fois la Terre comme un « vaisseau spatial » devant être « piloté par la sage volonté du biocosmiste ».

Pierre Teilhard de Chardin, paléontologue français et prêtre jésuite de son état qui veut réunir la théorie darwinienne à sa philosophie chrétienne, a croisé Vernadski et va lui aussi s’intéresser à la théorie de la noosphère et en développer sa vision dans l’écriture d’un livre, Le Phénomène humain. « [C]’est vraiment une nappe nouvelle, la « nappe pensante », qui, après avoir germé au Tertiaire finissant, s’étale depuis lors par-dessus le monde des Plantes et des Animaux : hors et au-dessus de la Biosphère, une Noosphère. » Mais Teilhard s’intéresse moins à l’idée de noosphère définie comme force géologique que comme manifestation d’une conscience globale et d’un destin spirituel à explorer en accord avec la théodicée chrétienne.

Pour Teilhard, le « phénomène humain » doit être pensé comme constituant – à un moment donné – une étape de l’évolution qui conduit au déploiement de la noosphère, laquelle prépare l’avènement de la figure dite du « Christ cosmique ». Il introduit le concept de « Point Ω ou Point Oméga » qui représente le pôle de convergence de l’évolution, un point où l’homme doit rejoindre Dieu, un processus de complexification croissante, qui va de la vie inanimée à la conscience globale, à la noosphère, en direction d’une récapitulation des « ultra-humains », cette forme supérieure évolutivement requise et encore à venir, « convergence de l’En-Haut Chrétien et de l’En-Avant Humain vers le Christ Cosmique », le Christ Omega, dans le plérôme, la « plénitude du Tout en tous » (Paul, Éphésiens 1:23).

Pierre Teilhard de Chardin.
Le Point Omega.

Superordinateur démiurgique

Prise dans sa contemporanéité, la noosphère englobe l’ensemble de l’activité intellectuelle de la Terre : il s’agit d’une sorte de « conscience collective de l’humanité » qui regroupe toutes les activités cérébrales et mécaniques de mémorisation et de traitement de l’information. Teilhard sera interdit d’expression publique par l’Eglise et ne sera publié qu’après sa mort en 1955. Est-ce Teilhard qui a soufflé au seuil de sa vie le terme de « Transhumanisme » au biologiste Julian Huxley – que ce dernier avance en 1957 – qu’il avait rencontré à la nouvelle Unesco ? Fut-il conscient que la bombe thermonucléaire d’Edward Teller (Bombe H, 1952) ne fut rendue possible que grâce aux prédictions de sa faisabilité par le mathématicien Stanislaw Ulam à la sortie de la guerre sur l’ENIAC (Electronic Numerical Integrator And Computer), le supercalculateur Turing-complet de John von Neumann ?

Robert Oppenheimer (le responsable du Projet Manhattan de développement de la bombe atomique) et John von Neumann devant des éléments de l’ENIAC. DR.

A ces deux questions on peut répondre par deux citations. Dans « Du pré-humain à l’ultra-humain », Teilhard pose en 1951 le devenir transhumain : « Sous nos yeux, l’Humanité tisse son cerveau… le Point critique de Réflexion planétaire, fruit de la socialisation, loin d’être une simple étincelle dans la nuit, correspond au contraire à notre passage, par retournement ou matérialisation, sur une autre face de l’univers : non pas une fin de l’Ultrahumain, mais son accession à quelque Transhumain, au coeur même des choses. » La seconde se retrouve dans les mots de Stanislaw Ulam qui écrit en mai 1958 au sujet d’une conversation avec John von Neumann : « L’une des conversations avait pour sujet l’accélération constante du progrès technologique et des changements du mode de vie humain, qui semble nous rapprocher d’une singularité fondamentale de l’histoire de l’évolution de l’espèce, au-delà de laquelle l’activité humaine, telle que nous la connaissons, ne pourrait se poursuivre. »

On constate ici la convergence de la conception de la noosphère de Teilhard avec les projections des apôtres de la Singularité technologique (le point où la machine dépasse l’homme). Cette convergence nourrit des bases théoriques à l’ancrage para-spirituel du mouvement transhumaniste qui va émerger avec l’informatique personnelle des années 1980, et la cyber culture des années 1990 et de l’émergence du World Wide Web. Chez les transhumanistes, le Point Omega va devenir un super ordinateur, se programmant lui-même, avec une infinité de mémoires, et le plérôme, « un réseau d’ordinateurs infiniment complexes » dont chaque ordinateur est un AUTM (Accelerating Universal Turing Machine) à la mémoire infinie.

En 1994, au moment où sort le logiciel Netscape Navigator pour surfer le tout nouveau World Wide Web, paraît un curieux livre. Le mathématicien physicien et cosmologiste Frank Tipler publie The Physics of Immortality: Modern Cosmology, God and the Resurrection of the Dead, un livre qui s’inspire en partie de Teilhard et sème le trouble et le discrédit dans la communauté académique. Dans son ouvrage il postule en effet que les humains vont évoluer en machines et transformer ainsi tout le cosmos en un superordinateur universel. Peu de temps avant ce grand bouleversement, ce superordinateur – doté d’une capacité de mémoire illimitée – effectuera la résurrection dans son « cyberespace », reconstruisant ainsi des êtres décédés (à partir d’informations qu’il aura capturées) comme des avatars dans son méta-univers. Tipler affirme qu’à une certaine distance temporelle du Point Oméga, la technologie sera si avancée qu’il sera possible de ressusciter physiquement ou virtuellement les morts. Il écrit : « Le mécanisme physique de la résurrection individuelle est l’émulation de chaque personne décédée depuis longtemps – et de leurs mondes – dans les ordinateurs du futur lointain. » Etant donné que le superordinateur d’alors aura une puissance infinie, il pourra simuler en réalité virtuelle, avec une précision infinie, le passé de l’univers tout entier depuis le Big Bang, et donc, en particulier, l’apparition de la vie sur Terre, celle des êtres humains et de toutes les autres formes de vie intelligente. « Le point Oméga dans sa transcendance est par essence une machine de Turing universelle à auto-programmation, avec littéralement une infinité de mémoire. » écrit-il encore.

La théorie du superordinateur démiurgique de Frank Tipler (qui aujourd’hui est dans le conseil académique du groupe Christian transhumanism) intervient dans une époque particulière. Tipler cultive alors depuis une dizaine d’années sa version du Point Oméga et inspire de nombreux transhumanistes dans la consolidation de la version moderne du mouvement. On citera par exemple le roboticien Hans Moravec et son livre Mind Children, The Future of Robots and Human Intelligence de prospective sur l’Intelligence Artificielle publié en 1988. De nombreux promoteurs libertariens plus intéressés par une vision séculaire du transhumanisme dans leur quête d’immortalité, suivent l’architecture conceptuelle du Point Omega sans vraiment en connaître alors les origines et subtilités métaphysiques. On peut citer Max More (aujourd’hui CEO de la société de cryogénisation Alcor Life Extension Foundation) qui dirige de 1988 à 1996 la revue Extropy: Journal of Thranshumanist Thought, et dont le nouveau magazine Wired dédié à la cyberculture et aux techno-utopies fera la promotion dès son numéro 2 au printemps 1993 puis à la suite du premier congrès des extropiens en Californie en janvier 1994.

Première publicité extropy utilisée par Tom Bell et Max More à l’automne 1988 pour promouvoir les premiers numéros de leur journal. DR.

En 1995, le chimiste et prospectiviste français Joël de Rosnay – très influencé par son compatriote jésuite – reprend également la synthèse entre noosphère et singularité dans L’homme symbiotique, Regards sur le Troisième Millénaire – y ajoutant ses convictions en convergence NBIC (nano-bio-info-cogno) et un soupçon de théorie Gaïa. D’après lui, « L’homme se transforme progressivement en « neurone de la Terre », intégré au système nerveux qu’il a créé. Le mariage de la biosphère et de la technosphère dans sa forme la plus avancée et la plus dématérialisée est à l’origine de la constitution du cerveau planétaire et de la société en temps réel. (…) Cet être nouveau en voie d’émergence dans les sociétés industriellement les plus avancées est l’homme symbiotique. » À long terme, l’humanité devrait céder la place à un super-organisme planétaire, à la fois biologique et machinique, qu’il appelle le « cybionte ».

Autre personnalité du transhumanisme à se référer au Point Omega de Teilhard de Chardin est Nick Bostrom, le co-fondateur en 1998 de la World Transhumanist Association (connue sous le nom Humanity+ aujourd’hui), qui soutient dans un article controversé de 2005 que notre civilisation dans une version extrêmement avancée atteindra un niveau de technologie tel qu’elle pourra un jour créer des simulations informatiques extrêmement sophistiquées des esprits humains et qu’il sera même possible de simuler des planètes habitées entières, voir des univers entiers. Visiblement dans l’air du temps de la trilogie Matrix des Wachowski (dont les films sortent en 1999, mai et septembre 2003), le philosophe transhumaniste en conclut qu’il deviendra impossible de distinguer êtres biologiques d’êtres simulés et que de ce fait il soit très probable que nous vivions d’ores et déjà dans une simulation informatique dont nous n’avons aucune conscience.

Photogramme de « Matrix », scène des pilules qui évoque la découverte du monde en simulation (avec la pilule rouge). DR.

En 2005 également, Raymond Kurzweil, le futur fondateur de l’Université de la Singularité avec l’entrepreneur aérospatial Peter Diamandis (autre transhumaniste notoire), articule lui aussi une version de la Théorie du Point Oméga – plus proche de la cosmopolitique kantienne – dans son livre The Singularity is Near: When Humans Transcend Biology : « l’évolution se dirige inexorablement vers notre conception de Dieu, même si elle n’atteint jamais cet idéal. » Kurzweil prendra ensuite la direction du Singularity Institute for Artificial Intelligence (SIAI) – organisateur entre 2006 et 2012 des Singularity Summit largement financés alors par Peter Thiel, le moghul de Palantir Technologies – avant de cofonder la Singularity University en 2008 puis de prendre une position de consultant prospectif permanent chez Google en 2012. Aujourd’hui renommée Machine Intelligence Research Institute  (MIRI), l’ancienne SIAI s’intéresse aux conséquences positives et négatives de l’Intelligence Artificielle et aux prédictions des développements technologiques à venir.

Le point de rupture de la Singularité Technologique. DR.

Ordinateurs de prédiction noosphérique

Au cours de ses neuf années de fonctionnement (1946-1955), et au-delà de sa mobilisation sur les calculs ayant permis de vérifier la possibilité de la bombe thermonucléaire, l’ENIAC précédemment cité, fut mis en œuvre sur un éventail de problèmes extrêmement variés qui allaient des prédictions météorologiques à l’étude des nombres pseudo-aléatoires. Peut-être héritiers de ce fantasme prédictif et appliqués à la noosphère dans la ferveur millénariste des dernières années du siècle et du nouvel Internet, émergent en 1997 deux projets prédictifs sur le World Wide Web : le Web Bot Project, un bot informatique dont les programmeurs prétendent qu’il est capable de prédire des événements futurs en indexant les mots-clés employés sur l’Internet ; et le Global Consciousness Project (GCP), que ses concepteurs envisagent comme l’application à la noosphère et au cyberespace d’une architecture de détection d’émotions issue des recherches menées à partir de générateurs électroniques d’événements aléatoires déjà employés dans les études sur la psychokinèse et la vision à distance (remote viewing) dans les années 1980 au controversé Princeton Engineering Anomalies Research Lab.

Selon les personnes derrière le Web Bot Project, le lexique utilisé par leur système gardé secret est dynamique et change en fonction de l’évolution de la tension émotionnelle et de la manière dont les humains communiquent ces changements à l’aide d’Internet. Le projet du GCP est lui de détecter les possibles interactions avec la « conscience globale » noosphérique, en mesurant les anomalies de pièces hardware censées générer des nombres de manière aléatoire et distribuées de par le monde, toutes ces données étant collectées simultanément par l’Internet. Selon les meneurs du projets ces anomalies vérifieraient les réponses émotionnelles globales à des événements d’envergure planétaire, voire permettraient de pressentir des événements à venir. Le projet est financé par l’Institute of Noetic Sciences, un institut de recherche fondé par l’ancien astronaute de la mission Apollo 14 Edgar Mitchell (et ufologue notoire). Le Web Bot Project prétend avoir anticipé le 11 septembre 2001 et le GCP d’avoir mesuré l’émotion suscitée par cette catastrophe sur la planète.

Evidemment le Web Bot Project comme le GCP furent soumis à la satire, et en mars 2003 le New York Times pouvait écrire : « Tout compte fait à ce stade, le marché boursier semble être un indicateur plus fiable de la résonance émotionnelle nationale, sinon globale. » Ce qui valut au GCP le surnom d’electrogaiagram.

Analyses du Global Consciousness Project pour le 11 septembre 2001. DR.

Adam Smith’s Invisible Hand computer

Dans un style plus contemporain et porté sur la prédiction des marchés et des technologies nécessaires à leur exploitation profitable, le très noosphérique Adam Smith’s Invisible Hand computer (ASIH-computer) pensé par le spécialiste de la modélisation de l’intelligence collective Tadeusz Szuba de l’Université de Cracovie depuis 2015, s’essaye à considérer le marché comme « sujet pensant » et envisage de concevoir avec des économistes et des théoriciens des calculs la construction d’un modèle de simulation d’un ASIH-Computer. Szuba postule que la métaphore de la main invisible d’Adam Smith est un phénomène qui peut être formalisé et simulé. Son AISH-computer est un ordinateur auto-programmable (self-programming) capable d’effectuer des calculs pas seulement sur l’optimisation et la stabilisation des marchés, mais aussi agissant comme un « découvreur » de nouvelles technologies nécessaires au fonctionnement d’un marché dans une logique d’optimisation technique et sociale. Le capitalisme noosphérique semble peu se soucier de son impact géologique.

La théorie proposée prétend que la Main Invisible est un symptôme de l’existence d’une nature computationnelle des marchés. Pour Tadeusz Szuba un marché et ses agents créent inconsciemment un ordinateur complet et auto-programmable, reposant sur la plateforme de cerveaux des agents et la structure physique du marché. Les résultats de la computation sont émis via les cerveaux des agents et représentent le comportement d’un marché. Le ASIH-computer est alors semblable à un ordinateur-en-essaim, et les agents sont tels des abeilles ou des fourmis d’une intelligence collective, mais néanmoins beaucoup plus intelligents que ces dernières.

Pour l’historien britannique Alexander L. Macfie – dans The Invisible Hand of Jupiter en 1971 – la Main Invisible de Jupiter d’Adam Smith symbolise l’intervention capricieuse et incompréhensible des Dieux de l’Antiquité, liée à un âge de « superstition ». La définition d’Adam Smith de la « main invisible » conviendrait dès lors beaucoup mieux à l’idée d’un Dieu ou d’un Être Suprême développée au XVIIIe siècle qu’à la figure Romaine, correspondant mieux à cette vision d’une force conservatrice gravitant autour de l’ordre naturel, mais dérangée par les individus préoccupés de leur intérêt propre. De telle sorte que cette figure devient dans la Théorie des sentiments moraux (1759) et dans La Richesse des nations (1776), l’instrument de « l’auteur de la nature qui gouverne et anime la machine entière de l’Univers. », dans un effort pour lier les arguments théologiques, éthiques et économiques en un système de pensée cohérent du « large système de la nature. »

La main « alien » du capitalisme. DR.

Faux dieux

On dit que les gnostiques considéraient que le dieu de Rome était un faux dieu, un démiurge, responsable de la création de l’homme à son image et qui leurrait les hommes, car nul esprit humain ne pouvait former un concept défini de la véritable Déité ineffable. Le premier d’entre eux, Simon le Magicien, fut accusé par Pierre de vouloir faire commerce des miracles, l’expression « simonie » en est restée pour qualifier le commerce de biens spirituels. On peut se poser quelques questions : Peut-on qualifier alors cette entité noosphérique, comme une puissance alien, xéno-économique, qui animerait de manière invisible les essaims des agents économiques de la noosphère et que veut simuler l’ASIH-computer ? Qui est le démiurge marchand de supercalculateurs qui tire profit de la xéno-économie supra-noosphérique ? Quels systèmes en essaim seront soumis au supercalculateur à l’avenir ? Le comportement planétaire des blockchains ? Ou celui de la future cryptomonnaie libra de Facebook ?

Dante parlant à Nicolas III, envoyé en enfer pour simonie ; gravure sur bois de Gustave Doré pour la Divine Comédie, 1861. Domaine public.

Dans Les Sept sermons aux morts que Carl Gustav Jung écrit extatiquement en 1916, le Plérôme est décrit comme un monde céleste, formé par l’ensemble des éons, les diverses émanations de Dieu, et que le gnostique atteindra à la fin de son aventure terrestre. Jung le présente comme un « néant est à la fois vide et plein », une « chose infinie et éternelle, le néant n’a pas de qualité puisqu’il les a toutes », un espace où « cessent toute pensée et toute existence puisque l’éternité et l’infini ne possèdent aucune qualité ». Le pleroma est le monde non-vivant décrit par la physique qui ne contient ni n’établit en lui-même aucune distinction, bien que l’observateur doive naturellement en établir pour le décrire. La connaissance du pleroma n’existe que dans le creatura.
Si le terme éon est à l’origine employé par Platon dans son allégorie de la caverne pour signifier le monde éternel des idées qui se tient derrière le monde perceptible, il est aujourd’hui également utilisé pour qualifier l’intervalle de temps géochronologique correspondant à la plus grande subdivision chronostratigraphique de l’échelle des temps géologiques, l’éonothème. L’ère de l’impact géologique de la noosphère, l’anthropocène, n’apparaît alors que comme un bien éphémère chapitre dans le Phanérozoïque, l’éon de la manifestation de l’animal.

PIFcamp, un lab sauvage dans les Alpes Slovènes

]Premier jour au PIFcamp © Makery

PIFcamp revient cette année du 4 au 10 août 2019 dans le joli village de Soča et la nature préservée du Parc National de Triglav pour une cinquième édition de leur summer hacking camp. En tant que partenaire embarqué du réseau Feral Labs, Makery vous donnera des nouvelles de terrain cette semaine.

la rédaction

PIFcamp est le premier événement de la série Feral Labs Network. Zavod Projekt Atol est l’association qui a initié et mis en œuvre le réseau Feral Labs (dont Makery fait partie) et l’organisateur du PIFcamp, une base pour makers/hackers nomades dans la nature alpine préservée qui fait se croiser art, technologie et connaissance. Du 4 au 10 août, le PIFcamp accueille environ 60 participants de toute l’Europe et d’au-delà.

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Kick off at PIF camp! We are here for DITOxication all week, please join us for open day on August 10, Soca 25, Triglav National Park, Slovenia. Making, hacking, media art, radio art, sound art, field recordings, e-textiles, pure data, environmental monitoring, yoga, soil analysis and microscope observations, cold water challenges, hiking, walks for collecting wild edibles, food lab, fermentation, jam sessions and more! @pif_camp #pifcamp #projektatol #ferallabs #socavalley #triglavnationalpark

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Projekt Atol et la recherche artistique de terrain

En tant qu’organisation, Projekt Atol peut se réclamer d’une expérience longue et étendue en recherche artistique de terrain à travers le monde. L’association a managé l’un des premiers laboratoires nomades art et science pour la recherche de terrain, le Makrolab. Les diverses itérations du Makrolab ont conduit Projekt Atol à prolonger son action avec l’Arctic Perspective Initiative, qui depuis 2007 permet à des personnes dans les régions nordiques et arctiques de devenir plus autonomes par l’usage de technologies open source, l’éducation populaire et la formation autour de ces savoir-faire. En créant un accès privilégié à ces technologies et en faisant la promotion d’un réseau partagé de communications et de données à moindre coût, l’association veut promouvoir une culture durable combinant savoirs traditionnels, science, technologie et éducation pour les habitants des régions arctiques comme ceux du Sud Global.

Projekt Atol a également initié des activités similaires en Slovénie, comme le projet Unmanned-Resilience sur le Plateau de Gora et le PIFcamp annuel dans le Parc National de Triglav. Cette années, PIFcamp mène le réseau Feral Labs Network avec le soutien du programme Europe Créative de l’Union Européenne.

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PIFcamp Kick off day always feals like a family get together ♥️ #pifcamp2019 #ferallabs

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Un grand feu a été organisé pour marquer la première soirée du PIFcamp. D’autres ne pouvaient pas attendre pour démarrer les jam sessions.

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Bonfire @pif_camp #pifcamp #ferallabs

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Jam session @pif_camp #ferallabs #pifcamp

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Cinq années de PIFcamp

La première édition de PIFcamp a été développée en 2015 en coopération avec le Ljudmila Art and Science Laboratory, et comme partie intégrante du programme européen Changing Weathers (lisez nos reportages des éditions de 2015, 2017 and 2018). Malgré ses capacités limitées, le camp est rapidement devenu un des événements les plus importants de Slovénie pour les artistes, hackers, makers et organisations culturelles travaillant dans le champ des arts technologiques.

Le camp se veut une expérience immersive où artistes numériques, vidéo, sonores, théoriciens, programmeurs, ingénieurs et scientifiques travaillent ensemble sur des thèmes comme l’électronique DIY, la synthèse modulaire, les e-textiles, les études environnementales, les plantes sauvages comestibles ou la nourriture probiotique. Les participants mènent eux-mêmes leurs ateliers, organisent des randonnées, des sessions théoriques, des cours et briefings sur site, tout en collaborant activement au développement de divers projets DIY/DIWO (Do It Yourself / Do It With Others) dans un environnement créatif.

Premier jour d’activités

Le premier jour démarre par des activités saines !

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PIFcamp day 2 ➡️ DITOxication starts with the morning yoga class 🙏 @pif_camp #hackercamp #ashtanga #yoga #ferallabs

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Hike in the Slovenian mountain discovering edible plants with Dario @pif_camp #hiking #wildedibleplants #ferallabs

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L’après-midi s’oriente vers des activités de fabrication mais aussi de détente.

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A day at PIFcamp 2019 @pif_camp #pifcamp #ferallabs

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Le foodlab du PIFcamp suscite beaucoup de curiosité.

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Kombutcha, kefirs, vinegars, kimchis, teas, etc., foodlab at @pif_camp #pifcamp #ferallabs

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Open Saturday

Le 10 août, le PIFcamp invite les visiteurs de la vallée, du reste de la Slovénie et tout ceux qui sont prêts à faire un détour par le Triglav pour un Open-Saturday qui permettra de se faire une idée du rendez-vous et des résultats de la semaine d’ateliers, comme de fêter la clôture en jam sessions sonores et divers dégustations.

A suivre !

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A quand le mammouth laineux 2.0 ?

Modèle d’un mammouth laineux adulte exposé à Tokyo. © Cherise Fong

Une nouvelle exposition à Tokyo met en scène le mammouth laineux : sa généalogie, ses fossiles, son génome, sa désextinction. Un microcosme médiatique des enjeux actuels qui entourent cet animal disparu de l’ère pléistocène.

Cherise Fong

De notre correspondante à Tokyo (texte et photos)

Le parcours de l’exposition spéciale au Musée national de la science émergente et de l’innovation (Miraikan) commence avec Dima : le premier corps entier de mammouth laineux à être bien préservé après sa découverte dans le nord-est de la Sibérie en 1977, un bébé de 7-8 mois décédé il y a environ 40.000 ans. C’est un spécimen touchant, car même momifié au cours des millénaires, on reconnaît bien la forme d’un petit pachyderme, les pattes recouvertes de laine beige.

Dima le bébé mammouth laineux, emprunté au Musée zoologique de Saint-Pétersbourg, exposé au Miraikan de Tokyo.

Du 7 juin au 4 novembre 2019, le Miraikan de Tokyo présente une exposition intitulée simplement « Mammouth », en comptant avec l’imaginaire qu’évoque le nom de cette espèce emblématique du Pléistocène. On retrouve un grand squelette complet, un crâne, une machoire, une molaire, même de la fourrure (assez dure) qu’on peut toucher avec les doigts. Un schéma généalogique montre l’existence contemporaine du mammouth laineux (Mammuthus primigenius), de l’Homo neanderthalensis et de l’Homo sapiens. En effet, les derniers des mammouths laineux, d’une sous-espèce naine, ont survécu dans l’île Wrangel jusqu’à il y a environ 4000 ans, soit en même temps que les humains construisaient les pyramides d’Egypte ou les monuments de Stonehenge en Angleterre.

Nombre d’autres spécimens issus du Pléistocène sont aussi exposés, certains pour la première fois, notamment un tronc laineux âgé d’environ 32 700 ans découvert en 2013, ainsi qu’un morceau de peau de mammouth laineux âgé de 31 150 ans fraîchement découverte lors d’une expédition en Sibérie arctique en août 2018, menée par le professeur Hiromi Kato de l’Université de Kindai au Japon et largement documentée dans l’expo.

L’exposition se termine avec le projet de résurrection du mammouth laineux porté par une équipe dédiée de l’Université de Kindai à Osaka. A partir d’un bout de chair du fond de la gueule de Yuka, un jeune mammouth laineux femelle exceptionnellement bien préservé depuis son décès il y a environ 28.000 ans et découvert dans le village de Yukagir en 2010, les chercheurs japonais ont fait une analyse de protéines pour en extraire 43 noyaux de cellules qu’ils ont implanté dans des ovocytes de souris. Parmi ces cellules incubées, 5 ont présenté des réactions biologiques caractéristiques du début de la division cellulaire, selon leur rapport publié en mars 2019.

Noyau de cellule de mammouth implanté dans un ovocyte de souris, par l’Université de Kindai (2019) :

Si l’expérience de Kindai est excitante, elle n’est pas tout à fait conclusive. N’empêche que le modèle grandeur nature du mammouth laineux ressuscité ne manque pas d’attirer les photos de famille et autres selfies, s’il ne fait pas tout simplement rêver des possibilités des sciences de la vie.

Le professeur et biologiste évolutionniste Miyamoto Hiroshi, membre de l’équipe « mammouth » de Kindai a déclaré : « Même récemment au Japon, le loup et la loutre se sont éteints. Actuellement, les extinctions des espèces s’accélèrent. (…) Ce projet de recherche n’est pas seulement pour comprendre la vie et la mort du mammouth. En élucidant l’écologie des grands mammifères comme le mammouth, on peut mieux prévoir les effets du changement climatique sur la vie sur Terre, et mieux les protéger maintenant. Surtout, la biodiversité enrichit le monde. Et puis, c’est amusant d’imaginer les mammouths se promenant dans les steppes de la Sibérie. »

Pas de désillusions, donc, mais toujours une contribution à la science.

Qu’est-ce que la désextinction ?

Ce qui nous amène à la grande question de la désextinction. Si le terme (sans parler des médias) évoque la résurrection pure et simple d’une espèce disparue, la notion scientifique est beaucoup plus nuancée. Les chercheurs en ingénierie génétique savent bien que le clonage exact d’un spécimen mort depuis des milliers d’années n’est pas réaliste (entre autres, parce que les cellules commencent à se détériorer et à se contaminer dès la mort de l’organisme).

Fourrure de mammouth laineux.

Contrairement aux dinosaures jurassiques et crétacés, éteints depuis quelques 65 millions d’années, les mammouths laineux du Pléistocène ont vécu jusqu’à il y a environ 11.000 années. En outre, les éléphants d’Asie sont plus proches génétiquement des mammouths que des éléphants d’Afrique.

Plus prometteur en ce qui concerne la soi-disant désextinction, selon les praticiens, est l’utilisation de la biologie synthétique, plus précisément le CRISPR-Cas9, pour recréer un génome artificiel en y insérant certains gènes extraits d’une espèce éteinte, comme le mammouth laineux, dont on a pu récupéré des morceaux d’ADN dans des cellules préservées dans la glace. Après, il faudrait que le génome puisse s’exprimer dans un embryon, qui puisse se développer à l’intérieur d’une mère porteuse d’une espèce proche (dans ce cas un éléphant d’Asie) et naître (et grandir).

C’est ce que tente de faire depuis 2012 un projet en Russie menée conjointement par les chercheurs Semyon Grigoriev, directeur du Musée du Mammouth de l’Université Fédérale du Nord-Est à Yakutsk en République de Sakha (et qui a participé à l’expédition d’août 2018 documentée dans l’exposition au Miraikan), et Hwang Woo-Suk (pionnier sud-coréen du clonage inculpé en 2006 pour fraude et violation de lois sur la bioéthique…), fondateur de l’entreprise de clonage de chiens domestiques Sooam Biotech.

Un molaire (troisième supérieur à gauche) de mammouth laineux découvert en République de Sakha en 2013.

Aux Etats-Unis, le laboratoire du professeur George Church de l’Université de Harvard travaille depuis 2015 sur la création d’un embryon hybride composé de gènes d’éléphant d’Asie et du mammouth laineux. Il est soutenu par l’association Revive & Restore, qui réclame le combat contre le changement climatique (ranimer le mammouth pour restaurer l’écosystème arctique et empêcher la fonte des glaces) et du secours génétique (« genetic rescue ») des pachydermes en voie de disparition.

Car après les odeurs, les biocarburants, les biotextiles, les légumes, la viande… et la résurrection réussie du virus de la grippe qui a tué 50 millions de personnes en 1918, autant se servir de ces nouvelles biotechnologies pour la conservation des espèces menacées.

Pleistocene Park

Autre raison pour laquelle le mammouth laineux est parmi les candidats en première ligne de mire pour la désextinction : l’espèce ainsi (re)créée aurait déjà sa place dans une réserve naturelle de la toundra sibérienne. La réserve s’appelle Pleistocene Park, et comprend 16 hectares de terres protégées par le scientifique russe Sergey Zimov, qui a déjà réintroduit des troupeaux sauvages de bisons, bœufs musqués, élans, chevaux et rennes. En fourrageant toute l’année, ces grands herbivores aident à transformer la toundra moussue en prairies, où les trous dans la neige fondante aident à faire circuler l’air froid et donc à préserver le pergélisol (sol qui reste « perpétuellement » gelé, ou pendant au moins deux ans de suite).

Or, si ce pergélisol préserve effectivement de la végétation, des restes de mammouths et d’autres animaux du Pléistocène, il contient également de vastes réserves de carbone et autres gaz à effet de serre, ainsi que des microbes jusqu’ici inconnus. Et il est en train de fondre à une vitesse accélérée chaque année.

Un tronc de mammouth laineux âgé d’environ 32.700 ans, découvert en République de Sakha en 2013.

Selon Zimov, le piétinement du bétail peut entraîner une baisse de 15°C dans la température du sol. Le mammouth laineux, espèce ombrelle de l’écosystème des steppes à l’ère pléistocène, pourrait non seulement percer le sol avec ses grosses pattes, mais renverser les arbres de la forêt boréale pour faire refléter les rayons du soleil, en plus de fertiliser le sol avec ses excréments.

Le but de la désextinction, selon Revive & Restore, serait de ranimer un animal semblable au mammouth afin de restaurer l’écosystème naturel des steppes, empêcher le pergélisol de fondre et réduire les effets du réchauffement climatique. Du moins, c’est la théorie. Pour effectivement avoir un impact sur le climat, il faudrait introduire plusieurs dizaines de milliers de ces bêtes dans le territoire protégé du Parc Pléistocène.

Désextinction et détournement

Car un des revers de la médaille, c’est que les défenses de mammouth dégelées font déjà l’objet d’une chasse à l’ivoire préhistorique pour un marché très lucratif et tout à fait licite, où 90% des défenses trouvées en Sibérie finissent en Chine. Si le commerce en défenses de mammouth date du 17ème siècle, la chasse en République de Sakha—nom officiel de la vaste région sibérienne de Yakutiya en Fédération de Russie où se trouvent la grande majorité des fossiles de mammouth laineux—s’est renouvelée avec ferveur depuis 1966 suite à l’effondrement de l’Union Soviétique.

Défense de mammouth laineux.

Parmi d’autres marchés qui s’apprêtent à tirer un profit pervers de la désextinction : les brevets sur les espèces bio-modifiées, le tourisme à but non-écologique, les nouveaux animaux de compagnie, les mets exotiques…

Comme disait Carl Zimmer, journaliste de National Geographic, à la défense de Revive & Restore : « On ne joue pas à Dieu. On est en train de prendre conscience de nos propres pouvoirs, ainsi que des résultats inattendus de nos actions. »

Certaines biologistes se sont posées ouvertement des questions sur la faisabilité et les enjeux redoutables de la désextinction, comme Beth Shapiro dans son livre How to Clone a Mammoth: The Science of De-Extinction (spoiler : on ne peut pas cloner un mammouth) en 2015 et Britt Wray dans son livre Rise of the Necrofauna: The Science, Ethics, and Risks of De-Extinction en 2017.

N’empêche que depuis la découverte de CRISPR-Cas9, la désextinction au sens génétique, quelle soit justifiée éthiquement ou non par le greenwashing, est non seulement possible mais en marche.

Un mignon modèle de bébé mammouth laineux, présage de l’hypothétique mammouth 2.0 ?

Stewart Brand, personnage culte connu pour son Whole Earth Catalog des années 1968-72 et cofondateur de Revive & Restore a écrit : « Pour moi, un des aspects les plus séduisants de la résurrection d’espèces éteintes est le temps que cela va prendre. Même si tout se passe bien, la résurrection des pigeons voyageurs (ainsi que d’autres espèces si les techniques fonctionnent) prendra des décennies. Pour qu’un bébé mammouth laineux grandisse et donne naissance à une fille, il faut vingt ans. Réintroduire les troupeaux dans la région subarctique et rétablir la steppe des mammouths sera un projet à l’échelle d’un siècle. »

La question qui se pose alors : qu’est-ce qui arrivera en premier, la désextinction des mammouths ou l’extinction des humains ?

En savoir plus sur l’exposition « Le Mammouth » au Miraikan.

Plateau Urbain : “Résorber la vacance, servir la création” (1/2)

L'équipe de Plateau Urbain © Anne Leroy

Est-ce qu’investir les espaces inutilisés peut être un facteur contribuant à la relocalisation de la production en ville ? Première partie d’un grand entretien d’été sur le thème des espaces de création et de la fabcity à Paris avec Simon Laisney et Paul Citron de la coopérative Plateau Urbain, qui œuvre au quotidien à la résorption de la vacance.

Arnaud Idelon

Occupation éphémère, urbanisme temporaire, urbanisme transitoire, urbanisme de transition… autant de formulations pour décrire un mode alternatif de penser la ville. Car il s’agit là d’occuper un bâtiment (ou un terrain) vacant pour y implanter – sur des durées souvent courtes – des activités qui n’auraient pas eu accès à des locaux aux prix du marché dans les champs de la création, de l’artisanat, de l’entrepreneuriat mais aussi de l’hébergement d’urgence comme aux Grands Voisins, aux Cinq Toits, à La Padaf, à Coco Velten, ou de l’enseignement comme à l’Hôtel Pasteur.

Cette pratique aussi vieille que la ville tient autant à la grande variété d’acteurs qui s’en saisissent (d’importantes entités comme la SNCF Immobilier et son programme « Sites Artistiques Temporaires » lancés en 2015 ou la Région Ile-de-France avec son Appel à Manifestation d’Intérêt « Soutien aux initiatives d’urbanisme transitoire » côtoient associations culturelles, collectifs d’architectes, agences d’urbanisme, collectivités locales, aménageurs, promoteurs et propriétaires fonciers) qu’à l’accélération de la mise en visibilité du phénomène.

Les friches à vocation de diffusion culturelle (Halle Papin, Station – Gare des Mines…) ou événementielle (La Base Filante, La Cité Fertile, Ground Control…), et plus largement les lieux mixtes où peuvent cohabiter activité, logement et accueil du public (Les Grands Voisins, Les Cinq Toits, Coco Velten) ont largement contribué à faire connaître et essaimer ces initiatives et les agences publiques d’urbanisme comme l’APUR et l’IAU IDF se penchent aujourd’hui sur les enjeux de ces pratiques émergentes.

Pourtant, dans l’ombre des friches qui font événement, des nombreux bâtiments accueillent plus discrètement des espaces de travail destinés à des artistes, des artisans, de jeunes entreprises sur des durées courtes, au sein d’un écosystème de travail riche en rencontres et en synergies potentielles (lire notre précédent article). Ces lieux accompagnent les mutations du monde du travail, favorisent l’échange, la mixité des usages et des temporalités, la formation pairs-à-pairs et la mutualisation de ressources. A Paris notamment, en raison de la pression foncière et immobilière sans pareille en France, l’urbanisme transitoire devient une opportunité pour nombre de structures en phase de développement, à la recherche d’espaces en marge du marché et des circuits plus classiques du coworking.

L’urbanisme transitoire s’installe dans les imaginaires en même temps que dans l’agenda des politiques publiques, profitant d’un paradigme favorable : la prise de conscience écologique de la société civile, l’essaimage d’idées de penseurs comme Bruno Latour ou Patrick Bouchain (lauréat du Grand Prix de l’Urbanisme cette année) quant à la nécessité de construire en commun, de favoriser la couture urbaine, la mixité d’usages, la programmation pas-à-pas de nos espaces urbains, le besoin de lieux plus ouverts, non régis par le marché, le besoin de relocaliser la production, ainsi que l’instauration progressive d’un cycle de confiance entre des mondes différents (propriétaires, aménageurs, secteur associatif et culturel). L’essor de ces pratiques ne se fait pas sans méfiance de la part d’un certain nombre d’acteurs qui appellent à la vigilance face à la marchandisation de ces espaces vacants, l’abîme de la réplication et du fantasme de la start-up, la nécessité d’une sortie du transitoire vécu comme précaire.

Moins visible auprès du grand public que les lieux eux-mêmes, mais incontournable pour tout l’écosystème d’acteurs de l’urbanisme transitoire, la coopérative Plateau Urbain a été l’une des structures pionnières de la diffusion de l’urbanisme transitoire en France et de l’instauration de ce cycle de confiance entre différents acteurs de la fabrique de la ville, en se positionnant dès leur création en 2013, comme interface entre plusieurs mondes et filières. Leur cheval de bataille : mettre la vacance immobilière au service de l’intérêt général, permettre – en l’outillant – à l’alternative de se développer dans la ville contemporaine. Rencontre au long cours en deux parties avec Simon Laisney et Paul Citron, chevilles ouvrières de la coopérative respectivement comme Directeur Général Fondateur et Directeur du Développement, qui évoquent à Makery leurs intuitions de départ, leurs parti-pris et doutes, ainsi que leur vision de la ville d’aujourd’hui, de demain et d’après-demain.

A l’intérieur des Grands Voisins. © Elena Manente/Yes We Camp

Quelle est la vision de base de Plateau Urbain ? Est-ce qu’elle se résume à votre slogan : « Résorber la vacance » ?

Simon Laisney : Depuis 2013, notre slogan de base c’est « Résorber la vacance, servir la création ». On a commencé par l’artistique parce que c’était notre réseau proche mais dès le début c’était pensé pour tout type de structures. « Création », on l’entendait au sens large.

Paul Citron : Résorber la vacance, c’est avant tout un objectif. Mais cela doit servir à quelque chose et donc la valeur cardinale, c’était de servir la création. C’est ce qu’on continue à faire en ouvrant le spectre à d’autres activités. Tout type de structure porté vers la production d’externalités positives pour l’environnement social, urbain ou culturel, c’est-à-dire des entreprises solidaires, des artisans, des artistes, et plus largement le secteur culturel et associatif, sans oublier les jeunes entreprises parce qu’elles créent de l’emploi. 

C’est quoi l’intuition de départ ? Et à partir de quel constat ? La ville comporte des creux qu’il faut pouvoir réaffecter ?

SL : Avant Plateau Urbain, je travaillais comme analyste dans un service de recherche pour des brokers, et étudiais l’offre et la demande pour des bureaux en IDF, Lyon et Marseille et notamment une étude sur le taux d’écoulement des bureaux neufs. L’étude est sortie en 2012 et montrait qu’il y avait 800 000 à 1 million de m2 carrés vacants (juste sur les bureaux) dont on pouvait savoir qu’ils ne seraient jamais loués.

PC : L’idée de base d’une connexion entre cette vacance immobilière et des gens qui n’auraient pas accès à la ville capitaliste traditionnelle se double d’une connexion entre deux mondes. On connaissait le milieu de l’immobilier, leurs codes, leurs langages et modes de fonctionnement, et cela nous permettait de faire une sorte de pont avec le monde des artistes, des associations, des gens de notre génération qui voulaient proposer d’autres modèles de travail. Plateau Urbain n’a rien inventé. L’occupation temporaire existe depuis que la ville existe. Ca consiste à geler le droit de propriété et donc à ne pas payer de loyer. Dans le squat, cela est perçu comme quelque chose d’illégitime par une grande partie de la société (nous on se prononce pas sur le caractère légitime ou illégitime). On voulait légitimer ces pratiques. Souvent dans le mouvement squat, derrière il y a un enjeu de conventionnement et donc de devenir légitime. On pensait que c’était possible de le faire dès le début.

SL : Ce qu’on a essayé de changer c’est un deal a priori sur l’occupation d’espace, et non plus a posteriori. Avec le recul, on voit qu’il y a des cycles de confiance qui sont générés dans l’occupation temporaire et qu’on est arrivés à un moment où il y a un cycle de confiance qui s’est recréé. On y a contribué mais on est loin d’être les seuls.

Démontage de racks à La Padaf à Anthony (92). Sur 17 000 m² de bureaux, d’ateliers et d’entrepôts, la Plateforme des Acteurs de Demain accueille des activités artistiques, de l’ESS et du réemploi, de la construction et de l’associatif. Des activités commerciales et de loisirs ouvertes sur la ville sont également en montage. Depuis juillet 2018 Plateau Urbain s’est lancée dans une occupation temporaire inédite par sa durée (jusqu’en 2024) dans l’ancien siège d’Universal Music. © Plateau Urbain

Quel est l’intérêt pour le propriétaire que de mettre à disposition son immeuble ? Dans votre modèle, les occupants payent un loyer, une redevance ?

PC : La redevance payée par les occupants est fixé sur le prix des charges. On ne paye pas de redevance au propriétaire, parfois – et c’est encore un débat en interne – on lui rembourse tout ou une partie de ses taxes. Une fois de plus c’est une question de légitimité : on n’est pas des citoyens de seconde zone qui faisons l’aumône à des propriétaires en leur demandant de payer nos impôts. Donc la taxe de ramassage des poubelles, qui sert à tout le monde, c’est logique de la payer. La taxe foncière est une taxe sur la propriété, donc on pourrait penser qu’on n’a pas à la payer. D’un autre point de vue, une taxe permet de financer le budget commun de la société et il serait logique d’y contribuer.

Très vite, la mayonnaise prend, comment cela s’explique ? Quelles sont les grandes premières étapes de ce développement ?

SL : Il y a eu deux ans d’expérimentation, de recherche, d’accompagnement qui se sont traduits par plusieurs projets. Des interventions artistiques sur des rez-de-chaussées vacants, une résidence d’artistes à Arcueil, Pauline Perplexe On avait déjà bossé, on avait déjà fait des choses, on s’était fait de l’expérience avant d’arriver sur les Grands Voisins, qui a véritablement lancé notre développement. Il y a aussi eu un concours ESS de la Région Ile de France qui nous a donné une visibilité sur le fait que ces solutions-là existaient pour les acteurs de l’ESS. Il y avait la bonne idée, le label institutionnel, les usagers potentiels et le lieu pour accueillir tout le monde, c’était un alignement des planètes pour que ça puisse fonctionner.

PC : Après, il y a donc eu les Grands Voisins, un terrain de jeu immense où on a pu tester beaucoup de nos idées et travaillé en collaboration avec des structures de tous les horizons. A partir de là, il fallait démontrer que l’on était capables de dupliquer le truc sur d’autres bâtiments dans d’autres contextes, à partir de 2016 avec le Python, l’Open Bach, les Petites Serres. En 2017, le passage en SCIC a été un tournant, qui est concomitant à la diversification des métiers : on faisait de la gestion, du montage de projet, mais aussi du conseil, des études, et un peu d’événementiel. En 2018, c’est le passage au national : l’installation d’une équipe à Lyon, un partenariat avec Yes We Camp à Marseille et un partenariat avec un bailleur social à Bordeaux à qui l’on a appris notre métier. Après ce n’est pas une développement homogène, on n’a pas de recette miracle, et l’on recommence à zéro à chaque bâtiment. On n’est jamais tout seuls sur un site mais avec tous les occupants, qui donnent une coloration à chaque projet. Aucun de nos projets ne se ressemble, tout simplement parce qu’ils ne sont pas occupés par les mêmes personnes ni situés dans les mêmes contextes urbains.

Les Grands Voisins en images :

 

Vous passez d’une association à une coopérative, pourquoi ce choix ? Qu’est-ce que ça change aujourd’hui dans le développement de Plateau Urbain ?

SL : On voulait avoir une structure qui soit gouvernée par ceux qui travaillent. La SCIC nous permettait de conserver une fonctionnement par collèges et de redonner le pouvoir à ceux qui travaillent dans la structure. On avait un peu peur sinon d’avoir des dirigeants déconnectés de la réalité de terrain. La seconde raison est que nous sommes proches des valeurs coopérativistes. Ce sont des structures d’avenir, la notion de lucrativité est limitée, on ne rémunère pas le capital. C’était enfin une manière de réunir tous les métiers de Plateau Urbain dans une même coque, d’avancer tous ensemble et de continuer à agréger des partenaires dans un projet collectif.

PC : On trouve sain que le capital rémunère le travail. Il y a aussi que d’être une entreprise nous permettait d’être audibles pour le privé, d’être une coopérative de parler avec le public. Il y a aussi une histoire d’accès à l’argent : comment lever des fonds sans perdre la gouvernance ? C’est ce que permet la coopérative.

Atelier mode sur le site Igor, occupation de juillet 2018 à juin 2020 dans le 18ème Arrondissement de Paris. Animé par Plateau Urbain, l’appel à candidatures pour le site a recueilli 135 manifestations d’intérêt en seulement trois semaines. Les 61 structures lauréates reflètent la richesse et la diversité des initiatives contemporaines. Elles sont issues d’univers variés : la solidarité : soutien aux réfugiés et aux sans-abris, formation au journalisme pour les jeunes… ; La culture : scénographie, mise en lumière, sculpture, spectacle vivant… ; l’artisanat : plasticiennes, maroquinerie, bijoutiers, tailleurs… ; les services : urbanisme, concertation, architecture… © Plateau Urbain

En suivant votre évolution, on réalise que les manières de décrire ce que vous faites change. On passe de l’urbanisme temporaire à l’urbanisme transitoire, puis de l’urbanisme temporaire à l’urbanisme solidaire, qu’est-ce que racontent ces positionnements sémantiques successifs de votre métier, de votre environnement et de son évolution ?

SL : Au début on parlait d’occupation temporaire, on a organisé au Pavillon de l’Arsenal une journée sur ce thème et en parallèle le concept de transitoire a été mis en avant par la Région Ile-de-France et la SNCF Immobilier. Que les choses soient utiles, cela rassure au niveau des grandes structures qui sont attentives à ce qu’une occupation vienne nourrir un projet derrière.

PC : Ce qui évolue c’est le fait d’assumer notre objectif. Au début on dit juste « l’occupation est temporaire ne t’inquiète pas, il y a un début, une fin, on ne vient rien remettre en cause ». Puis l’on passe à l’urbanisme transitoire : l’occupation a une portée qui dépasse le simple cadre du bâtiment, une portée spatiale et temporelle parce qu’on prépare, on influence le futur du lieu ou de la ville. Les Grands Voisins en est l’exemple emblématique puisque la programmation du futur quartier a changé à la lueur du projet. Ensuite, lorsque l’on parle d’urbanisme solidaire, c’est pour signifier que l’on souhaite assumer ces valeurs, et que le transitoire est un outil au service d’une ambition urbaine et politique. Au début de Plateau Urbain, on nous a dit que l’on faisait de la « subversion douce » et je pense que le glissement de transitoire à solidaire permet d’assumer cette posture doucement subversive – on reste des réformistes. En revanche, le transitoire n’est qu’une manière parmi d’autres de défendre le droit à la ville. Augmenter la durée du transitoire, c’est juste passer d’un modèle où on payera pas de loyer pour un certain temps à d’autres modèles où l’on ne paye pas de loyer parce qu’on est capable de démontrer qu’il y a un intérêt à ce que les occupants d’un site n’aient pas cette charge de rémunérer la propriété. C’est une manière de défendre le droit à la ville pour tous, mais une fois de plus on a rien inventé du tout.

Les Cinq Toits dans le 16ème Arrondissement de Paris, occupation temporaire de septembre 2018 à décembre 2020. Cette ancienne caserne de gendarmerie doit être reconvertie en logements sociaux : la Mairie de Paris a confié le site à l’association Aurore pour y accueillir des réfugié.e.s et des familles, dans l’attente des travaux. Plateau Urbain s’est vu confier le mandat de sélectionner et de faire vivre une communauté d’usager.e.s, afin d’animer le lieu, développer des activités contribuant à l’insertion et au bien-être des résident.e.s, et d’ouvrir la caserne sur son quartier. © Sarah Cantaloube

Aux Cinq Toits :

 

Dans cette évolution, l’urbanisme transitoire devient l’opportunité de mettre un pied dans la porte, prouver que l’on pouvait faire autrement, pour ensuite viser à être pérenne (ou du moins à embrasser des durées plus longues) ? C’est le positionnement actuel de Mains d’Œuvre, du 6b ou encore du collectif MU à la Station – Gare des Mines. Quel est le vôtre ?

SL : Notre raisonnement n’est pas appliqué à des lieux mais à un système qui sert à démontrer que les occupations mixtes (hébergement urgence, activité, ouverture au public) peuvent fonctionner. Il y a eu une démonstration par l’occupation temporaire, mais ça ne veut pas dire qu’on veut que les Grands Voisins restent sur site. On souhaite par contre que les concepts perdurent, pour arriver à démontrer qu’il est utile de garantir l’accessibilité à tous de certains bâtiments. Il y a tellement de millions de m2 vacants, si l’on arrive à insuffler l’idée que ces espaces doivent être dédiés à des pratiques solidaires, on apporte déjà une réponse en dédiant du temps et de l’espace à l’intérêt général dans la ville. On intègre progressivement des champs connexes pour penser de manière plus large une ville sociale et solidaire sur des espaces hybrides, plus libres, non régis uniquement par la consommation et l’argent.

PC : L’opposition temporaire/pérenne, souvent elle ne marche pas. Un projet évolue, il est fait d’une succession de phases temporaires. L’opposition fonctionne pour rassurer les propriétaires mais pour les porteurs de projets finalement l’horizon est toujours temporaire. Ensuite il s’agit de pouvoir s’enlever les oeillères et revendiquer le pouvoir de se projeter à 10, 15 ou 20 ans. Le collectif MU par exemple, ce ne sont pas des gens qui sont nés de la dernière pluie, et il y a eu plein de périodes transitoires dans leur histoire pour aujourd’hui dire « ça va aujourd’hui on a suffisamment de recul pour revendiquer une vision à long terme ». Au début si on leur avait dit « c’est pour 15 ans », je ne suis pas sûr que ça leur aurait correspondu non plus.

La Station-Gare des mines © Collectif Mu

SL : On est à Belleville (depuis le café Le Cannibale où se déroule l’interview) et c’est un bon quartier pour se rendre compte que même si les locaux en pied d’immeuble ne bougent pas, leurs usages sont temporaires, il y a une rotation des occupants. C’est considéré comme de l’urbanisme pérenne, parce que c’est commercial, mais pourtant les choses changent.

PC : Souvent c’est considéré comme pérenne si les mecs crachent un loyer, et temporaire quand l’on ne rémunère pas la propriété. Et peut-être qu’on doit revendiquer qu’il y a des activités qui doivent demeurer gratuites, sans loyer. Et ne t’inquiètes pas, on trouvera toujours un moyen de financer ça. On a bien réussi à jouer avec ça, à faire passer des idées plus subversives que douces à travers des modèles plus doux que subversifs. Maintenant que l’on a ouvert la brèche, on a des idées pour que ça dure plus longtemps, mais il fallait y aller petit à petit.

Retrouvez la seconde partie de notre entretien.

En savoir plus sur Plateau Urbain.

Pourquoi Feral Labs ?

Le groupe du PIF Camp 2018 © Katja Goljat

Début de la série de summer camps pour le réseau Feral Labs. Le projet de coopération est cofinancé par le programme Creative Europe de l’Union européenne. La coopération est menée par l’Institut Projekt Atol à Ljubljana (Slovénie). Parmi les autres partenaires de #ferallabs : Bioartsociety (Helsinki, Finlande), CATCH (Helsingor, Danemark), Radiona (Zagreb, Croatie), Schmiede (Hallein, Autriche) et Art2M/Makery (France).

la rédaction

En Europe, dans les Amériques et en Asie, nous assistons à la création d’un nombre croissant de Creative Hubs, Maker-, Bio-, Art-, Coworking- Labs et -Spaces. Désormais, les espaces de hacking (et de hackers) de la vieille école, dédiés principalement au codage plutôt qu’à bricoler avec des machines, ont réorienté leur attention pour mieux répondre aux besoins de la nouvelle culture « maker ». Avec l’utilisation de machines à commande numérique abordables, d’imprimantes 3D, de techniques de numérisation 3D, de drones, de microcontrôleurs et de divers types d’électronique de bricolage open source, nous assistons à une évolution de la production numérique au-delà des royaumes immatériels, loin des écrans d’ordinateur, vers la rematérialisation, les formes tangibles, mais aussi vers les réalités tridimensionnelles virtuelles et augmentées.

Ces nombreux centres créatifs nouveaux et réinventés fonctionnent comme des initiatives qui offrent aux participants un espace social doté d’opportunités technologiques, un espace où chacun est encouragé à expérimenter, explorer, créer et partager. Ce qui imprègne également ces espaces, c’est un nouvel élan de la culture libre et ouverte : les débats fondamentaux sur les contenus numériques propriétaires et non propriétaires semblent moins passionnés et les communautés sont beaucoup plus fortes et diversifiées. Les créateurs, les artistes et les scientifiques partagent librement leurs contenus créatifs sur Internet. L’utilisation de licences ouvertes telles que Creative Commons est très répandue et au sein des communautés en ligne, la diffusion publique des modifications apportées aux sources originales « empruntées » est fortement répandue et encouragée.

Depuis des décennies, nous entendons dire que l’apprentissage tout au long de la vie est la norme. Pourtant, l’esprit des Creative Hubs contemporains met l’accent sur l’apprentissage actif dans un contexte social. Leur mode de fonctionnement est l’apprentissage par la pratique, bien que le plus précieux n’est pas de devenir l’expert ultime, mais la capacité de partager vos connaissances dans un environnement social et d’être ouvert à l’apprentissage avec les autres.

Ces activités basées sur les communautés créatives correspondent au monde du manque paradoxal d’informations à une époque de flux d’informations illimités. La communication directe entre homologues est de plus en plus importante pour obtenir les informations pertinentes, façonner le contexte et gérer les « filtres de recherche ». Dans le domaine des avancées technologiques rapides et toujours plus abordables, l’éducation informelle joue un rôle beaucoup plus indispensable que jamais. L’apprentissage par les pairs s’adapte aux besoins et aux intérêts de manière beaucoup plus rapide que les systèmes d’éducation formelle. Cela ne signifie toutefois pas que l’un et l’autre entrent nécessairement en discorde. Pour être honnête, beaucoup de ces Creative Hubs qui s’adaptent rapidement doivent une grande gratitude pour leur existence aux « vieilles » structures académiques et au système éducatif. Néanmoins, alors que chacun semble créer ses propres espaces de création et laboratoires de création, il devient évident que nous investissons de plus en plus dans les modes d’apprentissage par les pairs et de co-création au sein des institutions scientifiques et éducatives du monde entier.

À l’instar de l’art, de la culture et de l’éducation, le « visiteur » plutôt passif du XXe siècle semble de moins en moins pertinent en sciences et en ingénierie également. De plus, cette pensée s’étend au-delà du monde de la culture. L’agenda politique actuel de la Commission européenne dans le domaine de la science, par exemple, consiste à approuver les objectifs et les moyens de l’innovation ouverte, de la science ouverte et de l’ouverture au monde (- les trois O). De grands espoirs sont projetés dans des concepts tels que la science citoyenne et la science ouverte, qui recèlent des potentiels considérables pour une plus grande transparence, la légitimation (démocratique) de la recherche scientifique et le renforcement de la créativité dans la pensée et la création.

En dépit de ces changements, propagés par l’extension de la numérisation à tous les pores du processus de création contemporain, la barrière entre le créateur et le(s) public(s) existe toujours. Les œuvres de création et les résultats de la recherche artistique sont encore principalement présentés lors d’expositions, de spectacles, de biennales, de festivals et selon d’autres modalités standard qui maintiennent la séparation typique entre l’auteur et le ou les visiteurs, spectateurs, public(s). Nous ne prétendons pas que les biennales d’art, les festivals internationaux et les expositions d’art sont obsolètes et devraient disparaître, tout comme nous ne préconisons pas le désassemblage du système de revues scientifiques (avec comité de lecture) et de conférences internationales, ni l’annihilation du milieu universitaire. Nous ne pensons pas que les concerts, les spectacles et les expositions de galeries ne jouent pas un rôle essentiel dans l’avenir de l’art. Au contraire, ils pourraient se transformer, mais ils sont là pour rester.

Cependant, nous sommes certains que ces formules ne sont pas toujours adéquats. Pour propager et développer efficacement les pratiques du travail contemporain au croisement de l’art, du design, de l’ingénierie et de la science, dont nous pouvons observer la convergence dans les communautés créatives contemporaines, nous devons également penser à des formats moins centrés sur la présentation et à des activités plus axées sur les processus. Ce qui doit être encouragé, ce sont d’autres types de modalités qui tiennent compte des leçons tirées de ces nouvelles formes de production et ne négligent pas des questions telles que :
– Que signifie créer, présenter et diffuser des œuvres d’art dans le contexte d’une production numérique contemporaine (re-matérialisée, tangible) ? Quels rôles les communautés et les approches participatives jouent-elles dans la création dans le contexte de la production culturelle née numériquement ?
– Comment créer, distribuer et présenter l’art aujourd’hui ? Et dans le futur ?
– Si les Creative Hubs reposent sur une structure commune forte, quels sont le rôle et l’importance de ces derniers au-delà de leurs communautés locales ? Comment ces environnements créatifs s’interconnectent-ils aux niveaux local, régional et européen ?
– Comment élargir et élargir les réseaux d’opérateurs culturels contemporains traitant de la technologie ? Comment pouvons-nous utiliser les leçons les plus précieuses de l’apprentissage informel et basé sur les pairs grâce à un échange de connaissances basé sur la demande et à une co-création intensive ? Comment pouvons-nous diffuser et diffuser du contenu au-delà des réseaux homologues immédiats ? Et comment permettons-nous à nos pairs de propager les résultats encore plus loin, à des pairs hors de notre portée immédiate ?

Afin de répondre à ces questions, le projet Feral Labs réunit un consortium de partenaires autour d’un réseau de pôles temporaires de dislocation dédiés à la recherche en art&technologie et aux communautés associées. Six partenaires de six pays de l’UE ont partagé leur intérêt commun pour la recherche en arts&sciences et les communautés contemporaines de bricolage (DIY) et de bricolage avec d’autres (DIWO) et organiseront un ensemble varié d’actions en 2019 et 2020. Au lieu d’utiliser des modes de présentation tels que des expositions et des festivals, notre objectif principal sera de connecter et d’organiser une série de camps et d’environnements de création temporaires similaires, tous avec un accent particulier sur les activités basées sur les processus comme l’apprentissage par les pairs, le travail sur le terrain, la recherche-création. Le point commun de ces activités est leur emplacement délibéré dans un environnement éloigné, loin de la configuration urbaine habituelle des pôles créatifs contemporains. Les partenaires créeront une variété de pôles créatifs temporaires dont la portée, le format et les sujets abordés varieront, mais qui auront tous un point de départ méthodologique commun. Ces actions seront en outre étendues et connectées via une stratégie transnationale de dissémination et communication forte et les programmes de développement qui l’accompagnent, ainsi que des programmes d’artistes en résidence orientés vers la communauté.

Le réseau Feral Labs est cofinancé par le programme Europe créative de l’Union européenne. La coopération est menée par l’Institut Projekt Atol à Ljubljana (Slovénie). Parmi les autres partenaires de #ferallabs : Bioart Society (Helsinki, Finlande), Catch (Helsingor, Danemark), Radiona (Zagreb, Croatie), Schmiede (Hallein, Autriche) et Art2M/Makery (France).

« Fabrication Numérique et prototypage rapide », une formation à succès

Arthur Baude et l'équipe d'apprenants à l'Edfab de Saint-Denis © Makery

Retour sur les formations hybrides d’initiation à la fabrication numérique de l’Institut Mines Telecom Atlantique, entre cours en ligne et sessions pratiques dans les fablabs et auxquelles Makery est associé.

la rédaction

Journée de formation chez Villette Makerz à Paris. Nous y rencontrons Baptiste Gaultier, formateur et ingénieur pédagogique, qui transmet son savoir à une quinzaine d’apprenants. Baptiste Gaultier est rennais, ingénieur de recherche à l’Institut Mines Telecom Atlantique à Rennes, l’un des trois sites avec les campus de Brest et Nantes, L’Ecole des Mines de Nantes et Telecom Bretagne ne faisant plus qu’une seule et même école formant des ingénieurs généralistes autour du numérique, des télécommunications, de l’énergie. Plus généralement l’IMT Atlantique fait de la formation à l’ingénierie et dans cette mission il propose de la formation en ligne au travers de MOOCs gratuits (acronyme formé des initiales de « massive open online course », en français formation en ligne ouverte à tous), qui se veulent ouverts dans le sens où ce sont des cours fréquentés par de grandes communautés (plusieurs milliers d’inscrits). L’objectif est de proposer des vidéos, des exercices, des cours écrits, des activités en ligne, pour aller ensuite se former en présentiel dans les fablabs sur différents aspects de la fabrication numérique. On parle de « blended learning » (apprentissage mixte, en ligne et présentiel).

Baptiste Gaultier chez Villette Makerz © Makery
Présentation de la Bionicohand © Makery

Depuis 2017, Makery et MCD (Musiques et Cultures Digitales) se sont joints à l’initiative pour coproduire la première marche d’un parcours de MOOC consacré à la fabrication numérique, avec le MOOC « S’Initier à la Fabrication Numérique » (IFN). Trente personnes y participent pour la première session (on vous en parlait dans Makery).

Un succès qui encourage la Région en 2018 à renouveler l’aide à l’IMT sur le même parcours de MOOC qui comprend la brique IFN et cette fois c’est 80 demandeurs d’emploi qui sont formés, sur près de 600 candidatures. Si la demande est aussi forte c’est aussi qu’au-delà de la transversalité et diversité des débouchés que permet la fabrication numérique, la formation aboutit à l’obtention une certification de l’IMT qui vient valider chacune des compétences techniques abordées lors du parcours.

Compléter ses compétences

Baptiste Gaultier : « Nous avons développé une série de MOOCs, avec pour chacun d’entre eux une thématique visée. Au tout début nous proposons des MOOCs d’initiation à l’électronique, à l’impression 3D, à la découpe laser, aux différentes machines que l’on trouve à disposition dans les fablabs. Cela permet de comprendre ce qu’est un fablab, ce qu’il permet. Ensuite, derrière ce MOOC on vient rajouter des briques autour de thématiques plus avancées. Aujourd’hui nous en avons quatre qui tournent sur les plateformes Fun (francophone) et Edx (anglophone) et auquel on peut rentrer suivant ses compétences. »

Villette Makerz est un des lieux de fabrication accueillant le programme pour l’édition de ces MOOCs hybrides. « Ce que le participant acquiert en ligne il vient ici pour le compléter en présentiel, l’enrichir, le valider, puis il repasse sur une session en ligne et ainsi de suite, en alternance et en autonomie », précise Baptiste Gaultier. « Nous organisons les sessions de parcours hybrides depuis un peu plus d’un an maintenant, nous en sommes à la troisième promo. Nous accueillons des demandeurs d’emploi, des personnes en poste qui souhaitent compléter leur formation avec des compétences directement mobilisables dans leur travail ou dans leur recherche d’emploi. Nous avons des personnes d’horizons très différents, ici à Villette Makers aujourd’hui nous avons des personnes qui viennent de l’édition, du numérique, de l’industrie, qui souhaitent compléter leurs compétences. » Le parcours proposé n’est pas une formation métier, on sait la difficulté de cloisonner les métiers de la fabrication numérique, mais il permet de compléter un CV avec des briques de compétences valorisables sur le marché de l’emploi (nous en parlions pour la session 2018).

Les premières enquêtes menées par MCD auprès des participants montrent que la formation recrée une dynamique et sociabilité favorable à la recherche d’un emploi ou à la création d’activité. Sur les 110 demandeurs d’emploi précédemment formés (30 en 2017 et 80 en 2018-19), 63% ne recherchent plus d’emploi à cette heure, et 67% affirment que la formation à été utile dans leur reconversion / insertion professionnelle. En effet ce parcours de 4 mois favorise la maturation de projets et la mise en réseau avec des professionnels, (souvent nécessaires avant de se lancer dans l’entreprenariat) mais aussi avec des apprenants, puisque plusieurs d’entre eux se sont réunis autour de projets communs.

Baptiste Gaultier accompagne les apprenants sur leurs essais personnels © Makery
Tests avec Makey Makey © Makery

D’autres lieux accueille également le programme du parcours sur 2019, l’Edfab de Cap Digital, Ici Montreuil, SqyLab à Saint-Quentin-en-Yvelines. « La formation se déploie relativement facilement dans la mesure où les fablabs partagent un peu la même recette, il est facile de le réinstancier. Ainsi nous avons une session qui commence en septembre en Bretagne, une autre dans le nord de la France en 2020 », annonce Baptiste.

L’idée est d’enrichir petit à petit le parcours de MOOC avec d’autres thématiques. « On va s’intéresser cette année à la modélisation paramétrique, c’est-à-dire d’apprendre à modéliser des pièces mécaniques, des pièces d’assemblage, avec des logiciels professionnels. Cela afin de compléter notre offre existante des bases de la modélisation pour la découpe laser ou l’impression 3D afin de l’ouvrir à des machines CNC professionnelles qui peuvent travailler beaucoup plus de matériaux dans lesquelles on vient placer nos fichiers. On souhaite aussi mettre en place un MOOC thématique sur les objets connectés et la « nano grid » qui permettra aux apprenants de comprendre et suivre la consommation électrique avec des technologies issues des fablabs à l’échelle d’un bâtiment individuel ou professionnel, administratif, etc. Avec les mêmes technologies on peut avoir une vision très fine de tout ce qu’il se passe en terme de consommation énergétique, pas de la production, mais plutôt dans l’idée de maitriser sa consommation, de la réduire, soit de l’autonomiser par des moyens de petite production type solaire ou éolienne. »

A l’Edfab de Saint-Denis

La semaine suivante nous rendons visite à la formation dans les locaux de l’Edfab à Saint-Denis. Nous y rencontrons Arthur Baude qui avait formé les formateurs l’an passé, dont Lola, fabmanageuse à l’Edfab. « Cette année j’accompagne les apprenants sur certaines parties, dont Arduino par exemple aujourd’hui. Dans ce cours ici ils sont recrutés via Pôle Emploi et le partenaire MCD, la formation se passe bien, ils en sont au 2/3. Ils ont déjà fait Initiation à la Fabrication Numérique sur 4 semaines, qui est suivi de 4 semaines sur imprimer un objet en 3D, et là 4 semaines Arduino. Avec imprimer un objet en 3D ils doivent réfléchir à un projet en équipe, ils fabriquent ainsi une boîte à étage qui réunit les compétences de fabrication numérique et les compétences d’électronique. » Dans le cours actuel les apprenants démarrent sur Arduino et vont apprendre des parties plus complexes, puis commencer leur projet en équipe, pour lequel ils peuvent demander des capteurs qu’ils ne savent pas forcément encore faire fonctionner. « Ils vont pouvoir aller plus loin mais aussi apprendre à être plus autonomes, dans la mesure où on leur donne des pistes mais on leur dit aussi d’apprendre à faire par eux-mêmes. C’est assez chouette, cela se passe bien, ils s’en sortent bien », nous dit Arthur Baude.

Arthur Baude en pleine conversation sur les possibilités des capteurs à l’Edfab © Makery
Le fameux coup de la banane © Makery
On fait la chaîne et le courant passe © Makery

Les profils sont très différents, il y a des compétences très variées. « Certains viennent de la musique, d’autre de l’informatique, d’autres sont commerciaux, on a déjà eu des artisans aussi. Jusqu’à l’année dernière nous étions ouvert qu’au cadre de plus de 45 ans, mais aujourd’hui nous sommes ouverts à tous et nous avons des plus jeunes et des moins jeunes. » Les apprenants se voient proposés 1 à 3h de MOOC par semaine où ils apprennent toutes les bases, « cela pourraient prendre potentiellement du temps en présentiel, ils passent le temps qu’ils ont besoin individuellement, cela nous permet d’aller plus loin ensemble en présentiel, dans la mesure où ils ont plus d’autonomie et donc on peut avancer sur des choses un peu plus poussées. » Le cours proposé dure 3h30, mais une heure supplémentaire est laissée libre pour que les apprenants puissent avancer sur leurs projets, profiter des machines et rencontrer les usagers du lab.

Pour Arthur Baude l’intérêt de ce type de modèle est d’autant plus clair qu’il fait écho à son expérience : « Je viens du design graphique et j’ai tout appris en autodidacte en ce qui concerne la fabrication numérique et Arduino et maintenant je me définis designer-maker-artiste, je mélange les trois dans ce que je fais, et de ce fait, au-delà de mélanger design et make, ce qui m’intéresse c’est que les gens ne galèrent pas autant que moi qui ait tout appris tout seul,  je consacre mon énergie à vulgariser et à faciliter cet apprentissage pour que cela se passe bien au niveau des apprenants. Cela me plaît beaucoup de faire ça. » Et cela semble porter ses fruits, puisque depuis ses débuts le parcours « La fabrication numérique » fait 95% de satisfaits et 85% de certifiés.

Bricole sur le temps libre où les apprenants peuvent utiliser les machines du fablab © Makery

La dernière session hybride pour l’année 2019 débutera en septembre, basée sur des prérequis et profils similaires aux précédentes, elle sera cependant accessible à partir des Comptes Personnels de Formation (CPF) ou de manière payante, soit 2900 euros pour les 90 heures de formation estimées (45 heures en ligne et 45 heures en présentiel). Elle se déroulera au tout jeune Fablab de la Verrière (Ici Montreuil). Les places sont d’ores et déjà ouvertes.

Pour plus d’information consulter le site et télécharger la plaquette.