Et les prix YouFab 2017 sont attribués à…

«Regenerative Reliquary» d'Amy Karle, grand prix YouFab 2017. © Amy Karle

Bioart, architecture minimaliste, haptique, impression 3D de nouveaux matériaux… revue des lauréats de la 6ème édition du concours international de fabrication numérique YouFab.

Cherise Fong

Tokyo, de notre correspondante

Chaque année, le nombre de projets concourant pour les prestigieux prix YouFab organisés par le Fabcafe Tokyo augmente, parmi lesquels une vingtaine de finalistes sont retenus et, une fois le palmarès annoncé, exposés dans la capitale japonaise. Pour l’édition 2017, 20 projets ont été sélectionnés parmi 227 œuvres et prototypes provenant de 26 pays. Les lauréats et finalistes seront exposés à la galerie Good Design Marunouchi du 9 au 23 février 2018.

La prime à l’Occident

Cette année, sur les cinq projets primés, deux œuvres artistiques sont issues des Etats-Unis, deux prototypes ont été développés en Grande-Bretagne et le prix étudiant est remis à un projet expérimental japonais. Confirmant que le succès d’un prototype est indissociable des ressources matérielles, logistiques et médiatiques qui lui sont octroyées. Le concours attire cependant toujours un grand nombre de projets nippons.

Revue des prix YouFab

Le grand prix attribué au projet Regenerative Reliquary de la bioartiste américaine Amy Karle, conçu lors d’une résidence au Pier 9 d’Autodesk à San Francisco, est à la fois une œuvre artistique à l’impressionnante esthétique et une illustration des technologies de pointe en matière de culture cellulaire et d’impression 3D de matériel vivant. Inspiré par l’ossature humaine, il s’agit d’une sorte de treillis en forme de main, imprimé en hydrogel Pegda (polyéthylène glycol diacrylate) biodégradable, qui servirait à la culture de cellules souches mésenchymateuses… Une façon très SF de faire pousser de la chair humaine à l’intérieur d’un bioréacteur-incubateur transparent. Au-delà de l’esthétique de la main lumineuse plongée dans son fluide nutritif, le concept pourrait servir à la conception de prothèses médicales personnalisées, cultivées à partir des cellules du corps du patient. En bonus, l’artiste a partagé tout son processus sur Instructables.

Amy Karle, «Bringing Bones to Life» (donner vie aux os), présentation (en anglais):

Le premier prix est attribué à Minima | Maxima, un pavillon conçu pour l’Expo 2017 d’Astana au Kazakhstan par l’architecte Marc Fornes avec son studio new-yorkais TheVeryMany. La sculpture est l’aboutissement de ses recherches autour des « bandes structurelles » d’aluminium, ultrafines et ultralégères, qui mettent en valeur les courbes autoportantes d’une architecture de maille algorithmique. Le pavillon écoconscient est devenu une structure publique permanente dans cette ville en plein développement.

Marc Fornes, «The Stripes Effect» (l’effet bandes), présentation (en anglais):

Le prix général, 3D Weaver d’Oluwaseyi Sosanya (Londres), est un métier à tisser CNC à trois axes qui tisse des motifs en fil renforcé de silicone liquide. Le textile ainsi produit pourrait notamment servir d’armure souple et plus confortable à porter en situation de combat, ou de semelles de sneakers en paysages rugueux. Ce projet de 2014 rappelle la vogue des premières imprimantes 3D spécialisées en nouvelles matières… qui attend toujours sa killer app.

«3D Weaver», Oluwaseyi Sosanya, présentation:

En collaboration avec l’association Haptic Design, le prix haptique est remis au projet très ludique The Third Thumb du designer néo-zélandais installé en Grande-Bretagne Dani Clode, un pouce prothétique contrôlé… par les pieds.

«The Third Thumb Project», Dani Clode, présentation:

Explorant un autre angle de l’haptique, le lauréat du prix étudiant est remis au projet expérimental Spring-Pen, un stylo-ressort à la pointe souple, imprimable et customisable aux préférences d’écriture et de peinture de chacun. Les membres de l’équipe conceptrice du prototype, issue du prolifique Digital Nature Group de l’université de Tsukuba, promettent de partager la recette.

«Spring-Pen», présentation:

Nos coups de cœur

Difficile de comparer les projets quand toutes les catégories se confondent (et que les contributeurs vont du medialab du MIT au maker isolé), mais voici nos deux coups de cœur.

Un pur produit maker musicien DiY avec la Modular Rhythm Machine de Nicolas Kisic Aguirre. Il s’agit d’un tambour modulaire qui permet de (dé)construire des rythmes mécaniques et visuels à partir de servomoteurs attachés à des éléments en bois. L’instrument a été développé par l’architecte péruvien lors de la Fab Academy à Providence (Etats-Unis) en 2016.

«Modular Rhythm Machine», Nicolas Kisic Aguirre, présentation:

Plus hacker et en développement constant, Noodlefeet de Sarah Petkus est un projet de robotique décalé comme on les aime. Sarah est blogueuse, makeuse, illustratrice, youtubeuse et américaine… Elle développe ses pieds de robot-nouille à la manière d’une artiste, interrogeant la part d’humanité en nous (et lui). A la faveur d’une conférence Hackaday qu’elle donnait en Californie en novembre, intitulée TastingFeet (les pieds qui sentent), un maker lui a demandé ce que sentait réellement son robot. Elle s’est alors lancée dans des tests de matières alimentaires puis a transformé une patte en distributeur de haricots… Parce qu’elle entend le faire « grandir et évoluer comme un humain ou un organisme qui mûrit avec l’âge ».

Noodle sur le terrain de jeu simulant Mars de l’Agence spatiale européenne, août 2017:

Voir le palmarès complet des prix YouFab 2017

Spatialisation en mode statique à l’Ircam

Visite de la nouvelle bibliothèque sonore 3D de l'Ircam. © Laurent Catala
Laurent Catala

Nouvelles perspectives d’écoute, logiciel audiospatialisé ou bibliothèque d’empreintes sonores 3D: l’Ircam a donné un aperçu de ses recherches lors de ses portes ouvertes le 13 janvier.

Comme il est rarement coutume, il y avait foule dans les sous-sols de l’Ircam le 13 janvier pour « Studio 5, en direct », le second rendez-vous portes ouvertes organisé par l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique sur le thème de la spatialisation sonore. Dans les couloirs étroits et les studios exigus sous la place Igor Stravinsky à Paris, une cohorte disciplinée de compositeurs en herbe, d’ingénieurs du son, de bidouilleurs informatiques musicaux et plus sommairement de curieux se pressaient pour assister à une série serrée de conférences et d’ateliers. Un déroulé qui aura malheureusement valu aux plus patients de n’avoir accès qu’à quelques-unes des sessions, faute de place disponible.

Des conditions d’écoute forcément optimales dans les studios de production de l’Ircam. © Laurent Catala

En guise d’ateliers, les makers seront sans doute également ressortis déçus : ceux-ci consistaient en des petits modules de présentation ou d’écoute sans interaction avec le public. Ils avaient toutefois le mérite d’offrir un aperçu des avancées en termes de programmes créés par l’Ircam et d’appréhender ainsi les pistes d’outils et de développements à venir en matière d’écoute et de création sonore spatialisée.

L’atelier «Spatialisation et formats objets (ADMix Tools)» à l’Ircam. © Laurent Catala

Comme souvent à l’Ircam, pas vraiment de prototypes physiques, mais surtout des propositions logicielles. L’atelier « Spatialisation et formats objets (ADMix Tools) » des ingénieurs Clément Cornuau et Thibault Carpentier permettait d’imaginer les écoutes du futur à partir de contenus sous différents formats aujourd’hui incompatibles (par exemple, stéréo et 5.1), obligeant à l’achat de supports d’écoute différents.

Grâce à la création d’un format lisible par tous les lecteurs, baptisé ADM, d’où le nom d’ADMix Tools, les différents canaux audio se conçoivent comme des objets sonores spatialement géolocalisés, un peu à la manière de la musique acousmatique. Une approche permettant d’ajouter aux flux sonores traditionnels, des pistes de métadonnées offrant des effets de spatialisation et de réverbération supplémentaires, mais aussi d’activer de nouvelles fonctionnalités interactives pour l’auditeur (augmenter/diminuer le rapport volumétrique entre bande-son et dialogues pour un film, ou modifier directement le contenu audio en condensant une émission d’une heure en une nouvelle pièce d’un quart d’heure).

Restitution écran en mode objets sonores mobiles avec le logiciel Spat Revolution. © Laurent Catala

Ces avancées sont permises par un nouveau logiciel de production développé par l’Ircam et Flux, Spat Revolution, permettant la création et le déplacement d’un nombre illimité d’objets sonores (et de réverbération) dans un environnement de travail audiospatialisé. Cet outil de mixage et de post-production de contenus audio 3D temps réel est plutôt réservé aux pros, qu’ils veuillent spatialiser des moteurs de VR, mixer au cinéma ou gérer des installations sonores. Son prix en atteste (1.490€, moitié prix pour les étudiants et universités), même si un freeware est téléchargeable pour un mois d’essai. Il vous faudra un système d’écoute avec plusieurs haut-parleurs pour une bonne restitution !

Spat Revolution, démo:

Ceux qui n’ont pas cette chance pourront se tourner vers la très intéressante bibliothèque 3D conçue par le réalisateur en informatique musicale Augustin Muller et le compositeur Pedro Garcia Velasquez à partir de différentes mesures sonores réalisées in situ. Nommée « Théâtre acoustique », cette base de données particulière et bientôt accessible en ligne via le site de l’Ircam référence des lieux spécifiques (orée de forêt, hall d’entrée, nef d’église ou château d’eau) en format stéréo, binaural et ambisonics. Et là, vous n’aurez pas besoin de tester la spatialité en mode surplace dans un couloir pour accéder à un exercice de spatialisation immersive !

En savoir plus sur l’Ircam

«Fablab opéra», laissez-vous retourner par le son des machines

Les machines des labs, matière sonore première pour le «Fablab Opéra». © Jean-Philippe Renoult

Jean-Philippe Renoult, après avoir écrit pour Makery la bande-son des machines des labs, compose «Make Sound, Fablab opéra binaural» pour une des plus prestigieuses émissions d’art radio au monde.

Annick Rivoire

A quoi ça tient d’embarquer des artistes dans les fablabs ? En mars 2016, quand on avait commencé à discuter avec Jean-Philippe Renoult, artiste sonore adepte du field recording, d’une chronique pour Makery sur le son des machines des fablabs, on ne se doutait pas qu’un jour un opéra allait clore le projet…

Jean-Philippe Renoult au ZKM en novembre 2017 avec sa shruti-box. © ADC

Makesound a débuté en avril 2016 sur Makery avec la découpe laser du Woma à Paris. Jean-Philippe Renoult, qui embarque son micro un peu partout dans le monde quand il ne performe pas sur sa shruti box amplifiée (un instrument indien à anches, sorte d’harmonium sans clavier), remixe aussi bien les écoutes de l’affaire Bettencourt que le son d’un gazomètre de 118m de haut et 347.000m3… Pour Makery, il crée la chronique Makesound, une immersion binaurale (c’est-à-dire, pour les profanes, une écoute en 3D), au cœur des machines des makers. Imprimante 3D, découpeuse vinyle, CNC et même four de fusion du verre sont ainsi magnifiés par l’artiste. Chacun des huit épisodes distillés sur Makery est conçu comme le portrait d’une machine dans son lieu d’accueil, fabriquant la bande-son des labs.

Et puis, dimanche 7 janvier 2018, dans le cadre de l’émission hebdomadaire Kunstradio (radio-art) de la radio nationale autrichienne ORF, était diffusée une version longue de ces enregistrements, intitulée Make Sound, Fablab opéra binaural. Un opéra des machines des makers !

A écouter au casque, le fablab opéra démarre gentiment, entre cliquetis et quasi-roulements de tambours. Et puis ça monte, et le son des machines nous entoure, nous pénètre, nous enveloppe et nous dépasse. « J’ai démonté les machines une par une, explique Jean-Philippe Renoult, je les ai désossées et puis j’ai opéré une refonte : j’ai fait couler pour reconstituer une sorte de métamachine, comme un Frankenstein des machines ! Je n’ai pas voulu faire un portrait fidèle des machines des labs mais utiliser la binauralisation comme un moyen d’entendre quelque chose de plus grand qu’une machine depuis un point d’écoute impossible. »

Les plus avertis identifieront encore le son de la CNC ou de la perforeuse. Mais est-ce vraiment très utile ? Make Sound, fablab opéra binaural dépasse l’univers des ateliers de fabrication. L’artiste nous embarque dans un voyage sonore futuriste oppressant, orwellien, fantastique. La bête de CNC rugit. Le binaural en rajoute dans la boucle sonore qui enroule littéralement l’écoute, entre Blade Runner, Planète des singes, Soleil vert… Un univers sonore totalement inédit, qui pour la première fois utilise la matière sonore des fablabs et porte par conséquent plus que bien son titre d’opéra. On n’est pas peu fiers chez Makery d’avoir accueilli la série et l’artiste !

Ecouter le «Fablab opéra» sur le site de Kunstradio

Réécoutez les chroniques Makesound

La fronde judiciaire des associations contre les géants de la tech

Le 27 décembre, une plainte pour obsolescence programmée a été déposée contre Apple. © CC-BY-SA 2.0
Pauline Comte
Le 27 décembre, une plainte pour obsolescence programmée a été déposée contre Apple. © CC-BY-SA 2.0

L’obsolescence programmée au tribunal ? Un bouquet d’actions en justice d’associations de défense des consommateurs vient en tout cas bousculer les grands fabricants de la tech. Epson, Apple, Samsung sont poursuivis pour tromperie ou pratiques commerciales trompeuses en France. L’association française Halte à l’obsolescence programmée (HOP) a déposé plainte en septembre contre les fabricants d’imprimante HP, Canon, Brother et Epson, et en décembre 2017 contre Apple, pour obsolescence programmée et tromperie. Elle a remporté un premier succès : pour la première fois en France, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Nanterre fin novembre, a-t-on appris fin 2017. Epson, leader japonais leader sur le marché français, est notamment accusé de désactiver les cartouches d’impression en obligeant les consommateurs à les remplacer alors même que l’encre n’est pas totalement épuisée.

Pour finir cette année en beauté : nous avons déposé aujourd'hui une plainte contre #Apple sur le fondement du délit d’ #ObsolescenceProgrammée !
➡ Allez Hop, lisez : https://t.co/7SLGPd62c2
➡ Partagez
➡ Et témoignez !
😃 pic.twitter.com/CFC9scX4xz

— HOP (@HalteOP) December 27, 2017

De son côté, Apple avait reconnu en décembre, après des tests démontrant une dégradation des performances des versions antérieures à son nouvel iPhone, avoir ralenti volontairement les modèles 6, 6s, SE et 7. Un aveu qui avait fait du bruit et contraint la marque à la pomme à revenir sur ce faux pas quelques jours après. Dans un communiqué du 28 décembre, le géant américain assure n’avoir « jamais cherché – et ne chercher[a] jamais – à faire quoi que ce soit pour écourter intentionnellement la durée de vie d’un produit Apple ou pour altérer l’expérience utilisateur dans le but de contraindre le consommateur à renouveler son matériel ». Et Apple d’annoncer la réduction du prix du remplacement de la batterie…

La France est un des rares pays à pénaliser l’obsolescence programmée depuis l’adoption de la loi du 17 août 2015 sur la transition énergétique. Elle la définit comme « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement ».

Mais l’activisme judiciaire des associations dépasse le cadre de l’obsolescence programmée : le 11 janvier, deux ONG, Sherpa et ActionAid Peuples Solidaires ont déposé une plainte contre Samsung pour pratiques commerciales trompeuses et « violation des droits humains ». Leurs rapports d’enquêtes ont constaté « l’emploi d’enfants de moins de 16 ans, des horaires de travail abusifs, l’absence d’équipements appropriés aux risques encourus, des conditions de travail et d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine ».

Face à la multiplication des procédures d’ONG déterminées à lutter contre les pratiques des géants du Web et de la tech, ceux-ci préparent la riposte. C’est le cas d’Apple vis-à-vis de l’association altermondialiste Attac, qui dénonce depuis des mois les pratiques d’évasion fiscale de la multinationale. La firme porte plainte début janvier et demande au TGI « d’interdire à l’association de pénétrer à l’intérieur des magasins exploités par Apple, sur tout le territoire national, pendant une durée de trois ans, sous astreinte de 150.000€ par violation de l’interdiction ». Un combat de Goliath contre David…

«Apprendre l’aquaponie, c’est plus facile que ça en a l’air»

Jonathan Katona, aquaponiste autodidacte et formateur au Green Lab de Londres. © Elsa Ferreira

Au Green Lab de Londres, on a suivi une formation pour créer un système d’aquaponie. Pour être aquaponiste, il faut être touche-à-tout: chimie, design, plomberie et maths, on a révisé les grands principes.

Elsa Ferreira

Londres, de notre correspondante

C’est un grand classique des fablabs et des adeptes du DiY : l’aquaponie, un système qui associe élevage de poissons et culture de végétaux. L’idée est d’« agir pour valoriser les boucles qui se mettent en place dans la nature », explique Jonathan Katona, notre formateur et aquaponiste autodidacte. Les excréments des poissons sont transformés en nitrate par des bactéries puis utilisés comme engrais par les plantes. Celles-ci agissent comme des filtres et reversent de l’eau propre aux poissons. « C’est très accessible et très DiY, c’est pour ça que c’est si fun. »

Schéma du fonctionnement de l’aquaponie. © FAO

Ce samedi matin de novembre, nous sommes une quinzaine à suivre l’atelier d’initiation à l’aquaponie au Green Lab, un lab de food tech à Londres dont on vous parlait récemment. Certains travaillent comme paysagistes ou sont professeurs de sciences ou biologie et envisagent d’enseigner cette technique à leurs élèves. D’autres, comme James Hubbard, diplômé en géologie et sciences de la terre, explorent cette culture pour y déceler une opportunité commerciale, à condition de pouvoir la hisser à grande échelle.

« Il est tout à fait possible d’utiliser l’aquaponie à échelle industrielle, confirme Jonathan Katona. Il existe quelques endroits au Royaume-Uni. Beaucoup de choses se passent aux États-Unis. » D’ailleurs, ajoute-t-il, GrowUp Urban Farms, la plus grosse ferme aquaponique du Royaume-Uni, est à Londres. C’est l’une des raisons qui a poussé cet autodidacte à s’intéresser à cette nouvelle technique d’agriculture. « C’est efficace, durable et il est possible de la réaliser en milieu urbain, là où à l’avenir la plupart des gens vont se concentrer. »

Aujourd’hui, c’est une version plus DiY que nous allons étudier. « Le plus important, c’est le réseau, les ressources humaines, insiste le formateur. Il faut tester les idées, échanger vos histoires, d’horreur ou de succès, et, à terme, vous pourrez échanger de la nourriture. »

Communauté aquaponique en développement au Green Lab de Londres. © Elsa Ferreira

« C’est plus facile que ça en a l’air, encourage Jonathan. Cela ne coûte pas cher de créer un petit système. Allez-y et apprenez en expérimentant. Ce sera plus rapide et plus facile. »

Matériel

– Un grand bidon en plastique, environ 20€ ;
– Des tuyaux en PVC, environ 20€ ;
– Une pompe à eau, environ 30€ ;
– Des billes d’argile, 10€ le sac de 20L ;
– Des plantes de votre choix, environ 10€ ;
– Des poissons, moins de 5€ par poisson.

Etape 1: c’est de la chimie basique

Le saviez-vous ? L’ammoniaque est très toxique pour les poissons. Or, c’est ce qu’ils produisent dans leurs excréments. C’est pour ça qu’il faut changer leur eau régulièrement si vous ne voulez pas qu’ils se retrouvent le ventre à l’air.

C’est là que le génie de l’aquaponie intervient : les bactéries qui se développent dans votre bac à culture vont absorber l’ammoniaque pour la transformer en nitrate qui va servir d’engrais à vos plantes. Celles-ci vont filtrer l’eau et redonner de l’eau propre aux poissons. « Il faut que ce processus soit très rapide. Au moins un tour complet de l’eau par heure, voire deux. Si les poissons restent dans leurs excréments, c’est très rapidement toxique. »

Etape 2: le design

Il existe différents designs pour les systèmes d’aquaponie. Les éléments de base : le poisson, le biofiltre (les bactéries) et les plantes. On peut ensuite choisir un système qui s’étend sur plusieurs endroits, un système à marée simple avec un niveau d’eau plus bas que le bac à culture (le plus simple des systèmes), ou un système qui repose sur de l’eau en constant mouvement ou sur de l’eau profonde.

Pour dessiner son système, Jonathan recommande le logiciel de modélisation 3D gratuit SketchUp, qui permet de calculer les besoins en matériaux pour fabriquer une construction donnée.

Etape 3: les poissons

En théorie, on peut choisir n’importe quel poisson ou presque. Il faudra cependant être vigilant à leur tolérance aux écarts de température et décider si on souhaite élever des poissons pour les manger. Le poisson rouge est bien pour débuter mais n’est pas comestible, rappelle Jonathan. Le tilapia a une grande tolérance, grandit rapidement et a bon goût, mais c’est un poisson tropical : il faudra donc chauffer l’eau. Au contraire, la truite préfère l’eau froide, difficile à maintenir en été.

Une fois les poissons sélectionnés, il faut les nourrir. Deux solutions : on peut acheter des aliments pour poisson, mais ils seront rarement bio ou issus du développement durable, ou bien créer sa propre nourriture. Par exemple avec la lenticule, ou lentille d’eau, cette algue qui flotte sur les points d’eau. En trop grande quantité, les lentilles d’eau risquent de désoxygéner l’eau des cours d’eau qu’elles colonisent. Elles sont cependant composées à 40% de protéines et constituent un très bon aliment pour les poissons. Partez donc à la cueillette, c’est gagnant-gagnant.

Le Green Lab prévoit aussi d’installer une ferme à insectes, qui pourront servir de nourriture aux poissons. « On va faire le test sur des poissons nourris avec nos larves et avec des insectes pour voir la différence. »

Etape 4: la fabrication du container

Il est temps de remonter ses manches. Difficile ici de donner un guide complet étape par étape – nous nous contenterons de donner les grandes indications. Pour le reste, de très nombreuses ressources existent sur Internet comme celle-ci :

Fabriquer son système aquaponique, par Rob Bob (en anglais):

Choisir un grand container en plastique (celui de Jonathan contient 220L). Attention à ce qu’il a contenu, le plastique absorbe certaines substances toxiques. Le conseil de Jonathan : « Si ça sent le sucré, il y a de bonnes chances pour que ce soit adapté. »

Acheter une pompe. Pour créer du mouvement et apporter de l’oxygène à l’eau. Elle doit permettre de renouveler l’eau de l’aquarium au moins une fois par heure, deux si la densité de poissons est importante. Pour calculer le débit nécessaire, Grégory Biton, qui gère le site aquaponie.net, a créé un outil de calcul que vous pouvez télécharger sur cette page.

Couper les bidons pour faire le bac à culture en gardant 15 à 30cm de profondeur pour laisser la place aux racines.

On fixe le bac à culture au-dessus du bassin. © Elsa Ferreira

Mettre en place un système de siphon-cloche, pour automatiser le remplissage et drainage du bac de culture (par ici, un tuto en français pour construire l’outil). On fixe le siphon-cloche dans le bac à culture avec application : une fois les plantes en place, il sera compliqué de réparer les fuites.

Étape 5: construire le biofiltre

Dans le bac à culture, placer un substrat. Il servira de support aux bactéries nitrificatrices. Jonathan recommande des billes d’argile, légères et remplies de bulles d’air. « Elles ont la surface d’un ballon de basket, ce qui laisse beaucoup de place aux bactéries pour les coloniser. »

Une fois que vous avez construit le système, vous devez faire tourner un cycle avant de mettre les poissons à l’intérieur, explique Jonathan, afin de construire les bactéries du système (le biofiltre) nécessaires pour traiter les déchets des poissons. Pour les différentes étapes, vous pouvez consulter Wikihow.

Le cycle est complet lorsque les taux d’ammoniaque et de nitrite sont proches de zéro et que le niveau de nitrate est en hausse. Vous pouvez désormais ajouter les plantes et les poissons et surveiller de près.

Etape 6: les maths

Il faut désormais calculer combien de poissons sont nécessaires pour faire fonctionner votre système. Les déchets des poissons doivent être proportionnels aux besoins en nutriments des plantes. L’équation qui permet de trouver ce rapport s’appelle le coefficient alimentaire.

Exemple : j’ai 2m d’espace de culture. Je veux utiliser 1m2 pour faire pousser des légumes-feuilles (50g de nutriments par jour) et 1m pour des légumes-fruits (80g de nutriments par jour). Il me faut donc 130g de nutriments par jour. Un tilapia adulte peut peser jusqu’à 500g et manger jusqu’à 2% de son poids par jour, soit 10g de nourriture. Il me faudra donc 13 poissons pour créer assez de déchets pour ces 2m2 d’espace de culture. A raison d’environ 20L par poisson, il me faudra donc un aquarium de 260L.

En savoir plus sur l’atelier d’initiation à l’aquaponie du Green Lab, à Londres (prochaine session le 27/1, inscription 36£)

La gestion des systèmes aquaponiques expliquée par la FAO (l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture)

Pourquoi 2018 ne sera pas l’année du déclin des fablabs

Coconstruction de la carte des adhérents au RFFlabs pendant OctoberMake. © Romain Angiolini

TechShop en faillite, labs liquidés, la Casemate incendiée… 2017 a apporté son lot de mauvaises nouvelles. On peut résoudre l’équation économique des labs, dit Yann Paulmier, cofondateur de la Machinerie.

Yann Paulmier

Si l’on faisait un palmarès des sujets qui ont amené le plus de débats et d’échanges au sein de la communauté française des fablabs, la question de leur modèle économique figurerait en bonne place. Elle était déjà au centre de l’appel à projets mené par la direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services, lancé le 25 juin 2013 pour soutenir la création et le développement de fablabs partout en France. Le rapport publié par la direction générale des entreprises en avril 2014, Etat des lieux et typologie des ateliers de fabrication numérique : Fab Labs, proposait des pistes intéressantes. Elle a également été largement débattue lors des différents Fablab Festival de Toulouse les années suivantes. Mais en ce début 2018, elle semble plus que jamais d’actualité.

Une année charnière

Ces douze derniers mois ont été riches en événements, annonces et rebondissements divers. En novembre, le feuilleton TechShop US (faillite, reprise, échec des négociations..…) a surpris tout le monde en remettant en cause la solidité d’une initiative que beaucoup considéraient comme un modèle. Le même mois, un article du consultant en innovation australien Andy Howard largement commenté, mettait en avant les difficultés des labs d’entreprises à faire la preuve de leur utilité et à se maintenir. En France, l’année 2017 s’est ouverte par la liquidation du fablab de Gérardmer dans les Vosges. En mai, c’était au tour du NavLab d’Antibes de fermer.

Quelque temps plus tard, on apprenait la liquidation d’Artilect Lab, la structure entrepreneuriale du fablab de Toulouse, et une levée de fonds d’1,6 million d’euros par ICI Montreuil pour un essaimage de son modèle de « manufacture collaborative ». Ces deux projets faisaient partie de la promotion des quatorze lauréats de l’appel à projets de 2013. Or, si l’on regarde la situation de l’ensemble des lauréats, on constate des destinées très hétérogènes.

Les lauréats de l’appel à projets fablabs autour d’Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin, le 13 décembre 2013. © PhotonQuantique-CC-by-SA

Un rapide bilan à fin 2017 sur les quatorze projets retenus à l’époque nous apprend que :

⦁ 3 structures sont en liquidation (FabShop, Tradmatik et Artilect Lab) ;
⦁ 1 projet a changé de nom et de structure porteuse (Fabmake à Nantes devenu Ma Manufacture) ;
⦁ 3 structures sont en phase d’essaimage (ICI Montreuil, Usine IO et le LabFab) ;
⦁ 2 projets ont élargi leur offre en ajoutant une dimension coworking, incubation, etc. (zBis, le 8 Fablab Drôme) ;
⦁ 4 sont restés assez proches de leur projet de départ (MancheLab, FabLab Côte d’Opale, Fablab orléanais, Smart Materials) ;

En élargissant un peu le spectre et en se référant à la récente enquête de Makery sur les labs, on s’aperçoit que beaucoup d’initiatives ont passé en 2017 le cap des trois ans, une période habituellement considérée comme la plus « à risque » dans le cadre d’une création d’entreprise. L’année 2017 aura donc été pour beaucoup une année charnière.

Les premiers enseignements

Au-delà des constats, peut-on commencer à tirer quelques enseignements de ces événements ? Selon Armand Hatchuel, professeur à Mines ParisTech, dans un récent article, « au début du mouvement, la question [du modèle économique] ne se posait pas. Aujourd’hui, avec la maturité et l’expérience acquises, l’invention de modèles de gestion adaptés devient une condition de leur survie ». Il est donc urgent de partager les bonnes pratiques pour assurer la pérennité du mouvement maker en France. Sur ce point, le Réseau français des fablabs (RFFLabs) prépare un Livre blanc qui devrait être un outil utile au service de l’ensemble des acteurs impliqués.

A la première édition d’OctoberMake, réunion du RFFLabs en octobre 2017. © Romain Angiolini

En attendant sa publication, on peut déjà trouver des ressources intéressantes dans la documentation présente sur la plateforme des tiers-lieux Movilab (notamment avec cet article sur les modèles économiques), ou encore dans les fiches d’explorations publiées sur le site du MakerTour. Il n’existe bien sûr pas de formule magique, mais on peut mettre en avant trois tendances en matière de modèle économique.

Inscrire le fablab dans un ensemble de services

Beaucoup de labs ont (dès l’origine ou au fur et à mesure) développé une palette de services large allant du coworking à l’incubation d’entreprises en passant par des espaces buvettes, des salles de réunion ou d’exposition louées à des structures extérieures… On peut citer par exemple zBis qui a intégré un espace de 800m² incluant des salles de réunions, du coworking, etc. On peut parler également d’Artilect, associé au projet Le Multiple qui réunit différentes composantes au sein d’un site en constante mutation. Ou encore tout récemment, les Beaux Boulons en plein déménagement vers un lieu plus vaste. Cette diversification des types d’espaces et d’usages permet également d’apporter au lab des sources de revenus via la location d’espaces, la vente de boissons, l’accueil d’événements, bref des services plus « classiques », ou du moins pour lesquels le grand public est plus habitué à payer que pour un abonnement à un fablab par exemple.

Développer la formation

La deuxième piste intéressante à explorer est le développement d’une activité de formation. Une grande partie des labs proposent déjà un programme d’ateliers, de workshops et de formations. Il s’agit souvent de permettre aux membres de la communauté de monter en compétence sur les machines disponibles au sein du fablab (découpeuse laser, imprimante 3D, fraiseuse…). Parfois, ces workshops reposent sur la réalisation d’un projet ou d’un objet en lien avec l’actualité (fabriquer ses décorations de Noël, son cadeau de fête des mères, etc.). On peut même trouver dans certains lieux des stages dédiés à la bidouille et au DiY durant les vacances scolaires.

Disposer ainsi d’un large catalogue de formations peut être une source de revenus non négligeable pour un lieu. Mais il est possible d’aller encore plus loin et de proposer des formations longues, et pourquoi pas qualifiantes. L’initiative Grande école du numérique a ainsi permis à plusieurs structures du réseau des fablabs (comme les Fabriques du Ponant ou la Machinerie) de formaliser une offre de formation accessible à tous autour des métiers du numérique. Ces formations longues (généralement sur des périodes allant de trois à six mois) sont complémentaires des formats d’ateliers plus classiques. Elles permettent de faire monter en compétence des personnes qui pourront s’investir dans la communauté par la suite. Elles permettent également de tisser des liens avec d’autres acteurs locaux pour accueillir les apprenants en stage. Enfin, s’engager ainsi vers des formats longs permet aux labs de mettre un pied dans l’univers de la formation professionnelle, qui manque souvent d’acteurs capables de proposer des offres pertinentes en matière de numérique.

Session de formation pour la promotion de la Grande école du numérique à la Machinerie. © La Machinerie

Communautés de compétences

Une autre piste ambitieuse mais passionnante est le développement d’une communauté de compétences. La place centrale dédiée au partage dans les fablabs et une grande partie des tiers-lieux a pour conséquence d’attirer des gens de profils différents, et donc de créer un grand vivier de compétences. A partir de ce constat, plusieurs initiatives ont été développées pour permettre à ces communautés de se fédérer pour trouver des clients et réaliser des prestations.

A Lyon, l’Atelier traditionnel technologique ouvert et mutualisé (Attom) a été créé pour rassembler en un lieu des artisans et des entrepreneurs désireux de mutualiser un espace de travail et de partager des compétences. Il devient ainsi possible de réunir celles-ci pour répondre à une commande, ou de sous-traiter certaines prestations en cas de pic d’activité. Le principe est pratiqué depuis déjà plusieurs années à ICI Montreuil où l’objectif, selon Nicolas Bard, est « d’aider [les] résidents à développer leur business. A ICI, on leur donne les moyens de générer leur chiffre d’affaires ». Dans ce cas, l’identité commune apporte une visibilité supplémentaire et permet de décrocher de nouveaux marchés.

Mais on peut aller encore plus loin en matière d’intégration. A la Myne, les résidents expérimentent l’entrepreneuriat coopératif via un outil juridique baptisé Coopérative d’activités et d’emplois (CAE). Dans le cadre d’une CAE, il est possible pour un entrepreneur d’obtenir un statut de salarié, tout en conservant la liberté de développer son activité. Les fonctions support (comptabilité, paie, etc.) sont mutualisées au sein de la Coopérative qui se finance via une commission sur le chiffre d’affaires généré.

Tous ces modèles ont en commun de s’appuyer sur la force du collectif pour mutualiser les charges et développer les opportunités économiques.

Le faux débat de la rentabilité

Si l’actualité des derniers mois a nourri le discours de ceux qui professent le déclin des labs, ces expériences montrent qu’il n’y a pas de fatalité. De nombreuses pistes existent. Les premiers enseignements des expérimentations qui ont fleuri ces dernières années commencent à être diffusés. Ils vont nourrir la réflexion collective et permettront de consolider les initiatives qui cherchent encore leur rythme de croisière.

Grâce à la documentation et au partage des bonnes pratiques, le mouvement apportera des réponses à ceux qui utilisent l’argument de la non-rentabilité comme preuve que les labs sont utopiques. Car poser la question du modèle économique des fablabs comme s’il ne pouvait y en avoir qu’un seul, c’est oublier que chaque lab est unique, et qu’il est le reflet de sa communauté et de son territoire.

Retrouvez les précédentes chroniques de Yann Paulmier (la Machinerie, Amiens) pour Makery

Le MakerTour a fait des petits: après l’Europe, l’Asie

Silence, workshop en cours pour les jeunes de la communauté du fablab Vigyan Ashram en Inde. © MakerTour

En 2015, deux mordus du mouvement des labs imaginaient MakerTour, un voyage en France puis en Europe. Dans leur sillage démarrait MakerTour Asie, qui vient de s’achever. Petit bilan commun.

la rédaction

Début 2015, Etienne Moreau et Mathieu Geiler se mettaient en tête d’explorer et de partager la diversité des ateliers collaboratifs du monde. Avec l’association MakerTour et l’aide des labs français, ils créaient une méthode de documentation, un site web et finançaient leur projet. Avec un prototype d’expédition de six mois à la rencontre d’une cinquantaine d’ateliers européens. Leur MakerTour, qu’ils avaient chroniqué pour Makery.

Depuis leur rencontre à Shanghai, à peu près à la même époque, Marie Levrault et Lucas Graffan exploraient des ateliers de fabrication numérique tout en rêvant d’Asie. Après avoir poussé les portes du Amman makerspace en Jordanie et du Fablabil en Israël, ils découvraient le projet MakerTour, écrivaient au culot à Etienne et Mathieu et les rencontraient à Paris. A l’été 2016, ils s’envolaient pour FAB12 à Shenzhen, la conférence annuelle internationale des fablabs du MIT, et se mettaient au travail sur une V2 de MakerTour. En mars 2017, top départ du MakerTour Asie : Marie et Lucas partaient pour huit mois à la rencontre de cinquante ateliers collaboratifs de l’Iran au Japon.

Depuis 2015, l’association MakerTour a lancé une expédition en Europe et en Asie. © MakerTour

Le tour d’Asie achevé, MakerTour poursuit ses aventures en 2018… en Amérique latine et centrale et avec une autre équipe de labtrotteurs. D’un tour à l’autre, Makery a demandé à Etienne Moreau (MakerTour Europe) et Lucas Graffan (MakerTour Asie) de se prêter au jeu du retour d’expériences.

Chaque communauté rencontrée se prête au jeu du selfie avec Lucas et Marie de MakerTour Asie. © MakerTour

Quel bilan tirez-vous de votre tour des ateliers?

Lucas: C’était incroyable ! Depuis FAB12 à Shenzhen en 2016, nous avons eu la chance de voir de nos propres yeux l’effervescence du mouvement en Asie, quel que soit le pays et sa culture. De l’Iran au Vietnam, les ateliers mènent surtout un combat pour l’éducation, l’agriculture occupe les esprits en Inde, l’humanitaire prend le dessus au Népal, alors que l’entrepreneuriat et l’industrialisation sont les rois de Singapour au Japon.

C’est rare de pouvoir rencontrer autant de personnes qui veulent faire bouger les lignes. Toutes et tous nous ont accueillis, raconté les problèmes et opportunités de leur communauté et leur pays, ainsi que leur vision pour demain. Ça donne de l’énergie et l’envie d’en faire plus.

Une makeuse indienne pose devant le lab mobile de Maker’s Asylum à Mumbai. © MakerTour

Etienne: Deux ans après, on reste marqués au fer rouge par notre tour d’Europe. On ne vit rien de tel dans sa vie quotidienne ! Et on grandit avec le mouvement depuis. Quand nous avons pris la route, le monde des labs avait besoin d’apprendre à se connaître, de comprendre la diversité des pratiques. Aujourd’hui, l’enjeu est ailleurs, dans la structuration du réseau, les collaborations et l’ouverture au-delà du mouvement. FAB14 et le premier FAB Summit distribué en France cet été tomberont à pic !

Quels ont été les moments les plus épiques, compliqués, drôles ou décourageants de votre tour?

Etienne: Je laisse la parole à Lucas, puisqu’on a déjà pas mal raconté le meilleur des anecdotes du tour d’Europe ici-même sur Makery !

Lucas: Huit mois de MakerTour en Asie ne sont pas un long fleuve tranquille, notre estomac a payé le prix et je vous passe les galères logistiques ! Le moment le plus marquant reste nos trois jours à Vigyan Ashram. Imaginez : un fablab rural perdu au cœur de l’Inde, une vie au rythme de la communauté avec réveil le matin à 5h, prières puis méditation le soir, ponctué par une documentation par 45° sans clim’. Les projets foisonnaient aussi, on a découvert un tracteur fait à base de récup’ ne coûtant que 500$ à fabriquer !

Dépaysement total à Vigyan Ashram, le premier fablab créé hors du MIT dans le monde en 2002. © MakerTour

Notre moment le plus “gênant” s’est produit au Japon : nous avons perdu nos cartes de visite en arrivant à Kyoto, la veille d’une de nos conférences dans un atelier d’entreprise. Or là-bas, c’est un rituel professionnel sacré d’échanger sa carte avec chaque personne rencontrée… Raconter l’anecdote nous a permis d’éviter un manque de respect fatal !

Est-ce que la relation avec les ateliers et makers était semblable en Asie et en Europe? Quels liens avez-vous gardé avec eux?

Etienne: Après avoir rencontré (presque) tout le monde au Fablab Festival en 2015, on a eu beaucoup de soutiens pour lancer MakerTour. Comme un J’irai dormir chez vous des fablabs, on n’a payé qu’une nuit en six mois et on a été invités à dîner en famille à de nombreuses reprises. On garde des liens forts et une complicité inébranlable avec certains !

Etienne (de dos) et Mathieu étaient dans la place pour présenter MakerTour au FabFest 2015 à Toulouse. © MakerTour

Lucas: De notre côté, il y a vraiment eu deux phases. De l’Iran à Singapour, on a vécu avec les ateliers comme lors du tour d’Europe, le pro et le perso fusionnaient. Alors qu’après, de Taïwan au Japon, la venue de MakerTour était “professionnelle”. Tous les labs ont néanmoins été aux petits oignons et très disponibles, la culture est simplement différente. On croise les doigts pour en revoir un maximum lors de FAB14 !

Est-ce qu’aujourd’hui vous sentez une culture différente autour du Faire et des ateliers collaboratifs entre la France, l’Europe et l’Asie?

Lucas: En Inde, Project Defy crée des makerspaces à 500$ dans des zones sinistrées. Des femmes ont appris à s’y servir d’Internet, ont créé des tutoriels de saris DiY et monté ensemble un business de confection de saris. Tout part de l’éducation et l’accessibilité. Imaginez-vous maintenant chez SZOIL au cœur de la Silicon Valley chinoise du hardware à Shenzhen, où des start-ups tech se créent et pensent industrialisation. Le contexte, les enjeux, l’approche sont uniques à chaque fois, mais les valeurs et l’état d’esprit maker circulent. Et c’est précisément pour cela que nous pouvons tant nous apprendre les uns les autres !

Les documentations se suivent et ne se ressemblent pas pour MakerTour en Asie. © MakerTour

Etienne: Bien sûr que la culture est différente et heureusement ! Gildas Guiella du Ouagalab (Burkina Faso) l’explique bien : “En Europe, les fablabs veulent transformer leur société, alors que nous essayons d’améliorer les conditions de vie à 1km autour de l’atelier.” Les combats sont différents mais l’atelier collaboratif en tant qu’outil et l’amour du Faire Ensemble sont plus que jamais partagés !

Après l’Asie et l’Europe, qu’est-ce que MakerTour a en tête pour 2018?

Lucas: Léna Kernoa et Vianney Graffan, les deux petits nouveaux de MakerTour, lanceront un tour des ateliers d’Amérique latine de huit mois en juin prochain, qu’on prépare depuis FAB13 à Santiago au Chili l’été dernier !

A l’image des labs, MakerTour devra aussi se réinventer en 2018. Un nouveau site va voir le jour avec de nouvelles documentations d’ateliers, la possibilité de mettre à jour ses infos, mais aussi plus de projets, de ressources issues du terrain et de possibilités pour vous tous. Tout sera annoncé en ce début d’année, meilleurs vœux à toutes et à tous 😉

Direction l’Amérique Latine pour MakerTour, départ en juin pour Léna & Vianney ! © MakerTour

Retrouvez tous les ateliers explorés pendant MakerTour Europe et Asie ici

Le proto de voiture qui se finance à la cellule solaire

Une voiture solaire qui ressemble enfin à… une voiture. © Uwmidsun

Joli succès sur Kickstarter pour une voiture de course solaire conçue par des étudiants de l’université de Waterloo au Canada. C’est le douzième prototype d’un projet vieux de trente ans.

Nicolas Barrial

La Midnight Sun XII est une voiture solaire conçue par quelque cinquante étudiants-ingénieurs de l’université de Waterloo en Ontario au Canada. XII, puisqu’il s’agit du douzième prototype de la série de véhicules depuis 1988, année de création de Midnight Sun. Ce projet est né pour présenter des véhicules à énergie solaire dans des compétitions internationales, telles que l’American Solar Challenge, qui existe depuis 1990, ou encore le World Solar Challenge en Australie. En trente ans, les différents protos ont parcouru 50.000km grâce à l’énergie solaire.

La vidéo de présentation de la Midnight Sun XII (en anglais):

Une campagne originale

Si Midnight Sun bénéficie chaque année de sponsors – parmi lesquels les Français de Dassault Systèmes – et de dons en matériels, fin 2017, les étudiants ont décidé de recourir au financement participatif sur Kickstarter. La campagne vient de s’achever le 3 janvier 2018 et a permis de récolter 16.000 dollars canadiens (10.800€) qui financeront 60% des panneaux solaires recouvrant la carrosserie du véhicule. Originalité de la campagne, les soutiens étaient invités à « adopter une cellule » photovoltaïque à 50€ l’unité. La voiture en compte 326, autant dire que c’est le coût le plus important du véhicule.

Plus de 16.000€ de cellules photovoltaïques au total. © Uwmidsun

Le Tour de France de l’ingéniérie

La Midnight Sun XII doit concourir lors de l’American Solar Challenge en juillet 2018. Cette course biennale d’endurance et d’efficience énergétique dure neuf jours sur près de 3.000km au travers des Etat-Unis, ce qui lui vaut d’être comparée au Tour de France… de l’ingénierie. Les étudiants canadiens ont encore six mois pour finaliser le véhicule.

Leur modèle 2018 propose une rupture en terme de design par rapport aux prototypes habituels en compétition, sortes de panneaux solaires roulants, où le pilote est quasiment allongé dans ce qui ne ressemble guère à une voiture.

La Midnight Sun X présentait encore un look de vaisseau spatial. © Uwmidsun

La Midnight Sun XII, au contraire, a une ligne coupé sport et peut embarquer deux passagers, dont le pilote. Un virage design entamé avec le modèle précédent, présenté à la compétition en 2016 (non qualifié). L’équipe dit vouloir brouiller la frontière entre un véhicule solaire et un véhicule de série. C’est aussi une manière de se préoccuper de l’usager et d’envisager que ce type de véhicule puisse constituer, un jour, une proposition de mobilité pour le grand public.

Une catégorie plus proche du véhicule de série

Son nouveau design présente-t-il d’emblée un handicap pour la Midnight Sun XII en compétition ? Non, car elle concourt dans une nouvelle catégorie, appelée « Cruiser Class » et dont les véhicules doivent avoir quatre roues, emporter un passager et posséder des portes fonctionnelles. Le style est également jugé.

Sous la coque de la Midnight Sun XII. © Uwmidsun

Selon Ritu Shah qui dirige l’équipe châssis, la structure porteuse à trois dimensions présente des avantages en termes de rigidité, la résistance aux vibrations notamment, et contribue à la compétitivité du véhicule. Enfin, si le look évoque une voiture de série, les matériaux utilisés restent hors normes. La carrosserie en matériau composite ultraléger a été testée en soufflerie et les fameuses cellules sont à haute performance.

Test du chassis de la Midnight Sun XII:

Côté solaire, la complexité réside notamment dans un système de gestion de la batterie critique pour équilibrer les tensions des cellules qui se déchargent à vitesse différente. Pas étonnant que les étudiants ayant travaillé sur le projet se retrouvent régulièrement en stage chez Microsoft, Apple ou Tesla !

En savoir plus sur l’American Solar Challenge et sur le projet Midnight Sun

L’enceinte Owa la joue son et lumière au CES de Las Vegas

Le prototype de l'enceinte Owa du projet Dot présenté au CES Las Vegas 2018. © Bold Design

Parmi la myriade de protos exposés au CES de Las Vegas du 9 au 12 janvier, on a repéré Owa, une enceinte Bluetooth lumineuse imprimée en filament 3D recyclé née du projet collaboratif français Dot.

Carine Claude

Le made in France hi-tech a toujours la cote aux Etats-Unis. Pour la troisième année consécutive, la France s’impose comme deuxième délégation mondiale derrière les Etats-Unis au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, la grand-messe mondiale de l’innovation qui ouvre ses portes mardi 9 janvier.

Avec ses 365 entreprises (dont 320 start-ups), la France entend bien faire figure de start-up nation. Dans ses valises, la French Tech embarque le projet collectif Dot et son premier né, Owa, une enceinte Bluetooth lumineuse imprimée en filament 3D recyclé. Ce prototype design et écolo est né de la collaboration entre l’industriel nantais Armor, les fabricants d’imprimantes 3D open source Dood, le Techshop d’Ivry, le studio Bold Design et les ingénieurs de Sector, spécialistes de l’acoustique.

L’enceinte Owa, premier proto du projet Dot. © Bold Design

« Le projet collectif Dot est né du hasard de la rencontre d’acteurs venant de cultures d’entreprises très différentes », explique Pierre-Antoine Pluvinage, responsable de l’activité 3D du groupe Armor, un industriel spécialiste des cartouches d’encre remanufacturées qui a développé en 2015 une filière écoresponsable de filaments 3D recyclés et recyclables.

Lancée au Techshop de Station F le 20 décembre dernier, l’enceinte Owa, premier proto de ce collectif informel, s’était déjà fait remarquer quelques mois plus tôt lors de l’exposition Nouvelles Vies au VIA et durant la Paris Design Week en septembre 2017 avec son élégante cloche lumineuse en dentelle de polystyrène recyclé que l’on tourne pour monter ou baisser le son.

Pierre-Antoine Pluvinage au Techshop de Station F lors du lancement de l’enceinte Owa. © Carine Claude

« Parler de matériaux ou expliquer la fabrication additive, c’est un peu abstrait, ajoute Pierre-Antoine Pluvinage, qui se définit comme un intrapreneur au sein de son groupe industriel. Pour montrer notre savoir-faire, j’avais imaginé l’Armor Box, une sorte de kit pour makers composé d’un objet à faire soi-même, avec des filaments et des composants électroniques. J’ai contacté Mathilde Berchon de Techshop qui m’a présenté aux autres partenaires. Rapidement, nous nous sommes associés en collectif sous le nom de code “Projet Dot” et nous avons imaginé un premier proto d’enceinte Bluetooth personnalisable et écolo, la future enceinte Owa. Nous avons alors pensé qu’il ne fallait pas la proposer uniquement en kit à monter soi-même mais en faire un produit fini pour ceux qui aiment le design, la musique et ainsi toucher une cible plus large que celle des makers. »

Développer un circuit de recyclage

Selon lui, la structuration d’une filière de recyclage autour de l’impression 3D est devenue indispensable. « Le principal intérêt de l’impression 3D est de faciliter le prototypage. Or, qui dit prototypage dit bobines vides, chutes de fils et objets qui ne vont pas être utilisés, donc des déchets. » Il se donne trois ans pour développer un circuit complet de collecte, de tri et de traitement à échelle industrielle. « Les initiatives des makers comme Precious Plastic sont excellentes, car elle vont chercher d’autres types de déchets et servir d’autres types de besoins, les deux démarches sont très complémentaires… »

Recherches de formes et de motifs pour le proto de l’enceinte Owa. © Bold Design

En attendant, l’intrapreneur se concentre sur le projet Dot et l’enceinte Owa. Prévue pour un lancement le 30 janvier, une campagne de financement participatif sur Kickstarter devrait tabler autour des 400.000€. Un montant assez élevé, mais indispensable pour garantir la production et la livraison des enceintes, selon Pierre-Antoine Pluvinage : « On pourrait faire rêver en demandant moins sans être sûrs de tenir nos promesses. L’engagement envers la communauté est primordial. C’est elle qui donnera son feu vert au projet. » Objectif de la campagne ? Toucher entre 2.000 et 3.000 contributeurs. « Nous ne sommes pas dans une logique industrielle classique, où j’aurais levé un million d’euros chez Armor pour financer un projet qui nous plaise, mais qui ne rencontre pas l’adhésion des usagers. Si la communauté le veut, elle le portera. Si l’aventure s’arrête là, ça aura été une super expérience pour nous tous ! »

Suivre l’évolution du projet Dot

L’Exalt Design Lab, le design en entreprise a son labo de recherche

© DR
Pauline Comte

Love goodies! #design #stamp #exaltdesignlab #funbranding @strateecolededesign

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Une première en France dans la recherche en design : le 20 décembre, l’école de design Strate à Sèvres (92) lançait Exalt Design Lab, son labo de valorisation du design en entreprise. Ce programme de recherche et d’innovation sur quatre ans associe cinq entreprises partenaires, Carrefour, Emakina, InProcess, la Maif et Otis, et deux laboratoires académiques, le CoDesign Lab de Télécom ParisTech et le Centre de recherche en gestion de l’Ecole polytechnique.

L’idée ? « Faire entrer le design de façon plus massive dans le mode de production des industriels », explique Frédérique Pain, directrice de la recherche et de l’innovation de Strate. Il s’agit pour les entreprises de repenser l’expérience utilisateur des objets et services qu’elles proposent. Cette démarche de design global consiste à intégrer davantage les designers dans les processus de conception et « faire en sorte que leurs places soient tout aussi naturelles que celles des ingénieurs », dit Frédérique Pain.

Objectif : travailler sur la création de valeurs par l’#experience, et la valorisation du #design en #entreprise. @StrateDesign @iko_niko_ @carnot_tsn https://t.co/5JXaXqDhUT

— IMTech (@IMTechfr) December 20, 2017

Chaque entreprise partenaire accueille un doctorant autour de la relation management-design et de la modélisation de l’expérience. Des workshops seront aussi organisés entre doctorants, entreprises et chercheurs pour favoriser l’expérimentation et partager les pratiques en open research.

Est-ce le signe qu’en France, la tendance aux collaborations interdisciplinaires et public/privé se développe ? En septembre 2017, la première chaire Arts & Sciences d’Europe, portée par Polytechnique, l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad) et la fondation Carasso à Paris, a vu le jour pour encourager le dialogue art-science autour d’un laboratoire interdisciplinaire accueillant des projets et collaborations mixtes.

En savoir plus sur l’Exalt Design Lab