Makery, une rentrée pas comme les autres

Bricoler un nouveau modèle… © Makery

Un investisseur qui s’évanouit et le média en mode DiY que vous connaissez et appréciez depuis 2014 doit se réinventer. Voici pourquoi.

Annick Rivoire

Une fois n’est pas coutume, plutôt que de vous donner des nouvelles de la scène des labs, cette newsletter un peu particulière est focalisée sur Makery. Depuis 2014, Makery est le média d’information sur les fablabs et les makers, soutient et accompagne le développement d’un mouvement DiY international, en toute indépendance et avec une méthode qui emprunte au modèle du faire soi-même : une petite équipe motivée, encadrée par une rédactrice en chef chevronnée, Annick Rivoire, des pigistes et des contributeurs extérieurs, makers, designers, acteurs du mouvement qui y trouvent naturellement l’espace pour informer de leurs initiatives. Nous avons très rapidement gagné votre confiance et les chiffres de fréquentation du site et des réseaux sociaux (9.300 abonnés sur Twitter et 8.800 sur Facebook) comme le nombre d’abonnés à la newsletter (4.000) n’ont cessé de croître, prouvant que la ligne défendue par Makery trouvait naturellement écho chez vous, lecteurs internautes.

1,5 million de visiteurs sur Makery.info depuis 2014

L’indépendance de l’information a un coût. A l’instar des fablabs qui cherchent leur modèle économique pour parvenir à concilier partage des pratiques et des savoirs et développement, Makery n’a cessé de construire lui aussi un modèle, avec plus ou moins de succès. Alors que l’actualité maker de l’été battait son plein, nous étions en négociations ultra-confidentielles avec un investisseur. Ledit investisseur ayant changé d’avis à la toute dernière minute, Makery se trouve fort dépourvu, alors que la bise n’est pas encore venue…

V2 et nouvelle formule

Pour continuer, il nous faut concentrer toute notre énergie à redéfinir un modèle, trouver des solutions pérennes, imaginer et construire une V2 pour Makery. Cette semaine, cette newsletter de rentrée ne ressemble pas aux précédentes. Pour faire face à la situation, des mesures d’économie ont été adoptées cet été. La première (et pas la plus facile…) est le départ de notre rédactrice en chef Annick Rivoire. Un départ pour laisser la possibilité d’une suite.

La deuxième est un changement de formule, le temps que Makery se réinvente : la newsletter se fait mensuelle, parce que les contenus d’information sont autant de coûts, et que les produire nécessite une attention de tous les instants que nous reporterons sur la construction d’un nouveau Makery.

Nous poursuivons bien entendu le projet d’une plateforme de médiation autour des makers et du mouvement DiY. Nous sommes ouverts à toutes vos suggestions et propositions de soutien et de construction collaborative d’un avenir pour Makery.

Dans les mois qui viennent, notre équipe ne disparaît pas pour autant ! On réfléchit à la transformation du média Makery certes, mais on travaille aussi de pied ferme, avec le soutien du ministère de la Culture, à une version augmentée de notre carte des labs, à destination des écoles d’art, d’architecture, d’artisanat et de design qui verra le jour début octobre. On est aussi plutôt très fiers de faire partie du réseau Feral Labs qui vient d’obtenir le soutien du programme Europe Créative de la Commission européenne. Le Feral Labs Network accompagne et suit l’organisation de summer camps avec de prestigieux partenaires européens : Projekt Atol en Slovénie, Schmiede Hallein, Verein zur Förderung der digitalen Kultur en Autriche, Bioart Society en Finlande, Radiona Zagreb Makerspace en Croatie, Helsingor Kommune au Danemark. De quoi nourrir et participer à l’innovation ouverte que nous défendons depuis notre création !

Ewen Chardronnet (en charge du medialab Makery) ; Annick Rivoire (ex-rédactrice en chef) et Anne-Cécile Worms (directrice de la publication)

FAB14 partage ses recettes en résilience

Lever de rideau sur la résilience à FAB14, le rendez-vous international des fablabs à Toulouse. © Makery

A Toulouse et pour la première fois en France s’est tenue du 16 au 20 juillet FAB14, la conférence internationale du réseau des fablabs sur la thématique «fabriquer la résilience». De quoi imaginer les fablabs combler les brèches d’un monde en vrac?

Annick Rivoire

Toulouse, envoyée spéciale (texte et photos)

Fabriquer la résilience, oui, mais comment ? Et d’abord, qu’est-ce donc que la résilience dans le contexte de la fabrication numérique, et plus particulièrement de la grande réunion internationale des fablabs estampillés MIT, qui s’est achevée à Toulouse le 20 juillet ? Neil Gershenfeld avait bien tenté une approche, en ouverture de FAB14 (on vous en parlait ici), avec une vision plutôt optimiste de l’avenir des fablabs (« le million… »).

Neil Gershenfeld sur la scène du Centre de congrès à Toulouse.

La résilience est un concept encore assez neuf en France (regardez la définition du Larousse, qui n’évoque que la « caractéristique mécanique définissant la résistance aux chocs d’un matériau ») qui s’inspire de cette définition physique pour l’élargir à notre environnement social et matériel et envisager notre capacité à continuer à nous projeter dans l’avenir malgré un contexte déstabilisant, des conditions de vie difficiles, des traumatismes parfois sévères (l’émergence du concept est bien expliqué par ici).

Avec la fabcity, on voit à peu près à quoi la résilience fait référence : transformer la ville, relocaliser la production, défaire les cercles consuméristes en repensant l’écologie, le partage des ressources et des savoirs. D’ailleurs, le Fab City Summit, qui s’est tenu à Paris en amont de cette Fabconférence internationale, nous en avait donné un aperçu plutôt vaste.

A Toulouse et dans le contexte de la FABX, ce moment de rencontre, de retrouvailles presque, de la communauté des fablabs (cf. les « bébés fablabs » de Sherry Lassiter, les moments de convivialité partagée des Fabercise, ces exercices physiques thématisés, ceux des femmes, ceux des Péruviens fous, ceux des enfants…), la vision de la fabrication résiliente paraît un peu plus floue.

The 14th edition of the international Fab Lab Conference and Symposium has started! Here is a summary of monday's session: Fab News, Pitches and a symposium on Food—> thanks to @bigfishproducciones @fabfndn #fab14france @fabacademany

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On s’accroche pour suivre, d’autant que l’atmosphère au Centre des congrès Pierre Baudis, au décor imposant et pas vraiment DiY, est plutôt avenante, très joyeuse, positive sans (trop) verser dans la technobéatitude. Car fabriquer la résilience n’est pas si limpide, malgré les symposiums qui égrènent chaque matinée (alimentation, mobilité, machines, argent, accès), un tantinet empesés (trois à quatre personnalités invitées font une introduction, s’ensuit un petit débat, la salle est assez peu convoquée…), et les dizaines de workshops auxquels les fabbers présents participent avec enthousiasme, qu’il s’agisse de fabriquer des bioplastiques, de découvrir les textiles connectés ou de maîtriser SolidWorks !

L’architecte grecque Areti Markopoulou de l’Institute for Advanced Architecture of Catalonia présente les composites en graphène qui répondent à leur environnement.
Fabriquer son bioplastique en deux heures, mode d’emploi.
Les diplômés 2018 de la Fab Academy (avec leur prof Neil Gershenfeld au milieu).

Quelles sont les pistes, les moyens de faire avancer la résilience ? Personne n’a vraiment « la » réponse définitive et aucun intervenant ne se risquera à faire de leçon – pas même Neil Gershenfeld, pourtant tout puissant maître de cérémonie. Les 1.200 participants à ce FAB14 (chiffre fourni par les organisateurs, qui n’ont pas voulu nous donner plus de détails), qu’ils viennent d’Amérique, d’Europe ou d’Asie (les délégations européennes, asiatiques et américaines ont clairement le dessus sur les délégations d’Afrique), forment communauté.

C’est déjà un premier élément de réponse à la question de la résilience : ensemble, on peut agir. Ladite communauté est d’ailleurs ravie de se retrouver, d’échanger et de participer aux multiples ateliers et débats, de découvrir de nouveaux projets d’électronique DiY, de danser aux cours des Fabercises qui ponctuent les matinées.

Hands up makers ! 🙌 #Fab14France #Fab14

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— RFFLabs (@fablab_fr) July 19, 2018

Cette communauté internationale s’enflamme d’un coup avec les propos d’un innovateur chilien, Alfredo Zolezzi, qui a mis au point la killer app de l’eau potable, le PWSS (Plasma Water Sanitation System) pour transformer l’eau polluée en eau potable donc, et qui déclare à la tribune en plein symposium sur les machines : « Ce n’est pas une question de technologie, le monde en est plein, c’est ce qu’on veut en faire. Ces immenses capacités que vous représentez, on croit que si on rend visible l’impact, les gens vont suivre, mais ce n’est pas si simple… Mettons du cœur dans ces machines ! » Il explique que les médias, les industriels ont vu dans sa technologie le « next billion project » mais que lui a tenu à développer une unité de test pour les gens pauvres : « Avec un dollar, ils peuvent produire 50l d’eau potable. »

Alfredo Zolezzi à FAB14 parle de «4ème révolution industrielle avec du sens».

Donc, la résilience, ce pourrait être un objectif pour renverser un peu la vapeur du monde fou de la finance que nous brossait Saskia Sassen à Paris ? Tomás Diez (l’initiateur de l’initiative globale Fab City) cite le bitcoin et les 1.800 cryptomonnaies qui ont émergé comme la « première technologie dans l’histoire des technologies à avoir été créée hors de la sphère militaire ». Cette technologie « challenge le système financier dans un monde où l’argent ne fait plus le boulot de mettre du lien », rappelle-t-il et tente de « remplir les trous de ce que ne fait pas l’argent ». Il l’adresse en forme de question à Heather Corcoran, qui s’occupe de la communauté maker chez Kickstarter pour l’Europe et vient de rappeler quelques-unes des campagnes les plus fructueuses sur sa plateforme de financement participatif : le Foldscope, ce microscope en carton portable (8.457 contributeurs pour 393.000$), l’Open Building Institute (1.902 contributeurs pour 115.000$) ou encore la découpe à l’eau de bureau Wazer (1.301 contributeurs pour 1.331.936$). La résilience, serait-ce une voie toute tracée pour combler les brèches dans le système ? Heather Corcoran joue la rabat-joie : « Attention parce que quand l’argent arrive dans un projet, ça peut vraiment foutre la merde ».

La résilience en tout cas, c’est ne pas céder aux sirènes de l’innovation disruptive à tout crin. Et de pousser ces projets open source à partager en réseau, comme l’a fait FAB14 pour certains d’entre eux, manière de les soutenir, de faire parler d’eux et d’aider à colmater les brèches. En vrac et sans hiérarchie, voici quelques-uns de ces projets qu’on a vus passer et qui pourraient faire du bien là où ça fait mal.

Au rayon maker fou

Laserduo, une découpeuse laser métal et bois 100% open source.
Avec ses composants documentés par le maker Daniele Ingrassia.

La découpe laser open source Laserduo, belle bête qui pourrait rivaliser avec les grosses découpes laser du marché, peut aussi se transformer en imprimante 3D et découpe le bois et le métal. Créée par un fabber authentique au fablab allemand Kamp-Lintfort de l’université des sciences appliquées Rhein Waal (voir le mini-portrait de son maker, Daniele Ingrassia, par ici).

Au rayon bio

La très belle plateforme de recettes à partager Materiom, lancée par Alysia Garmulewicz de l’université de Santiago du Chili avec une batterie de chercheurs et makers internationaux (et une majorité de femmes, c’est assez peu fréquent pour être souligné). Materiom veut documenter les techniques pour fabriquer de nouveaux matériaux à partir de déchets, de récup ou de collecte/cueillette locale (coquilles de moules, fécule de pomme de terre, liège, résidus de café…), inventant une nouvelle génération de bioplastiques (à la gélatine, à l’agar, au composite de saccharose) et d’ingrédients respectueux de la nature. Le workshop mené avec une lumineuse patience par Alysia a montré qu’on pouvait localement participer à cette économie circulaire résiliente moins dévastatrice pour l’environnement.

#bioplastic puzzle made on #Fab14 #FabFestival pic.twitter.com/YtnbR5u8bC

— FabLac (@FabLab_Leman) July 21, 2018

Au rayon social

– La plateforme jobs.fabeconomy partage les offres d’emploi dans le réseau des fablabs.
– L’initiative annoncée par Tomás Diez de la Fab Foundation (mais pas encore en ligne) FabDx, un incubateur des talents issus de la Fab Academy pour éviter de « perdre les talents dans les labs après leur formation ».
– Et cette incongruité qui pourrait ne plus en être une d’ici quelques années : Claudette Irere, en charge de l’innovation et du développement économique au ministère rwandais de l’Information, de la technologie et des communications est arrivée là grâce au tout premier fablab ouvert à Kigali. Question gestion de carrière, c’est une belle perspective pour les fabmanagers ! Elle explique que son pays, où « 65% de la population a moins de 18 ans » va ouvrir trois nouveaux fablabs parce que ces espaces sont des « hubs pour créer des emplois », que le gouvernement n’attend pas un retour sur investissement à court terme mais « laisse les jeunes inventer des solutions au chômage ».

Au rayon institutionnel

Pour rester du côté politique, on a pu entendre Paulo Rosa du Centre commun de recherche de la Commission européenne déclarer que le « mouvement maker est une source d’inspiration » pour « explorer de nouveaux imaginaires » en Europe.

Au rayon communauté

On relève cette petite phrase de Shy Rivera Rios, directrice artistique et codirectrice d’AS220, un centre d’art à Providence aux Etats-Unis qui depuis 1985 œuvre au changement urbain, social et artistique. Elle reconnaît qu’aujourd’hui en effet, AS220 est passée du statut de l’organisation disruptive (AS signifiait Alternative Space) à une organisation qui « ancre la communauté » : « On est vus comme un modèle et on n’a pas peur de ça puisqu’on designe pour nos communautés. »

Du côté des fablabs eux-mêmes, il y a cette joyeuse humilité à remettre sur l’établi les questions les plus prosaïques. On pense notamment à la restitution de l’organisation des FAB distribués, qui donne l’impression d’un tutoriel en direct pour organiser à l’avenir ce type d’événement (pour le jour où la FABX ne pourra pas accueillir tout le monde) en s’appuyant sur la logistique du réseau et l’aide de la Fab Foundation (14.000€ tout de même). Comment organiser un événement qui n’a encore jamais eu lieu, comment convaincre les éventuels partenaires…

🇪🇸 Fab10 Barcelona
🇺🇸 @Fab11_Boston
🇨🇳 @Fab12_China
🇨🇱 @fab13santiago
🇫🇷 @Fab14France
🇪🇬 Fab15 Egypte
🇨🇦 Fab16 Canada
🇧🇹 Fab17 Bhutan
🗣 Announced in #Fab14 #Fab14France pic.twitter.com/dEkZ9dZCYC

— Vulca 🇪🇺 (@ProgramVulca) July 20, 2018

Enfin, on aime l’idée que le Bhoutan, pays enclavé entre l’Inde et la Chine de moins d’un million d’habitants, ait été choisi pour accueillir la FABX en 2021 (pour mémoire, 2019 c’est FAB15 Egypte, et 2020 FAB16 Montréal). Le Bhoutan compte 38 fablabs (!) et a promis de la nourriture bio – mieux donc qu’à Toulouse, où les repas au restaurant universitaire ne rendaient justice ni à la gastronomie française ni à la production locale.

En guise de conclusion, on pourrait dire que la résilience, comme le diable, se cache dans les détails. Et laisser le dernier mot à Neil Gershenfeld, qui, à l’issue du symposium machine s’étonnait qu’aucun des intervenants ne réponde à sa question sur quelle sera la machine du futur mais plutôt sur le « levier que les labs peuvent constituer » : à un million de fablabs, « le réseau de fablabs, c’est la machine ! » CQFD.

Le site de FAB14 et de Fablabconnect pour visionner les vidéos des symposiums

Retrouvez nos articles sur FAB14, dont Makery est partenaire

Le week-end du 21-22 juillet se tenait toujours à Toulouse le Fabfestival (et l’AG du RFFLabs)

Ils ont fait FAB14 Toulouse

Passage de relais entre les équipes de FAB14 et celles de FAB15, qui se tiendra en Egypte. © Makery

Makers historiques ou jeunes diplômés de la Fab Academy, rompus aux FABX ou novices des conférences internationales des fablabs, ils ont un point commun: ils étaient à FAB14 Toulouse. Portraits de fabbers.

la rédaction

D’Egypte, la délégation FAB15
«Collectivement indépendants»

«Walk like an Egyptian»… Pour passer de FAB14 à FAB15, la délégation égyptienne danse! © Makery

L’Egypte, qui organise la FAB15 l’été prochain, la toute première édition des FABX en Afrique, est venue en force à Toulouse (à six, dont les deux bénévoles Mohamed El Hossary et Mohamed Tarek, ci-dessous).

La délégation Égypte pour FAB15, avec de gauche à droite Dina El-Zanfaly, May El-Dardiry, Hesham Ezz et Lara Shawky. © Elsa Ferreira

La délégation Egypte est en mission : l’année prochaine, ce sera leur tour d’organiser la réunion internationale de la communauté fablab. Du 29 juillet au 4 août 2019, les makers se retrouveront à El Gouna pour les conférences autour du thème « collectivement indépendants », puis au Caire pour le Fabfest. S’ils ont remporté l’organisation l’an passé, pensent-ils, c’est grâce à une communauté jeune et dynamique et un esprit du faire bien ancré dans le pays : « L’Egypte est un pays de makers et nous nous considérons comme les plus vieux makers de l’histoire », dit May El-Dardiry, ingénieure en charge de l’éducation au Fablab New Cairo.

Le thème choisi, « collectivement indépendants » signifie « l’indépendance pour les communautés et les individus par la fabrication numérique et les fablabs », explique Dina El-Zanfaly, la directrice de FAB15 et cofondatrice de Fablab Egypte. « Dans le dernier ouvrage de Neil Gershenfeld, Designing Reality, il est écrit que le fablab n’est pas un endroit où on peut fabriquer presque n’importe quoi mais un endroit où chacun peut devenir n’importe qui. »

Ce sera aussi la première fois qu’une Fabconférence est organisée au Moyen-Orient, se réjouissent les organisateurs. « Ce n’est pas seulement pour l’Egypte, c’est pour tout le Moyen-Orient et l’Afrique. C’est aussi pour la communauté internationale, qu’elle puisse venir voir ce qu’on a à offrir. » La dernière édition de la Maker Faire, organisée au Caire par Fab Lab Egypte, a accueilli 10.000 participants, vante May El-Dardiry. « Il y a une telle diversité des publics : des artistes, des designers, des amateurs, des enfants, des femmes… et des hommes bien sûr, mais ça, on le sait qu’ils existent », explosent de rire les trois représentantes de l’Egypte face à des collègues masculins bien discrets. On verra d’ailleurs surtout les femmes danser sur Walk like an Egyptian, sur la scène du Centre des congrès en toute fin de FAB14, en guise de passation de pouvoirs entre la France et l’Egypte.

Plus sur FAB15

De Nouvelle-Zélande, Wendy Neale
Designeuse makeuse, directrice créative du Fab Lab Wgtn

Avec Wendy Neale, le bonheur est dans la résilience. © Makery

Wendy sourit, Wendy accompagne, Wendy explique : « Quand je presse le pompon, la petite lumière s’allume. » En termes plus techniques, dans ce workshop « DiY soft sensors » (en français, capteurs doux faits main), les participants (une majorité de femmes…) cousent sur des tissus conducteurs (à base d’argent) pour ensuite les relier à un multimètre et ainsi visualiser la conductivité. Wendy Neale est designeuse et directrice créative du Fab Lab Wgtn à Wellington, en Nouvelle Zélande, où elle défend les pratiques de résilience par l’artisanat numérique. En riant franchement, elle fait la démo de son pompon connecté au Resist-O-meter de sa confection : « Il est en forme de sac à main, parce que c’est plus fun, non ? ». La designeuse organisait ce workshop Soft Sensor-Tilt Sensor basé sur les tutos du site de ressources Kobakant, « un site génial plein de ressources DiY » conseille-t-elle. Une façon « simple, pratique et conviviale » de toucher du doigt l’univers des textiles connectés.

Wendy Neale a fait de la résilience son principe actif et créatif, qu’elle développe au Fab Lab Wgtn de l’université Massey à travers des pratiques artisanales augmentées, des matériaux de récup et un lien très fort avec le réseau des fablabs : elle est l’une des mentors de la Fab Academy. D’ailleurs, mercredi 18 juillet, elle a mené avec bonne humeur le Fabercise des fabfemmes à FAB14, ce moment d’exercice physique partagé, où une dizaine de makeuses a entraîné la salle du symposium en mouvements défoulatoirs. Une manière de défendre la résilience, en faisant participer les femmes comme les hommes, les antipodes comme l’Europe.

De Suisse, Thierry Agagliate
Responsable des projets innovation Terre des hommes

Thierry Agagliate présente le potentiel humanitaire des fablabs. © Makery

« Le fablab est un nouvel instrument au potentiel fantastique pour faire un tas de choses avec les enfants », et notamment les sortir de l’exploitation minière, explique Thierry Agagliate à la tribune du symposium sur l’accès, au dernier jour de FAB14 à Toulouse. Le fablab, outil pour l’action humanitaire ? Thierry Agagliate sait de quoi il parle : il est responsable des projets innovation à l’association Terre des hommes, une ONG suisse qui vient en aide chaque année à 3 millions d’enfants dans le monde. Grâce à un montage d’associations et à la preuve de concept (POC) du fablab installé en Grèce dans le camp de réfugiés syriens de Ioannina en 2017, Terre des hommes avance ses pions avec un nouveau plan, cette fois-ci « plus large » pour voir comment les fablabs peuvent servir le développement dans la bande de Gaza, au Burkina Faso, en Ukraine ou au Kenya. Ce n’est pas totalement un hasard si Thierry Agagliate utilise le vocabulaire des makers (POC) à la tribune. « On n’a pas encore réussi à convaincre les donneurs que ça valait le coup d’engager de l’argent pour l’innovation », admet-il, mais le succès du fablab de Ioannina est un bon argument : de mai 2017 à mars 2018, explique-t-il, 5.301 personnes l’ont visité, dont 50,88% de femmes et 93,4% de réfugiés, soit 27 visites par jour en moyenne. Et de montrer la photo d’un jeune Syrien passé par le fablab et qui est aujourd’hui étudiant en mécanique en Allemagne.

On a voulu en savoir plus sur le projet de fablab au Burkina Faso. Concrètement, il s’agit de détourner les enfants des mines d’or, qui forment 30 à 50% de la main-d’œuvre sur les sites d’orpaillage (où ils descendent dans les puits, broient et manipulent des produits très toxiques). Le projet, qui associe le Ouagalab et la plateforme Humanitarian Fab Lab, « vient tout juste d’obtenir un petit financement de notre fonds innovation », explique Thierry Agagliate, et ne sera pas opérationnel avant « la fin de l’année ». Les « défis logistiques » sont nombreux : installer des panneaux solaires sur le futur lab près de la mine artisanale de Nobsin, pour l’alimenter en électricité, faire venir les machines, sécuriser une connexion internet, développer un prototype alternatif à l’utilisation du mercure dans les pratique d’orpaillage en ayant recours à un concentrateur à spirale… « On veut protéger ces enfants du travail de la mine mais on sait que le sens de l’action viendra des enfants eux-mêmes et que cela renforcera la résilience et l’inclusion sociale. » Et si par la même occasion, une filière d’or éthique se développait, ce serait une preuve supplémentaire qu’un fablab peut avoir un sens humanitaire (voir à ce sujet le fabkit développé par David Ott, et la Fab Foundation) !

Sur le fablab dans un camp de réfugiés en Grèce

Des Pays-Bas, David McCallum
Artiste, fab académicien 2018

David McCallum, artiste «de la frontière». © Makery

Il est l’un des 165 heureux diplômés 2018 de la Fab Academy, la prestigieuse formation distribuée menée dans le monde par Neil Gershenfeld, qu’il a brillamment réussie au Fablab Amsterdam avec son projet de harpe pour imprimante 3D. Un instrument qu’il manipule pour « faire changer et diriger la voix unique de l’imprimante 3D ». Côte à côte, l’instrumentiste et l’imprimante 3D s’accompagnent, David McCallum, en pinçant les six tiges de sa harpe, amène l’imprimante 3D à déplacer sa tête d’impression. Comme si l’instrument jouait sa fabrication… Cet artiste « de la frontière », dit-il, « avec un background musical » (il a édité le magazine Musicworks) et aux accointances avec l’électronique DiY ou le glitch, explique : « En théorie, le projet final pour la Fab Academy doit être développé en deux semaines et demie, mais j’avais déjà dans l’idée de faire quelque chose avec le son des machines. » Son prototype, ce Canadien qui vit à Eindhoven ne l’a pas emporté à Toulouse : « Pour l’instant, je cherche du temps et de l’argent pour le développer et en faire vraiment un instrument. » David McCallum aimerait notamment pouvoir moduler davantage les sons de sa harpe et en améliorer le design, ajouter un micro, un amplificateur, voire un haut-parleur. Mais « il n’y a pas assez d’heures dans la journée » dit en souriant ce papa de deux petits enfants. A Toulouse, néanmoins, on le croisera quelques heures plus tard en plein tressage péruvien sur les minitisseuses de Walter Gonzales Arnao…

En savoir plus sur David McCallum à la Fab Academy 2018

Du Pérou, Walter Gonzales Arnao
Architecte, designer à Fablab Lima

Walter Gonzales Arnao, représentant haut en énergie du Pérou. © Elsa Ferreira

Au premier jour de FAB14, Walter Gonzales Arnao, maker haut en couleur et en énergie venu du Pérou, fait la distribution de son livre El impacto tecnológico en la artesanía peruana (édition indépendante, non traduit), sur l’impact de la technologie sur l’artisanat péruvien. A chaque exemplaire, selfie de rigueur et cri de guerre. 300 exemplaires plus tard, le maker n’a pas faibli. Un premier aperçu du personnage ultradynamique et historique du mouvement fablab, présent à toutes les éditions depuis le FAB7 à Lima.

Professeur de design industriel à l’université nationale d’ingénierie, chercheur à la faculté d’architecture, diplômé de la Fab Academy promo 2012 en design numérique et principal designer et chargé d’atelier à Fablab Lima, il a développé Fab Loom, un projet qui utilise les technologies numériques pour faire revivre les techniques artisanales ancestrales. Il a aussi développé la Pedal Loom, une machine à tisser à pédale, notamment destinée aux personnes aveugles, pour laquelle il a gagné en 2018 le premier prix national de design pour l’artisanat péruvien. « Au Pérou, 70% des personnes handicapées sont pauvres ou extrêmement pauvres, explique-t-il. Cet outil permet de produire plus facilement. »

Il a également développé un petit métier à tisser facile d’utilisation à partir de planches d’acrylique découpées au laser notamment destiné aux enfants à partir de 8 ans, « qui ont tendance à perdre contact avec nos traditions », regrette le maker. « La machine peut être reproduite partout dans le monde et être personnalisée : on peut changer la forme pour la faire plus petite pour un enfant par exemple. »

Walter est détenteur de 38 brevets d’inventions, 83 en attente et 3 logiciels enregistrés… Il est également fondateur du réseau Fab Craft, pour porter la technologie dans le monde de l’artisanat. A FAB14, il a fait le plein avec son workshop sur la technologie et l’artisanat péruvien, debout/couché/assis sur la table et lama à l’appui… Une énergie à toute épreuve, on vous dit.

Workshop énergique à la péruvienne à FAB14. © Makery

D’Allemagne, Daniele Ingrassia
Concepteur de la découpe laser open source bois-métal

Daniele Ingrassia, «rêveur» de souche et sa machine. © Makery

Maker Géo Trouvetout et « rêveur » de souche, Daniele Ingrassia, Italien habitant en Allemagne, a fait sensation à FAB14 avec sa découpeuse laser open source chromée… qu’on n’aura pas vue marcher, hélas. Cet ingénieur en technologie de l’information, chercheur (en AI) et fabacadémicien, a monté cette machine impressionnante, qu’il passera l’après-midi et la matinée suivante à réparer… « Heureusement, elle marchait quand Neil (Gershenfeld, ndlr) est passé la voir », dit-il en souriant, pas affolé pour un sou. Des makers de toute nationalité lui prêtent main (et coups de marteau) pour faire repartir cette découpeuse laser entièrement open source. Le projet, qu’il a développé avec son équipe au fablab Kamp-Lintfort de l’université des sciences appliquées Rhein Waal, veut faire la « démo qu’une découpe laser faite dans un fablab peut faire le poids face aux machines du marché, permettre le travail de la découpe laser avec différents matériaux (bois, métal) et donner aux fablabs une option moins chère pour accéder à la technologie laser ». S’il a déjà vendu une Laserduo à une université allemande, Daniel Ingrassia veut surtout permettre aux fablabs de monter eux-mêmes leur propre machine, workshops et démos à l’appui. A noter que les contrôleurs sont eux aussi open source, issus de son projet final pour la Fab Academy 2015 puis adaptés et retravaillés avec ses étudiants (et remarquablement documentés).

En savoir plus sur la Laserduo de Daniele Ingrassia

D’Inde, Allan Rodrigues
Ancien dirigeant de Maker’s Asylum

With Allan Rodrigues, founder of Uberslashies.io, from Mumbai in India, at the Paris City Hall for the launch of the Fab City Summit. Stay tuned for his interview! #fabcity #fabcitysummit #resilience #jugaad

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Défenseur de l’innovation frugale et de l’éducation par le faire, Allan Rodrigues, ancien dirigeant de Maker’s Asylum, le plus grand makerspace de Mumbai en Inde, a fait un tour d’Europe de plusieurs semaines à l’occasion de FAB14 et du Fab City Summit où il intervenait comme conférencier : « En Inde, nous avons des villes extraordinaires, mais nous devons relever de nombreux challenges. Comment y répondent les autres villes du monde ? Qu’est-ce qu’on peut apprendre d’elles ? Ici, j’ai l’occasion de découvrir des solutions impactantes et de réfléchir à la manière dont nous pourrions transposer ces modèles pour nos propres villes. Par exemple, en Inde, il y a de plus en plus de vélos, mais rien pour la circulation. En Europe, la gestion des trajets est déjà très évoluée, comme à Berlin, où il y a des pistes cyclables partout. Ce serait impossible de le faire à Mumbai, mais pourquoi pas dans d’autres villes plus petites. C’est pareil pour la gestion des espaces verts, la collecte des déchets alimentaires… J’ai envie de découvrir tous ces modèles développés en Europe et de les ramener en Inde. L’idée aussi serait de faire venir davantage d’étudiants français et européens en Inde, un peu comme on l’a fait avec la STEAM School au Maker’s Asylum, pour leur montrer comment on pratique l’innovation frugale et low-cost, ce qu’on appelle le jugaad. Comme notre système de réfrigération ancestral en terre cuite : plutôt que de l’air conditionné partout comme je le vois en Europe, pourquoi ne pas essayer d’améliorer ce système, avec des étudiants et des ingénieurs français ? On peut apprendre de part et d’autre. »

Lire les autres articles sur FAB14

Romain Di Vozzo: «Bientôt un diplôme de fabmanager avec la Fab Academy»

Romain Di Vozzo, fondateur du Digiscope, le fablab de l'université Paris-Saclay. © Carine Claude

Un diplôme de fabmanager, un Fab Campus au cœur de Paris-Saclay… Romain Di Vozzo, coordinateur de FAB14, a multiplié les annonces à l’occasion de la conférence internationale des fablabs. Interview.

Carine Claude

Les Fab Conferences sont propices aux annonces en tout genre et FAB14 n’échappe pas à la règle. Lors de son intervention pendant la conférence internationale des fablabs à Toulouse le 18 juillet, Romain Di Vozzo, fondateur du fablab Digiscope et coordinateur de FAB14, a dévoilé les contours du futur diplôme d’établissement (DE) de fabmanager, une formation hybride qui sera portée par la Fab Academy et l’université Paris-Saclay. Et la Fab Academy, Romain Di Vozzo connaît.

Cet ancien de l’Inria, désormais chef de projet fablab de l’université Paris-Saclay, a été le premier Français diplômé de la Fab Academy, ce programme d’apprentissage de la fabrication numérique « How to Make (Almost) Anything » conçu par Neil Gershenfeld au Center For Bits and Atoms du MIT. Pour Makery, à l’occasion du FAB14 distribué consacré à la recherche introduit par Neil Gershenfeld himself qui aura rassemblé près de 80 chercheurs et fabmanagers internationaux, il revient sur l’organisation de FAB14 et son volet distribué partout en France, ainsi que sur les projets qu’il mène à l’université.

"Fablabs that make fablabs": this morning, Neil Gershenfeld talked about his new book and theories, (and a bit of computing history) during the FAB+Distributed Science Reseach at Paris Saclay University #designingreality #FAB14 #fablab #fabcitysummit @fablab_fr @Fab14France pic.twitter.com/MPtarbVxmJ

— Makery Media for all labs (see also @makeryfr) (@Makery_) July 13, 2018

Qu’est-ce que les FAB14 distribués ont apporté au réseau français des fablabs?

Clairement, les FAB14 distribués ont fait émerger des gens un peu partout sur le territoire. Je pense notamment à Joris Navarro du fablab Squaregolab à Perpignan qui vient de passer sa Fab Academy. Il est en train de suivre un chemin où il peut garantir à son fablab, à sa région et à une partie du national d’exister au-delà du territoire français. Mais l’organisation de FAB14 distribué nous amène aussi à nous poser des questions sur d’autres personnes et d’autres lieux engagés dans cette démarche distribuée, mais qui n’en respectent pas les termes.

C’est-à-dire?

Toute la question est de savoir pourquoi organiser un FAB distribué. Il y a eu quelques comportements qui ne correspondent pas à l’éthique qui a été définie lors d’OctoberMake en octobre 2017 (on apprendra lors du debrief de FAB distribué que les mauvais joueurs sont ceux de Cahors, qui devaient accueillir la thématique Energie, ndlr). L’objectif était de fédérer une communauté locale à un moment donné pour l’amener à rencontrer la communauté internationale des gens qui viennent à FAB14, pas juste de faire un coup politique dans son coin. Nous y reviendrons certainement en interne au niveau du réseau français des fablabs.

Quelle a été l’implication de la Fab Foundation dans l’organisation française de FAB14? N’y a-t-il pas eu un problème de coordination?

On a dû redresser le projet. Au début, il y a eu une incompréhension réelle sur ce qu’est une FABX (une Fab Conference, ndlr) de la part de certaines parties prenantes de FAB14. C’est pourquoi, pour les prochaines éditions, on va demander aux personnes qui se présentent d’avoir participé à au moins deux FABX et peut-être aussi de fournir des justificatifs sur leur santé financière. C’est essentiel, car ce type de méconnaissance ou de fragilité met tout le monde en péril, les gens, les structures, voire la FABX elle-même.

FAB14 s’est ouvert par un Fab City Summit. Une Fab City Foundation devrait voir le jour prochainement. Comment tous ces réseaux et toutes ces structures vont-elles coopérer?

Ça va être une mise à l’épreuve. Comment va t-on gérer la logique distribuée des réseaux de lieux où l’on manufacture et où l’on produit des choses à l’échelle d’une ville avec des inputs industriels forcément différents ? Par exemple, la Fab Foundation n’a pas de partenariat avec Ikea, mais le réseau Fab City, si. Je pense que cet élargissement permettra de s’adresser à l’ensemble des acteurs. C’est ce qu’on va essayer de faire ici à l’université Paris-Saclay avec la création du Fab Campus.

Un Fab Campus, qu’est-ce que c’est?

Sur le plateau de Saclay, nous avons une force : il existe déjà un réseau. Je pilote le groupe de travail des fablabs de l’université Paris-Saclay, un réseau constitué d’un fablab et de onze digital fabrication facilities réparties sur le site. Ici, j’aimerais faire éclore un Fab Campus qui serait à l’image d’une fabcity et de sa logique d’initiative. L’objectif serait de mobiliser des ressources pour la recherche, pour l’éducation, mais aussi de mener des expérimentations très concrètes comme, par exemple, la gestion des déchets, ce qui n’est pas rien sur un site qui est en permanence en travaux.

Dans l’idéal, j’aimerais le faire sur l’ensemble du plateau de Saclay, mais cela soulèverait d’autres problématiques, sachant qu’il s’étend sur trente-sept communes… Avant tout, il s’agit de demander au réseau Fab City un cahier des charges et une feuille de route. Je me suis adressé à plusieurs interlocuteurs, mais pour le moment, ces documents n’existent pas. Je ferai tout pour faire entrer l’université Paris-Saclay et éventuellement le territoire dans cette logique Fab Campus. Mais je ne le ferai que si j’ai une feuille de route. Je n’engagerai pas mon université sans ça.

L’équipe d’organisation de FAB14 à Toulouse (avec Romain Di Vozzo au téléphone). © Makery

Vous avez annoncé le lancement d’une formation hybride entre l’université Paris-Saclay et la Fab Academy. Pouvez-vous nous en dire plus?

Cela fait bien trois ans que j’y travaille. C’est en effet à partir de janvier que cette formation très ouverte commencera, il s’agit d’un diplôme d’établissement (DE) fabmanager qui comporte la formation délivrée par la Fab Academy et quatre modules de cours en plus (propriété intellectuelle, design, philosophie du design, interaction homme-machine). Elle fonctionnera de la même façon que la Fab Academy, sur candidature, mais coûtera plus cher. Parce qu’il faudra bien payer les enseignants comme la salle qui sera dédiée aux étudiants. Un peu comme dans une école d’art, ils auront leur table comme s’ils avaient un bout de fablab pour eux. Le nom n’est pas encore arrêté, j’aurais voulu qu’on l’appelle Fabac+UPSaclay (ce qui aurait permis de le décliner ailleurs). Pour l’instant, l’université n’en veut pas. Ce DE fabmanager ne rend pas forcément hommage au niveau de formation mais il est accessible aux candidats sans formation universitaire. Ils seront cinq ou six en janvier pour la première année, qui pourront ainsi bénéficier des avantages du statut d’étudiant (bourses, résidences universitaires, etc.).

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Chronique d’une makeuse en matériaux (30)

Les déchets de production de l'usine textile de coton, sources de matières premières pour les matériaux de demain! © Caroline Grellier
Caroline Grellier

Derniers jours au Bénin pour notre makeuse en matériaux. Mission de valorisation des déchets de la filière coton quasi bouclée, projet éphémère en matériaux locaux avec l’Atelier des Griots finalisé. Le temps a filé!

Cotonou, correspondance

Le projet de valorisation des sous-produits de la filière coton en matériaux au Bénin, pour le laboratoire de recherche à l’université d’Abomey-Calavi (UAC) où je suis en stage, a fait un bond en avant, grâce aux méthodologies inspirées du social design, du DiY et de la culture maker.

Machines DiY in progress

Le travail de fabrication des machines (une défibreuse et une thermopresse conçue à partir d’une presse à tuiles) a été confié aux étudiants. Qui, fin d’année oblige, ne sont plus trop disponibles. Les aléas de passage du plan à la fabrication nous ont grignoté beaucoup de temps ! Pas encore d’échantillons donc… Je me concentre sur la documentation. Il me reste quelques jours pour terminer la réalisation d’un tutoriel tout en dessins, au format A5. Une sorte de fiche, qui pourra être facilement diffusée aussi bien au sein des formations d’ingénieurs mécanique que dans les réseaux de makers et les laboratoires.

Stratégie bis

Libérer la créativité, imaginer des matériaux en tout genre à partir des déchets de la filière coton béninoise, tel était le but des premiers ateliers de cocréation. Mais une fois les propositions du brainstorming passées au peigne fin de la viabilité économique et de la faisabilité technique, il n’y avait pas de pistes concrètes… C’est pourquoi j’ai décidé de changer de stratégie.

Retour à l’usine textile de Lokossa pour vérifier les informations et tester un modèle économique. © Caroline Grellier

Une analyse fine du marché et des acteurs de l’écosystème des matériaux locaux au Bénin m’a permis de cibler les priorités et opportunités. Les matériaux de toiture sont donc dans la ligne de mire du projet à cause de la nécessité de proposer sur le marché des alternatives biosourcées à la tôle inadaptée et à la tuile trop coûteuse. En abordant le projet par localité, par contexte, en se concentrant sur les moyens de transformation disponibles et potentiels partenaires locaux, j’ai pu aboutir plus vite à des hypothèses de recettes de matériaux et de création de filière.

Car au-delà du matériau, il y a toute la chaîne de valeur à penser. Qui fait quoi ? Dans quel intérêt ? Comment associer telle structure et telle autre ? Comment générer de la valeur pour chaque acteur du projet ? Cette gymnastique fait partie intégrante de mon rôle de designer, comme interface entre le terrain et le laboratoire de recherche.

Mes esquisses de filière. © Caroline Grellier

J’ai animé un dernier atelier de cocréation, en focalisant sur les matériaux de toiture et les trois contextes suivants dans la filière : l’usine textile, l’usine d’égrenage et l’usine de trituration. Les idées émises par les chimistes, doctorants en matériaux, enseignants-chercheurs ont tout de suite été plus probantes : des faux plafonds en composite déchets de fibre + déchets de colle d’amidon ; des toitures tressées en bouts de fil encollés + déchets de polypropylène transformés en fils, etc.

Les bouts de fil encollés d’amidon, le sous-produit de la filière auquel je crois le plus. © Caroline Grellier

Reste à tester ces recettes, caractériser les matériaux et poursuivre le travail de fédération de partenaires que j’ai démarré. Mon travail aura servi à préparer le projet et en esquisser trois principales orientations de recherche. Aux doctorants et masters de prendre le relais.

L’Atelier des Griots

Chaque samedi à Cotonou, j’ai rejoint l’Atelier des Griots, une ONG d’architectes qui se donne pour mission d’accompagner une communauté à régénérer un espace public de son quartier (je vous en parlais ici). Le tout en faisant avec les moyens du bord, et en recyclant un maximum de matériaux. C’est un fablab qui se déploie chaque samedi dans la cour de la Maison des jeunes d’Akpakpa Dodomey Enagnon, où nous travaillons depuis deux mois à la réalisation d’un chantier éphémère.

Leçon d’assemblage de bois pour la fabrication de petits bancs par les designers en herbe. © Caroline Grellier
Aperçu du chantier en cours de régénération du mur nord de la Maison des jeunes d’Akpakpa Dodomey Enagnon à Cotonou. © Caroline Grellier

Branches de palmier pour composer des motifs de revêtements muraux, bois de palettes pour le mobilier, jardins suspendus en bouteilles plastiques, ravalement du mur et peinture, reste à trouver des solutions low-tech pour réaliser des toitures. Samedi, je me suis donc attelée avec une équipe à la collecte de tongs sur la plage.

Collecte de tongs sur la plage et discussion sur la réalisation d’un proto de toiture légère. © L’Atelier des Griots

La pêche a été bonne : au bout de dix minutes, nous avions deux gros sacs remplis. Il faut dire que la tong est la chaussure nationale ici, la mer en rejette énormément. Nous avons commencé la fabrication d’un cadre-trame, sur lequel seront cloutées les tapettes découpées. Pour la suite, direction la page Facebook de l’Atelier des Griots ! Quant à moi, je retourne très bientôt en France, pour explorer encore et toujours des matières premières et matériaux !

Retrouvez les précédentes chroniques d’une makeuse en matériaux

Serein comme un éléphant retraité en Thaïlande

Dok Khun (au centre), grand-mère à 37 ans, à l'Elephant Jungle Sanctuary de Phuket. © Cherise Fong

Une petite randonnée à dos d’éléphant? Réfléchissez-y à deux fois. En Thaïlande, plusieurs sanctuaires sauvent les éléphants du tourisme pour leur offrir une retraite. Makery en a visité un.

Cherise Fong

Phuket (Thaïlande), envoyée spéciale

A 2 ans, le bébé femelle éléphant Katin adore la pastèque. Cet après-midi, elle ne veut plus de boules de riz, plus de canne à sucre, plus de bananes… rien que de la pastèque juteuse placée dans sa trompe, de préférence sans la peau, merci. Séparée de sa mère à la naissance, Katin n’a connu que l’esclavage pendant sa première année, sur le site touristique du Grand Bouddha, avant d’être secourue par l’Elephant Jungle Sanctuary (EJS) à Phuket.

Fino, née en 1945 et sauvée en 2016, est moins capricieuse. A l’heure du goûter, la plus vieille éléphante secourue par le sanctuaire des pachydermes est sereinement gourmande. Après avoir labouré pendant plusieurs décennies dans l’industrie forestière en province de Phetchabun, puis servi une dizaine d’années dans un camp de trekking pour touristes à Phuket, Fino, 73 ans, sait qu’elle figure parmi les grandes dames de la matriarchie résidente.

Goûter à la pastèque pour Fino. © Cherise Fong

L’EJS Phuket, ouvert en 2016, est un des plus récents sanctuaires thaïlandais pour pachydermes retraités, qui propose également le EJS Care Project, une clinique vétérinaire qui soigne et prend soin des éléphants âgés. L’EJS, fondé en 2014, accueille aujourd’hui environ 75 éléphants dans une douzaine de camps situés à Chiang Mai au nord du pays, Phuket dans le sud et Pattaya près de Bangkok.

L’Elephant Jungle Sanctuary à Phuket. © Cherise Fong

S’il existe aujourd’hui une quinzaine de sanctuaires pour éléphants en Thaïlande, tous ne sont pas identiques. Certains proposent des séjours bénévoles de plusieurs jours à quelques semaines pour participer pleinement à la communauté. Le tout premier sanctuaire, l’Elephant Nature Park, créé au nord de Chiang Mai en 1995 par la Thaïlandaise passionnée Sangduean « Lek » Chailert, est pionnier en terme d’éthique. Son projet s’est depuis élargi à la Save Elephant Foundation qui regroupe différents programmes pour aider les éléphants (et les chiens).

Bain de boue ou balade dans la jungle

Près de Patong, village balnéaire le plus fameusement touristique du pays, l’EJS Phuket est davantage tourné vers l’amusement des visiteurs : peu de consignes, baignade un peu bouffonne avec éléphants et « mahouts » (les dresseurs), photos gratuites à longueur de journée. On a un peu l’impression que ces éléphants secourus sont passés d’une forme de tourisme à une autre… Néanmoins, ils ont aussi leur temps libre, les guides les connaissent bien, les mahouts sont dévoués et l’ambiance y est légère.

Première rencontre à l’EJS Phuket. © Cherise Fong

Après une introduction basique au camp et aux particularités de l’espèce, on nous propose de commencer par nourrir les éléphants à la main de pastèques, bananes, canne à sucre et autres gourmandises. Les boulettes de riz s’avèrent un peu moins populaires. Accompagnés de leurs mahouts, qui leur procurent de douces caresses sous les arbres, les éléphants semblent calmes et bien habitués à la petite foule qui les entoure. La majorité sont les vieilles dames du troupeau, qui nous observent sagement, parfois des larmes aux yeux.

Baignade après la boue à l’EJS Phuket. © Elephant Jungle Sanctuary

Pendant que la plupart des visiteurs vont directement au bain de boue, une poignée, qui a opté pour le privilège d’une promenade dans la jungle, part à la suite de deux éléphants, accompagnés de leurs mahouts respectifs et d’un guide. C’est l’expérience la plus touchante de ma visite. Pendant plus d’une heure, nous marchons entre Sai Thong, 42 ans, libérée d’un camp de trekking en 2014, et Lam Yai, 56 ans, qui malgré une jambe cassée dans un accident de travail forestier une vingtaine d’années auparavant, a continué à labourer jusqu’à son secours par l’EJS en 2016. Une fois dans la jungle, ce sont elles qui décident où aller, quoi manger et comment se comporter… c’est-à-dire, comme des éléphants dans la jungle.

Lam Yai s’arrête pour grignoter un morceau. © Cherise Fong
Lam Yai dans toute sa splendeur. © Cherise Fong

Une espèce exploitée

L’éléphant asiatique, l’espèce qu’on retrouve en Thaïlande, pèse entre 4 et 7 tonnes, mange environ 200kg par jour et passe au moins 16h par jour (à l’état sauvage) à cueillir sa nourriture dans la jungle. Contrairement au cheval, il a le dos fragile. Comme les humains, il peut vivre jusqu’à 80 ou 90 ans. Comme nous, il a une vie familiale et sociale développée, ressent des émotions complexes, a une conscience de soi-même et de la mort. Mais contrairement à nous, il n’est pas libre.

Relations sociales au sein du troupeau. © Cherise Fong

Au début du XXème siècle, plus d’une centaine de milliers d’éléphants vivaient en Thaïlande. Aujourd’hui, il n’en reste que quelques milliers, dont la plupart en captivité. Les éléphants sauvages sont devenus agressifs envers les humains, habitués depuis longtemps au braconnage. Quant aux éléphants captifs, ils ont bien d’autres problèmes.

La plupart des pachydermes nés avant 1980 ont travaillé dans des camps d’industrie sylvicole, forcés de contribuer à la déforestation, autrement dit à la destruction de leur propre habitat naturel. Lorsque l’industrie sylvicole thaï est tombée en désuétude, les vieux et jeunes éléphants captifs ont été (re)conditionnés pour l’industrie du tourisme : beaucoup portent des gens sur leur dos dans des camps de trekking, pendant que d’autres font des tours de cirque ou du dessin…

Tout est question de perspective. © Cherise Fong

Toutes ces activités ne sont pas obtenues sans cruauté. Comme les éléphants sont à la fois très intelligents, très habiles et très forts physiquement, ils sont très demandés par les exploitants. Mais comme justement leur intellect est développé et leur masse imposante, ils sont d’autant plus difficiles à apprivoiser.

Le rite d’initiation traditionnelle à cette vie de soumission s’appelle phajaan, qui signifie écrasement en thaï. Il s’agit de « casser l’esprit sauvage » d’un bébé éléphant, séparé de sa mère, isolé, ligoté et torturé : en le battant dans les endroits les plus sensibles, le privant de nourriture, d’eau et de sommeil… pendant au moins une semaine, ou jusqu’à ce que la volonté indépendante de l’animal soit effectivement écrasée. Aussitôt libéré des chaînes, l’éléphant est jugé prêt à travailler dans l’industrie du tourisme.

C’est à partir de ce moment que le jeune éléphant est associé à un mahout, le plus souvent pour la vie. L’outil préféré du mahout est l’ankusha, un bâton muni d’un crochet pointu, le même instrument de torture que le jeune éléphant n’oublie jamais.

Un garçon thaï s’apprête à donner le goûter. © Cherise Fong

Leave les éléphants alone

Après une vie soumise à la domination humaine, beaucoup des éléphants sauvés dans les sanctuaires souffrent encore de leurs blessures, d’une santé affaiblie ou de traumatisme psychologique, ce qui se manifeste notamment par l’oscillation exagérée de la tête et d’autres comportements neurotiques. En plus de soigner les animaux, les sanctuaires pour éléphants libérés et retraités tentent de remplacer le tourisme des éléphants par un tourisme responsable d’éveil et d’éducation à leur condition.

Car le problème n’est pas seulement éthique, mais aussi économique. Chaque touriste peut faire le choix de visiter un sanctuaire plutôt qu’un camp de trekking. Si certains ont plus d’éthique que d’autres, ils partagent tous le même but : la délivrance d’une vie d’esclavage, où tous les éléphants ont le droit et la liberté d’être des éléphants.

La sérénité des vétérans. © Cherise Fong

Le site de l’Elephant Jungle Sanctuary (EJS) à Phuket

Au parc de la Villette, la fabcity se découvre en famille

Démo des robots potagers Farmbot (à dr.) et LettuceThink au parc de la Villette. © Pauline Comte

Le Fab City Campus qui a débuté le 14 juillet au parc de la Villette, c’est le volet grand public du Fab City Summit. Ou comment sensibiliser aux enjeux de la ville résiliente via des ateliers, expos et démos.

Pauline Comte

C’est une première. Après deux journées de conférences à la mairie de Paris et à la Grande Halle de la Villette, fréquentées par des aficionados de la fabcity, le Fab City Summit se fait public. Du 14 au 22 juillet, le Fab City Campus occupe le parc de la Villette, divisé en « districts » dédiés au textile, au plastique, à l’agriculture urbaine et au bois.

Biotextiles et protège-cahiers de récup

Les enfants se bousculent à l’entrée de la Folie L5, où se trouve le fablab Villette Makerz. L’atelier de « Fabrication de jouets et de trucs insolites » attire les familles qui se baladent au parc ce samedi.

Un atelier pour fabriquer soi-même ses jouets. © Pauline Comte

A l’intérieur, d’autres workshops proposent de passer en mode DiY : mise au point de textiles et matériaux biofabriqués ou encore création d’accessoires modulaires à partir de vieux vêtements. « Je n’avais jamais entendu parler de la fabcity, mais c’est une très belle découverte qui mérité d’être relayée auprès des citoyens. Il reste beaucoup à faire et c’est important de sensibiliser les enfants aux questions du recyclage », témoigne Fanny Michot tandis que Laura et Lina, ses deux filles, participent à l’atelier de fabrication de protège-cahiers à partir de bâches récupérées.

Lina et Laura ont bien préparé la rentrée… © Pauline Comte
…avec un protège-cahier fait à partir de bâches de récup. © Makery

Au même endroit, lampes, fauteuils, boucles d’oreille et skateboards réalisés à l’aide d’outils de fabrication numérique sont proposés à la vente au Fab City Store.

Relocaliser la production en ville et pourquoi ne pas la commercialiser ? Du maker au consommateur, le @fabcitystore a ouvert ses portes à @villettemakerz avec à l'entrée un Customlab textile de Makers Market. #FabCitySummit #FabCity #maker #DIY @fabcityparis @la_villette

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Le plastique dans tous ses états

Le long du canal de l’Ourcq, au district plastique, les participants recyclent tous les matériaux plastique qui leur passent sous la main. Des sacs récupérés sont assemblés avec du scotch pour contribuer à la création du Museo Aero Solar, une sculpture aérienne de l’artiste argentin Tomás Saraceno, qui sera exposée au Palais de Tokyo à la rentrée.

Cocréation à base de sacs plastique pour l’artiste Tomás Saraceno. © Pauline Comte

L’équipe du SimplonLab s’attelle au repassage de sacs plastique. Chauffer la matière à l’aide d’un fer à repasser permet de la réemployer et de lui donner un autre usage. Une façon de sensibiliser les passants à la surconsommation de plastique.

«Le recyclage est possible!», explique et démontre Antonin Fournier (SimplonLab). © Pauline Comte

Daouda Diabaté, diplômé de l’école d’architecture de Marne-la-Vallée, présente son projet de mobilier urbain à base de bouteilles plastique, conçu avec quatre autres camarades architectes. Les bouteilles récoltées auprès de l’entreprise Lemon Tri ont été intégrées dans une membrane thermocollée. Sur place, le travail consiste à retirer l’air de l’enveloppe pour la modeler et en faire « un siège résistant et à moindre coût basé sur le réemploi », dit Daouda Diabaté.

Après l’effort, le réconfort pour Daouda Diabaté. © Pauline Comte

De la salade à la Villette

A côté de la Folie Belvédère (végétalisée pour l’occasion), on joue la carte de l’agriculture urbaine dans le district food commons. Un tiers-jardin a été fabriqué et une équipe de bricoleurs, essentiellement constituée du Collectif Babylone, scie et assemble des planches en bois. L’idée de l’atelier ? Fabriquer des bacs à destination d’un jardin partagé du 18ème arrondissement de Paris. A quelques pas, des parcelles ont été préparées pour accueillir des plantations (haricots grimpants, plantes aromatiques).

Les bacs du tiers-jardin du Fab City Campus… © Pauline Comte
… où les laitues poussent sous les néons de lumière violette. © Pauline Comte
Favoriser l’agriculture urbaine en fabriquant des bacs pour un jardin partagé. © Pauline Comte

L’espace du jardin des moutons (un espace clôturé du parc) s’est transformé en jardin potager pour démo de robots open source fermiers. Le Farmbot de Rory Aronson et le LettuceThink du Sony Computer Science Laboratories y sont présentés. Destinés à assister les maraîchers des exploitations de petite taille pour l’arrosage ou le désherbage, ces robots ont fait l’objet d’une démo, samedi en fin d’après-midi, juste avant le pique-nique. Le Farmbot arrose gentiment une salade, tandis qu’on tente de piloter le LettuceThink comme un jeu vidéo au joystick (attention les plates-bandes…).

Action 2 ! Le robot potager FarmBot de Rory Aronson arrose une salade au parc de la Villette. #FabCitySummit #FabCityCampus #fabcity #agriculture #robot #opensource @fabcityparis @la_villette

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Les deux pieds sur terre

Prototype d’architecture gonflable au district forum. © Pauline Comte
Sept écoles d’architecture présentent leurs travaux au district forum. © Stefano Borghi-Fab City Grand Paris

Au district forum, au milieu d’installations architecturales imposantes conçues par des écoles d’architecture (Grenoble, Marne-la-Vallée, Lille, Paris la Villette, Paris Malaquais, Toulouse, Val-de-Seine, l’Institute of Technology of Georgia), le collectif Les Bâtisseuses propose d’apprendre à fabriquer des briques en terre crue. Avant de mettre la main à la pâte (ou plutôt les pieds dans la terre), les participants ont suivi un rapide cours théorique. Ils sont ensuite conviés à mélanger pieds nus le sable, l’argile, la paille et l’eau avant de mouler les briques. Jade Foucher, architecte, y participe parce qu’elle est « sensible à l’emploi de matériaux respectueux de l’homme et de l’environnement ». Une formation à la maçonnerie est aussi prévue afin de familiariser les membres de l’atelier aux techniques d’assemblage des briques.

Pour une bonne terre crue, mélangez de façon homogène sable, argile, paille et eau. © Pauline Comte
Moulez la terre pour former des briques et laissez sécher trois semaines. © Pauline Comte

Le secrétaire d’Etat au Numérique Mounir Mahjoubi a rendu visite aux participants du Fab City Campus samedi 14 juillet. « Dans un lieu populaire, public et ouvert, c’est génial de ressentir le phénomène maker et d’avoir un impact sur la prise de conscience des gens en leur donnant à voir ce qu’on peut faire en ville », dit-il.

Mounir Mahjoubi entouré de l’équipe organisatrice du Fab City Summit. © Pauline Comte

Anti-obsolescence programmée

Côté électronique, c’est à l’intérieur de la Cité des sciences et de l’industrie que ça se passe. Le fablab Carrefour numérique propose des ateliers et des conférences autour des questions d’obsolescence programmée, comme la présentation des enceintes open hardware et modulaires Kataposte ou un atelier pour démonter une imprimante et comprendre l’intérêt de « sauver les piles ».

Les concepteurs Damien Ragoucy et Pierre Laperdrix présentent leurs enceintes Kataposte. © Pauline Comte

Un lab mobile

Les 12 et 13 juillet, autour de la péniche Urban Boat, le Sonic Makers Camp a fait escale parc de la Villette. Le collectif MU, la Station-Gare des Mines et son SonicLab, avec Trublion et les Berlinois de Urban Spree proposaient une table ronde création sonore, fabrication créative et innovation libre, des ateliers grand public (initiation à l’électronique, expérimentations sonores) et de l’open bidouille. Prochaine étape : la Pointe à Pantin (Magasins généraux) les 17 et 18 juillet.

Le programme du Fab City Campus, au parc de la Villette jusqu’au 22 juillet

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Ils ont fait le Fab City Summit Paris

900 personnes ont assisté à la conférence du Fab City Summit à la Villette le 12 juillet. © Stefano Borghi-Fab City Grand Paris
Elsa Ferreira

Le Fab City Summit à Paris a réuni les acteurs et porteurs de projets pour un futur urbain plus résilient. Petit échantillon de ceux qui ont participé et fait cet événement.

Comment construire la ville résiliente, productrice, durable et circulaire ? Du 11 au 13 juillet (avec prolongation dans le parc de la Villette jusqu’au 22 juillet pour la partie grand public du sommet), le réseau international des fabcities se donnait rendez-vous à Paris pour échanger idées et projets. En posant des questions (comment renverser le schéma actuel ? quelles sont les alternatives possibles ?), le Fab City Summit a été l’occasion de discussions engagées et passionnées autour de la ville et de nos modes de vie, de production et de consommation. Makery a croisé et questionné sur leur présence quelques-uns des acteurs et participants.

Sophie Rosso, promotrice immobilière
«Penser au bien commun»

Sophie Rosso (Quartus) représentait les promoteurs immobiliers au Fab City Summit. © Pauline Comte

Sophie Rosso, directrice générale de Quartus Tertiaire, est aussi passée par la ville de Paris où elle conseillait l’adjoint à la maire de Paris chargé de l’urbanisme et l’architecture Jean-Louis Missika. Sur la scène du Fab City Summit le 12 juillet, elle a défendu une approche sociale et collaborative de son métier et parlé de « l’urgence à changer » côté promoteurs pour « penser au bien commun ».

Comment allier les exigences de profit dans l’immobilier et l’expérimentation?

Le business model de l’entreprenariat n’est pas du mécénat mais intègre un enjeu et un impact pour la société qui va au-delà de l’impact financier pour l’actionnaire. On tâtonne, on accepte l’erreur et l’échec. On accepte aussi que certains projets soient expérimentaux, comme Manufacture sur Seine à Ivry, qui pourtant à terme sera rentable.

Quel type d’expérimentation engagez-vous pour Manufacture sur Seine?

Pour ce projet qui a remporté le concours Réinventer la Seine, 50.000m2 vont être construits à moitié en terre crue, avec l’architecte chinois Wang Shu (prix Pritzker 2012, ndlr) et les Français Lipsky Rollet et Joly&Loiret. C’est un matériau millénaire mais c’est un vrai défi de construire en terre à une échelle aussi énorme. Nous sommes associés avec les laboratoires Craterre et Amàco avec lesquels on va tester des briques en terre crue, des panneaux, des enduits, des mortiers.

Pour cela, nous voulons structurer la filière en amont en construisant une fabrique de terre crue à Sevran. Le matériau est là : il va y avoir 30 millions de tonnes de terres excavées pour la construction du Grand Paris. Si l’on apporte la preuve qu’on sait faire, c’est un cercle vertueux qui se dessine. C’est aussi un véritable projet de R&D pour lequel l’Europe nous a accordé une subvention de 5 millions d’euros.

L’expérimentation serait rentable à terme?

C’est au cas par cas. Pour la LXFactory à Lisbonne (dont Quartus n’est pas le promoteur, ndlr), il n’y a pas de business model en tant que tel mais les promoteurs ont racheté les terrains autour qui gagnent en valeur. Le 6b (friche artistique à Saint-Denis en banlieue parisienne dont Quartus est propriétaire, ndlr) n’a pas vocation à être rentable : c’est un laboratoire, ce sont des artistes qui travaillent sur la communauté et la création de liens avec le quartier. Pour aller au-delà de l’expérimentation, il faut que d’autres promoteurs nous suivent, qui ne le feront que s’il y a une rentabilité avérée, donc de nouveaux modèles.

Régénérer des quartiers périphériques n’entraîne-t-il pas une gentrification?

Il faut que tous les acteurs de la chaîne se mobilisent. Il faut une politique publique de ville inclusive qui conserve du logement social et de l’emploi. Dans la rénovation urbaine, on a souvent pensé aux logements mais pas au développement économique. Il faut aussi des commerces abordables. Et une gouvernance pour s’assurer qu’il n’y a pas de revente avec des plus-values monstrueuses dès qu’un acteur dynamique vient s’implanter. Le phénomène de gentrification existe aussi pour les PME. Dès qu’un métro arrive par exemple, les grosses compagnies s’installent et les PME doivent s’excentrer. Pour toutes nos opérations, nous gardons des loyers très bas au rez-de-chaussée. On pense souvent que les commerces amènent l’argent mais ils apportent surtout de la valeur.

Dave Hakkens, designer de Precious Plastic
«Une plus grosse machine pour recycler plus»

Dave Hakkens, venu en bus à Paris pour limiter son empreinte carbone. © Pauline Comte

Il est celui qui a conçu l’emblématique projet Precious Plastic, cette machine à recycler et fabriquer à partir du plastique que de nombreux fablabs se sont appropriés. Le designer néerlandais Dave Hakkens participait à la conférence du Fab City Summit le 12 juillet, en ayant préféré faire 26h de bus depuis Lisbonne plutôt que prendre l’avion pour limiter son empreinte carbone.

Où en est Precious Plastic?

La première version de Precious Plastic remonte à 2013. C’était une simple machine à recycler le plastique. Rapidement on a amélioré la documentation et les vidéos pour la V2. Il y a six mois, on a lancé la V3 avec une place de marché pour vendre les produits fabriqués et une carte. En septembre, on lancera la V4 et on va inviter makers, ingénieurs, designers et codeurs à travailler sur la machine à Eindhoven, aux Pays-Bas. On voudrait améliorer la plateforme, faire une bibliothèque d’exemples et faciliter la documentation pour les gens qui construisent la Precious Plastic. On voudrait aussi avoir une version plus industrielle capable de faire des plaques pour les CNC. C’est une plus grosse machine mais elle recyclera plus.

Pourquoi ne pas avoir transformé le projet en entreprise?

Je n’ai pas voulu faire de Precious Plastic une entreprise. Notre but est de recycler. Si tu commences à vendre des machines, alors ton but devient celui-ci et tu te retrouves piégé dans ton propre système.

L’open source est-il une solution pour des projets participatifs?

J’ai été très inspiré par le projet Open Source Ecology même si je ne suis pas vraiment le mouvement open source, dont les projets sont souvent assez désordonnés. En tant que designer, j’aime que les choses soient propres. On a fait beaucoup d’efforts en ce sens et pour ne pas seulement tout mettre sur un wiki. On a beaucoup à apprendre les uns des autres sur la manière de gérer un projet open source. Le monde dans lequel nous vivons, nous l’avons construit ces cent dernières années. A nous de bifurquer dans n’importe quelle direction. Le problème du plastique est si énorme qu’il nécessite qu’on y apporte plusieurs solutions. Precious Plastic n’est qu’une partie du puzzle.

Pour la V4, rendez-vous en août sur le site Precious Plastic

Indy Johar, cofondateur de Project00
«Soutenir la transformation de l’humanité»

Indy Johar à la Grande Halle de la Villette pour ouvrir les «possibles». © Pauline Comte

Cofondateur de Project00, un studio collaboratif d’architectes, designers, programmeurs, sociologues, économistes, il est à l’initiative des entreprises open source Open Desk et Wikihouse, le réseau Impact Hub network ou du studio Dark Matter Laboratories, pour penser des « infrastructures institutionnelles » et opérer des changements collaboratifs. Invité pour imaginer les « possibles », Indy Johar a défendu une approche holistique de la société et de ses enjeux pour opérer une transformation réelle. Ou comment repenser jusqu’à notre humanité et notre individualité…

Que faire pour changer la ville?

Si on veut faire de l’investissement social, la meilleure façon de le faire n’est pas via les starts-ups mais à travers les systèmes. Il ne faut pas investir dans un seul produit mais dans vingt simultanément. Ça peut être des politiques, des droits civiques, une nouvelle start-up… Le sens de notre humanité se transforme et ce peut être un magnifique changement. Seulement 10% de notre ADN définit ce que nous sommes, le reste, c’est de la matière symbiotique qui permet de rester en bonne santé. L’idée qu’on existe en tant qu’individu parfait n’existe pas. Les neurosciences, l’épigénétique, les micro-agressions qui nous changent au niveau moléculaire et réduisent notre espérance de vie nous affectent. Comment ouvrir les possibilités de ce que c’est qu’être humain ? Comment décentraliser la créativité ? Le Fab City Summit crée la conversation.

Massimo, Vanessa, Adam, Andrés, participants au Fab City Summit
«Ici pour apprendre et comprendre»

Massimo Bianchini, italien, cofondateur et manager de Polifactory, fablab de Politecnico Milan, venu au Fab City Summit à Paris avec trois de ses étudiants : « Je veux comprendre la convergence progressive entre le bottom up du mouvement fablab et le top down avec les municipalités et les gouvernements qui commencent à comprendre et rencontrer les représentants de ces communautés. »

A la Grande Halle de la Villette, Massimo Bianchini (à droite) et deux de ses étudiants. © Elsa Ferreira

Vanessa Mignan, cofondatrice de E-fabrik, l’association francilienne qui met en relation des jeunes et des personnes en situation de handicap pour fabriquer des prototypes, regrette le manque d’inclusion en pratique dans l’organisation du sommet (à la Grande Halle, pas de traduction en langue des signes notamment) : « Vous me prenez à un moment où je suis un peu déçue. Une des questions qui nous portent à E-Fabrik est l’inclusion sociale. La révolution présentée ici ne peut se faire sans un modèle inclusif pour tous, les personnes en situation de précarité, en situation de handicap, les minorités ethniques, la question des femmes. Et ce modèle est un peu absent pour l’instant. J’ai hâte d’en entendre plus sur ces sujets-là. »

Adam Gawron, polonais, vit à Barcelone, a étudié le design urbain et travaille dans la modération des réseaux sociaux : « J’ai toujours été intéressé par la régénération urbaine. Je suis ici pour apprendre des façons de promouvoir des régénérations durables et l’économie circulaire. »

Andrés Briceño, chilien, architecte, cofondateur du fablab Santiago au Chili et de la fondation Distributed Design Foundation : « Je fais partie du collectif Fab City, nous avons organisé FAB13 l’année dernière. Le mouvement grandit et le Fab City Summit nous permet de comprendre que la ville est la plateforme où les systèmes apparaissent, où les façons dont nous organisons nos sociétés deviennent réelles. C’est intéressant d’analyser ces perspectives et de reconnaître les exemples radicaux comme Barcelone. »

Retrouvez nos articles sur Fab City Summit (dont Makery est partenaire)

Fab City Summit Paris: une autre ville est possible

Tomás Diez à l'ouverture de la Fab City Conference à la Grande Halle de la Villette. © Stefano Borghi-Fab City Grand Paris

Le réseau Fab City compte désormais 28 villes et régions dans le monde. Du 11 au 13 juillet, le Fab City Summit Paris a mobilisé une communauté internationale nombreuse, après avoir embarqué les politiques et institutionnels. Récit.

la rédaction

Après une première journée institutionnelle sous les ors de la république, et la signature du Manifeste pour la Fab City, les participants du Fab City Summit sont prêts, en ce 12 juillet à la Grande Halle de la Villette, à échanger leurs idées pour passer « du paradigme de la révolution industrielle à celui de la révolution numérique », présente Tomás Diez, l’initiateur de l’initiative globale Fab City et fondateur du fablab Barcelona. Cette journée de conférences est placée sous le signe de trois courants : réversible, mise à l’échelle (scalable) et possible.

La Grande Halle attend ses 900 participants à la conférence du Fab City Summit le 12 juillet. © Pauline Comte

On commence à être habitué à voir la discussion débuter par un portrait bien sombre de notre planète et notre espèce humaine. Cette fois, c’est Carlos Moreno qui s’y colle, brillant professeur de la Sorbonne et spécialiste des villes intelligentes qui déroule les faits alarmants à la seconde et martèle que le « futur est dangereux » pour l’humanité. Il nous présente des anamorphoses, ces cartes dont l’échelle a été déformée pour refléter des faits : ici, l’anthropocène en marche (l’effet sur l’environnement de l’activité humaine, où la taille est proportionnelle à la population humaine et son interaction avec l’environnement, depuis la pollution lumineuse jusqu’aux câbles sous-marins), là, l’avènement des hyperrégions de plus de 50 millions d’habitants. « Dans un siècle, certaines villes comme Lagos, Dar es Salam ou Mexico City dépasseront la population de la France. »

La carte du monde anthropocène du géographe Benjamin Hennig. © Benjamin Hennig

Un autre monde est-il possible ? Quel changement d’échelle devons-nous imaginer pour « partager de nouveaux paradigmes », qui intègrent la résilience, l’innovation, la justice et permette l’inclusion ? Le chantier est immense, et les organisateurs du Fab City Summit avaient prévenu en préambule, il ne s’agit pas aujourd’hui de donner des réponses, mais de mettre en commun les grandes questions et de se projeter dans un futur moins sombre !

Manifeste de la frugalité heureuse

Leçon de globalisation par Saskia Sassen. © Pauline Comte

Ce n’est pas Saskia Sassen, la sociologue spécialiste de la globalisation, qui poussera à l’optimisme… Elle brosse le tableau de ces villes qui changent de structure l’air de rien, ou plus précisément parce que « la matière a perdu sa capacité à nous dire la vérité ». Ces villes où « un bâtiment n’est plus un bâtiment mais un produit financier », défend-elle, rappelant ces millions de foyers américains dont la maison a été saisie parce que leur crédit à la propriété a été transformé en produits financiers à haut risque. « Les propriétaires en devenir sont l’instrument de la finance internationale », poursuit-elle en qualifiant cette haute finance de « machine à vapeur de notre temps ».

Une machine dont on a bien du mal à suivre les bouleversements qu’elle déclenche. Ces « espace sombres » de la haute finance ont des effets sur les petits propriétaires comme sur les grandes villes, dit-elle. Position qu’elle illustre d’un fun fact : les Qataris possèdent désormais plus de bâtiments au centre de Londres que la reine d’Angleterre…

Discussion entre le promoteur (à dr., Sophie Rosso) et l’architecte (au centre, Philippe Madec), modérée par Carlos Moreno. © Stefano Borghi-Fab City Grand Paris

Qui possède la ville ? Pour les partisans de la fabcity, il s’agirait de s’entendre entre citoyens et élus, promoteurs et industriels pour négocier un nouveau contrat social. Justement, un promoteur est là pour défendre une vision du bien commun, en face d’un architecte pionnier de l’écoresponsabilité. Les 900 participants de la Fab City Conference ce 12 juillet vont écouter avec attention Sophie Rosso, directrice générale de Quartus Tertiaire, la branche services du promoteur immobilier Quartus, qui a aussi fait un tour du côté des politiques (elle a été membre de l’équipe de Jean-Louis Missika, l’adjoint à la maire de Paris chargé de l’urbanisme et du Grand Paris). Elle dit d’emblée qu’il y a en effet « urgence » à ce que ceux qui fabriquent la ville changent et pensent au « bien commun ».

Justement, l’architecte et urbaniste Philippe Madec, qui en avait « marre d’attendre » (« on fait la ville et on est responsables de 40% des émissions de gaz à effet de serre par le bâtiment »), a lancé en janvier le Manifeste pour la frugalité heureuse (avec l’ingénieur Alain Bornarel et l’architecte Dominique Gauzin-Müller), que plus de 4.000 signataires ont adopté dans quelque 54 pays, le « peuple de l’écoresponsabilité », comme il les appelle. « Plus la technologie s’installe dans les constructions, plus il y a de fragilité et d’obsolescence programmée », soutient-il. Il évoque des solutions à la technologie basse mais à la forte ingénierie : son projet de Cité Paul Boncour, à Bordeaux, HLM bioclimatique construit sans chauffage et sans ventilation, en utilisant seulement l’exposition au soleil et la ventilation naturelle des fenêtres ; le 2226 Lustenau en Autriche, immeuble de bureaux reposant sur l’inertie thermique, sans chauffage ni climatisation et dont la température oscille entre 22 et 26 degrés ou bien l’installation de vaches ou d’ânes sur les zones inondables pour garder les terrains en bonne santé.

Une position partagée par Sophie Rosso, qui estime néanmoins qu’il ne faut pas opposer hi-tech et low tech et qui passe en revue les projets innovants accompagnés par Quartus comme le 6b, la friche artistique qui travaille sur le lien social dans le quartier de la gare RER de Saint-Denis et Manufacture sur Seine, ce futur quartier de 50.000m2 dont la moitié en terre crue, lauréat de Réinventer la Seine, alimenté par une usine qui sera construite à Sevran pour transformer les déblais des chantiers du Grand Paris en matériau de construction. Ce cercle vertueux pourrait contribuer à baisser l’empreinte écologique de la région Ile-de-France, bien plus gourmande en ressources que ce que lui permettent ses biocapacités (9 fois plus en 2015), conclut Carlos Moreno.

Psychologie du changement

S’il faut changer, alors encore faut-il savoir comment. Les organisateurs ont eu la bonne idée d’inviter Saadhi Lahlou, psychologue du changement. « Quand on vit dans des villes de grande taille, il faut que les comportements des individus soient prévisibles. Pour cela, les sociétés les canalisent. » Et d’illustrer son propos en faisant un sondage à main levée Qui a pris récemment l’avion ? Alors que de nombreuses mains se lèvent (« voilà aussi pourquoi nous ne sommes pas dans une société durable »), le titulaire de la chaire de psychologie sociale à la London School of Economics démontre comment « vous avez été canalisés comme une boule de flipper » dès votre entrée dans l’aéroport jusqu’à votre arrivée à destination : « Vous n’avez pris quasiment aucune décision personnelle. »

Pour une société de la réversibilité, il nous faut agir sur trois leviers, explique-t-il : la couche sociale, sur laquelle on agit politiquement (les choix collectifs), la couche dite « incorporée » qui passe par l’éducation (les connaissances que nous partageons), et enfin les infrastructures ou les affordances (ce que permet l’environnement), que l’on peut changer par le design.

Francesca Bria, en charge de la politique numérique «radicale» à Barcelone. © Pauline Comte

Comme après l’intervention de Saskia Sassen, retour au concret avec Francesca Bria, en charge de la technologie et de l’innovation numérique à la mairie de Barcelone, qui vient présenter Decidim. Cette plateforme de participation démocratique défend la « souveraineté technologique », en opposition à « l’extractivisme des données et au capitalisme de surveillance ». Francesca Bria, qui considère les données comme « le matériau brut du XXIème siècle », a doté Barcelone d’un standard éthique numérique : priorité aux logiciels libres, aux standards ouverts et aux données pour plus de transparence du gouvernement. Barcelone a même mis en place une plateforme chiffrée qui permet aux citoyens de dénoncer la corruption ou un Github des outils participatifs pour la démocratie locale.

Les outils numériques peuvent être des leviers d’une émancipation, est aussi venu témoigner à sa façon Ron Eglash, ethno-mathématicien, spécialiste des fractales (les mathématiques et les motifs des fractales en Afrique) et de justice générative. Le colonialisme numérique existe, rappelle-t-il tout en montrant des projets de réappropriation de techniques ancestrales (dessins de coiffures africaines notamment) pour la communauté. Les mouvements décentralisés peuvent être porteurs de changements – à condition de les protéger de l’exploitation.

Espace et humanité

Ces bases posées, on explore quelques actions concrètes et comment faire de ces expériences distribuées et libres des projets en mesure de changer la donne (et changer d’échelle). L’économiste Kate Raworth vient présenter son « économie du beignet » et le challenge qu’il illustre : « Comment pouvons-nous subvenir aux besoins de tous en respectant les ressources disponibles de la planète. » Pour elle, en plus de changer la culture des entreprises, il faut en observer les propriétaires et les mécanismes financiers.

«Notre selfie collectif», auquel incite Kate Raworth pour évoquer son économie du beignet. © Pauline Comte

On retrouve aussi quelques porteurs de projets emblématiques de la fabcity : Rory Aronson, créateur de Farmbot, le robot agricole open source, Dave Hakkens, créateur de la machine à recycler le plastique Precious Plastic, et Elodie Le Roy, venue présenter Unto This Last, atelier et magasin de meubles dans le centre de Londres dont on vous parlait récemment. Les pistes pour ce passage à l’échelle existent. Comme la blockchain dont vient parler Primavera de Filippi, chercheuse au Cersa (CNRS) : « Les communautés distribuées de pairs peuvent faire des choses qui seraient très difficiles en interne dans une entreprise », dit-elle.

Rory Aronson défend son projet open source Farmbot. © Pauline Comte

Après le constat et le concret, et après une pause déjeuner expédiée (le traiteur est aussi orienté développement durable, avec son vegan aubergines ou son poulet tandoori en bocaux en verre recyclé), l’heure est aux « possibles ». Pour se donner de l’oxygène et imaginer les alternatives au modèle urbain anxiogène, l’équipe de la fondation Aerocene présente ses visions d’un futur aux transports en ballons aéro-solaires pour protéger notre fine couche atmosphérique. L’artiste Tomás Saraceno est-il un rêveur ou un visionnaire ?

Danielle Wood, la tête dans les étoiles. © Pauline Comte

Du côté des universités américaines, comme au MIT Media Lab, on a déjà intégré de nouvelles disciplines, comme celle que défend le groupe de recherche Space Enabled, présenté par Danielle Wood. L’idée ? Apporter les technologies développées pour et dans l’espace aux communautés, dans un souci d’inclusivité (pour éviter de parler de « colonisation de l’espace » et répéter les mêmes erreurs qu’à l’époque coloniale), tandis que Indy Johar, architecte et entrepreneur, cofondateur (entre autres) de Open Desk et Wikihouse, vient présenter sa vision pour une transition numérique plus grande que la technologie : une remise en question de « ce que cela veut dire d’être humain ».

«Less is more»

Neil Gershenfeld et l’évolution des machines, plus simple à contrôler que celle de l’humanité. © Pauline Comte

Et c’est au tour de Neil Gershenfeld de propager la bonne parole des fablabs. Forcément, le professeur au MIT qui a porté la révolution de la fabrication numérique et a fait des petits, comme l’initiative globale Fab City, vient se rappeler au bon souvenir des makers. Si le réseau Fab City a choisi l’année 2054 pour le compte à rebours (à cette date, les villes s’engagent à avoir 50% de production locale), ce n’est pas tout à fait un hasard, rappelle-t-il. C’est plus qu’un cycle politique et plus de deux décennies, soit un compte à rebours censé impressionner et donner la bonne direction.

Et de rappeler que la loi de Moore, qui prédisait en 1965 le doublement de la puissance des ordinateurs tous les deux ans pendant cinquante ans, pourrait s’appliquer à la croissance des fablabs dans le monde. Nous en serons à « un milliard de fablabs dans le monde » quand les composants seront eux-mêmes à très bas coût, explique le héraut du fablab 2.0 – définition : « Vous n’allez plus dans un fablab pour utiliser ses machines mais pour construire d’autres fablabs ».

Quelles sont les briques pour construire ce futur ? Neil Gershenfeld reconnaît qu’il est « plus facile de changer la technologie que de changer le monde ». Mais face à cette « possibilité de refaire le monde », il faut se préparer à « quarante ans de less is more » (moins c’est plus).

La grande famille des fabcities s’agrandit

En attendant le moins, le Fab City Summit, est un peu tombé dans le plus… Cette fin de conférence menée tambour battant, sans aucun débat avec la salle (dommage…) s’éternise avec la cérémonie d’entrée de dix nouveaux entrants dans le réseau des fabcities, depuis Belo Horizonte (Brésil) jusqu’à la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui passe de 18 à 28 villes et régions.

La ville d’Oakland (Etats-Unis) heureuse de rejoindre le réseau Fab City. © Pauline Comte

Alors que les maires et élus défilent en vidéo pour évoquer leur joie de rejoindre la grande famille des villes engagées pour la résilience, leurs représentants à Paris viennent activer le compteur de fab.city et se voir remettre une médaille. On a vu plus léger et festif comme cérémonie… D’autant que personne n’explique les critères de choix (une quarantaine de villes étaient candidates). Tout ça est un peu figé, un peu poussif, et la grande annonce promise pour la constitution d’une Fab City Foundation est reportée à septembre…

10 nouvelles villes rejoignent le réseau Fab City: Belo Horizonte (Brésil) Kamakura (Japon) Puebla (Mexique) Velsen (Pays-Bas) Sorocaba (Brésil) Mexico City (Mexique) Séoul (Corée) Zagreb (Croatie) Oakland (Etats-Unis) et la région Auvergne Rhône Alpes (France) #fabcitysummit

— Makery (@makeryfr) July 12, 2018

Cette première journée de haut vol, suivie d’une soirée plus débridée à la Station-Gare des Mines, cette friche urbaine de l’autre côté du périph qui a décidé de donner un peu l’ambiance punk alternative à l’événement, laisse la place à une suite un tantinet plus maker.

Transats et bon son : le #FabCitySummit se poursuit autour d'un verre à la Station Gare des Mines ! #fabcity #Fab14 #algorave #Paris #ville @collectifmu

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Ballons et chaussures de réfugiés

Le 13 juillet, rendez-vous est fixé à la bibliothèque et au Carrefour numérique de la Cité des sciences pour une journée d’ateliers et de miniprésentations, qui réunira 500 participants, selon les organisateurs. On y parle du rôle des politiques publiques dans la fabcity, d’activation des territoires par les tiers-lieux, de démocratie participative, d’économie circulaire, de réemploi, de recyclage des déchets plastiques, de plastique biosourcé à base d’algues, de nourriture open source, de fabrication distribuée ou de micro-industrie.

Lâcher de ballons aéro-solaires à la Villette le 13 juillet. © Stefano Borghi-Fab City Grand Paris

A midi, l’atelier Aerocene investit le parc de la Villette pour son lâcher de ballons aéro-solaires. Les sculptures, qui ne jouent que d’air chauffé par la seule chaleur du soleil, s’élèvent doucement au-dessus du parc, pour le grand bonheur des enfants des centres de loisir qui pique-niquent sur place.

Sasha Engelmann explique comment les capteurs embarqués renvoient par ondes radio leurs données de température ou de position à l’intérieur du ballon. L’après-midi, l’équipe rassemblée par l’artiste Tomás Saraceno se replie au fablab du Carrefour numérique pour travailler sur les capteurs open source permettant de mesurer la présence de polluants dans l’air.

Atelier à la Cité des sciences le 13 juillet. © Ewen Chardronnet

En parallèle, un atelier dévoile le FabCity Index appliqué aux différents territoires des participants. Objectif ? Relocaliser 10% de la production en 2025. Pour y arriver, il s’agit d’identifier deux ou trois secteurs stratégiques grâce au FabCity Index. Un outil proposé par l’agence Utopies et l’association Fab City Grand Paris, qui s’appuie sur « l’effet multiplicateur local », soit la capacité d’un territoire à garder et faire circuler durablement les richesses. A cause notamment de la délocalisation de la production, cet indicateur est en constante baisse depuis l’après-guerre. « En 1970, une entreprise française qui produisait l’équivalent de 100€ générait en moyenne 103€ de production supplémentaire dans sa chaîne de fournisseurs nationaux. En 2015, le multiplicateur moyen n’était plus que de 59€, soit une baisse de 43% », précise le rapport présenté à l’issue de la rencontre. La prospérité locale dépend pour un bon tiers de cet effet multiplicateur et peu de territoires dédient leurs actions de développement au renforcement du circuit économique local. « Plus une ville est capable d’assurer une large part de ces productions directes et indirectes, plus le FabCity Index sera élevé. »

Pendant que certains planchent sur des outils théoriques, l’atelier d’In my BackYard (cette tiny house à installer dans son jardin pour accueillir des réfugiés) propose au groupe, exclusivement féminin, de se mettre dans les chaussures de réfugiés. On profite de cette journée d’échanges pour prendre des nouvelles de Julien Vaissiere, fondateur de L’Établi, qui continue son aventure de microfabrication avec Batch.Works, compagnie d’impression 3D qui développe un robot pour automatiser ses imprimantes.

Fabrication créative, innovation libre, ateliers DiY, open bidouille… Autour de la péniche Urban Boat, le Sonic Makers Camp est amarré parc de la Villette à Paris. #FabCitySummit #FabCity #DIY #openbidouille #maker #lab #fab14 @collectifmu @fabcityparis @la_villette

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Dans le parc, les bidouilleurs sonores du Sonic Makers Camp sont descendus de la péniche Thabor pour se mettre à l’ombre sous les arbres. A 18h, on se retrouve à l’ouverture du Fab City Store et de l’exposition textile à Villette Makers dans le parc de la Villette. Le pop-up store propose des objets fabriqués localement, dans un rayon de 10km autour de Paris, qu’ils soient conçus par des créateurs locaux, ou fabriqués sur place à partir de plans distants. On discute textile et customisation de vêtements sous le cagnard au bord du canal pendant que l’équipe Aerocene et une bande de passionnés du solaire s’échappent pour rejoindre un atelier de cuisine solaire en off à la Station E de Montreuil. Cette friche alimentée 100% en énergie renouvelable grâce à ses panneaux solaires se mettra d’accord avec l’équipe Aerocene pour ouvrir très prochainement un club francilien de ballons aéro-solaires.

Prêt pour une ambiance lounge groovy ? À la Station E, solar sound system après le solar cooking workshop. #FabCitySummit #FabCitySummitOff #FabCity #Fab14 @fabcityparis

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Le Fab City Summit s’achève les pieds dans le sable pour une soirée privée à la plage du Glazart, une salle de concert à deux pas de la porte de la Villette, dans une ambiance franchement festive histoire de faire (provisoirement) retomber la pression. Car l’équipe de bénévoles n’a pas fini de travailler : le week-end consacré au grand public avec le Fab City Campus propose des ateliers et démos un peu partout dans les folies du parc.

MC Minh lance les hostilités de la soirée ! #FabCitySummit @fabcityparis @mnhmnng #FAB14 @makeryfr

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L’après-coup distribué du FAB14 distribué

En pleine nature pour le FAB14 distribué dédié à l'alimentation et à l'agriculture à Albi. © Bénédicte Amigues

Entre le Fab City Summit à Paris et la Fab Conference à Toulouse s’est tenu du 13 au 15 juillet le FAB14 distribué, des rencontres thématiques organisées en région par les fablabs français. Compte-rendu par les makers qui y ont participé.

la rédaction

Pas le temps de reprendre son souffle. A peine le Fab City Summit de Paris achevé, la communauté des makers s’est éparpillée un peu partout en France pour participer du 13 au 15 juillet au FAB14 distribué, ces événements régionaux portés par les fablabs français juste avant le coup d’envoi de la Fab Conference de Toulouse le 16 juillet.

« Le réseau français des fablabs (RFFLabs) a fait le pari d’organiser entre ces deux temps forts, le Fab City Summit et la Fab Conference, des événements décentralisés pour approfondir des thématiques spécifiques tout en mettant en lumière des territoires régionaux », rappelle Alexandre Rousselet, cofondateur de l’Atallier, le fablab de Moulins. Education, écologie, énergie, solidarité, agro-alimentation, recherche, économie et mobilité… réparties par régions, ces huit thématiques se sont posées comme des parenthèses de réflexion et de prototypage, loin de la frénésie de la Fab Conf. Toutes ont (diversement) fait le plein, à l’exception de Cahors (énergie), qui a été annulée.

«FAB14 distribué est un format nouveau, plus calme, propice à la créativité, à la co-construction et au partage.»

Alexandre Rousselet (l’Atallier)

Makery a fait un tour sur le campus de Paris-Saclay à la rencontre de la cinquantaine de chercheurs, ingénieurs et fabmanagers présents pour le FAB14 distribué science et recherche, qui auront entendu Neil Gershenfeld leur parler philosophie et impact politique des fablabs en introduction – on y reviendra. Faute de don d’ubiquité, la rédaction avait fait appel aux makers pour un après-coup distribué de ce FAB14 distribué. Merci à eux pour leurs témoignages à découvrir ci-dessous !

La recherche et la science à l’université Paris-Saclay

Romain di Vozzo, fabmanager du Digiscope et la chercheuse Caroline Appert à Paris-Saclay le 13 juillet. © Carine Claude

Le FAB14 distribué consacré à la recherche s’est assez logiquement posé à l’université Paris-Saclay, en plein cœur du cluster scientifique et technologique d’Orsay et de son vivier de chercheurs du sud parisien. Romain di Vozzo, fondateur du fablab Digiscope et coordinateur de FAB14 : « Nous voulons montrer comment recherche et fablabs interagissent. N’oublions pas qu’à l’origine, les fablabs ont été créés par des chercheurs pour mettre en pratique les interactions homme-machine et la visualisation de données. »

Au FAB+Distributed Science Research, Peter Troxler offre un brillant panorama des publications scientifiques qui ont émergé des Fab conferences et de ce qu'elles montrent des transformations apportées par les fablabs à la transmission et à l'ingénierie pédagogique, y compris dans le monde universitaire. #FAB14 #fablab #maker #digitalfabrication  #education #university #FabCitySummit @makeryfr @rfflab @fabcityparis @fablab.digiscope @constancecastelmore

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Tout au long de la journée du 13 juillet se seront succédées présentations théoriques des ténors des labs (Neil Gershenfeld, Peter Troxler) et démonstrations d’applications concrètes issues de la collaboration entre chercheurs et fablabs, à l’instar des Touch Tokens de Caroline Appert, chercheuse au CNRS, des petits objets découpés à la laser qui permettent d’interagir avec des surfaces tactiles. « Les exemples que nous présentons ici sont très concrets en termes de recherche, mais pas encore en tant que produits, car ils n’ont pas été publiés ou fabriqués, ajoute Romain di Vozzo. C’est donc tout l’intérêt de les présenter dans le cadre d’un FAB14 ouvert et distribué. »

L’éducation à Bataville, dans le Grand Est

Des chaises d’école pour le FAB14 distribué Educ à Bataville, les 14 et 15 juillet. © Matthieu Debar

Pour parler éducation, il fallait se rendre au fablab de Bataville, l’ancienne cité ouvrière bâtie autour d’une usine désaffectée de chaussures Bata en Moselle. Quelques chiffres pour illustrer ces trois jours : 4.000m2, 20 exposants, 4 fablabs mobiles, 4 food trucks, 10 projets pour le hackathon, 40 conférenciers et 500 participants.

«C’était du fablab puissance 14! Et en plein dans la résilience dans une ancienne fabcity!»

Philippe Schiesser, fondateur du fablab de Bataville

fin d'un excellent week-end, avec beaucoup de rencontres et de synergies pour l'avenir #FAB14 #fab14edu #Fablab

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Matthieu Debar, chargé de développement au Dôme, le centre de culture scientifique, technique et industrielle de Caen, y intervenait au sujet des open badges, ces badges numériques permettant d’attester l’acquisition de compétences. Il raconte :

« L’arrivée sur le site du FAB14 distribué Educ commence par un trouble spatio-industriel. Entre Moussey, petite commune au milieu des collines, et sa voisine Bataville, cité industrielle abandonnée depuis 2001, immense et cachée, notre GPS s’y perd un peu. Les bâtiments de cette ancienne cité ouvrière se dévoilent progressivement. Nous découvrons un site immense et une architecture exceptionnelle. Un de ces territoires en friche que simples citoyens, designers, architectes, makers et autres bâtisseurs de tiers-lieux aiment à penser et re-conquérir. Avec Philippe Petitqueux (l’un des initiateurs de Badgeons la Normandie, ndlr) nous y avons construit un nouveau tiers-lieu sur tout le chemin du retour… Pour ceux qui y ont travaillé et y vivent encore, difficile pourtant de se projeter. La blessure reste trop vive. La journée commence par un mot du propriétaire de deux bâtiments, un particulier tombé amoureux de Bataville. Grâce à lui, certains bâtiments sont désormais classés monuments historiques. Le second fablab de l’Apedec (association d’écodesign, ndlr) y a trouvé ses marques. Pour ce FAB14 distribué en plein territoire rural, pas ou peu de publics locaux, mais une bonne centaine de professionnels dont des représentants d’à peu près tous les continents. Tout ce joli monde s’active autour des conférences – avec traduction en simultané s’il vous plaît ! –, des stands, du fablab et des food trucks. Le temps et magnifique, on en profite pour réseauter au frais des grandes salles de Bataville ou à l’ombre de ses grands arbres. On y parle badges ouverts, digital learning, fablabs mobiles, inclusion numérique… Un peu de foot aussi. Un très beau moment dans un très bel espace. »

A lire: le compte-rendu du FAB14 Educ par l’Atelier des chercheurs

L’écologie et la solidarité à Auray, en Bretagne

Thank you so much for a fantastic weekend. For the friendly atmosphere and everything else, we hope to see you all soon <3 Merci beaucoup pour ce fantastique week end. Pour l'ambiance amicale et tout le reste , on espère tous vous revoir bientôt <3 #fab14france FAB14France #ecology #solidarity @fab14france #fabdistributed

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La Fabrique du Loch, le fablab d’Auray dans le Morbihan, accueillait les participants du FAB14 distribué sur une double thématique : l’écologie et la solidarité. Recyclage, protection de l’environnement et des océans, mais aussi santé et handicap étaient au programme. Sylvain Garnavault, médiateur numérique au Dôme à Caen y intervenait au sujet des robots paysans Farmbot. Là bas, il aura fait de belles rencontres :

« C’est une première fois pour moi et je suis un peu nerveux, car je dois intervenir samedi, mais je suis surtout curieux de découvrir ce que ce FAB14 distribué a à nous offrir. La ville est pleine de charme, le fablab très accueillant et les bénévoles bienveillants nous mettent immédiatement et simplement en situation de confort. Les accents anglais trouvent des variantes improbables, la programmation s’adapte au gré du temps, mais qu’à cela ne tienne, la force du collectif est bien présente et les participants aussi. France, Kenya, Sénégal, Portugal, Nouvelle-Zélande… derrière chaque projet, des makers, derrière chaque maker, une histoire, collective ou personnelle, qui rentre en résonance avec les thématiques proposées à Auray : écologie et solidarité.

Beaucoup d'echanges autour des micro-plastiques avec #universitebretagnesud et fabrication des machines @preciousplastic avec le @collectif_IDLV ! #Fab14Distributed #ecology pic.twitter.com/xTDQNFw85Z

— LabFab (@LabFabfr) July 14, 2018

Les publics se mélangent, chercheurs, ingénieurs, ingénieux, les rencontres se rythment sans jugements et se font riche de questionnements. Au fur et à mesure, c’est toute la ville qui se met au rythme de l’événement, nous voilà à parler de recyclage des plastiques avec le barman au coin de la rue, à imaginer les améliorations d’une veste vibrante sous le soleil de la place de la mairie, nous croisons les habitants qui viennent nous donner des conseils pour améliorer le projet Farmbot. De ce FAB14 distribué, je retiens évidemment les projets comme Precious Plastic, My Human Kit, Farmbot France, ou Ambassad’Air mais surtout, derrière chaque projet, derrière la technique, je retiens les hommes et les femmes qui font force, un collectif humain. »

La mobilité au Puy-en-Velay, en Auvergne

Les participants du FAB14 distribué Mobilité au Puy-en-Velay. © Léa Floury

Léa Floury, coordinatrice d’OctoberMake, le séminaire du RFFLabs qui s’est déroulé en octobre 2017 à l’Attalier, était présente pour parler mobilité au Puy-en-Velay : « 41 fabbers de 21 nationalités se sont retrouvés en Auvergne-Rhône-Alpes. Au programme : mobilité des makers, des fablabs, des données, des connaissances, des compétences, des savoir-faire, des idées, des bonnes pratiques… et de la bonne humeur ! “We need more meetings like this!” nous a dit Tomo Per, du Fablabnet en Slovénie. »

Low-tech Lab presentation of projects happening now around the world. Happening now #fab14distributed #fab14

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Adélaïde Albouy-Kissi, directrice du Lab’ du Pensio, le fablab de l’IUT de l’université d’Auvergne qui accueillait l’événement, ajoute :

« L’enjeu était de mettre en évidence l’ancrage territorial des fablabs, qui, avec la mise en réseau d’acteurs locaux, dynamise le réseau mondial. Nous avons étudié les mécanismes d’innovation collective développés au sein d’un territoire qui permettent de passer du local au global. Cette réflexion a été nourrie par des retours d’expérience de différents makers comme May El-Dardiry, coordinatrice de FAB15 (en Egypte, ndlr) avec le projet Fablab on Wheels, Marjolaine Bert qui nous a présenté le Low Tech Lab et Benito Juarez avec le Floating Fablab, le fablab flottant développé en Amazonie.

Après un échange avec Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes devenue Fabrégion à l’occasion de la FAB14, les makers ont eu la possibilité de découvrir la ville du Puy-en-Velay et de faire une expérience totale de maker en Haute-Loire. L’objectif était de leur faire découvrir le profil pluripotentialiste des makers du département avec Patrice Fallu, qui leur a ouvert ses portes pour leur faire découvrir l’architecture particulière de sa maison restaurée en mode DiY, les plats qu’il a cuisinés avec des bières locales, ses créations de joaillerie, de couture et de dentelle au fuseau. Et aussi avec Sylvain Vessière, designer 3D qui conçoit avec le Lab’ du Pensio et Patrice Fallu des chaussures à talons à partir d’images de monuments célèbres (stade de Pékin, opéra de Sydney, etc). Une belle illustration de la mobilité des connaissances ! »

L’agro-alimentation à Albi, en Occitanie

Les participants sous le soleil albigeois. © Bénédicte Amigues

Pour parler alimentation, agriculture et production locale, quoi de mieux que le terroir du Sud-Ouest ? Ils étaient 13 fabbers de 6 nationalités à Albi, dans le Tarn, pour prototyper entre dégustations gastronomiques et balades dans les vignobles. Bénédicte Amigues, directrice de la MJC Saint-Jean d’Escalquens en Haute-Garonne et responsable du fablab Createch, nous fait part du menu :

« Au programme, la manière de travailler la terre, l’agriculture à l’école, les jardins partagés, de la bonne nourriture locale, un maximum de repas en zéro déchet, des partages de projets autour de l’agriculture connectée et des réflexions pour relocaliser la production de nourriture afin d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. Nous avons également fait des visites agrotouristiques et nous nous sommes préparés pour FAB14 Toulouse. Une expérience de vie fantastique, deux jours intenses en rencontres, échanges et bonne nourriture du Sud-Ouest. »

Et l'heure de la dégustation! #Fab14Distributed #agrofood pic.twitter.com/MWkFVOEaqT

— FabLab Créatech (@FabLabCreatech) July 15, 2018

C'est parti pour la visite des vignes à Gaillac avec le groupe #agrofood de #Fab14Distributed pic.twitter.com/n63uu0JMnd

— FabLab Créatech (@FabLabCreatech) July 15, 2018

L’économie à Perpignan, en Occitanie

En pays catalan, il était question de l’impact économique des fablabs. Quelques jours avant d’intervenir au Squaregolab, le fablab de Perpignan hôte de l’événement, Yann Paulmier, de la Machinerie à Amiens, nous avait livré ses pistes de réflexion.

Lancement officiel de #Fab14Eco au @squaregolab ! #Fab14 #Fab14Distributed #FabLab #Perpignan avec @cciperpignan @imerir @Occitanie @fablab_fr pic.twitter.com/FaKRcKzz2i

— Yann Paulmier (@Yann_ESS) July 14, 2018

Photo de groupe pour le #Fab14 avant le barbecue #Catalan #Fab14Distributed #Fab14Eco #Perpignan pic.twitter.com/Q9npYenu3I

— SquaregoLab (@squaregolab) July 14, 2018

#nofilter on the delicious #collaborativedesign&making food project for the #paellacatalan made with skill and love by the #fab14eco team at @squaregolab. J'aime ce team merci pour votre hospitalité 😍😍😍 #fab14distributed #fablabs #foodporn

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Le site du FAB14 distribué