Construire son système d’arrosage automatique avec le Fablab Lisboa

Hortomation © Fablab Lisboa

Le Fablab Lisboa animera un atelier pour construire son propre système d’arrosage le 26 octobre à Volumes Coworking à Paris. Makery a demandé à Rafael Calado et Gustavo Funke d’expliquer leurs objectifs.

Ewen Chardronnet

Combien d’entre nous sont partis en vacances en souhaitant disposer d’un système d’arrosage automatique de leurs plantes qu’ils puissent contrôler via une application sur leur téléphone ? Le Fablab Lisboa peut vous aider à construire votre propre système d’irrigation électronique pour plantes d’intérieur en mettant à contribution la plateforme open source Arduino et votre créativité. L’atelier à Volumes Coworking vous apprendra à assembler tous les composants électroniques et mécaniques, ainsi qu’à programmer le système d’arrosage au moyen de capteurs d’humidité et de température. Enfin, les participants découvriront comment configurer le système à distance via une application mobile.

Makery : Pouvez-vous vous présenter et nous parler du Fablab Lisboa ?

Rafael Calado : Je suis architecte et coordinateur du Fablab Lisboa.

Gustavo Funke : Je suis ingénieur logiciel et maker presque à plein temps au FabLab Lisboa.

Rafael Calado: Le FabLab Lisboa est un petit hub créatif construit autour d’un fablab et d’une communauté maker. Il bénéficie du soutien du département Economie et Innovation de la mairie de Lisbonne. Nous sommes très connectés à la communauté des makers du Portugal et au-delà. Tout comme Volumes à Paris nous travaillons également avec le European Creative Hubs Network.

FabLab Lisboa.

Comment est né votre intérêt pour la fusion de l’agriculture et de l’électronique?

Rafael Calado : Nous sommes en train de monter un biolab au FabLab Lisboa afin de faire évoluer une partie de notre communauté vers de nouveaux objectifs et idées, en particulier dans le domaine du bioart. J’ai intégré la Faculté des Sciences de Lisbonne dans le processus et nous avons commencé à organiser des ateliers de biohacking sur de nombreux sujets, notamment comment combiner des organismes biologiques, à savoir les plantes, et de l’électronique.

Gustavo Funke : C’est venu naturellement comme un défi. Chaque fois que je voyageais, mes plantes aromatiques mourraient dans ma cuisine. Nous avons donc décidé de créer une machine (structure et système électronique) qui prendrait en charge les plantes, même lorsque je n’étais pas à la maison. Cela a abouti au projet Hortomation, un système qui gère les besoins de mes plantes de cuisine. La machine analyse les capteurs de température et d’humidité pour calculer la quantité d’arrosage nécessaire. Avec Hortomation, n’importe qui peut avoir chez soi des plantes aromatiques, toujours fraîches et sans additifs chimiques. Vous pouvez planter des graines ou tout simplement acheter des plantes sur les marchés. L’idée principale de l’atelier est de permettre aux participants d’assembler le kit Hortomation fourni, d’apprendre à le configurer et de le ramener à la maison. L’idée secondaire de l’atelier est que Volumes ait des formateurs pour les futurs ateliers sur les kits Hortomation.

A qui s’adresse l’atelier ? Pouvez-vous décrire votre méthodologie et votre philosophie générale ?

Rafael Calado : L’atelier s’adresse aux makers et aux personnes intéressées par les plantes et l’agriculture, l’autosuffisance et l’économie circulaire, des sujets qui figurent sur notre radar d’utilisateurs au FabLab Lisboa. Cet atelier est le premier que nous avons conçu pour servir de plateforme à de futurs ateliers distribués. L’expérience Hortomation va bien au-delà de l’atelier de 7 heures : l’objectif est également de mettre en place une plateforme sociale avec un forum où les anciens et les participants actuels pourront poster, discuter, échanger, une plateforme où les utilisateurs pourront mettre à jour leur système ou télécharger un micrologiciel, des bases de données communautaires pour les plantes, sols, données climatiques géographiques, etc.

Que souhaitez-vous proposer à Paris et qu’attendez-vous des participants et de cette collaboration avec Volumes ?

Rafael Calado : Le contexte consiste à créer une plateforme / un canevas pour des ateliers distribués qui, à l’avenir, pourront être menés dans d’autres espaces et partagés après les avoir affinés. Cette expérience avec Volumes ajoutera certainement de précieuses itérations, afin que nous puissions la transformer en un atelier international afin de le diffuser dans des espaces créatifs. Volumes a un foodlab et un makerspace, ce qui signifie qu’ils ont des communautés qui sont liées à notre objectif. L’organisation de l’atelier fait partie d’un programme peer to peer lancé par le réseau européen de centres de création (ECHN) dans le cadre du programme européen FLIP. Ce programme vise à créer une coopération et des échanges entre des pôles créatifs de différents pays. Le Fablab Lisboa, en tant que hub visiteur, a créé le contenu de l’atelier et Volumes, le hub hôte, organise l’événement à Paris. L’idée de « l’atelier distribué » et plus généralement du programme P2P est de responsabiliser les hubs hôtes en transmettant les connaissances et les compétences nécessaires pour organiser par lui-même le même atelier par la suite.

Lien promotionnel pour la communauté Makery – un billet pour 2 personnes maximum avec 1 kit pour 60 € au lieu de 90.

Hiroo Komine, le biohacker ayurvédique

Hiroo Komine à Gamboa au Panama. © Cherise Fong

Premier Japonais à être certifié en Inde dans la pratique de l’Ayurveda, Hiroo Komine étudie le système indien de soin holistique depuis une vingtaine d’années. Plus récemment, il s’intéresse au biohacking.

Cherise Fong

Les principes de la Digital Naturalism Conference (Dinacon), qui s’est tenue cette année au Panama, sont : interagir avec la nature environnante, échanger avec les autres « Dinasaures » et créer in situ. C’est le concept appliqué du « Digital Naturalism » d’Andy Quitmeyer, instigateur de Dinacon et animateur de ce summer camp extraordinaire où une centaine d’artistes-technologistes-chercheurs-scientifiques se sont croisés à différents moments du mois d’août 2019. Parmi les Dinasaures, Makery a rencontré Hiroo Komine. Interview.

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Makery : Comment as-tu découvert l’Ayurveda ?

Hiroo Komine : Je l’ai découvert à 22 ans. Je faisais des études en sciences de l’environnement aux Etats-Unis. A l’époque je réfléchissais beaucoup à la vie, au sens de la vie, tout ça. Je m’intéressais au bouddhisme, à la philosophie en général. Comme mon grand-père était moine bouddhiste, j’ai appris la méditation assez jeune, vers 19 ans, donc j’avais déjà une tendance un peu hippie indienne. Puis je me suis retrouvé dans le Vermont, et j’y ai rencontré beaucoup de hippies issus des écoles de prépa de la côte Est. On fumait des joints, discutait philo, on se défonçait, ce genre de trucs. A l’époque j’étais fasciné par la philosophie indienne, surtout le bouddhisme, puis j’ai découvert l’Ayurveda dans un livre.

Il s’agit d’une application pratique d’une vision précise de la vie, du moins d’un point de vue indien, je ne suis pas du genre à tout accepter à l’aveugle. Et l’aspect traitement me semblait juste. Les états de maladie et de bonne santé ne sont pas noir et blanc, comme si tout d’un coup tu tombais un jour malade, en réalité c’est un changement progressif, de chaque jour, cela dépend de la manière dont tu vis, la manière dont tu penses, ta relation aux autres, comment tu vois les choses, comment tu entends les choses, comment tu te réveilles et fais des choses. La théorie est robuste car elle s’applique donc à la vie pratique de tous les jours, ce qui s’élargit et se développe en traitement.

Je fais cela depuis maintenant une vingtaine d’années, et au fur et à mesure que je vieillis, la façon dont je comprends la vie et beaucoup d’autres choses change aussi, tout comme mon interprétation de l’Ayurveda. Aujourd’hui cela me donne un aperçu précieux sur le corps humain, son anatomie et chacune de ses fonctions, comment on est tous un peu mutants. Il y a d’autres êtres vivants qui vivent à l’intérieur de nos corps, comme notre ADN, on partage beaucoup de choses en commun. La physiologie de nos corps nous montre beaucoup de choses qu’on ne voit pas avec la médecine occidentale. Tout ce qui influence le métabolisme peut être considéré comme étant ayurvédique.

L’exposé ayurvedique de Hiroo à Dinacon 2019. © Cherise Fong

Quelle est ton interprétation personnelle de l’Ayurveda ?

Au sens classique, tout ce qui peut faire du bien à ta vie, à toi ainsi qu’aux autres autour de toi, aussi bien que tout ce qui peut nuire à toi et aux autres, et comment tu utilises toutes ces choses pour te maintenir toi et les autres en bonne santé, est ayurvédique. Pour moi, dans un contexte clinique, je ne sors pas de cette interprétation classique. Dans des lieux comme Dinacon j’expérimente, je m’amuse, cela aussi c’est ayurvédique pour moi. Ce que j’ai fait avec le miel, c’est classique. Dans un contexte clinique, je m’en tiens à la recette classique, donc j’utilise plutôt la formule classique qui contient le miel. Mais si rien d’autre n’est disponible, ou si le client n’a pas cette formule particulière de gouttes au miel pour les yeux, alors j’utilise n’importe quel miel.

Tout peut être médecine selon l’Ayurveda. Même ce que tu vois ou ce que tu entends, si on l’applique bien. Les Indiens ont tendance à bien définir les choses, ils sont très rikutsuppoi (理屈っぽい logique). Ils trouvent toujours une raison et une définition, un peu comme le contraire de la langue japonaise, qui peut être très vague. La langue indienne est une pensée très définitive, carrée.

Justement j’ai un problème d’eczéma…

Si on l’approche de manière compréhensive, d’abord il faut ajuster l’alimentation, faire attention aux choses amères. Selon l’Ayurveda, la peau est composée de quatre tissus principaux : la lymphe, le sang, le muscle, la peau née du tissu musculaire. S’ils ne se développent pas comme il faut, il en résulte des lésions cutanées, le sang devient impur. C’est dû à la manière dont le métabolisme s’est ajusté, à partir de ce que tu manges, le premier lien est la lymphe, ce qui fait le fluide corporel, qui à son tour devient le sang, et ensuite le mélange de l’équilibre dans le sang. A la racine du problème, c’est comment tu digères, comment tu transformes la nourriture dans le sang. Pour remédier à cela il faut soigner ta digestion, ajuster la manière dont tu manges, ce que tu manges, quand tu manges, comment tu mâches, ainsi que ton état psychologique. Quand tu es très tendue, la digestion devient très lente. Il faut apprendre à se détendre, à prendre de la distance des pensées angoissantes.

La méditation est une bonne méthode, plus facile à dire qu’à faire, mais tout est question des pensées, de ton interprétation des choses qui t’arrivent dans la vie, ta réaction à une situation donnée. Et puis une fois que tu as des pensées angoissantes, elles te reviennent à l’esprit de temps en temps. La méditation, c’est développer le muscle mental qui permet de te distancier, de ne pas te sentir affectée au point que ta respiration devient superficielle et tu te contractes les muscles. Cela change comment tu digères et comment tu métabolises ton corps… Donc d’un côté il y a l’instruction alimentaire, puis en ce qui concerne le médicament, on prescrit un purificateur de sang, anti-stress, un modérateur immunal pour équilibrer l’immunité et une sorte de purgatif pour faire disparaître les impuretés du sang.

Tu souffres de cette condition depuis longtemps ? J’ai eu peut-être 30 ou 40 patients qui souffraient de l’eczéma atopique, parmi eux, une dizaine ont eu de très bons résultats. Mais si le patient en souffre depuis des décennies, depuis la naissance, cela peut être difficile. On peut le réduire, mais il va revenir. Dans peut-être 5% des cas, cela ne marche pas tout simplement. Il existe aussi des cas où la condition a empirée. Cela fait partie du risque. Rien n’est parfait chez les êtres humains. Pathologiquement, la physiologie humaine fait face à la nature, il faut qu’on l’accepte. N’empêche, la plupart des patients n’acceptent pas cet argument. Ils ont dépensé l’argent, ils ont investi leur temps… Mais au moins si cela tourne mal, on peut continuer à faire des choses jusqu’à ce que les symptômes se réduisent. Les affections cutanées sont très courantes.

Hiroo présente les bienfaits ayurvédiques du miel lors de Dinacon. © Cherise Fong

Jusqu’où vis-tu de manière ayurvédique ?

J’ai mes propres problèmes. Je souffre d’alcoolisme récurrent, peut-être un tiers de l’année. Les deux-tiers de l’année je suis vraiment solide, très stable, je me lève tôt et fais de la méditation et du yoga. Mais peut-être à cause de la façon dont j’étais élevé, je ne sais pas trop, je ne tolérais pas d’être sobre quand j’étais jeune. J’étais toujours nerveux en voyant les gens, entouré de beaucoup de monde, il fallait que je sois soûl.

Ces problèmes font partie de mon propre parcours dans la vie. Mais de ce fait, je peux faire preuve d’empathie avec des gens qui ont des tendances similaires. En général je suis assez honnête à ce propos, même dans le cadre de ma pratique. Il y a des personnes qui apprécient, d’autres qui trouvent que je suis moins fiable. Ce n’est pas grave, je n’ai pas besoin d’être parfait pour tout le monde. La plupart des patients sont contents d’être venus me voir.

Dans ma pratique je reste fidèle à l’Ayurveda parce que cela me stabilise. Ceci dit, je ne suis pas un fasciste de l’Ayurveda. Je ne pense pas qu’il faille tout suivre à la lettre. Je pense que chacun peut en faire sa propore expérience et décider par lui-même si cela lui convient ou pas.

Quel est le rapport entre l’Ayurveda et le biohacking ?

Je m’intéresse aux scènes du biohacking, du faire, de l’autonomie des individus, l’approche indépendante et alternative… puis j’aimais toujours le punk rock quand j’étais jeune. C’est aux alentours de 2010-11 que j’ai découvert le biohacking, comment les gens sont en train de faire leur propres médicaments.

Je travaillais dans un hôpital japonais, parce que mon permis indien est désormais reconnu au Japon. Mais au Japon il faut aussi rentabiliser l’hôpital, il y a toujours l’aspect financier à considérer… J’ai fait ma formation ayurvédique dans un hôpital en Inde avant de travailler au Japon, une fois par an ou tous les deux ans j’y retourne pour poursuivre ma formation, et ceci depuis dix ans. Mais au Japon les soins ayurvédiques coûtent chers, ce n’est pas couvert par l’assurance nationale. Par exemple, un soin d’épuration coûte ¥120,000 (990€) au Japon. C’est beaucoup moins cher en Inde. Ces prix me posaient toujours problème, puis j’ai découvert le biohacking. Je voulais toujours réunir l’Ayurveda et le biohacking, les approches un peu autonomes et anarchistes.

Hiroo applique sa formule au miel local dans les yeux. © Cherise Fong

En 2016, je suis allé en Espagne pour rencontrer le groupe GynePunk. En Espagne il y a beaucoup de réfugiées, qui souvent n’ont pas de statut légal en Europe, elles ne peuvent pas aller dans un hôpital normal. Beaucoup d’entre elles sont contraintes à travailler dans l’industrie du sexe, elles attrapent des MST, des infections vaginales, etc. GynePunk essaie de rendre accessible la médecine d’un point de vue biohacker, en créant des versions simples d’outils de diagnostic de MST avec des imprimantes 3D connectées à un webcam attaché aux outils. J’étais fasciné par GynePunk, je les ai contacté et ils m’ont invité à participer à leur conférence Hack the Earth (lire le compte-rendu de Makery de 2019). J’y ai partagé une recette ayurvédique classique pour soigner une infection vaginale. Il s’agit de faire de la pâte de haricots mélangés avec du poivre et le curcuma, en faire une mèche, insérer la mèche dans le vagin là où c’est infecté, de façon à ce que la mèche brûle en tuant l’infection. Ce n’est qu’un traitement local. Pour toutes ces infections, il faut toujours les accompagner d’une bonne alimentation, gestion du stress et traitement holistique. Voilà ce que j’ai partagé, c’était mon but : de fournir des soins ayurvédiques accessibles dans ce genre scène hackerspace.

Maintenant tu mènes une vie de nomade, en faisant le tour du monde des événements en biohacking ?

J’ai quitté mon travail à l’hôpital japonais en décembre 2018. Mon intention c’est de voyager en faisant le tour des différents hackerspaces. Dinacon au Panama est ma première escale. Ensuite je vais aux Etats-Unis pour Please Try This At Home—le biohacking queer, implantation de puces pour se transformer en cyborg grinder, transhumanisme, etc., à Pittsburg. Après c’est le Bio Summit de MIT. Je veux aussi visiter les Counter Culture Labs à Oakland, puis après je vais aller jusqu’au Brésil pour visiter les biohackerspaces brésiliens. Ensuite je vais au Pérou chez le shaman pour essayer le soin rituel avec l’ayahuasca. Il paraît qu’ils déconstruisent vraiment ton psychisme, j’espère pouvoir mettre le doigt sur la racine de mes embrouilles et tout simplement la casser. Alors je vais là-bas.

Et après, retour au Japon ?

Franchement, je ne sais pas. Je préfère rester à l’étranger. Les gens sont plus tolérants. Quelque part où je me sens bien… Mais une chose que je voulais faire au Japon, c’est de passer du temps avec les chasseurs traditionnels d’ours dans le nord à Yamagata. Je suis allé les rencontrer au printemps dernier, ils m’ont invité à revenir. Il faut que je reste plus longtemps pour les accompagner à la chasse. Ce qui m’intéresse c’est comment ils arrivent à procurer des substances médicinales de leur environnement, pas seulement des ours. Ils récupèrent la bile, ils tuent l’ours et le mangent. Parfois les ours attaquent les gens. Ces chasseurs peuvent survivre de façon assez autonome sans dépendre trop des villages. Mais les générations de personnes qui ont une cinquantaine, soixantaine d’années ou plus ont tendance à utiliser la médecine occidentale. Les générations plus jeunes cherchent à recultiver les valeurs traditionnelles, pour elles c’est possible. J’ai rencontré un des chasseurs, il est allé à la montagne, il a cueilli des champignons, même une espèce considérée empoisonnée, et il a essayé de les manger en les trempant dans du sel. Il essaie de manger toutes sortes de choses, des serpents bizarres, c’est très drôle.

Hiroo Komine. © Cherise Fong

Dans l’Ayurveda, beaucoup des recettes utilisent des fluides, biles et parties du corps des animaux. On met la bile dans les yeux, c’est très douloureux, pour traiter la psychose, comme les électrochocs. Donner un fort stimulus aux yeux génère beaucoup d’impulsions. Je ne sais pas pourquoi ils utilisent la bile. Il s’agit peut-être d’une sorte de remède populaire de la médecine religieuse ou rituelle, mais il n’y a aucune validation scientifique. Pourtant il y a une recette. Je trouve cela fascinant, toutes ces choses autour de nous, on n’imagine pas qu’on puisse s’en servir pour la médecine.

Même en Ayurveda il y a une branche anti-vieillissement qui est censée ralentir le processus de vieillissement afin de vivre plus longtemps en bonne santé. Un traitement consiste à subir toute une thérapie d’épuration, puis de vivre avec une vache, celle qui produit du lait, tout nu, dans la montagne, et de boire le lait directement du pis de la vache. Peut-être que la vache pense que tu es son veau et donc produit différents hormones… Dans les textes classiques ils disent qu’on peut vivre mille ans. Je ne veux pas vivre mille ans, c’est beaucoup trop longtemps pour moi.

Hiroo Komine (Ayurh4ck3r) sur Instagram

Lire aussi notre compte-rendu de la Digital Naturalism Conference au Panama

A Schmiede, un maker camp tout de sel, de bois et d’arts numériques

Le festival se tient dans une superbe halle en bois du XIXème siècle, anciennement dédiée au stockage du sel. © Jean-Jacques Valette

Du 11 au 20 septembre se tenait le festival Schmiede à Hallein en Autriche. Un ancien entrepôt de sel qui se transforme durant dix jours en l’un des hauts lieux européens de l’art numérique. Notre chroniqueur en résidence est parti à la rencontre de l’avant garde austro-allemande.

Jean-Jacques Valette

Chroniqueur en résidence, texte et photos.

Schmiede, c’est d’abord un univers de sel et de bois. Une grande halle du XIXème siècle bâtie sur une île de la rivière Salzach en Autriche où l’on entreposait jusqu’aux années 1950 l’or blanc issu des mines de la région. Et c’est dans ce cadre post-industriel, coincé entre de hauts sommets alpins, que viennent se retrouver chaque été depuis seize ans près de 200 makers de toute l’Europe pour imaginer le futur de l’art et de la technologie.

« Schmiede est une sorte d’utopie qui s’est créée d’elle-même », estime Rüdiger Wassibauer (lire notre entretien), le fondateur de l’événement. « En 2003, un ami m’a demandé un coup de main pour fabriquer un Holodeck comme dans Star Trek. Le prototype était pourri mais la semaine de travail entre amis suivie d’une grande fête nous a donné l’envie de recommencer. Et il n’y avait alors aucun événement de ce type en Europe, où chacun puisse mener ses projets et s’entraider ».

Dans le makerspace de Schmiede, des outils sont à la disposition de tous, qu’importe l’âge !
Le festival Schmiede Hallein se tient dans une ancienne halle dédiée au stockage du sel, qui a fait la richesse de Salzbourg et de ses environs.

Grand-père des makercamps

Une semaine de créativité sans limites qui s’est rapidement imposée comme une référence dans le milieu des arts visuels allemands et autrichiens. Car si Schmiede est l’un des grand pères des makercamps avec le Chaos Communication Camp fondé en 1999, il se distingue de celui-ci par son accent mis sur l’art.

A peine arrivé à vélo depuis Salzbourg, des bénévoles me pressent le visage sur un scanner de bureau pour en tirer une photo approximative avant de me guider vers une salle toute en bois. Assis sur des bancs, les participants que l’on nomme ici les « Smiths » détaillent leurs compétences : danse contemporaine, stop motion, musique, programmation, cuisine, BD, neurosciences, philosophie, sérigraphie, animation 3D, photographie… le panel des participants est impressionnant. Et motivé, car l’accès à Schmiede se fait sur dossier et seulement 200 places ont été attribués sur environ 300 demandes.

Le premier jour, les Smiths font l’inventaire de leurs compétences qui vont de la danse classique aux neurosciences.
Le bâtiment est un vrai labyrinthe industriel construit entre le XIXeme siècle et les années 1950.

Chant lyrique et réalité virtuelle

Grâce aux subventions et partenariats avec plusieurs universités, la place ne coûte que 65 euros. Et autant si l’on veut bénéficier de trois repas végan par jour durant l’événement. Chacun est invité à s’approprier un espace dans l’une des nombreuses salles de l’ancienne usine. Avec comme seules règles de ne débrancher aucun câble sans permission et surtout, de ne pas se blesser !

Car on ne sait jamais ce que l’on va découvrir à Schmiede. En poussant une porte, on se retrouve sur une passerelle métallique à dix mètres du sol. En contrebas, un DJ pousse des curseurs et fait apparaître de grands volutes psychédéliques en noir et blanc sur des toiles suspendues au plafond. Plus loin, des amateurs s’activent autour d’un casque de réalité virtuelle, entonnent des chants lyriques ou couvrent leur peau d’un lait de latex. On se croirait dans un épisode de Tracks !

Volutes en noir&blanc.
Des Smiths travaillent sur un projet de réalité virtuelle psychédélique inspiré des rituels chamaniques.
Des chants sacrés résonnent la nuit dans l’ancienne usine.
Dans la grande salle d’Upper Wood, des Smiths travaillent jusque tard dans la nuit sur leurs projets.

Dépassement des cadres

« La première fois que je suis venue ici, j’étais complètement perdue », raconte Thu Trang Eva Ha, l’une des participantes. « Je n’avais que 21 ans et je voyais tous ces professionnels de haut niveau autour de moi. Mais ici, il n’y aucune hiérarchie, que des Smiths. Vous pouvez aborder n’importe qui et mener des projets ensemble ! ». Ce jour-là, la jeune femme est en quête d’un expert en VVVV, un outil de programmation visuelle, pour l’aider à hybrider de l’ADN humain et de chimpanzé et le transcrire en musique. Un sujet au cœur de sa thèse et de sa pratique de DJ, dont elle fait profiter les festivaliers dans la cour centrale de l’usine la nuit tombée. « Je joue très vite mais c’est un acte politique. Une façon de revendiquer l’accélérationisme et le dépassement des cadres ! »

Thu Trang Eva Ha nous explique comment elle mélange de l’ADN humain et de chimpanzé pour les transformer en musique. © Jean-Jacques Valette

Dans la grande salle de Upper Wood, au plancher incrusté de sel, je pose mon matériel au côté de mon compère Jonathan Hefter, rencontré en Croatie lors du makercamp Electric Wonderland (lire notre compte-rendu). L’Américain s’est donné pour mission de numériser un maximum de Smiths par photogrammétrie afin d’organiser une boum virtuelle. De mon côté je pars en quête d’une diode pour construire un chargeur solaire USB entièrement upcyclé.

Jonathan Hefter numérise Thu Trang Eva Ha pour son atelier de photogrammétrie. © Jean-Jacques Valette
Beaucoup de projets gravitent autour de la musique électronique.
Au workshop Gamejam, les participants apprennent à réaliser un jeu vidéo de A à Z.
Janne Mascha Beuthel, en doctorat à l’université de Salzbourg, travaille sur les tissus intelligents. Ce jour-là, elle tente de connecter une fermeture éclaire à un potentiomètre.

Saucisses sous vide

En chemin, quelqu’un me demande de prêter ma voix pour une performance dans les toilettes. A chaque chasse d’eau, mon doux accent français demandera à la personne si elle se sent mieux… et ce dans plusieurs langues ! J’assiste également à la fabrication de colliers avec des saucisses mises sous vide et d’un fauteuil motorisé par trois trottinettes électriques. Et discute avec une artiste qui a décidé de se bander les yeux pendant toute la semaine.

L’artiste Verena Frauenlob a choisi de se bander les yeux pendant plusieurs jours pour découvrir la vie d’un aveugle.

Je trouve enfin le composant qui me manquait dans le hackerspace, un atelier installé dans un angle de la grande salle derrière des hamacs tendus entre les poutres, où l’on me prête également quelques outils et des conseils précieux. Jonathan a lui rencontré un autre Smith fan de photogrammétrie et ils décident de mener la première numérisation 3D d’un feu de camp. Une douzaine de volontaires répartis en cercle va filmer le même feu à l’aide de leurs smartphones. Et des QR codes fixés à des poteaux permettront au logiciel de reconstituer le brasier en trois dimensions et en temps réel !

Fabriqué pour moins de 5 euros avec des panneaux solaires de récupération, mon chargeur USB fonctionne enfin !
Des Smiths discutent auprès du feu qu’ils viennent de numériser à l’aide de QR codes et de smartphones.
Christian Schratt nous présente son projet Hero Match, qui sera à terme le set d’une émission Youtube dédiée à l’environnement.

« On est très fiers de n’avoir eu que deux blessés en 16 ans d’existence. Et un seul vol », confie Rüdiger devant les dernières braises. « Les gens ici ont énormément de self control et de confiance. Certains comparent Schmiede à Burning Man mais on n’a pas du tout autant de sexe ou de drogues. D’ailleurs c’est pour moi un mystère… avec tous ces jeunes adultes enfermés dans un même lieu pendant dix jours ! », en rigole le quadragénaire.

Un bar improvisé par des Smiths sert tous les soirs des cocktails dans la cour de l’usine.
Un Smith fait découvrir sa liqueur maison dans le petit bar de la cour.

Dictateur bienveillant

L’ambiance est décidément bon enfant. Un concert d’électro s’organise tous les soirs jusqu’à minuit et on peut y déguster des alcools DIY dans le bar improvisé par des Smiths. « Notre credo c’est : L’autonomie des participants ne doit pas être sapée. C’est une façon détournée de dire « Fais tes propres trucs », explique Rüdiger. Lui-même se considère comme un dictateur bienveillant. « J’ai le dernier mot si besoin mais j’essaie de créer des situations où les décisions se prennent d’elles même, comme un jury pour un choisir les artistes par exemple. Mon plus grand privilège est de ne pas avoir d’opinion à donner ! Je ne suis pas galeriste ! »

Rüdiger Wassibauer est le fondateur de Schmiede et son « dictateur bienveillant » depuis plus de quinze ans.

Et pourquoi ce nom, Schmiede ? « En allemand, cela fait référence à la forge. Mais aussi dans le sens de forgery en anglais, c’est à dire la contrefaçon. C’est notre esprit ici, un « terrain de jeux pour idées » où chacun peut hacker et détourner avec comme seule limite son imagination », conclut Rüdiger.

Schmiede fait partie de la série des summer camps du Feral Labs Network, un réseau cofinancé par le programme Europe Créative de l’Union Européenne. La coopération est menée par Projekt Atol à Ljubljana (Slovénie) et les autres partenaires #ferallabs sont la Bioart Society (Helsinki, Finlande), Catch (Helsingor, Danemark), Radiona (Zagreb, Croatie), Schmiede (Hallein, Autriche) et Art2M/Makery (France).

La Sauge veut réintroduire l’agriculture dans notre quotidien

Accueil par La Sauge lors des 48h de l'agriculture urbaine. © Justin Bacle / La Sauge

Ouverte depuis trois ans par la Société d’Agriculture Urbaine Généreuse et Engagée (SAUGE), la ferme urbaine La Prairie du canal déménagera courant 2020 pour Aubervilliers. Lauréate de l’appel Parisculteurs, elle s’installera sur une parcelle proche du canal Saint-Denis. La Sauge ne s’arrête pas là et essaime son modèle dans d’autres villes de France. Makery a voulu en savoir plus et est allé à leur rencontre.

Frank Beau

Il y a encore un siècle les villes étaient organisées autour des terres agricoles. L’urbanisation est passée par là, coupant le milieu urbain de ces dernières. L’agriculture urbaine revient sur le devant de la scène, à la fois comme un phénomène de mode et une nécessité écologique. Elle peut se pratiquer sur des toits, terrasses, fenêtres, dans les cours, jardins publics ou partagés. Elle comprend l’horticulture, l’élevage, la pêche, l’aquaculture, la sylviculture et la production de lait et de fourrage, d’animaux de ferme. A Détroit, la conversion d’une partie des friches issues de l’industrie automobile en 1600 fermes urbaines a fait date. En France, La Sauge est l’une des nombreuses associations intervenant dans le domaine de l’agriculture urbaine. Elle s’est donnée une mission particulière : réintroduire la pratique du jardinage dans le quotidien de chaque citadin dans le futur, fût-ce à sa fenêtre.

Team building à La Prairie du canal © La Sauge
Aux 48h de l’agriculture urbaine © Justin Bacle / La Sauge

Faire que chacun puisse jardiner 2h par semaine

Swen Déral et Antoine Devins ont respectivement fait des études de commerce et d’agronomie. En 2015, leur envie de jardiner les amène à envisager la création d’un jardin partagé. Ils fondent la SAUGE (la Société d’Agriculture Urbaine Généreuse et Engagée). En 2017, l’association répond à l’appel à projet TempO’ de l’intercommunalité Est Ensemble. Il débouche sur la mise en place de la ferme urbaine la Prairie du canal dans une friche de 1000m2 le long du canal de l’Ourcq à Bobigny.

La pépinière de la Prairie du canal lors des 48h de l’agriculture urbaine. © Justin Bacle / La Sauge

Plus récemment La Sauge a mis en place l’Agronaute à Nantes, une ferme gérée par Antoine Devins et qui a ouverte ce mois de septembre.

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Encore une belle journée de partage à l’aGroNauTe ! 🌱😃 Un grand merci pour votre participation et votre bonne humeur ! À demain !! 💚 @laboxaplanter @librairieinvisible @stations_services @yasminebijouterie – les virevoltantes – les ecolorés – les ateliers de Co-reparation – @passe.temps.shop @la_lumiere_a_tous_les_etages

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Ces projets n’ont pas une vocation de production mais de diffusion des pratiques d’agriculture urbaine. Les fondateurs de La Sauge se sont donnés une mission des plus ambitieuses : « Nous souhaitons que tout le monde jardine 2h par semaine comme une réponse simple et efficace à la Transition Ecologique ». Pour Eline Lambert, actuelle salariée de la structure, il s’agit d’un projet de société. « Quand on se reconnecte à la terre, on a une consommation plus responsable, on travaille la notion de partage », explique t-elle.

A la Prairie du Canal on cultive évidemment des haricots, courges, salades, des fruits, mais encore du houblon en partenariat avec un brasseur bio local. On y expérimente aussi l’aquaponie, la cultures sur paille, un kit potager de Noocity, ou encore un prototype de jardin-serre familial en permaculture avec le partenaire Myfood. La prairie dispose d’une pépinière précieuse, lui permettant de vendre des plants issus des graines, sur les marchés, mais aussi d’une prairie, des ruches et quelques poules.

Le jardin de paille © Frank Beau
La poule de la prairie. © Frank Beau
Le prototype de potager urbain de Myfood © Frank Beau

Son originalité tient au fait d’être un lieu d’accueil de bénévoles, d’écoles et de partenaires et d’organiser des « Open air » toutes le deux semaines autour d’un dance floor. Ces événements attirent surtout des parisiens, à l’image d’Issam, 24 ans, qui a connu l’association via un ami et Facebook. Issam apprécie les collectifs de DJ sollicités tels que Cracki et Make it Deep et le cadre. « Le fait que cela soit une ferme, en plein air, c’est super sympa. Tu es vraiment entouré de verdure. C’est un petit échappatoire à la vie parisienne. Ce n’est pas bondé, c’est très aéré et super agréable » explique t-il.

Open air avec Make it Deep à La Prairie © LeViet / Make it Deep

De nombreux bénévoles sont accueillis les jeudis après-midi à la Prairie du Canal. C’est le cas de Camille et Victoria présentes le jour de notre visite. « C’est quelque chose que l’on avait envie de faire de manière générale. La façon dont c’était amené sur le site internet nous a donné envie. Ils disent que si tout le monde jardinait 2h par semaine, ce serait une solution pour une transition écologique. Cela nous a tout de suite parlé » explique Camille. Les deux amies y sont déjà retournées entre temps. « On a trouvé exactement ce que l’on espérait. On est rentrée chez nous, on avait les mains pleines de terre, des sensations que l’on a pas eues depuis qu’on était enfants ». Ce qu’elles sont appris ce jour là ? « Très concrètement : tout » poursuit Camille. « Je n’avais aucune connaissance. Par exemple, on nous file un sachet de graines pour planter des épinards. On a mille questions. Faut-il retourner la terre avant ? Comment je plante une graine ? C’est ça qui est chouette. Des gens sont là pour apporter des réponses. Et tout le monde apprend et essaye de faire au mieux ».

Les bénévoles du jeudi à La Prairie. © Frank Beau
Camille, Victoria, Malo et Sylvie, bénévoles à La Prairie. © Frank Beau

Un modèle d’essaimage tous azimuts

Le projet de La Sauge est clairement d’essaimer et si possible à grande échelle. Pour cela, l’association a développé des formations pour des entreprises, des écoles, et accompagne la création de jardins partagés à Bobigny et Pantin. Elle organise aussi un événement phare : Les 48h de l’agriculture urbaine. Son modèle est en rupture avec des approches associatives traditionnelles car l’association fait appel à des partenariats d’entreprise tels que Franprix, Castorama, Villemorin, BNP, Total. Pour Eline ce choix stratégique s’explique par le fait «qu’il est actuellement difficile de faire grand sans faire appel à des partenaires privés ». Des prestations de team-building sont ainsi proposées, avec par exemple la création d’un potager sur le toit de l’Hôtel Pullman à côté de Roissy. Damien Desjonquères, responsable France du programme Action chez Total, complémentaire de la démarche RSE, nous éclaire sur ces partenariats : « Il y a 18 mois le groupe Total a pris la décision de permettre aux collaborateurs du monde entier de prendre 3 jours par an sur leur temps de travail au profit d’une structure associative ». Un outil extranet et une plate-forme accessible aux collaborateurs et aux associations est mis en place. Le projet est alors expliqué à La Sauge qui accepte de tenter l’expérience. Le principe est le suivant : l’association propose sur la plate-forme des missions faisant des quatre priorités du programme, dont celle de l’environnement. Pour Damien Desjonquères « Le fait de donner la possibilité de participer à ces actions représente à la fois une valeur ajoutée pour les acteurs de nos territoires d’ancrage et une ouverture pour nos collaborateurs ». La Sauge a déjà permis à plus de 100 salariés de Total de participer à des activités d’agriculture urbaine.

Eline devant la pépinière. © Frank Beau

Dans le domaine éducatif, La Sauge a mis en place un programme avec 4 classes de CE2 et CM2 de Pantin. Les interventions auront lieu toutes les deux semaines à l’école et sur un terrain de 72m2 à la Cité fertile pendant deux ans. Clara Hoyeau, en charge des projets éducatifs nous en donne un aperçu : «Au premier trimestre nous aborderons la question des plantes, comment cela pousse, etc. Au second nous travaillerons sur les produits, les outils, les questions écologiques, le tri, le compostage. Au troisième nous mettrons enfin en place le potager ». Ce projet a été rendu possible grâce à un partenariat avec la BNP, dont le siège est à Bobigny. En contrepartie, des employés participeront à l’animation des ateliers pour évoquer les actions de l’entreprise dans la transition écologique.

Clara Hoyeau (à droite), en charge des projets éducatifs, lors des 48h de l’agriculture urbaine. © Justin Bacle / La Sauge

La Prairie du Canal porte enfin quatre projets de jardins partagés à Bobigny. Aurore de Longvilliers qui les coordonne nous fait visiter le jardin « Balbynien » dans le quartier Chemin vert. Il a été créé en mars 2018 avec la Semeco, une société d’économie mixte qui gère et entretient notamment des espaces verts du centre ville. Aurore encadre les activités de jardinage, les jeudis et samedis. Ghislaine une habitante témoigne : « L’association nous montre comment planter, retourner la terre, faire de la permaculture ». Ghislaine explique que ces jardins ne sont faits « Pour se nourrir, mais pour passer du bon temps. Cela permet de bien vivre ensemble, de voir d’autres personnes et surtout les enfants avec l’aire de jeux qui est à côté. Dans le jardin, ils apprennent qu’une tomate ça pousse en haut, une pomme de terre dans la terre. Les enfants sont les bienvenus».

Il est prévu que La Prairie du canal soit transférée à Aubervilliers dans les deux prochaines années. Pour Aurore, l’un des grands enjeux sera d’assurer l’autonomie des jardins partagés. Ghislaine répond en attendant : « On va continuer. On va garder tout ce qu’ils nous ont appris. S’il y a un souci, on leur demandera.  Sinon on a quand même pris des notes. On va pouvoir aider les autres jardins qui s’ouvrent. C’est ça qui est agréable ».

Aurore au Jardin Balbynien © Frank Beau

Les 48h de l’agriculture urbaine

L’événement des 48h de l’agriculture urbaine est à l’image de ce projet global. Grâce aux partenariats d’entreprise, il permet de financer la participation d’une quinzaine de villes via des associations. Chacune reçoit 2000 euros pour engager un service civique par exemple, couvrir des frais d’organisation. Cet événement annuel permet au grand public de découvrir le jardinage, devenir bénévole, se lancer dans un projet, et aux acteurs de la filière émergente de se rencontrer. La Cité de l’agriculture a été créée en 2015 à Marseille. Louis Roland l’un de ses animateurs explique « Qu’elle est née à partir d’un « constat hallucinant : la Métropole d’Aix-Marseille exporte 90% des fruits et légumes qu’elle produit et importe 90% de ceux qu’elle mange ». L’association participe aux 48h depuis 2018. « Cette année a été pour nous une grande réussite, même si nous avons dû annuler la deuxième journée à cause du mistral. L’événement a été très structurant pour le réseau avec 45 organisations et 72 événements programmés. Ils rassemblaient des particuliers, associations de commerçants, agriculteurs, etc. Grâce à ce type d’événement ces acteurs travaillent ensemble alors qu’ils ne l’avaient jamais fait auparavant ».

Les 48H de l’agriculture urbaine à Marseille © C. Penet, Cité de l’Agriculture

La Sauge accompagne ainsi la structuration des réseaux émergents de l’agriculture urbaine en rendant possible des synergies locales et à l’échelle nationale. L’objectif des « 2h de jardinage par semaine pour tous » est encore un idéal, mais ce projet permet d’entrevoir que la reconnexion à la terre passera sans doute par la structuration de ces réseaux d’acteurs, mais encore par des milliers de nouvelles petites mains vertes, qui pour beaucoup auront fait leurs armes dans les jardins et fermes urbaines de nouvelle génération, et auront pu transmettre à leur tour.

En savoir plus sur La Sauge et La Prairie du Canal.

Field Notes explore les cieux en Laponie subarctique (3/3)

Le groupe AIR visitant le radar HF de l'EISCAT © Ewen Chardronnet

Field Notes est un laboratoire art&science de terrain organisé du 15 au 22 septembre par la Bioart Society d’Helsinki à la Station Biologique de Kilpisjärvi en Laponie finlandaise. Cinq groupes y ont travaillé une semaine sur des questions situées « au dessus du sol ». Troisième et dernier chapitre du journal de bord du groupe Second Order.

Ewen Chardronnet

L’expédition « Field Notes – The Heavens » organisée par la Bioart Society de Helsinki dirigeait cette année son attention et ses expériences vers les cieux du cadre subarctique unique de la Station Biologique de Kilpisjärvi et de ses environs – à la frontière Finlande-Suède-Norvège. Les quarante participants se sont retrouvés une semaine pour en apprendre davantage sur ce qui se trouve au-dessus du sol : la biologie dans l’air, les échanges matériels permanents entre Terre et espace, l’atmosphère comme hyperobjet, les politiques aérienne et spatiale, les histoires sámi et les liens du vivant avec le ciel de manière générale. Makery vous propose une semaine avec le groupe Second Order coordonné par Ewen Chardronnet de Makery.

Vendredi 20, septembre

A l’EISCAT avec le groupe AIR, par Ewen Chardronnet

Ce vendredi était une journée importante pour le groupe AIR, ca les hôtes Hanna Husberg & Agata Marzec avaient organisé une visite de l’EISCAT situé à Ramfjordmoen près de Tromsø, Norvège, à environ 2h30 de route de Kilpisjärvi.

EISCAT, “European Incoherent Scatter Scientific Association”, est une coopération internationale et associative d’instituts de plusieurs pays (impliquant les trois états scandinaves, la Chine, le Japon, la Grande Bretagne, et d’autres). L’EISCAT mesure l’atmosphère et l’ionosphère avec de grands radars et opère de plusieurs sites situés au dessus du cercle arctique : à Kiruna en Suède ; Sodankylä en Finlande ; Longyearbyen au Svalbard ; et à Ramfjordmoen, principale installation. A Ramfjordmoen, l’EISCAT opère une antenne UHF parabolique orientable de 32 mètres (dans la fréquence 930 MHz), une antenne VHF rectangulaire de 120 mètres de long (dans la fréquence 224 MHz), ainsi qu’un radiateur ionosphérique.

Ce n’est pas exagéré de dire que l’ambiance de groupe était à l’excitation de visiter un site aussi unique, il n’y a que 10 radars de diffusion incohérente et 3 radiateurs ionosphériques (EISCAT, le célèbre HAARP en Alaska/USA et le Sura en Russie) dans le monde. EISCAT a été créé en 1975 et est le seul système de ce type en Europe.

Le groupe a été accueilli sur le site EISCAT de Ramfjordmoen par Michael Rietveld, le responsable scientifique du site pour l’association. Le matin a été dédié à la compréhension de l’histoire et de la science des radars et du radiateur ionosphérique de l’EISCAT et de leurs usages dans différents types d’études et phénomènes, tels que la physique des plasmas, les variations de conditions atmosphériques et ionosphériques, les propriétés et dynamiques de l’environnement interplanétaire, la météo spatiale, les débris spatiaux et les aurores boréales.

La stratégie scientifique de l’association est définie sur leur site Internet : « Comprendre les différentes formes de couplage entre le Soleil, le medium interplanétaire, la magnétosphère terrestre, l’ionosphère et l’atmosphère des régions de haute latitude, le forçage naturel ou anthropogénique, et les physiques et dynamiques plasma correspondantes, de manière à établir des connaissances, de la compréhension, des principes et techniques qui permettraient à l’humanité de mesurer, prédire et mitiger de tels processus dans les 30 prochaines années. »

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Visit at EISCAT with the AIR group #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Michael Rietveld a décrit au groupe AIR de Field Notes diverses expériences menées à l’EISCAT dans les trois dernières décennies. Deux expériences particulières ont intrigué les visiteurs. La première était le test missile ASAT de la Chine en janvier 2007 (ASAT signifie missile Anti-Satellite). Un missile Dongfeng 21 avait été tiré pour détruire un satellite météo FY-1C hors d’usage de la série des Fengyun situé à 860 km d’altitude, un moyen pour la République populaire de Chine de montrer « qu’ils peuvent aussi le faire » (détruire un satellite depuis le sol) comme les Etats-Unis et la Russie. L’EISCAT fut sollicité pour étudier les débris de la fragmentation conséquente au tir ASAT chinois. Cette situation se déroulait également dans le temps des activités de recherche de l’Année Polaire Internationale 2007-2009. Dans le même style, Michael Rietveld mentionnait que l’association EISCAT avait été encore sollicitée en mars 2019, cette fois pour un test ASAT de l’Inde.

La deuxième expérience impliquait une vidéo étonnante d’une aurore boréale artificielle réalisée par le radiateur ionosphérique il y a environ une vingtaine d’années. Si l’on veut décrire simplement les principes scientifiques on pourrait dire que le puissant transmetteur d’ondes radio du champ d’antennes du radiateur ionosphérique projette des ondes radio vers l’ionosphère qui peuvent littéralement la « chauffer ». Un ensemble de phénomènes de turbulence plasma peut ainsi être stimulé d’une manière semi-contrôlée depuis le sol. Michel Rietveld a expliqué au groupe que l’étude des réponses à ce type de stimulus permettait de compléter les observations passives de phénomènes de stimulation naturelle et ainsi de mieux comprendre les comportements de l’ionosphère et de la haute atmosphère : ce qu’il se passe est identique aux aurores stimulées par le soleil, et c’est pour cette raison que les émissions optiques stimulées par les ondes HF depuis la Terre sont nommées aurores artificielles.

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Politics and poetics of noticing air: #Field_notes2019 in the incoherent scatter antenna @bioartsociety #auroraborealis

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Pour conclure cette matinée de présentation, Michael Rietveld a expliqué au groupe que les radars HF et UHF devraient être décommissionnés en 2021 (mais pas le radiateur ionosphérique), avec l’objectif de les remplacer par le système EISCAT3D, dont la construction du site principal devrait être achevée cette année à Skibotn, un village que le groupe a traversé sur son chemin depuis Kilpisjärvi. Le site de Ramfjordmoen abrite actuellement une petite section d’essai du futur EISCAT3D, mais pour diverses raisons, comme l’accroissement de la population dans les alentours de Ramfjordmoen et l’expansion de la ville de Tromsø, le choix s’est porté sur le site plus éloigné de Skibotn pour l’installation finale.

Comme l’explique le site de l’association EISCAT : “Le système EISCAT3D consistera en cinq champs d’antennes réseau à commande de phase situés dans les zones nordiques de la Finlande, de la Norvège et de la Suède. Chaque champ consistera en à peu près 10 000 éléments d’antennes dipôles croisés arrangées en 109 hexagones selon une structure en nid d’abeille. Un de ces sites (le site principal de Skibotn, ndlr) transmettra des ondes radio à 233 MHz, et les quatre autres sites auront des récepteurs sensibles capables de mesurer le retour signal. L’antenne réseau centrale de chaque site sera d’une taille d’environ 70m d’envergure, et les sites seront situés à une distance entre 90 et 250 km du site principal de manière à maximiser la couverture par le système.

“L’EISCAT3D est conçu pour utiliser différentes techniques de mesure qui, bien qu’elles aient été utilisées individuellement ailleurs, n’ont jamais été combinées en un seul système radar. La conception de l’EISCAT3D permet de combiner ensemble de grands nombres d’antennes pour proposer aussi bien un unique faisceau radar, qu’un nombre simultané de faisceaux par filtrage spatial (beamforming). Alors que les systèmes radars traditionnels qui ne disposent que d’une antenne à mouvement lent, et donc d’un seul faisceau, ne peuvent nous montrer que ce qu’il se passe le long d’une unique ligne dans la haute atmosphère, l’image volumétrique nous permet de voir les événements géophysiques dans leur contexte spatial complet, et de distinguer les processus qui varient spatialement de ceux qui varient temporellement. »

Un court documentaire expliquant les missions futures de l’EISCAT3D (en anglais) :

Après la pause déjeuner, deux heures ont été consacrées à la visite des différents équipements. Le groupe a pu visiter plusieurs salles de contrôle et techniques, et de marcher sur l’antenne VHF.

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Having the chance to walk he HF radar. #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Plus tard, et comme cerise sur le gâteau, Michael Rietveld a conduit le groupe dans le champ d’antennes et la salle de contrôle du radiateur ionosphérique.

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Visiting the ionospheric heater at the EISCAT station near Tromso #artificialaurora #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Le groupe a été étonné de pouvoir visiter et photographier librement de tels équipements, ce qui a mené les conversations sur le changement d’ère avec la décommission des radars et le développement de l’EISCAT3D, mais également sur le fait que ces équipements avaient été développés dans un contexte de guerre froide, un époque très différente d’aujourd’hui. Rietveld a également parlé de manière ouverte du financement militaire d’origine du site HAARP aux Etats-Unis, ce qui avait stimulé à l’époque de multiples spéculations et théories de conspiration en ce qui concerne les radiateurs ionosphériques. L’opposition entre fonctionnalités scientifiques et militaires des radars durant la guerre froide a également été évoquée par les membres du groupe, comme l’importance des systèmes de détection précoce et les radars trans-horizons, en comparant cela à la situation actuelle où la nouvelle course à l’armement se focalise sur les armes hypersoniques et le besoin associé de mettre à jour les systèmes de détection.

Rietveld, qui a travaillé à l’EISCAT depuis trois décennies et qui prendra bientôt sa retraite, a également évoqué le changement dans les stratégies de gestion de la recherche, et a fait remarquer que les scientifiques sont de moins en moins sur site à regarder le ciel, mais plus souvent à gérer la recherche et les données depuis des sites distants via l’Internet – quelque chose que l’on peut illustrer par le récent portail web DIRAC pour les données d’EISCAT.

Sur le chemin du retour, les discussions entre les artistes, historiens, théoriciens et scientifiques de Field Notes faisaient émerger l’intérêt de documenter le changement d’ère historique et culturel au travers de la période de transition à venir de l’EISCAT vers l’EISCAT3D. Les discussions se prolongeaient sur la possibilité d’envisager des expérimentations d’art sonore mais également la possibilité plutôt utopique de créer une aurore artificielle pour des objectifs artistiques. Que cela signifierait-il ? En cherchant les archives EISCAT on trouve que « les meilleures périodes pour conduire des expériences d’aurores artificielles sont les heures de semi-pénombres en soirée ou le matin lors des saisons d’automne, d’hiver et de printemps au moment du maximum du cycle solaire. Le prochain maximum solaire, le maximum du cycle 25, sera autour de 2022–2023 selon les prédictions de cycles solaires. » Un projet pour un futur Field Notes ?

 Matinée avec le groupe Strange Weather, par Anu Pasanen et Johanna Salmela

Le vendredi matin le groupe Strange Weather se rassemble autour d’une table dans la Wallgren house de la station bio. Il est temps de réfléchir aux activités de la semaine écoulée. Des textes, des images et des vidéos sont en cours de montage et de discussion. L’atmosphère oscille entre méditations sérieuses et rires apaisants. Le groupe discute de la façon de travailler les séquences vidéo filmées la veille et inspirées de l’un des mythes Seasámi, ainsi que de l’éthique de la documentation et du traitement du changement climatique, entre autres choses. Une question se pose : comment se confronter à la culture sámi, cette terre et cet environnement avec sensibilité et respect ? Que disons-nous et de quelle manière, en particulier lorsque nous citons les mots de quelqu’un d’autre ? Comment nommer les choses? Comment la nature s’adapte-t-elle, contrebalance-t-elle et lutte-t-elle à l’ère de la crise climatique ? Qui est en crise ?

Après-midi avec le groupe Strange Weather, par Adriana Knouf et Johanna Salmela (photos)

Passant le dernier après-midi ensemble en tant que groupe, les Strange Weather ont rencontré Erich Berger (lire notre interview) et l’ont écouté raconter une brève histoire géologique du mont Saana et de ses environs, qui couvre des époques qui dépassent l’entendement, remontant à des centaines de millions et de milliards d’années.

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Notes from Field_Notes: Hiking south of Saana. ⁠⠀ ⁠⠀ #field_notes2019 #theheavens #tb #ferallabs #artandscience #fieldlaboratory #bioartsociety

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Avec Erich comme guide, nous avons de nouveau contourné l’aplomb du mont Saana, cette fois du côté sud. Notre objectif pour la journée : une tranche de temps de schiste et d’ardoise remontant à un passé récent, environ 500 millions d’années. Là, des traces de vie : pas des restes fossilisés de corps ou de chair ou d’os, mais plutôt des traces de mouvement, d’activité dans l’eau, des formes courbes et sinueuses qui se sont produites exactement au moment opportun pour être solidifiées. Plusieurs temps sont à aligner : le temps du mouvement de la créature, le temps de la conservation fossilisée, le temps du bouleversement qui expose cette agglomération particulière de schiste et d’ardoise, le temps de notre randonnée ce vendredi après-midi. Quelques candidats prometteurs s’exposent après un peu de dépoussiérage archéologique. Des questions de validité scientifique apparaissent : s’agit-il vraiment d’une trace ou s’agit-il simplement d’un arrangement fortuit de minéraux se faisant passer pour quelque chose de « significatif » ? Sans un expert sur place, et ne voulant peut-être pas infecter l’instant en allant chercher des données dans les réseaux sans fil auxquels nos corps sont connectés, nous spéculons, nous posons des questions, partageons des pensées et idées.

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Notes from Field_Notes: Fossil hunting.⁠⠀ ⁠⠀ #field_notes2019 #theheavens #tb #ferallabs #artandscience #fieldlaboratory #bioartsociety⁠

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Alors que nous revenons sur nos pas, nous rencontrons un renne, il nous considère curieusement, puis il grimpe vers l’aplomb, sa cloche sonnant toujours plus silencieusement au fur et à mesure qu’il s’éloigne, un message approprié pour un groupe qui a exploré les croisements de temps et d’espace comme un moyen de remettre en question la hiérarchie des perspectives de la connaissance.

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Notes from Field_Notes⁠⠀ ⁠⠀ #field_notes2019 #theheavens #tb #ferallabs #artandscience #fieldlaboratory #bioartsociety⁠

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Dernier jours du groupe High Altitude Bio-prospecting, par Sophie Dulau & Adrien Rigobello

Ce matin le groupe High Altitude Bio-prospecting (HAB) embarque pour le dernier vol de ballon depuis leur site favori. Le sentiment est qu’un rituel s’est créé dans le fait de se rendre au même endroit tous les jours, et la dernière matinée ne consiste pas tellement à parler dans le groupe mais beaucoup à faire, tout le monde semblant synchronisé.

Différents types d’échantillons sont capturés par le même vaisseau flottant dans les airs : microbes, sons, vidéos, dessins… Puis le temps vient de dégonfler le ballon… Tout le monde se couche dans l’herbe et regarde le ciel et les différentes sortes de nuages en écoutant le son du vent.

Le groupe est ensuite descendu de la colline, ramenant tout le matériel, et s’est réuni dans le laboratoire pour un point final. De leurs jours de recherche de terrain, Melissa Grant, co-hôte du groupe HAB, se dit « très satisfaite de constater qu’il n’y avait pas de colonies microbiennes sur leurs plaques de contrôle, c’est-à-dire sur les chaussettes à vent qui n’avaient pas été lancés dans la troposphère au-dessus du Saana. Nous avons constaté que la chaussette à vent qui s’est écrasé au sol le jour de la neige a montré quelques colonies au bout de trois jours, mais pas celles qui n’ont pas touché le sol. Nous avons vu les colonies bactériennes et fongiques comme prévu. Donc des aperçus prometteurs. » Espérons que dans les jours et les semaines à venir, le groupe HAB aura plus d’informations.

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Day five at Field_Notes: our last exploratory flight of the helikite and descent off the mountain @bioartsociety #field_notes2019 #ferallabs

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Samedi 21 septembre

Clôtures par les groupes Second Order et Space-Earth-Space, par Adrien Rigobello

Cela n’a pas été un boulot facile. Tout au long de la semaine, la mission du groupe Second Order était de documenter et de challenger le perspectivisme des autres groupes de Field Notes. Mais en réalité, chacun des membres du groupe Second Order (tous les reporters de ces articles de Makery) n’avait passé qu’un maximum de deux jours avec les autres groupes. Peut-être qu’un bon moyen de décrire l’étrangeté du contexte est de citer que dès le premier jour un participant était intervenu pour demander que notre position soit clarifiée ; il y avait un doute évident sur notre capacité à transcrire honnêtement les événements de la semaine sans être intégrés à plus long terme aux groupes sur lesquels nous ferions rapport. En poursuivant notre mission tout au long de la semaine, nous avons eu l’impression que nous avions un traitement spécial : parfois marginalisés, voire refusés de participer, mais aussi félicités pour nos actes éphémères de participation, nous sommes devenus l’assaisonnement et le piment de tous les groupes. La plupart d’entre nous partageons les mêmes philosophies ; après tout, ne sommes-nous pas tous à la recherche des mêmes discussions ? Comme cela fut étrange de se retrouver mis en première ligne et observés, alors que nous étions supposés être les reporters discrets et humbles de discussions passionnées. C’était très amusant, je ne peux pas le nier.

Mais quand le moment vint de rassembler et de concevoir collectivement pour le samedi une activité qui refléterait nos observations pseudo-anthropologiques, nous nous sommes retrouvés envahis par un million d’idées, certaines humoristiques, ludiques ou même journalistiques. Mais il nous semblait étrange d’endosser ce rôle de médiation. Et en réalité, il était clair que les groupes n’avaient pas partagé le même espace et le même temps pendant la semaine. Absorbés la journée par leurs propres enquêtes et leurs rituels, seuls les dîners pouvaient se transformer pour les participants en des temps de mélange et d’échange.

Une chose était sûre, nous voulions partager notre expérience – l’expérience particulière d’avoir eu la chance de rencontrer tous les participants. Après des négociations et des échanges de toutes sortes – après tout, nous avons également été choisis pour former un groupe éclectique – nous nous sommes décidés à proposer une perspective et une expérience sociale plus vastes. Ainsi, en introduction, Vishnu Vardhani Rajan concevait spécialement un dérivé de la « privilege walk », performance humoristique, mais aussi reconnaissance de la décentralisation nécessaire de la position de notre groupe en tant qu’observateurs privilégiés. Puis l’événement principal consistait en une redistribution en profondeur de tous les groupes, avec les allégeances familières redistribuées selon de nouvelles lignes, cela autour d’éléments rassemblés sur des tables, des images, des objets et des concepts intrigants qui avaient été collectés ou discutés sous diverses formes au cours de la semaine. La cerise sur le gâteau était définitivement offerte sous forme de speed-dating, permettant ainsi de passer un tête-à-tête privilégié avec des membres du Second Order, aux côtés d’Erich Berger, Leena et Oula Valkeapää.

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Second Order wrap up on Saturday 21st September during #field_notes2019 photos: Adrien Rigobello, Erich Berger #bioartsociety #ferallabs

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Le final du groupe Second Order s’est conclu par une photo de groupe.

Photo de groupe pour clore la semaine. © Till Bovermann, http://tai-studio.org

L’éthérique groupe Space-Earth-Space devait à l’origine organiser son activité de groupe le vendredi. Soucieux de prendre soin d’un membre du groupe blessé dans un accident de vélo ce jour-là, ils avaient opté pour un report. Bonne idée, car même après notre activité de récapitulation de « deuxième ordre », tout le monde avait encore soif de nouvelles « notes de terrain ». Et Space-Earth-Space n’a pas déçu : ils ont proposé le dessert.

Une fois tout le monde installé dans un grand cercle de quarante chaises préalablement installées dans la salle à manger, Andy Gracie, l’hôte de Space-Earth-Space, ouvre la performance en plaçant une roche stratifiée du mont Saana et une météorite de fer (ataxite) au centre de notre cercle. Le rituel commence. Kira O’Reilly attrape la météorite et le son d’une lime qui gratte la météorite commence à résonner à travers le cercle. Andy commence à raconter l’histoire d’une météorite, un des différents témoignages que le groupe a recueilli, accompagné par le son du broyage continu et très physique de la petite météorite froide. Flis Holland, Melanie Kathryn King, Minna Långström, Sushant Passi : la météorite et la lime passent de mains en mains entre les membres du groupe dispersés dans le cercle, tout comme les histoires, les anecdotes et la poésie. Je dois admettre que je n’avais pas remarqué la position des membres du groupe au moment de mon entrée dans la salle, mais un tel positionnement a définitivement créé un sentiment transcendantal.

Andy termine le rituel en nous disant qu’il n’y a eu que trois cas enregistrés de géophagie – ou d’ingestion météoritique – à travers l’histoire. Et aujourd’hui sera le quatrième. Minna et Sushant se mettent alors à la préparation d’une recette traditionnelle, un rahka « cosmique » aux bleuets, une adaptation d’une recette finlandaise à base de quark.

Il y a un sentiment étrange dans la pièce à envisager de faire des cieux une partie de notre corps. Le dessert est servi : nous prenons et mangeons et ne faisons qu’un avec les cieux. Allons-nous être bloqués au contrôle de sécurité demain à l’aéroport ? Plus tôt dans la semaine, nous avions noté que malgré toutes nos discussions fondées sur des bases scientifiques et artistiques de l’approche des « cieux », nous n’avions pas encore pris en compte la spiritualité. Maintenant, avec ce rituel et dans ce cercle, nous sommes tous honorés de faire partie de Field Notes.

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Meteorite delicatessen preparation with Space Earth Space group at #field_notes2019 photos: Adrien Rigobello, Erich Berger #bioartsociety #ferallabs

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Chasser le renard de feu, mots de conclusion par Luis Campos

Sur ma route vers le nord et Kilpisjärvi, il y a une semaine, j’avais un après-midi de transit à tuer à Rovaniemi et je me suis donc arrêté à l’Arktikum, le musée polaire, où je me confrontais pour la première fois aux aurores boréales : « Le mot finlandais ‘revontulet’ fait référence au renard de feu », annonçait un espace d’exposition. « Selon une croyance, le renard de feu qui court dans le lointain nord frotte ses côtes le long des collines, ce qui fait jaillir des étincelles vers le ciel et créent les feux du renard. » Un autre cartel disait : « Le nom Revontuli vient du renard de feu (revon/repo : renard ; tuli : feu), qui, alors qu’il court dans le nord le plus éloigné, fouette avec sa queue des flocons de neige qui vont ensuite briller dans le ciel. Une autre explication est liée au mot repo des Finlandais des forêts, qui signifie un sort. Ainsi, les aurores boréales seraient des lumières magiques, qui raconteraient une lutte céleste entre les ténèbres et le pouvoir de la lumière. » Mes propres efforts pour voir une aurore boréale cette semaine répondaient assez à ces luttes cosmiques entre les ténèbres et la lumière : entre les nuages, la pollution lumineuse et les lueurs et spectres lumineux du ciel nocturne au-dessus du Saana.

« Space, Satellites, Saana », de Antti Tenetz, vidéo tournée durant la randonnée nocturne du groupe Space Earth Space :

Ici, dans l’un des meilleurs endroits au monde pour observer les aurores (« Selon les statistiques sur les aurores boréales, trois nuits sur quatre sont des nuits d’aurore boréale à Kilpisjärvi », avait noté un panneau du musée), j’ai finalement passé la plupart des nuits nuageuses à attendre ce phénomène remarquable de la nature que j’espérais voir ici pour la première fois. Presque chaque jour, le ciel la plupart du temps dégagé du crépuscule me laissait un temps espérer, et je comparais avec les prévisions sur Internet dont les nuances de vert appelaient des probabilités légèrement plus élevées certains soirs. Je m’émerveillais devant les constellations nocturnes, j’imaginais, dans l’attente d’une sorte de révélation céleste, sinon des chœurs d’anges, au moins des arcs, des bandes, des tâches, des voiles et des rayons, cinq lettres saillantes en vert et rouge avec lesquelles les aurores écrivent leurs illuminations spectrales. Les aurores seraient localisées dans la ionosphère entre 60 et 1 000 km au-dessus de notre tête, mais les nuages ​​qui finissaient par reconstituer une épaisse couverture au-dessus de moi pendant des heures et des heures, soir après soir, me disaient surtout qu’elles auraient aussi bien pu se trouver à un million de kilomètres. J’enviais d’autres personnes qui avaient eu de meilleures fenêtres dans les nuages pour voir les aurores.

Le quatrième soir, alors qu’une sorte d’interférence terrestre avait réussi à couper le wifi, je quittais Firefox pour aller chasser les feux du renard et me dirigeais vers l’extérieur. Mais même si loin d’Internet et des environnements numériques saturés des régions plus au sud, je ne pouvais toujours pas m’empêcher de penser à un réseau d’hyperliens ancestraux donnant un sens à tout cela. J’échouais de nouveau dans mes tentatives d’observation et je m’endormais en rêvant d’aurores imaginaires.

La cinquième nuit, avec des cieux que partiellement nuageux, je réessayais. Je quittais le kota et marchais dehors en laissant mes yeux s’adapter au ciel nocturne. L’horizon nord semblait lumineux – comme s’il s’agissait d’une aube septentrionale – mais, dans mon ignorance, je ne savais toujours pas s’il fallait attribuer cela à un long coucher de soleil ou à une aurore.

Leena Valkeapää sortit du kota quelques minutes plus tard et m’observa pendant un moment. Elle me raconta alors l’histoire de la grand-mère de son mari, Oula Valkeapää, qui, il y a un siècle, comptait sur les aurores dans les profondeurs de l’hiver : le ciel immense et la terre enneigée se reflétaient de telle sorte que cela créait une sorte de « journée », me dit-elle, qui permettait de mener le travail nécessaire avec les rennes. Tandis que Leena décrivait ce qu’il fallait rechercher au-dessus de nos têtes, elle inspectait elle-même le ciel. Les aurores étaient comme des aquarelles, faisait-elle remarquer, des aquarelles auxquelles on a ajouté trop d’eau. Quelques lignes apparaissent ensuite, puis il y a trop d’eau à nouveau, ce qui élimine toute possibilité de fixer son regard. Cela peut se reproduire maintes et maintes fois, en l’espace de quelques minutes, disait-elle : il faut regarder, détourner le regard ailleurs, puis regarder encore pour voir ce qui a changé. De cette façon, le discret devient identifiable comme une aurore. « Tu dois suivre le ciel », affirmait-elle. Leena concluait que les petites traces que nous observions et la légère lueur derrière les nuages ​​au-dessus de Saana étaient une lumière aurorale, et que – à tout le moins – je pourrais dire que j’en avais fait l’expérience. Mais j’étais toujours incertain et insatisfait : s’il y avait une aurore ce soir-là, elle m’aurait de nouveau empêché de sentir sa majesté.

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Aurora on Saana #field_notes2019 #bioartsociety

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Vendredi, je joignais le groupe AIR et nous prenions ce qui, en Norvège, est devenu Nordlysvegen, « la route des aurores boréales », pour se rendre à l’observatoire EISCAT près de Tromsø, une installation radar construite pour étudier les propriétés de l’ionosphère avec les radars VHF et UHF (en association avec son site jumeau d’une installation à Svalbard où, en 2008, une publicité humoristique de Doritos avait été transmise à une étoile à 42 années-lumière). Comme l’a décrit Ewen, Michael Rietveld d’EISCAT nous a généreusement consacré des heures de son temps pour expliquer leur travail, nous décrivant comment, en envoyant une impulsion électromagnétique dans le ciel et en ionisant le ciel, les scientifiques d’EISCAT peuvent utiliser les 10 000 antennes de leur installation de chauffage ionosphérique pour étudier la physique des plasmas atmosphériques. En accélérant les électrons de mille degrés les scientifiques d’EISCAT peuvent même produire une lumière artificielle aurorale pendant une minute. Le temps qu’il faut pour qu’une telle lumière se forme et apparaisse renseigne les scientifiques sur la nature même de l’ionosphère. Il a partagé avec nous des vidéos montrant le cercle rouge artificiel d’environ 30 à 40 km de diamètre créé dans le ciel, mais qui en raison de son altitude (200 km) n’apparait que comme un petit point dans les cieux. Par rapport aux aurores naturelles, les efforts des scientifiques sont infimes : « L’énergie accumulée dans le monde dans une bonne aurore dépasse la capacité totale de production d’énergie de tous les pays du monde réunis », a écrit une autorité. De plus, la capacité d’EISCAT à améliorer et à étudier le ciel nocturne est limitée par des factures d’électricité très réelles atteignant des centaines de milliers d’euros. Néanmoins, j’ai ressenti un sentiment de gratitude en voyant quelques pixels rouges et fugaces sur un time-lapse vidéo un peu flou. Même si je n’avais pas encore vu d’aurore naturelle, je pourrais au moins maintenant dire que j’en avais vu une artificielle – ce que je ne savais même pas possible quelques minutes auparavant.

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Michael Rietveld explaining an artificial aurora at EISCAT. video Luis Campos. #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Au cours de notre pause-déjeuner sur le site EISCAT, survint un moment tout aussi révélateur que fortuit : je trouvais sur les étagères de la salle de réunion un livre usé et remarquable sur l’histoire culturelle des aurores boréales, Majestic Lights: The Aurora in Science, History, and the Arts (Lumières majestueuses: les aurores dans la science, l’histoire et les arts) de Robert Eather. « Les aurores ont toujours été associées à la froideur triste des régions polaires », écrivait Eather. « Lors d’occasions rares et mémorables, elles s’aventurent dans le monde de l’admiration. Il semblerait dommage que nous changions jamais cela. » Bien que son opinion ne corresponde pas à mon enthousiasme momentané d’avoir assisté à l’enregistrement d’une aurore artificielle, je trouvais son étude de la culture aurorale fascinante.

Alors que Galileo a probablement été le premier, en 1619, à avoir nommé ces lumières « cette aube septentrionale » (« questa boreale aurora ») et « aurores boréales » en 1622, il ressort clairement de l’étude d’Eather que diverses cultures ont identifié et décrit de tels phénomènes depuis des siècles. En Chine, la plus ancienne description connue des aurores boréales provient des Annales de Bambou (Tchou-Chou-Ki-Nien, 2600 avant J.C.): « Fu-Pao, la mère de l’empereur jaune Shuan-Yuan, a vu un puissant éclair autour de l’étoile Su dans la constellation de Bei-Dou et de la lumière a illuminé tout le champ. » La Bible pourrait avoir également rapporté l’aurore selon autre discours : « Quand le soleil fut couché, il y eut une obscurité profonde ; et voici, ce fut une fournaise fumante, et des flammes passèrent entre les animaux partagés. » (Genèse 15:17). Le livre d’Ézéchiel s’ouvre par les lignes suivantes : « les cieux s’ouvrirent et j’eus des visions divines. (…) J’ai vu : un vent de tempête venant du nord, un gros nuage, un feu jaillissant et, autour, une clarté ; au milieu, comme un scintillement de vermeil du milieu du feu. » et continue de décrire ce qui semble correspondre à des visions aurorales. Le livre de Jérémie demande de la même manière : « Que vois-tu ? » Je dis : « C’est un chaudron bouillonnant que je vois ; il s’ouvre depuis le nord. »

Et tout aussi fascinantes sont les représentations visuelles des aurores capturées au cours des siècles. Les premiers dessins d’aurore en Norvège ont peut-être été réalisés par Absalen Pederssön Beyer (1528-1575). D’autres correspondent également à des efforts impérieux pour capturer les évanescentes, fugaces et spectrales illuminations des cieux.

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Aurora #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Des paroles de Shakespeare voilà plusieurs siècles semblent comprendre les efforts des artistes et des poètes à saisir ces riens éthérés avec de l’encre :

« et, comme son imagination donne un corps aux choses inconnues,
la plume du poète leur prête une forme
et assigne à ces bulles d’air
un lieu dans l’espace et un nom. »
William Shakespeare, Le songe d’une nuit d’été, 1600.

Ou comme l’a dit Eather lui-même: « L’aurore est peut-être le plus spectaculaire des stratagèmes de la nature pour préserver l’âme du scientifique. » Mon âme avait besoin d’être sauvée à cette heure tardive : j’avais besoin de voir une véritable aurore.
Le vent est un poème, nous avait dit Oula quelques jours auparavant, et finalement, lors de notre dernière nuit, le vent a balayé les nuages.

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Aurora forecast on last #field_notes2019 night

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Alors que l’écran de mon ordinateur brillait de vert avec les prévisions et probabilités de la soirée, je fermais mon navigateur Firefox pour chasser de nouveau les feux du renard à l’extérieur et au-dessus de ma tête. Et cela arrivait enfin, juste à l’extérieur de notre habitat locale, le kota, où nous mangions des chips tortilla (ce n’était pas tout à fait des Doritos) et de la viande de renne cuite sur les braises, au son d’une musique qui suscitait quelque « foxy dancing » autour du feu : les cieux dansaient finalement avec nous, des bandes vertes ondulaient dans le ciel au-dessus du mont Saana. La chasse au renard de feu et notre temps ensemble arrivaient à leur terme.

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Caught on the final night that reflects an incredible and magical week of #field_notes2019 with @bioartsociety

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Ewen Chardronnet voudrait remercier tous les membres du groupe Second Order pour leurs contributions : Vishnu Vardhani Rajan, Sophie Dulau, Luis A. Campos, Anu Pasanen, N. Adriana Knouf, Adrien Rigobello, Johanna Salmela.

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It's time to go back home, so honored to have host the Second Order group at #field_notes2019 The Heavens, and so privileged (😇) to have worked with such a great group of people. Kiitos! #bioartsociety #ferallabs

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Lire les premier et second journaux de bord du groupe Second Order à Field Notes – The Heavens.

Field Notes est un programme organisé par la Bioart Society avec le soutien du réseau Feral Labs

« Ars Electronica revisited », entretien avec Vuk Ćosić

Portrait of a Facebook user: Vuk Ćosić, contemporary artist, active mostly in new media. @ Borut Peterlin

Vuk Ćosić, un des pionniers du Net.art, de retour après 20 ans au festival Ars Electronica de Linz en Autriche, regarde pour Makery dans son rétroviseur et nous donne sa vision personnelle.

Dare Pejić

Avec Jodi, Heath Bunting et Alexei Shulgin, Vuk Ćosić est l’un des premiers « Net.artistes ». Egalement cofondateur de forums internationaux autour de l’art, la théorie et la critique de l’Internet comme Nettime, Syndicate, 7-11 et le Ljubljana Digital Medialab, il intervenait lors de la journée historique célébrant les quarante ans du festival Ars Electronica.

Vuk Ćosić portrait equipped with ImageNet Roulette by Trevor Paglen
© Borut Peterlin

Commençons par l’archéologie, in vivo.

C’était il y a longtemps. L’archéologie est une question de temps. C’est ce que j’ai étudié. Je suis professeur en archéologie et la question qui se pose est la suivante : comment se fait-il qu’un archéologue s’intéresse aux nouveaux médias ? Une réponse brève à cette question est qu’il existe des similitudes entre les deux professions. L’archéologie est une science ou un domaine dans lequel vous créez un récit basé sur des preuves matérielles, c’est un récit sur une certaine époque. Vous parlez du passé. En tant qu’artiste, vous créez un récit, également à propos du temps. Seulement cette fois, vous parlez de l’avenir. Si nous acceptons cette explication super superficielle, alors je suis une sorte de caméra qui a tourné son objectif à 180 degrés du passé vers le futur. Mais c’est le même outil. Mon travail avec les nouveaux médias est parfois assez sérieusement et méthodologiquement archéologique – délibérément, parce que je trouve que l’archéologie est une belle chose. J’ai étudié cela délibérément. Mon engouement pour l’archéologie n’a pas diminué parce que je ne suis plus dans la profession. Donc, je suis toujours un archéologue, même si ce sont des dossiers que je crée.

A quel moment Ars Electronica s’est retrouvé sur votre chemin ?

J’y suis allé en 1996, 1997 et 1998. En 1995 je ne pouvais pas. Je n’avais pas de visa pour l’Autriche car, à cette époque, j’étais citoyen d’un autre pays et je ne pouvais pas me déplacer facilement. Et tous mes amis, tous ceux de mon groupe Ljudmila [le Ljubljana Digital Media Lab, tel qu’il était nommé dans les années 1990], ils y sont allés. Il y a des histoires intéressantes, mais je ne vous les raconterai pas (rires). Un truc funky est qu’ils dormaient dans leur voiture. Pourquoi est-ce intéressant ? En 1995, toutes les activités autour des médias numériques de Ljubljana se réduisaient à deux ou trois personnes. Ce groupe de Ljudmila, et sans ma présence, était les seules personnes de Slovénie là-bas, je crois. L’année suivante, quand j’y suis allé, nous étions à hôtel, un endroit simple, juste en tant que visiteurs. Nous commencions à connaître quelques personnes. Le Net.art avait déjà eu lieu. J’y ai rencontré physiquement des gens que je ne connaissais que depuis quelques mois. Et la communauté était très forte. 

Puis en 1997, nous avons été cooptés. J’ai reçu une invitation et beaucoup de mes amis de Net.art ont également été commissionnés. Nous avons donc également eu un bon endroit où séjourner, un meilleur hôtel cette fois-ci, et nous avons participé au programme. En 1998, j’étais président du jury du prix « Info Weapon » (le thème du festival était Infowar, ndlr), avec des personnalités très illustres pour m’accompagner. C’est intéressant de rappeler que nous avons attribué le prix à un logiciel de reconnaissance faciale. Même à l’époque, il était tout à fait évident que c’était quelque chose de mauvais. C’était un crescendo des plus chanceux. Ce fut ma dernière fois à Linz, avant cette année. Il n’y avait pas d’étage supérieur. C’était amusant. C’est à ça que ressemblait mon implication.

Et donc cette année vous êtes de retour à Ars Electronica après 20 ans ?

Exactement 20 ans. Bien sûr, je connaissais Gerfried [Stocker] et Jutta [Schmiederer], parce que nous ne nous rencontrions pas qu’à Linz, mais aussi dans toutes sortes de lieux où je réalisais mes projets. Nous nous sommes revus à diverses occasions ces 20 dernières années. L’année dernière, nous avons co-organisé une conférence de deux jours sur l’IA dans les arts et la culture à Rijeka, où je travaillais. Gerfried voulait en quelque sorte prendre mon pouls à l’idée que je vienne à Linz. Je suis aussi allé à Linz pour une autre conférence l’année dernière. C’était fantastique ! Art meets Radical Openness, c’était incroyable.

[L’équipe slovène d’Aksioma passe près de nous, nous les saluons.]

J’ai participé à une discussion là-bas et Gerfried est venu. Nous nous sommes adonnés à un genre de jeu de jambes sophistiqué de vieils hommes grincheux. Nous nous sommes gentiment approchés l’un l’autre pour que personne ne s’offusque, que chacun ne soit pas blessé. Un peu bizarre rétrospectivement. Je lui ai dit tout de suite « Fuck off, je veux dire, tout ce que tu veux, dis-le moi simplement. Aucun problème pour venir, si vous sentez que je peux contribuer. Je joue le jeu. Je n’ai pas quitté Ars Electronica. » A un moment j’avais décidé de quitter tout ce cirque et Ars Electronica en faisait juste partie. Cela faisait partie de mon plan de retraite en 1998.

Déjà ?

Ouais, je devrais vous dire pourquoi. Mais j’aimerai terminer l’histoire de comment je suis arrivé à Ars Electronica cette année. Le Conseil de l’Europe m’avait donc invité à participer à l’organisation d’une grande conférence. Puis ils ont changé d’ambition, elle est devenue plus petite. Parce qu’ils organisaient régulièrement de grands événements sur la culture numérique, ils ont décidé que celui-ci porterait sur l’IA. Cela m’est venu à moi parce qu’elle devait se tenir à Rijeka, c’était donc sur mon territoire. Et puis, il est également apparu que Gerfried avait programmé la conférence précédente. C’était donc assez logique : ils nous ont mis ensemble, nous avons passé du temps à organiser cet événement, les intervenants. J’ai suggéré des choses, il en a suggéré d’autres et tout s’est bien passé. Et quand il est venu à Rijeka, nous avons passé deux jours ensemble. Et après la conférence, il m’a envoyé un e-mail incroyablement drôle, deux mois avant Ars Electronica de cette année, en disant : « Bonjour mon cher ami, cette année, nous célébrons un grand anniversaire, et il y aura un pré-événement avec les premiers pionniers … » suivi d’une cascade de trucs lèche-cul et manipulatoires, à la Tom Sawyer, si vous voyez ce que je veux dire.

Apparemment il a réussi ?

Oui, oui. Je lui ai répondu “Tu m’as eu dès ton hello. Tu peux compter sur moi.” C’était juste une simple conversation entre deux personnes, et c’est tout. C’était une invitation à passer du temps avec des gens que j’ai fréquenté toute ma vie en parlant de Net.art. C’était facile.

Mais vous n’avez pas parlé que de Net.art ?

Oui, Avec Vladan Joler je travaille maintenant sur un livre sur l’IA dans les arts et la culture. Il devrait être essentiellement publié par le Conseil de l’Europe, je travaille avec eux en tant qu’expert. Mais ce livre va être distribué et aidé d’une autre manière par Ars Electronica, formellement et officiellement. De toute évidence, Gerfried sait que Joler et moi sommes amis, il nous a donc mis sur une table-ronde.

Vous voyez, Ars Electronica est une affaire très compliquée. C’est énorme, cela échappe à tout le monde et le résultat est qu’ils vous laissent beaucoup d’autonomie. Vous vous mettez d’accord deux mois à l’avance, ils vous donnent l’heure précise, ils vous envoient le contrat, vous signez les papiers, tout fonctionne à la perfection. Mais en réalité, il n’y a aucune suivi de la part du commissaire après le premier moment où vous avez conclu un accord. Alors, parfois vous vous adressez à eux en disant : « Hé les gars, c’est dans deux semaines et je voudrais discuter de la façon dont nous allons aborder… », quel que soit le sujet proposé. Et vous découvrez bientôt que vous devez vous débrouillez tout seul. Mais j’aime ça. Pour moi, c’est bien. Pour beaucoup de gens, ce n’est pas si bon, parce qu’ils aiment se faire dorloter et se faire prendre par la main. Donc, notre conversation n’était pas comme un coup de pub préprogrammé, c’était plus bordélique, comme un jam jazz.

Portrait de Vuk Ćosić en ImageNet Roulette © Trevor Paglen

Avez-vous ressenti cette année comme festive ou plus comme une commémoration ?

J’ai observé quelques petites choses. D’abord, une chose, sur 20 personnes que j’ai rencontrées, il y en avait au moins une de Slovénie. J’ai aimé cela, parce que lorsque nous y allions en tant qu’équipe Ljudmila ou quand j’y allais seul en tant que Net.artiste fabuleusement important, ahah, vous ne connaissiez personne. Je veux dire, il n’y avait personne du bled. Et c’était encore un domaine jeune, nous n’étions que quelques uns, rien de bien important. Et puis j’ai arrêté d’y aller. Alors maintenant, c’était comme WOW ! Tous ceux que je connais à Ljubljana qui fabriquent des fichiers et s’occupe des arts numériques étaient à Linz. J’ai beaucoup aimé ça. Ce sont de petites choses, mais ça fait plaisir. Mais le festival est devenu totalement démesuré pour moi. C’était incroyablement fatiguant parce que je me suis également donné pour tâche d’en voir autant que possible. Naïvement, j’ai toujours tendance à croire que ces grandes foires, biennales, comme Ars Electronica, parlent d’art.

Et certaines parties d’Ars Electronica sont si mal organisées qu’on remarque à peine qu’il y a la main invisible d’un cerveau. Il y avait tout de même une sélection, ce n’était pas si mal. Vous pouviez, par exemple, aller voir l’exposition présentée au OK Zentrum qui n’était pas si mal du tout. Mais en réalité, c’est tout de même une compétition, quoi qu’on en dise. Ainsi, peu importe qui décide de se présenter à la compétition, la meilleure merde est sélectionnée pour le spectacle final. Donc, ce n’est pas comme une exposition organisée. Ensuite, dans le Bunker, la cave de Post City, vous pouviez voir les programmes de ces galeries qui jouent un jeu complètement différent, un sport différent, dans une ligue différente. On pouvait y voir des galeries qui avaient sélectionné avec soin un ou deux artistes et présentaient leurs œuvres de la meilleure façon possible. On pouvait constater qu’il y avait un curateur intelligent par artiste. Et ce ratio, un curateur intelligent par artiste, de l’autre côté, on en est loin. Cela ne veut pas dire que les commissaires d’Ars Electronica ne sont pas intelligents, cela signifie simplement qu’ils se sont donnés à eux-mêmes cette tâche gigantesque…

Est-ce que vous regrettez que certains sujets n’aient pas été abordés à Ars Electronica cette année ?

Ce qui est intéressant de dire c’est qu’il y avait trop de sujets. C’est comme un supermarché avec de nombreux sujets. Et certains d’entre eux étaient justifiés, vraiment, je ne juge pas, je n’ai rien contre les organisateurs, mais quand vous faites un projet de cette taille, vous devez mettre les tendances en évidence. Vous savez, montrez une femme robot, par exemple, c’est du niveau de la chambre de commerce slovène. Et je ne pense pas que ce soit un bon niveau. Une partie de cela est du aux raisons commerciales, ce qui est compréhensible.

Il semblerait que nous parlons d’un festival qui est devenu une foire.

C’est une foire ! Dans les années 1990, cela explorait encore les frontières, on n’y allait pas dans la douleur. Apparemment il y a eu un glissement commercial. Mais que pouvez-vous y faire ? Qu’est-ce qui a changé pour moi ? Ou est resté la même chose ? … Je suppose que cela vaut pour n’importe quelle grande biennale. Vous y allez avec des attentes, de l’énergie, mais aussi un type de préoccupations que vous avez dans la vie, à un moment de votre carrière… et vous rencontrez ensuite des personnes similaires. Si vous êtes fondamentalement communicatif et avez un talent, une envie de papoter, c’est un endroit formidable. Si vous avez un peu de chance, vous rencontrez des gens avec qui vous faites plus tard des choses. Et ça c’est toujours le cas !

Qu’est-ce que cela raconte à propos de la situation actuelle dans les environnements numériques ? Ars Electronica est-il victime du même symptôme que vous avez déjà décrit à propos de l’Internet évoluant vers autre chose qu’il ne l’était dans les années 90 ?

Internet était un espace de liberté à cette époque. Nous étions tous naïfs, enthousiastes et plutôt avant-gardistes sur le fond. Peu importe le fait que nous évitions d’utiliser cette étiquette. La plupart de mes collègues et moi avons échappé à cette étiquette. Maintenant, Internet est un espace de peur, de méfiance. Évidemment occupé par une partie laide de la société, et ainsi de suite. Cela ne signifie pas un espace de promesse, c’est maintenant un espace de combat. Mais un art plus brutal, plus critique et pointu n’est pas présenté à Linz. Il faut bien le constater. Je considère Ars Electronica comme une entreprise commerciale de grande envergure qui a très bien su surfer la vague au bon moment. Il a fait son boulot, mais la vague s’en est allée.

Nous le voyons dans le monde du numérique. Ici, en Slovénie, je travaille dans le conseil aux entreprises sur le numérique et je viens de passer du temps avec des amis qui organisent toujours un concours du meilleur site Web en Slovénie. Je le faisais aussi il y a 20 ans. C’était un continent à découvrir, un endroit pour gagner de l’argent. Pourquoi le cacher ? Mais maintenant les sites Web n’existent plus pratiquement. Franchement, mettre en place un site Web pour une entreprise n’est plus vraiment une grosse affaire. Néanmoins, ces gars-là organisent toujours cette récompense Web, tout simplement parce que c’est leur business. Même chose pour Ars Electronica. J’en suis sûr, ils ne peuvent même pas envisager l’option de faire le constat que « Eh bien, l’art des nouveaux médias se retrouvent sous toutes ses formes dans le mainstream », il faut faire un autre diagnostic. Ou se dire : « Nous allons chercher un autre terrain et suivre ceux qui montreront le chemin. » Non, ils ne font pas ça. Ils essaient peut-être de le dire, mais ce n’est pas avec une foire qu’ils y parviendront. Il y a beaucoup moins d’expérimentation, beaucoup moins, vous savez, de charmants échecs et catastrophes. C’est comme ils l’ont dit, c’est la « mid-life crisis ». Je doire dire que j’ai vraiment respecté ce titre du festival.

Portrait de Vuk Ćosić © Evan Roth

Puisqu’on parle tempo, que sera Ars Electronica en 2039, dans 20 ans ? Quel sera le texte d’invitation ?

Je m’attends à des moniteurs plus minces, je m’attends à des robots plus rapides. Je m’attends à ce que Gerfried ait l’air identique et prononce un discours soigné avec une pointe d’humour soigneusement mesurée. Je m’attends à rencontrer beaucoup de personnes que je connais et qui étaient déjà présentes cette année. Je pense qu’il sera toujours question de savoir qui est invité au gala et qui ne l’est pas. Et qui a dit quoi à qui il y a 20 ans. En termes d’art, j’espère que le changement sera visible, mais que nous ne le savons évidemment pas. Ce sera encore une fois un grand ensemble domestiqué d’art numérique critique qui utilise une rhétorique de la critique, mais affiche également fièrement le logo du sponsor. C’est cet univers intermédiaire, il n’est même pas si mystérieux, et c’est ce que l’on appelle se vendre. Et sur les marges, vous verrez, parce que Gerfried a toujours été intelligent, vous verrez des personnes sincères, vous trouverez des personnes qui ont vraiment beaucoup à dire et qui contribuent. Ils n’obtiendront pas beaucoup d’attention, ils ne parleront pas au nom du festival. Si vous regardez attentivement, vous les trouverez au bar. Encore une fois, c’était le meilleur endroit d’Ars Electronica. Comme on dit, les meilleures fêtes sont dans la cuisine. C’est le même modèle humain de socialisation. Cela pourrait même être dans un endroit plus grand. Un endroit qui clignote beaucoup, pendant la nuit. Avec des essaims de drones, des logos de sponsors en haute résolution…

Et plein de slovènes ?

Tout le monde parlera slovène, ce sera la deuxième langue d’Ars Electronica.

Le futur semble plus rayonnant que le présent.

Ouais… beaucoup de choses seront des choses du passé. Comme le selfie stick et la trottinette électrique (rires).

Lisez notre entretien avec Paul Vanouse, Golden Nica 2019, et notre article sur le workshop « Soybean Futures »  à Ars Electronica.

Une Croatie bucolique et électrique au makercamp Electric Wonderland

Electric Wonderland à Fužine, Croatie. © Deborah Hustić

Du 1er au 7 septembre en Croatie se tenait Electric Wonderland, le summer camp du makerspace Radiona. Pour rejoindre cet événement du réseau Feral Labs, Jean-Jacques Valette, notre chroniqueur en résidence, a embarqué dans un train avec son vélo et l’intention de réduire son empreinte carbone. Un reportage entre écologie et hacking, musique noise expérimentale et chant des oiseaux.

Jean-Jacques Valette

C’est un camp scout perché dans les montagnes croates entre deux lacs et une forêt. Un petit pont de bois enjambe le ruisseau et vous emmène dans une clairière peuplée d’une dizaine de mini-chalets avec au centre le mât pour le drapeau et une grande maison communale. C’est dans ce camp scout du petit village de Fužine au nord de la Croatie, près de Rijeka, que se tient Electric Wonderland, premier maker camp initié par Radiona, makerspace à Zagreb, la capitale du pays. Un cadre idyllique dans lequel se sont retrouvés une trentaine de makers et artistes, du 1er au 7 septembre 2019.

Pour mener ce reportage, j’ai tenté de limiter au maximum mon empreinte carbone. Une simulation sur le site de la fondation Goodplanet permet d’estimer celle-ci à 0,43 tonnes d’équivalent CO2 pour un trajet Paris-Zagreb en avion contre 0,23 pour le bus et seulement 0,03 pour le train. Le choix est vite fait ! Un vélo pliant me servira pour les derniers kilomètres et je tenterai de produire l’électricité pour mes appareils avec des panneaux solaires de récupération.

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What to bring on a maker adventure ? I tried to go both lightweight and self reliant. My goal was to have a 35L and 10kg backpack, with enough gear to camp. But with a computer and some electronic components, it quickly grew to 45L and 15kg ! A bit cumbersome and heavy when you climb a hill 😉 — Que prendre avec soi pour une aventure maker ? J'ai préparé mon sac pour qu'il soit le plus léger tout en me rendant autonome. Mon but était d'emporter un sac de 35L et 10kg mais avec l'ordinateur et les composants électroniques, il fait plutôt 45L et 15kg ! Un peu encombrant et lourd dans les montées 😉 — #electricwonderland #makercamp #bikepacking #flygskam #croatia #ultralight #ultralightbackpacking #foldingbike #gatewoodcape #seatosummit

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After 20 hours of train, a bus and some kilometers biking, our journalist is now at #electricwonderland. @radiona_org 's summer camp for makers. About 30 people are staying in a beautiful scout camp next to a lake in the Croatian mountains. — Après 20 heures de train, un bus et quelques kilomètres à vélo, notre journaliste est arrivé à Electric Wonderland. Le camp d'été organisé par Radiona, le maker space de Zagreb. Environ 30 personnes y résident, dans un camp scout au bord d'un lac, dans les montagnes croates. — #summercamp #makercamp #diy #maker #diwo #croatia #flygskam #bikepacking

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Situation de survie

20 heures de train plus tard, une heure de bus et autant de vélo, je suis enfin sur place. Un peu épuisé par les contrôles d’identité nocturnes à chacune des quatre frontières franchies, je suis accueilli sur un banc dans la grande cuisine d’extérieur. Avec une assiette de dorade aux légumes et un grand verre de bière artisanale !

A Electric Wonderland, la qualité de la nourriture est une priorité et un élément intégral de cet événement co-créé par les participants. « C’est en fait notre deuxième tentative de camp, après un premier échec il y a cinq ans », explique Deborah Hustić, cofondatrice de Radiona. « Il faisait 8°C au mois d’août, il pleuvait et nous n’avions pas d’abri ou de nourriture car notre partenaire nous avait lâché au dernier moment. C’était une vraie situation de survie ! ».

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Food is especially great @ #electricwonderland . Big thanks to the chefs ! — #ferallabs #makercamp #croatia #diy

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Pas question de renouveler un tel fiasco logistique, même si pour les organisateurs il est important de mener un tel événement en pleine nature pour faciliter l’attention, la rencontre et l’innovation. « La nature souffre l’étude la plus minutieuse. Elle nous invite à placer notre œil au niveau de sa plus petite feuille et à prendre une vue d’insecte de ses plaines », annonce une citation du poète naturaliste américain Henry David Thoreau sur l’affiche.

Cartographie par drones et nichoirs connectés

« Nous avons trouvé ce camp scout, qui héberge d’ordinaire des enfants. Il y a toute les infrastructures et on est à deux pas de la mer », explique Deborah. « Et beaucoup d’entre nous ont été scout, cela rejoint notre idéal DIY ». D’après elle, la première motivation derrière l’événement a été la communauté. « En cinq ans, nous nous sommes vraiment renforcés et avons constitué une communauté de gens compétents. Et c’est ce qui nous a donné confiance pour nous lancer dans un tel événement », insiste-elle.

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Cute #tinyhouse accomodation in a former #scoutcamp at #electricwonderland #makercamp — @radiona_org #ferallabs #croatia #maker

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Il y a en effet de nombreux talents à Electric Wonderland. A peine arrivé, je rencontre un américain, Jonathan Hefter, ex-startupper en plein tour du monde des maker camps (Digital Naturalism Conference, Chaos Communication Camp, Hacker Trip To China…) et passionné de photogramétrie. A l’aide d’un simple smartphone, il peut réaliser un modèle 3D de vous ou de n’importe quel objet. Et avec un drone bas de gamme, réaliser une cartographie d’un terrain supérieure à celles de Google Earth. De quoi aider à la protection des forêts et des espèces menacées, s’enthousiasme son voisin de table Mate Zec, biologiste et ornithologue de l’association Biom venu fabriquer des nichoirs connectés.

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#photogrammetry with @jonathan.hefter @radiona_org #electricwonderland #makercamp #croatia #drone #3dmapping #3danimation #aerialmapping #dronemapping

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Hacker les appareils reflex

Le repas s’enchaîne sur un workshop intitulé « Hacking DSLR ». Le photographe Andrej Hromin nous explique comment tirer le maximum d’un appareil réflex, notamment en modifiant son firmware pour débloquer ses capacités. « Les constructeurs comme Canon ou Nikon mettent les mêmes composants dans toute leur gamme d’appareil photo car c’est moins cher mais ils les brident pour justifier la différence de prix. Avec un logiciel comme Magic Lantern que vous installez sur la carte SD, vous pouvez faire sauter ce verrou ! ».

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The first workshop I attend is about "hacking DSLR". Andrej Hromin explains why manufacturers use the same electronics in their various camera, and how to improve yours to get better pictures using a simple software hack ! — Le premier workshop auquel je participe est sur le hack d'appareil photo réflex. Andrej Hromin nous explique que les fabricants utilisent les mêmes composants dans leurs différentes gammes d'appareils. Et qu'un simple logiciel permet de les débrider pour obtenir de meilleures photos ! — #electricwonderland #makercamp #dslr #hacking #summercamp #croatia #diwo

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Le soir, une jam session s’improvise dans le salon de la maison commune devant un feu de cheminée. Une mélodie noise s’élève des instruments bricolés et éparpillés sur la table. Ici on frotte un ressort de voiture ou un disque-dur, on chuchote dans un téléphone ou on titille une calimba électrique, le pied sur la pédale d’effets.

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#noisemusic #experimentalmusic #jamsession #diyinstruments #diymusic — #electricwonderland #makercamp #ferallabs

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Musique expérimentale

La plupart des ces instruments ont été conçus avec Yuri Landman, l’un des artistes en résidence d’Electric Wonderland. Le quadragénaire hollandais est une petite légende dans le monde de la lutherie grâce à ses guitares expérimentales allant jusqu’à 24 cordes ou mesurant plusieurs mètres de long. Lui qui n’a jamais appris le solfège a écrit plusieurs livres sur la théorie musicale et les mathématiques.

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@yurilandman presents his crazy DIY instruments ! @radiona_org #electricwonderland #music #guitar #maker #croatia

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Il tente aujourd’hui de repousser ses limites, en tendant par exemple des filins entre des arbres qu’il fait résonner à l’aide de petits moteurs électriques. Performance qu’il a reproduit à Electric Wonderland.

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@yurilandman playing on a spiderweb made of nylon strings and motor powered tree branches. #howcoolisthat — #electricwonderland #makercamp #ferallabs #noisemusic #experimentalmusic #diymusic

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« Ce qui a lancé ma carrière, c’est quand j’ai réussi à offrir un modèle au guitariste de Sonic Youth. J’y ai fait référence sur leur page Wikipedia et puis j’en ai écrit une longue autre sur moi… ce qui n’est pas très bien », en rigole-t-il. « Et à partir de là on m’a appelé pour des interviews et des commandes ! ». Il a ainsi produit ces dix dernières années pas moins de 4 000 guitares « Home Swinger » lors d’ateliers collectifs.

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@yurilandman and his next generation musical instruments ! — #electricwonderland #ferallabs #experimentalmusic #diymusic #noisemusic #makercamp #croatia

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La musique DIY est au cœur du makercamp et se retrouve dans de nombreux ateliers proposés. Roko Pečarić et sa compagne Franciska Gluhak, musiciens et makers croates, nous enseignent les bases de Makey Makey. Un petit circuit imprimé qui permet de produire de la musique avec des plantes ou n’importe quel objet conducteur.

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Roko Pečarić and Franciska Fis, #music #makers, teach us how to build DIY instruments. — #electricwonderland #diymusic #makercamp #ferallabs #piano #makeymakey

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#makeymakey – #electricwonderland #makercamp #diymusic #ferallabs

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Igor Brkić, lui, nous fait souder des composants pour réaliser un mini-synthétiseur. Et en bonus, on y ajoute un autre circuit, un « voleur de joules », qui permet de faire durer la pile beaucoup plus longtemps.

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Building mini synthetizers with Igor Brkic ! @radiona_org #electricwonderland #makercamp #croatia #diy #ferallabs #glitch #synthesizer

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Arts low tech et neurosciences

Mais on peut aussi pratiquer des arts plus low tech à Electric Wonderland, comme la fabrication de sculptures mobiles avec Damir Prizmić ou de dioramas en papier et boites à lumière avec Paula Bučar. Je m’y essaie en tentant de fabriquer une copie d’un jeu de société trop méconnu, ainsi qu’une gorge en papier rétro-éclairée par des LED rouges.

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Cinetic sculptures @ #electricwonderland . Thanks to Damir Prizmic for his workshop ! #makercamp #croatia #sculpture #radiona

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Shadow boxes with @paula.1192 @radiona_org #electricwonderland #ferallabs #paper #maker #led

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Le seul regret lors de ce camp aura été l’annulation de l’atelier de Guima San (de GypsyLab8). Un chercheur brésilien venu nous faire découvrir les neurosciences, ou comment piloter un moteur ou des diodes par la pensée. Sa valise a été égarée à l’aéroport ! « J’ai quand même pu présenter mes autres projets, comme des capteurs open source pour la qualité de l’eau, afin de protéger les populations indigènes des rejets industriels », raconte le jeune homme. « C’est la première fois que je viens en Europe et je suis très content de venir ici, directement dans l’arrière pays et au contact des gens, plutôt que dans une capitale ».

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#electricwonderland 's wonderful participants ! A collection of makers, musicians, creators and crafters from half a dozen countries, meeting for a week to share knowledge and create together in the Croatian mountains ! Thanks to @radiona_org and see you next year ! — #ferallabs #maker #makercamp #diy #summercamp #croatia

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Quant à moi, il est temps de repartir pour couvrir Schmiede, un autre makercamp du Feral Labs Network qui se tient dans trois jours à 400km au nord, en Autriche. Difficile de franchir les Alpes à vélo en si peu de temps, je le plie et le met dans la cale d’un bus pour Ljubljana. Et je voyage avec Jonathan l’américain, qui vient d’être accepté à Schmiede et n’a rien d’autre à faire avant son départ pour Hong Kong !

Electric Wonderland est un programme organisé par Radiona et fait partie de la série Feral Labs Network
Le Feral Labs Network est cofinancé par le programme Europe Créative de l’Union Européenne. La coopération est menée par Projekt Atol à Ljubljana (Slovénie). Les autres partenaires #ferallabs sont la Bioart Society (Helsinki, Finlande), Catch (Helsingor, Danemark), Radiona (Zagreb, Croatie), Schmiede (Hallein, Autriche) et Art2M/Makery (France).

Field Notes explore les cieux en Laponie subarctique (2/3)

High Altitude Bio-prospecting – Extremophiles:Psychrophiles:Cryobiosis © Makery

Field Notes est un laboratoire art&science de terrain organisé la semaine du 15 au 22 septembre par la Bioart Society d’Helsinki à la Station Biologique de Kilpisjärvi en Laponie finlandaise. Cinq groupes y ont travaillé une semaine sur des questions situées « au dessus du sol ». Le journal de bord du groupe Second Order se poursuit avec les journées de mercredi et jeudi.

Ewen Chardronnet

L’expédition « Field_Notes – The Heavens » organisée par la Bioart Society de Helsinki dirigeait cette année son attention et ses expériences vers le ciel du cadre subarctique unique de la Station Biologique de Kilpisjärvi et de ses environs – à la frontière Finlande-Suède-Norvège. Les quarante participants se sont retrouvés une semaine pour en apprendre davantage sur ce qui se trouve au-dessus du sol : la biologie dans l’air, les échanges matériels permanents entre Terre et espace, l’atmosphère comme hyperobjet, les politiques aérienne et spatiale, les histoires samis et les liens du vivant avec le ciel de manière générale. Makery vous propose une semaine avec le groupe Second Order coordonné par Ewen Chardronnet.

Mercredi 18 septembre

« La valeur de vérité des mesures des capteurs environnementaux », by Adriana Knouf

Nous emmenant sur les chemins, les routes et les rochers au bord du lac à proximité immédiate de la station biologique de Kilpisjärvi, la promenade matinale de Nearea Calvillo nous a sensibilisés à deux choses différentes mais liées : la valeur de vérité des mesures des capteurs environnementaux, en particulier dans les versions DIY (ce que signifie une lumière « rouge » en regard de mesures supposées élevées de particules potentiellement dangereuses) et celles des installations (comme des environnements attenants) de réseaux d’antennes pour l’étude de la haute atmosphère. Les deux utilisent des technologies pour analyser différentes parties de l’air et de l’atmosphère, et Nearea Calvillo nous demandait dans une conversation introductive d’examiner les éventuelles distinctions entre les deux mots. Cela dans la mesure où les capteurs de qualité de l’air, qui sont devenus moins coûteux et plus faciles à utiliser ces dernières années, fournissent souvent des informations difficiles à interpréter de manière « correcte », soulevant des questions sur leur véracité et leur valeur réelle.

En nous dirigeant vers un réseau d’antennes de réception abandonné, nous avons progressé en comparant cartes et territoire et posé des questions sur le fonctionnement des installations à visiter, leur structure, etc. Un aspect intéressant de cette semaine a été de mesurer nos non-savoirs, où, lorsque nous soulevons certaines questions, personne ne connaît la réponse exacte, ce qui nous amène à travailler avec nos expériences disparates pour tenter une forme d’explication.

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From Wednesday morning, a trek with the Air group alongside the lake with visits at abandoned and current antenna installations used to understand the atmosphere above. As well, an exploration of the veracity how we interpret air quality monitors through in-situ experimentation. #field_notes2019 #bioartsociety #Kilpisjärvi

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Après une série d’expéditions sur le terrain et de sessions de retours d’expériences, l’après-midi du groupe Strange Weather se déroulait sur un site différent : le laboratoire, où la capacité des microscopes permettaient d’envisager une compréhension différente du monde biologique. S’appuyant sur ses expériences d’artiste et de scientifique, Špela Petrič nous a fait faire un voyage visuel et biologique au sein du micro-monde de la vie végétale. Cela implique non seulement la capacité technique de manipuler les microscopes, de nos jours dotés de la capacité de prendre facilement des photos et des vidéos de ce qui est observé, mais également la curiosité artistique d’explorer les échantillons de différentes manières, de travailler avec l’éclairage et la présentation, d’envisager le rôle de l’observateur dans ce que l’on peut connaître de l’observé.

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In the lab with Space Weather group #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Imaginaires post-croissance avec le groupe AIR, par Anu Pasanen (photos: Adrien Rigobello)

Dans l’après-midi, la salle de conférence de la station biologique de Kilpisjärvi se remplit d’AIR, un groupe qui étudie les nombreuses façons dont l’air et l’atmosphère sont interprétés par l’imagination et les conséquences matérielles que ces récits pourraient avoir. Aujourd’hui, l’un des membres, Nicolas Maigret, chercheur et artiste media, présente un exposé sur les imaginaires et les pratiques autour de la post-croissance. Nicolas Maigret est l’un des partenaires du projet Disnovation.org. Ils sont impliqués dans la collecte de différents concepts et principes pour aider à comprendre et à remettre en question les problèmes auxquels nous sommes confrontés en perspective d’un effondrement annoncé.

Maigret propose également un atelier autour d’un jeu de cartes permettant de visualiser et de partager les connaissances. Comme les cartes de tarot, ces cartes composées d’un titre, d’un symbole ou d’une image et d’une courte description, pourraient être utilisées de manière ritualisée pour interpréter et résoudre divers problèmes écosociaux. Ce mélange offre un délicieux goût post-structuraliste. Un exemple qui a retenu l’attention de tous est la Pensée de la 7ème génération issue de la communauté Iroquoise.

Après discussion le groupe décide de créer un cadre vague autour des « biens communs atmosphériques » qui résume leurs préoccupations mutuelles et leurs travaux antérieurs. Dans le processus de fabrique des cartes individuelles, l’un des membres du groupe est confronté à un autre type de problème : comment dessiner un nez ? L’effort d’équipe permet de parvenir à un résultat final satisfaisant.

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Thinking resilience. Yesterday @nicolasmaigret introduced his ongoing work, collecting counter cultural economic resistances. Very interesting to rethink our imaginaries, and as a methodology to reflect on atmosphere. Nicolas is some kind of a post-structuralist superman! #field_notes2019 #secondorder #AIR #atmospehre #resilience #disnovation #alternatives #counterculture #latour #imaginaties #piracy #disobedience @bioartsociety #bioartsociety #kilpisjärvi #feralab @makeryfr

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Avec le groupe High Altitude Bio-prospecting (HAB) dans la neige, par Vishnu Vardhani Rajan (avec Johanna Salmela et Ewen Chardronnet)

La randonnée matinale vers le mont Saana a commencé par un rassemblement du groupe HAB au laboratoire, leur point de départ quotidien. Juste avant la marche, les hôtes de HAB, Melissa Grant & Oliver de Peyer, ont compté le nombre de personnes participant à la marche.

HAB explique ainsi son intérêt pour la région de Kilpisjärvi :
« L’arbre copieusement ramifié de la vie révèle que cette dernière peut exister presque partout sur Terre. 80% de la biosphère, y compris les grands fonds océaniques, la cryosphère aux pôles de la planète et la haute atmosphère sur laquelle se concentre le groupe HAB, est en permanence froide. Pourtant, nous en savons relativement peu sur les organismes qui défient le froid : où vivent-ils ? Comment survivent-ils ? Peut-on les trouver ? Les recherches suggèrent qu’il y a des microbes au-dessus de nous qui ensemencent des flocons de neige et la pluie des nuages, et qui, de ce fait, jouent un rôle essentiel pour la vie au sol, quelque chose d’applicable à chaque écosystème sur cette planète. Il se peut que ces microbes soient peu nombreux et éloignés les uns des autres – faudra-t-il de longs vols pour les trouver ? Est-il possible d’établir le contact ? Pouvons-nous échantillonner la haute atmosphère et découvrir des extrêmophiles et des psycrophiles uniques qui vivent et prospèrent ? »

La montée du mont Saana peut être exigeante, surtout pour les personnes qui n’ont pas l’habitude du trekking. Deux personnes sont parvenus en haut plus rapidement et ont attendu que le reste du groupe les rejoigne. Ils avaient des montres talkie-walkie pour communiquer à une portée raisonnable. L’utilisation de la technologie pour suivre la trace d’une personne à l’arrière était l’un des aspects d’une approche pragmatique sur comment prendre soin de son groupe.

A l’endroit où le groupe avait laissé l’helikite la veille, on vérifiait l’absence d’empreintes de pas d’humains, de renards ou de rennes après la nuit. Il fallait regonfler un peu le ballon qui avait perdu de l’hélium. Le site choisi a un temps accueilli un ancien camp de prisonniers. On peut y voir des restes de la Seconde Guerre mondiale, comme des boîtes de conserve, des tranchées, des piles de bois de chauffage.

Le premier vol de l’helikite semblait avoir été satisfaisant, volant plus haut que la veille. Deux vols supplémentaires étaient ensuite réalisés (dans l’averse de neige). Les prélèvements seront ensuite analysés au laboratoire.

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High Atmosphere Bioprospection in the snow ! #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Notes from Field_Notes: High Altitude Bio-prospecting.⁠⠀ ⁠⠀ #helikite #bioprospecting #field_notes2019 #theheavens #ferallabs #artandscience #fieldlaboratory #bioartsociety

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Notes from Field_Notes: Capturing the motion of a helikite.⁠⠀ ⁠⠀ #helikite #drawing #bioprospecting #field_notes2019 #theheavens #ferallabs #artandscience #fieldlaboratory #bioartsociety

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Des membres du groupe Second Order gonflèrent un ballon solaire, un Aerocene Backpack qui se remplit d’air en courant en cercle avec la bouche du ballon ouverte. Le vol du ballon solaire n’a eu que peu de succès dans la mesure où le soleil était absent, mais c’était tout de même intéressant de voir que les radiations infrarouges de la réflexion de la lumière sur la neige lui permettait de décoller de quelques mètres, avant de redescendre.

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Notes from Field_Notes⁠⠀ ⁠⠀ #solarballoon #field_notes2019 #theheavens #ferallabs #artandscience #fieldlaboratory #bioartsociety

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With the High Altitude Bioprospecting group in the lab. Photos Till Bovermann #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Dans la soirée, Minna Långström projetait son dernier film, The Other Side of Mars. Le film propose un voyage philosophique dans le monde intrigant de la science martienne. A travers le regard de différents experts il raconte comment les images de la NASA sont faites, utilisées et manipulées pour le bien de la science, mais également pour le grand public. Mars est un lieu idéal pour comprendre notre relation paradoxale à la photographie. Est-ce que les images reflètent ou modifient la réalité ?

« The Other Side of Mars », Minna Långström (Liisa Karpo / napafilms, 2019):

Jeudi 19 septembre

Le groupe Strange Weather visite Skibotn (No) et l’Océan Arctique, par Adriana Knouf & Johanna Salmela

Une visite dans un site différent, à Skibotn, et une rencontre avec l’Océan Arctique, des méduses dangereuses sur le rivage et une sirène. Du laboratoire au fjord, une part importante de l’approche du groupe Strange Weather s’intéresse aux cycles entre la terre et le ciel, illustrés au début de notre voyage par une invocation du cycle de l’eau par Marja, et par les croyances Samis concernant la continuité entre les deux.

Notre voyage à Skibotn a consisté à recueillir des images pour un éventuel court métrage jouant un mythe marin Sami racontant l’histoire d’une sirène (que le groupe nommait merma’am) ayant froid et demandant un gant aux marins aux alentours. Si elle reçoit le gant, elle les assistera quand ils en auront besoin. Outre les défis évidents de la prise de vue sur le terrain, il y avait le froid extrême de l’eau, qui a nécessité la mise en œuvre de diverses pratiques de soin de la part de tous pour éviter toute hypothermie. Pour atteindre ce site nous avons traversé d’incroyables panoramas qui, bien qu’au départ similaires à ceux de Kilpisjärvi, offraient ensuite un contraste puissant avec des fjords profonds, des pics abrupts et une végétation différente, commentés par certains membres du groupe. Tout au long du voyage, les conceptions scientifiques, autochtones et poétiques étaient continuellement intégrées, notamment par le biais de la référence aux travaux de Nils-Aslak Valkeapää, nous éclairant sur la manière dont les pratiques fondées sur des savoirs non-hiérarchiques peuvent fonctionner sur le terrain.

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Field_Notes, Day 4: Discussing (strange) weather, namings and water cycle. Reconstructing mermaid myths, encountering sea creatures. Swimming, filming, being and caring. #field_notes2019 #theheavens Helsingin Yliopisto Kilpisjärven Biologinen asema – – Photo Andrew Gryf Paterson and Johanna Salmela #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Jeudi à la station biologique, par Anu Pasanen (photos : Ewen Chardronnet)

Après une matinée de préparation de notre présentation finale du samedi, certains membres du groupe Second Order ont eu l’occasion de faire une promenade au bord du lac. La station biologique est située juste à côté du lac Kilpisjärvi et l’idée était de savoir s’il y avait des sentiers tracés le long de la rive. Un groupe de quatre expéditionnaires était guidé par Leena Valkeapää, une artiste locale et hôte de longue date de la résidence Ars Bioarctica de la Bioart Society. Au cours de la promenade, elle partageait ses connaissances sur l’écologie, l’histoire et la culture des rennes. La lumière du soleil d’automne révélait des myrtilles, des airelles et des alchemilles prêtes à être ramassées. Des branches cassées accueillaient des communautés de myxomycètes.

Le vent soufflait depuis la frontière des trois États, Finlande, Suède et Norvège. Les vagues et l’écume léchaient une formation rocheuse inattendue sur le rivage. C’est du dessus que l’on pouvait le mieux voir sa beauté ; des roches convergeaient en spirale des plus gros aux plus petits cailloux. Il est très inspirant de constater que même sur une courte marche comme celle-ci, il est possible de faire de nombreuses découvertes qui soulèvent des questions sur l’origine humaine ou non-humaine des phénomènes rencontrés : la piste étroite sur le sol spongieux de la forêt que nous avions intuitivement suivi pourrait aussi bien relever de l’empreinte de gens comme de celles de rennes, ou peut-être est-ce le résultat des expéditions par plusieurs parties coexistantes.

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Walk near the lake with the Second Order group and Leena Valkeapää, looking for what is human and non-human made #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Dans la soirée le groupe Strange Weather proposait une session de méditation au bord du lac et une soirée de lecture dans le kota par Andrew Paterson :

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#field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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#field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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#field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Randonnée nocturne et exploration du ciel avec le groupe Space-Earth-Space, par Sophie Dulau et Adrien Rigobello

Equipés pour la nuit, nous montons à 21h dans le van pour rejoindre le point de départ d’une randonnée nocturne en montagne avec le groupe Space Earth Space. Nous sommes tous très excités par cette nuit d’exploration du ciel ! Le groupe SES nous emmène dans une longue randonnée à travers la nuit noire, marchant en silence avec des lampes frontales jusqu’à la montagne, où aucune lumière urbanisée ne peut perturber la vue du ciel.

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Spationauts in Lapland. Introducing sensitive science, aware of contexts and individuations, exploring boundaries of ways of living to one another and space. Reindeers anthropological field notes in coming. #relocalization #astronauts #spationauts #remote #notremote #spaceearthspace #field_notes2019 #bioartsociety @bioartsociety @makeryfr #theheavens #kilpisjärvi #feralab

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Nous sommes arrivés gelés au kota, une structure en bois de Laponie construite en forme de tipi, avec une ouverture pour laisser s’échapper la fumée du foyer du poêle à bois. Le temps de lentement nous réchauffer, nous avons pris le temps de regarder le feu qui brûlait et de parler d’astronomie, puis nous sommes tous sortis pour regarder les étoiles à ciel ouvert. Nous avons même pu voir des aurores boréales glisser au-dessus de nous et l’équipe SES a pris de nombreuses photos avec des objectifs spécifiques capables de capturer un tel phénomène. Il faisait très froid dehors, les vagues du lac grossissaient et le vent devenait plus fort. Nous sommes tous rentrés à l’intérieur pour nous réchauffer au coin du feu, parlant de science et de vérité, et Flis Holland, artiste du groupe SES, a livré une performance incroyablement émouvante et puissante en lisant un texte qu’elle avait préparé pour la nuit.

Le vent cesse de souffler et d’éroder le paysage montagneux au petit matin. La lumière est douce et les rennes paissent tranquillement. Rien ne vous prépare mieux pour une bonne journée qu’une randonnée matinale froide ! Et puis, on se rend bien compte que la magie du moment vient du fait évident que nous sommes venus la nuit dernière, avec aucune visibilité au-delà de quelques mètres. Le mont Saana se révèle dans ses centaines de milliers d’années, humblement, il s’est occupé de nous.

La randonnée mène peu à peu de l’atmosphère surréel du plateau à une large et riche perspective sur la région subarctique d’Enontekiö. L’automne est florissant, nous n’avons toujours pas bu de café, mais nous nous nourrissons de toute façon de la beauté des feuilles de bouleau.

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A beautiful night hike with the Space Earth Space group from Field Notes 2019 in Lapland. We saw plenty of shooting stars and amazing aurora borealis! . . . #field_notes2019

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Spationauts in Lapland. Introducing sensitive science, aware of contexts and individuations, exploring boundaries of ways of living to one another and space. Reindeers anthropological field notes in coming. #relocalization #astronauts #spationauts #remote #notremote #spaceearthspace #field_notes2019 #bioartsociety @bioartsociety @makeryfr #theheavens #kilpisjärvi #feralab

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Lire le premier journal de bord du groupe Second Order à Field Notes – The Heavens.

Field Notes est un programme organisé par la Bioart Society avec le soutien du réseau Feral Labs

Qu’est-ce qui fait de nous des humains ? Rencontre avec Paul Vanouse, Prix Ars Electronica 2019

Bioreactor from "Labor" installation by Paul Vanouse © Tom Mesic

Paul Vanouse est lauréat du Golden Nica dans la catégorie « Intelligence artificielle et Art du Vivant » du Prix Ars Electronica 219, pour son installation « Labor ». Entretien.

Marie Albert

Paul Vanouse est un artiste biomedia basé aux USA où il dirige le Coalesce center for biological art de l’Université de Buffalo (New York). Son installation artistique Labor – récompensée par le Golden Nica dans la catégorie Intelligence Artificielle et Art du Vivant au festival Ars Electronica – recrée l’odeur de la transpiration humaine. Makery l’a rencontré à la veille de la cérémonie de remise des prix, et interrogé à propos des liens entre sueur et travail, et de ce qui nous définit en tant qu’êtres humains.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le processus scientifique à l’œuvre dans l’installation Labor, qui recrée les différentes odeurs de la transpiration humaine ?

Paul Vanouse: Dans l’installation Labor, le visiteur peut observer 3 bioréacteurs, chacun contenant une des bactéries qui métabolisent notre sueur : Staphylococcus epidermidis, Corynebacterium xerosis et Propionibacterium avidum. Chacune d’elles évolue dans un endroit différent de nos glandes sudoripares, métabolise les nutriments d’une façon différente, et donc dégage une odeur différente.

Par ailleurs, il faut savoir que nous avons deux types de glandes sudoripares. Les glandes eccrines sont composées majoritairement d’eau, la sueur qu’elles sécrètent émet donc peu d’odeur. Les glandes apocrines, elles, sécrètent une sueur plus riche en corps gras, et sont majoritairement responsables des odeurs de transpiration. Ce sont elles qui sont à l’origine de nos sueurs froides par exemple. J’aime bien cette image des glandes eccrines qui représenteraient le travail des cols bleus, et les glandes apocrines celui des cols blancs.

L’installation présente également sur les murs des impressions réalisées à partir de t-shirts imprégnés de transpiration, qui placés entre deux feuilles de papier, y ont imprimé l’empreinte de la sueur qu’ils contiennent. Au milieu de l’espace se trouve aussi un t-shirt sur lequel on peut sentir une odeur de transpiration, mais sans aucune présence humaine. Il est en quelque sorte le symbole de l’atelier clandestin (ou sweatshop en anglais) un peu étrange qui se trouve sous nos yeux, représentant non seulement « l’uniforme » que l’on porte dans ce type d’atelier, mais aussi ce que l’on y produit, à savoir de la sueur humaine.

« Labor » de Paul Vanouse au OK Center de Linz, exposition « Cyberarts » des prix 2019. © Tom Mesic

L’odorat est un sens très puissant pour créer des images mentales, on parle d’ailleurs de mémoire olfactive. En parallèle, la transpiration est un phénomène très intime et personnel. A travers cette installation, quelles réactions ou émotions imaginez-vous susciter ?

Je pense que les réactions peuvent être sensiblement différentes. J’espère peut-être que, d’un côté, le public sera suffisamment séduit pour entrer et observer les objets, mais aussi qu’il prendra le temps de rester un moment pour vivre sa propre expérience, liée à l’odorat. Certains seront peut-être transportés dans un vestiaire, ou dans un endroit où ils ont travaillé ou passé du temps… et à ce moment là, il s’agit d’une expérience tout à fait personnelle.

Par exemple, l’un des réacteurs contenant la bactérie Staphylococcus produit de l’acide isovalérique. Ce composant chimique émet une odeur que certaines personnes sont génétiquement cent fois plus prédisposées à sentir que d’autres. Quand je le sens, je rougis presque parce qu’il s’agit d’une odeur très intime, mais certaines personnes ne sentiront rien !

Visuellement, on part de l’image d’un laboratoire, avec les réacteurs chimiques, pour arriver à un symbole presque politique, le t-shirt blanc tâché de sueur du travailleur. Le bioart est-il un moyen pour vous d’amener la science et ses évolutions sur un plan plus politique ou philosophique ?

Ce que je souhaite, c’est que l’on arrête de mettre dos à dos les questions scientifiques, historiques, ou philosophiques. J’espère que, d’un point de vue épistémologique, cette façon simpliste de tenir les non-scientifiques à l’écart du débat va commencer à disparaître…

J’ai donc essayé de produire une installation où tous ces éléments sont étroitement liés les uns aux autres. Si vous tirez un premier fil, vous pouvez tout d’abord obtenir une réponse uniquement scientifique : « Ok, cet artiste utilise les trois composantes de la sueur pour reproduire l’odeur de la transpiration humaine ». Mais cela reste une interprétation assez légère…

En effet, ces expériences scientifiques sont aussi pour moi une critique de l’idée que l’ADN nous définit, que nous sommes notre ADN, en montrant que les microbes nous co-définissent. Ce qui est intrigant, c’est que même si la sueur est l’un des composants humains les plus riches, elle est produite non pas tant par les humains que par les microbes qui vivent en nous. Il s’agit donc aussi de réaliser qu’il y a toujours une part d’insaisissable, qu’il y a toujours quelque chose qui nous échappe, même dans la science.

Paul Vanouse avec son Golden Nica.

Votre installation questionne différents concepts, avec plusieurs niveaux d’interprétation : de l’évolution du travail dans nos sociétés à ce qui définit biologiquement notre humanité (notamment les bactéries), et la relation entre humain et non-humain. Quel lien faites-vous entre tout cela ?

Ce qui est intéressant pour moi, c’est lorsqu’une œuvre n’a pas un message unique à transmettre. Par exemple, si je regarde cette installation du point de vue du travail, cela montre son évolution pernicieuse, du travail manuel (les travailleurs étant définis par le terme de « main d’œuvre ») à cette époque industrialisée où la machine a commencé à remplacer les humains.

Puis, au XXIe siècle, nous constatons que c’est le travail microbiologique qui de plus en plus définit le capitalisme moderne. C’est à travers le travail microbiologique que nous produisons nos enzymes, nos aliments, nos matériaux de construction, etc. Et ce qui est encore plus ironique, c’est que dans bien des cas, les bactéries ne sont pas seulement les « ouvrières » qui fabriquent les produits, mais elles auto-génèrent leur propre reproduction. Ainsi dans notre exemple, les microbes ne métabolisent pas seulement la sueur, ils se métabolisent entre eux également, fabriquent leurs propres sous-produits et gèrent donc les moyens de leur reproduction.

Vous êtes directeur d’un laboratoire de bioart, et vous êtes à la fois artiste et scientifique, deux domaines que l’on peut considérer comme assez opposés. Selon votre expérience, comment ces deux visions du monde peuvent-elles cohabiter, dialoguer et se répondre ? Quelle est la place des artistes dans un laboratoire scientifique ?

Une des connexions évidente pour moi est la question du corps. La première chose que nous faisons en école d’art est de nous asseoir pour observer le corps des modèles, en essayant de le comprendre. C’est la grande question que se posent la plupart des artistes : comment se comprendre soi-même ? Je pense que beaucoup de biologistes s’intéressent à la même chose !

L’impulsion de départ est donc assez similaire, ensuite c’est simplement une façon différente de voir les choses et de poser des questions. La raison pour laquelle l’art m’intéresse est qu’il cherche fondamentalement à se redéfinir continuellement, à réinventer ses propres modèles. Et ce qui est intéressant avec un projet artistique, c’est de sentir qu’il n’a pas à obéir aux mêmes contraintes méthodologiques que dans d’autres domaines.

Par ailleurs, je m’intéresse aussi à cette idée que l’esthétique, cette faculté même qui nous permet de donner un sens aux choses, de les évaluer, est traditionnellement liée à cette idée du bon goût. Et bien sûr, les sécrétions corporelles ne sont jamais polies ou appropriées et certainement pas de bon goût. Cela m’intéresse de voir comment on peut lier le bon goût (au sens de l’esthétique) et le dégoût, dans une installation artistique comme Labor.

Il y a quelques années déjà, vous avez reçu une distinction du festival Ars Electronica pour votre installation The America Project autour du procédé d’empreinte génétique. Qu’est-ce qui a changé depuis lors dans les principaux domaines de la biotechnologie, quels nouveaux défis devons-nous relever ?

Mon travail sur l’ADN visait à aller contre l’idée réductrice que nous sommes notre ADN, qu’il représente l’étalon-or ou la vérité absolue, ce qui signifierait également que nous serions prisonniers de notre patrimoine génétique.

« America Project », Paul Vanouse © Martin Hieslmair

Je critique cette idée dans mon travail depuis quinze ans, et il y a environ cinq ans, j’ai démarré le projet Labor avec cette idée en tête : mettre en lumière ce qui définit notre humanité, d’une façon bien plus complexe que la génétique ne le permet. En effet, nos bactéries nous définissent d’une manière qui, contrairement à l’ADN, change tous les jours. Elles dépendent de l’endroit où nous vivons, de qui sont nos amants, de ce que nous mangeons, de notre état émotionnel… C’est un environnement complètement mouvant ! Je crois que cette représentation peut nous aider à sortir de notre « prison héréditaire » et de cette vision eugéniste qui l’accompagne. Et c’est ce chemin que j’espère que les gens auront l’occasion de faire au contact de l’installation…

En savoir plus sur Paul Vanouse.

Retrouvez notre article sur l’atelier « Soybean Futures » à Ars Electonica 2019.

Field Notes explore les cieux en Laponie subarctique (1/3)

Le groupe Space Weather a exploré un ancien site isolé pour les gardiens de troupeaux de rennes. © Makery

Field Notes est un laboratoire art&science de terrain organisé du 15 au 22 septembre par la Bioart Society à la Station Biologique de Kilpisjärvi en Laponie finlandaise. Cinq groupes y travaillent une semaine sur des questions situées «au dessus du sol». Premiers jours de l’expérience dans le journal de bord du groupe Second Order.

Ewen Chardronnet

L’expédition « Field_Notes – The Heavens » organisée par la Bioart Society de Helsinki dirige cette année son attention et ses expériences vers le ciel du cadre subarctique unique de la Station Biologique de Kilpisjärvi et de ses environs – à la frontière Finlande-Suède-Norvège. Les quarante participants se retrouvent une semaine pour en apprendre davantage sur ce qui se trouve au-dessus du sol : la biologie dans l’air, les échanges matériels permanents entre Terre et espace, l’atmosphère comme hyperobjet, les politiques aérienne et spatiale, les histoires samis et les liens du vivant avec le ciel de manière générale.

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Day2 of #kilpisjärvi with #bioartsociety #field_notes2019

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La biochimiste Melissa Grant et le spécialiste en automatisation de laboratoire Oliver de Peyer accueillent le groupe High Atmosphere Bio-prospecting qui mène des investigations aériennes sur la présence de vivant, bactéries, microbes, etc. – comme de polluants – dans les nuages, les flocons de neige, l’air.

L’artiste Andy Gracie et le groupe Space-Earth-Space explorent les échanges et connexions tangibles et conceptuelles entre l’espace et la Terre. Un de leurs centres d’intérêt consiste en l’étude des échanges matériels entre l’espace et la Terre, météorites, aurores, etc., et des méthodes pour y parvenir.

Le groupe AIR de l’artiste Hanna Husberg et de la scientifique environnementale Agata Marzecova part de l’idée que la connaissance de l’atmosphère est contingentée par les appareillages techno-scientifiques, les épistémologies et les infrastructures du complexe militaro-industriel commercial et ne peut être séparée des histoires et des politiques du capitalisme et de la pensée scientifique. Elles cherchent à percer les pratiques politiques et esthétiques qui permettent d’appréhender et de ressentir l’atmosphère.

Marja Helander, une artiste d’origine Sámi, accueille le groupe Strange Weather. Du fait que les participants de Field Notes durant leur laboratoire temporaire à Kilpisjärvi sont des invités de la terre Sámi – connue sous le nom de Sápmi – le groupe s’intéresse d’un côté aux incidents de colonisation aérienne, comme les pluies acides, Chernobyl, ou le changement climatique, et comment cela modifie la vie indigène, mais donne également la possibilité de dépasser nos notions pré-conditionnées du ciel via les savoirs situés de la population locale.

Enfin, comme à chaque édition de Field Notes, le groupe Second Order suit un modèle de travail différent des autres. Accueilli cette année par Ewen Chardronnet de Makery, le groupe est composé de philosophes, théoriciens, chercheurs indépendants et autres praticiens appropriés. Leur modèle de travail se déploie sur deux axes : d’un côté ils effectuent des recherches sur les autres groupes, et de l’autre, ils agissent comme agents discursifs, introduisant des perspectives critiques de manière à dépasser les frontières, méthodes et pratiques traditionnelles de la recherche.

Dimanche 15 septembre

Transferts et transitions, par Luis Campos

Champ des possibles. Rare est l’occasion dans sa vie de rencontrer un groupe d’étrangers dans une gare du cercle polaire arctique dans le nord de la Finlande. Plus rare encore de voir un bus rempli d’étrangers amicaux, chacun emmenant un monde fascinant avec lui, encore inconnu et à découvrir. Mais tous comprenant que d’ici la fin de la semaine, le bus serait rempli, non pas de gens, mais de personnalités, d’individus. Comme Rilke l’a écrit un jour : « Oh, comme nous chérissons l’inconnu : / trop vite un visage cher prend forme / à partir de contrastes et d’analogies. » Nous nous dirigeons toujours vers le nord, vers l’inconnu.

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This week we will be working in Gilbbesjávri/Kilpisjärvi in Sápmi/the sub-arctic Lapland to explore questions located above the ground: life in high altitudes, the ongoing material exchange between earth and space, atmosphere as hyperobject, the politics of air and space, Sámi stories and life related to the sky, and more.⁠ ⁠ To follow Field_Notes 2019 – The Heavens, look for the hashtag #field_notes2019 and visit the Bioart Society Facebook group at facebook.com/groups/bioartsociety!⁠ ⁠ Field_Notes is an art&science field laboratory taking place in and around the Kilpisjärvi Biological Station of the University of Helsinki. It invites a group of artists, scientists and other practitioners to work together developing, testing and evaluating specific interdisciplinary approaches on questions related to a specific theme.⁠ ⁠ Field_Notes – The Heavens is part of the Feral Labs Network, which is co-funded by the Creative Europe programme of the European Union. It is further co-funded by Kone Foundation, the Ministry of Education and Culture Finland and Arts Promotion Centre Finland.⁠ #bioartsociety #field_notes2019 #theheavens #ferallabs @koneensaatio @okmfi @taikegram #fieldlaboratory⁠ ⁠

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#field_notes2019

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Lundi 16 septembre

La première matinée est dédiée à la présentation des groupes. Dans l’après-midi une première randonnée est organisée vers le mont Saana, mont sacré des Sámis et un des rares sommets isolés de Finlande dépassant les 1 000 mètres, avant de se séparer formellement entre les différents groupes.

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Andy Gracie presents the Space Earth Space group at #field_notes2019 on first morning. #bioartsociety #ferallabs

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Maria Helander, Sami artist, filmmaker, photographer, introduces the members of the Strange Weather group that will explore climate change impact on Sami culture and territory. #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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First group hike on Saana mountain on first day of #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Arrivées et possibilités, par Luis Campos

Notre première ascension au-delà de la limite forestière du mont Saana nous apporte des vues à couper le souffle mais coupe également le souffle de nos poumons. Le ciel est globalement nuageux, mais percé par des rayons de soleil en diagonale. Au bout de la piste qui fait le tour du mont nous atteignons un refuge de randonnée, au bord d’un lac arctique, où nous organisons pour la première fois notre travail à venir, cherchant à établir quelques règles de base. Nous avions l’impression que c’était à nous d’établir les règles, mais nous avons trouvé là des règles déjà écrites lorsque nous sommes arrivés :

« On attend de ceux qui utilisent ce refuge qu’ils respectent les codes de conduite universellement acceptés dans le désert. » Qu’est-ce que la nature sauvage dans un lieu traversé par les éleveurs de rennes depuis des temps immémoriaux, et étudié par une station biologique depuis plus d’un siècle déjà ? Quels codes de conduite universellement acceptés régiront nos conversations et nos interventions ? La première règle impliquait son statut évident, mais son invocation même soulevait plus de questions pour nous.

« Il peut arriver que la hutte ne soit pas dans le meilleur état possible à votre arrivée. Néanmoins, n’ajoutez pas de commentaires aux notes des derniers visiteurs. Si quelqu’un a négligé ses devoirs, vous ne trouverez probablement pas sa signature dans le livre. » Quelles explorations pouvons-nous faire en ce vaste lieu, dans le sillage d’autres personnes, ou respectueuses, ou inconscientes ? Qu’est-ce que le respect de l’un, l’oubli de l’autre ? Il faut des décennies pour que les cicatrices guérissent dans cet environnement, nous l’avons déjà appris. Mais les cieux au-dessus de nos têtes se suffisent à eux-mêmes – comment pouvons-nous nous suffire à nous-mêmes et aider ceux qui viennent après nous ? Comment sortir du refuge dans les meilleures conditions possibles pour s’ouvrir à ce qui vient d’en-haut (inspiration, muses, micrométéorites et autres visiteurs célestes), à ce qui s’élève (comme nous), et à ce qui nous parle depuis un autre temps, constituant ainsi, et sans le savoir, nos manières mêmes de penser ?

« Ne dessine pas tes initiales sur les murs du refuge. C’est une coutume infâme et rejetable. » Des traces sont toujours visibles dans ce pays : pistes, raccourcis ne respectant par les tracés pédestres prévus, crashs d’avions, camps de concentration, routes. Quelles signatures laisserons-nous ici, intentionnellement ou non ? Quelles coutumes infâmes devons-nous rejeter ? En tant que membres du groupe Second Order, est-il si nécessaire d’insister sur les traces de notre présence ? De faire en sorte que les choses soient si inéluctablement les nôtres ?

« Un nouveau venu fatigué a plus de droits sur le refuge qu’un voyageur déjà reposé et ce dernier devrait si possible, et si nécessaire, le quitter. La raison résout toutes les difficultés. » Nous sommes nouveaux à cet endroit et prêts à être fatigués – prêts à sentir nos poumons et nos muscles brûler, notre cerveau briller avec de nouvelles idées et de nouvelles analyses. Nous nous préparons à nous réjouir dans nos existences conjointes, à travailler et à nous fatiguer, à nous épuiser et à aller … au sauna. Comme l’écrivait Goethe : « Quand la nature saine d’une personne fonctionne comme une totalité, quand on se sent soi-même dans le monde comme dans un tout vaste, beau, digne et précieux, quand un sentiment harmonieux de bien-être procure un plaisir pur et libre, alors l’univers, s’il était capable de sensation, se réjouirait d’avoir atteint son but et s’émerveillerait devant son propre développement et être. Car à quoi servent toutes les dépenses des soleils, des planètes et des lunes, des étoiles et des galaxies, des comètes et des nébuleuses, des mondes accomplis et en développement, si à la fin une personne heureuse ne se réjouit pas inconsciemment d’exister ? »

Nous n’avions pas reçu de règles, nous avions quelques idées. Mais ces règles sont des règles que nous pouvons suivre.

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First team building hike around Saana mountain in Kilpisjärvi for the Second Order Group of #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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More encounters with non-humans (and a few humans, at least partially) around Saana near #Kilpisjärvi @ #field_notes2019 and #bioartsociety

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Mardi 17 septembre

Le groupe Strange Weather Group, par Sophie Dulau et Ewen Chardronnet

Aujourd’hui nous avons suivi le groupe Strange Weather dans une randonnée avec Oula Valkeapää, un gardien de troupeau de rennes Sámi. Il nous a amené dans un voyage dans les altitudes subarctiques, et nous avons suivi son pas rapide et assuré à travers le paysage rude et beau. Il a partagé avec nous son mode de vie, en tant qu’éleveur de rennes, et ses connexions profondes avec la nature et les éléments naturels qui le guident à travers les huit saisons de l’Enontekiö. « Le vent est un poème » nous a dit Oula, nous espérons pouvoir nous inspirer de telle poésie.

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Cold river crossing challenge #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Some of The Strange Weather Group #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Oula Valkeapää nous a montré les différents types de lichen dont les rennes se nourrissent durant la saison d’hiver et nous a conduit jusqu’au sommet d’une colline pour voir un gárdi, un ancien enclos en vieilles pierres où les gardiens de troupeaux avaient l’habitude d’amener jusqu’à 1000 rennes à la fois.

Comme Wikipedia nous le rappelle « les rennes sont les seuls grands mammifères capables de métaboliser le lichen grâce aux protozoaires et aux bactéries de leur système digestif. Ils sont les seuls animaux (à part quelques gastéropodes) où l’enzyme lichenase, qui brise la lichénine en glucose, a été retrouvé. La fermentation du lichen dans leur rumen leur tient chaud et leur permet de supporter de très grands froids malgré peu de mouvements. » S’intéresser au vol erratique des spores de lichens dans le territoire Sámi, et à l’impact des pollutions lointaines et du changement climatique sur ces derniers, sont des questions importantes à considérer pour Field Notes. Nous avons trouvé des histoires racontant l’impact de Chernobyl sur les lichens et les champignons, et également d’hécatombes récentes de milliers de rennes mourant de famine en Sibérie. Les animaux semblent être morts du fait des couches anormales de glaces et de neige dans leur habitat, ce qui rend impossible pour eux d’accéder aux lichens et autres végétations dont ils se nourrissent. Causée par des températures anormalement douces, la fonte de la glace avait produit des niveaux élevés d’évaporation et d’humidité, ce qui a provoqué de fortes averses de pluie qui ont trempé la couche inférieur du sol enneigé (un phénomène que les scientifiques appellent les événements de pluie-sur-neige, ou ROS, pour « rain-on-snow »). Les événements de pluie-sur-neige furent suivis de chutes brutales de températures qui entrainèrent le gel de la neige. Oula confirmait que la glace est un problème pour les rennes affamés.

Nous avons également collecté de nombreuses plantes, lichens, algues et avons été très enthousiastes de trouver des myxomycètes. Le travail du groupe Strange Weather se poursuivra à la station par des observations au microscope.

Le soir le groupe soulevait ensuite la question de comment respecter – plutôt que d’exoticiser – la culture Sámi, et de comment considérer une compréhension modeste du perspectivisme et de la perception du lien nature-culture Sámi, comme des questions éthiques des méthodes de documentation au sein du groupe lui-même.

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variations of shapes . lichen in the subarctic . . . #fiel_notes2019 with @bioartsociety

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On a walk in the subarctic landscapes with Oula, samí reindeer herder

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Visiting a remote Sami sort of 'megalithic site' built by reindeers herders in undefined time, a round wall to host thousand of reindeers. Strange Weather Group #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Avec le groupe Space-Earth-Space, par Anu Pasanen et Johanna Salmela

Un télescope se trouve au milieu de la pièce à la Kiekula House de la station où séjourne le groupe Space-Earth-Space. Le groupe ajuste son équipement pour les jours à venir : ils construisent une caméra grand angle du ciel sans fil en suivant les recommandations de instructables.com et préparent le télescope.

Certains pensent également à la poésie du langage des météorites, du fait qu’aujourd’hui ils ont l’intention d’étudier les micro-météorites. Le groupe se dirige vers le sentier situé après celui ouvrant l’accès au mont Saana pour collecter des échantillons au pied d’une cascade, considérant que c’est un possible site pour isoler de la poussière cosmique.

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Space-Earth-Space group watching the very distant balloon of the HAB group #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Le groupe rencontre l’équipe High Altitude Bio-prospecting qui fait voler son helikite au pied du Saana. Tout le monde essaye d’écouter les ondes VLF. A proximité se trouve le site du crash d’un avion de la Seconde Guerre mondiale. Le ballon flotte au-dessus de nous, un avion passe à proximité. On relève différentes couches de connexions et d’échanges entre l’espace et la Terre. En l’absence d’aimants, une cuillère à café devient un outil utile. Pas besoin de télescope ici.

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Space-Earth-Space group searching for micrometeorites. #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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Après l’excursion, les petites bouteilles remplies de sol et d’eau sont ramenées au laboratoire. Le groupe trouve le temps d’observer l’un d’entre eux avant le diner. Il pourrait y avoir de l’or, mais la question des micro-météorites reste non résolue.

De l’AIR là l’HAB, par Luis Campos

La journée commence par des discussions matinales au sein du groupe AIR autour de l’atmosphère, à partir de théories de la verticalité, de questions entourant la privatisation de l’atmosphère, et de questions de souveraineté atmosphérique. De l’étude des éléments premiers aux grands laboratoires atmosphériques, le groupe s’intéresse à la façon de suivre les résonances et les liens isomorphes des méthodologies d’échec. Après une pause, le groupe se penche sur un film vidéo traitant de la place des drones dans notre monde contemporain et qui explore ce thème à travers des séquences live de vols et de crashs avec narration en voix off.

Crash Theory » de Adam Fish :

Une discussion animée s’en suit sur les nombreuses façons dont les drones, le fait de « clôturer » l’atmosphère et de refondre le monde par les images des bases de données compliquent notre compréhension de l’air, de la justice, de l’environnementalisme, de l’intimité et du soin. Comment s’intéresser aux collisions peut-il nous aider à figurer les entailles infligées à notre nature-culture et à penser des moments de réparation ?

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In #field_notes2019, the AIR group got into Crash Theory (drone inspired), the negative space contoured by technological failures. When we try to care about the environment, endangered non-human, with technological appatus such as drones, how to care without being violently benevolent? And which are the inherent bias embedded in aerial robotics (verticality, power shift)? Thanks to Adam Fish for the proposal 🤠 #care #rituals #ontologies #pharmakon #violentbenevolency #drones @bioartsociety #feralab #kilpisjärvi #power #art #crashtheory @makeryfr

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Après le déjeuner, il était temps de décoller, et je passais des sommets de la théorie à un essoufflement physique en gravissant le mont Saana avec le groupe HAB, qui explore la possibilité d’une bioprospection en haute altitude. L’objectif était d’atteindre la limite forestière pour lancer la première mission de l’hélikite. Le transport des bouteilles d’hélium de 50 kg sur le sentier de montagne nécessitait les efforts combinés du groupe, qui avait auparavant délimité un espace approprié à quelques minutes de marche du sentier, relativement plat et exempt de roches. En l’espace d’une demi-heure, cette cuvette de montagne était transformée en aire de lancement, les crochets étaient vissés dans les rochers, les câbles d’amarrage attachés et l’helikite était prêt à être gonflé.

Alors que des nuages orageux menaçaient dans la vallée en contrebas, le groupe Space-Earth-Space se joignait à nous pour un moment, revenant de leur collecte de micro-météorites. Alors que les jours suivants visent à explorer les perspectives de ramener des aérobactéries sur terre, le travail d’aujourd’hui consistait en un test d’orchestration du travail d’équipe lors d’un premier lancement, ponctué de fréquents moments d’improvisation et de réparation, le groupe construisant progressivement un chemin technique vers le ciel. Des dispositifs d’enregistrement étaient testés puis fixés au fur et à mesure que le ballon se gonflait, sifflant à mesure que l’hélium s’infiltrait. Finalement, une fois les attaches retirées, l’helikite se hissait rapidement dans une ouverture de ciel bleu, directement au-dessus de nos têtes. Grâce à la médiation numérique, les sons du vent dans l’étai du kite (sorte de « harpe éolienne ») émettaient des tensions célestes étrangement angéliques, se mêlant à des exclamations terrestres de joie devant le ballon montant, à quelque 744 mètres au-dessus du niveau de la mer (et 200 mètres au-dessus de notre sol) s’inscrivant ainsi dans le répertoire international des ballons météorologiques.

Passant d’une matinée éthérée axée sur la théorie du crash à un après-midi de lancement physique, ce fut une journée difficile avec une variété d’ascensions verticales.

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First day for the High Atmosphere Bioprospection group. Heavy equipment to take to the trees border at the foot of Saana mountain. #field_notes2019 #bioartsociety #ferallabs

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The Helikite went up and came back down on Mt Saana- epic experience #field_notes2019

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Le groupe AIR, par Vishnu Vardhani Rajan, Ewen Chardronnet et Adrien Rigobello

Après le déjeuner Adam Fish organisait une session de pilotage de drone.

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#field_notes2019 Day2 in Lapland @bioartsociety

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Suite à cette expérience, et en tant que « philosophe corporelle », Vishnu Rajan du Second Order facilitait une activité, une « privilege walk ». Par cette expérience, Vishnu rebondissait sur l’utilisation du concept de « savoir situé » et sur l’usage de méthodologies décoloniales appliquées aux régimes dominants des sciences de l’air et de l’espace, suggérés par Ewen Chardronnet lors de l’introduction du groupe Second Order le matin précédent.

La zoologiste et philosophe américaine Donna Haraway a développé le concept de « savoirs situés » dans le contexte des études féministes de la science dans les années 1980. Haraway encourage les chercheurs à considérer leur point de départ, leur lieu de « réflexion ». Elle dit que les savoirs situés exigent de penser le monde en termes « d’appareil de production corporelle ». Le monde ne peut être réduit à une simple ressource si sujet et objet sont intimement liés. Les corps en tant qu’objets de connaissance dans le monde doivent être considérés comme des « nœuds génératifs matériels-sémiotiques », dont les « frontières se matérialisent dans une interaction sociale ».

Donna Haraway nous dit de « penser avec » et le groupe Second Order suggère aux autres groupes de « penser avec », penser avec l’air, les rennes, le lichen, les Sámis, le cosmos.

Liu Xin a présenté ses travaux sur le smog en Chine en soulevant des questions critiques autour des relations entre nature-culture et air urbain. En enquêtant sur la manière dont les réseaux sociaux documentent et démontrent les réactions du public face à la dramatique pollution atmosphérique, Liu Xin recueille les preuves d’une contre-culture latente qui existe et résiste à l’institutionnalisation de la surveillance du climat.

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Lapland is inspirational, but it's inhabiting animals and rituals are even more interesting 🔍 @bioartsociety #field_notes2019 #feralab @makeryfr #decolonizing #air #atmosphere #rituals #mediatheory #culturalstudies #fightingtheman

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La toxicité est définie et étudiée au moyen de nos sens, expériences et mesures ; la quantification de la santé ouvre un espace d’exploitation capitaliste sous forme de pilules en vente libre, par exemple, ou même de bouteilles d’eau potable. Une publicité produite par une ONG chinoise cristallise particulièrement cette tension :

Au-delà des aspects humoristiques de cette vidéo, nous pouvons observer une transition d’un comportement anesthésié à un comportement plus profondément engagé. Le personnage qui coupe son poil de nez reprend le pouvoir sur son contexte – il n’accepte pas de mettre un pansement sur la situation, mais décide plutôt de prendre ses responsabilités, même si cela fait mal à court terme.

La vidéo suivante a été interdite en Chine. Dans Under the Dome, le réalisateur Chai Jing critique avec poésie la pollution de l’air et appelle à l’action.

Under the Dome de Chai Jing:

 

Le groupe High Atmosphere Bio-prospecting, par Adriana Knouf

Au moment où j’écris ces lignes, la neige tombe devant Saana mercredi après-midi. J’ai passé la journée précédente avec le groupe HAB de bioprospection en haute altitude. Avec l’objectif ultime de collecter de la vie microbienne dans la stratosphère, le voyage de HAB à Kilpisjärvi a pour but d’explorer différentes possibilités de charge utile avec un ballon captif s’élevant à 200 m au dessus du sol. La matinée a été consacrée à la découverte du matériel et de multiples expériences par divers membres du groupe, allant de la radio à la biologie, en passant par le dessin, la photographie, les arts sonores et le design textile. L’expérience de chaque personne se mêle étroitement avec celles des autres d’une manière passionnante au sein de ce groupe transdisciplinaire.

L’objectif de l’après-midi était de lancer le ballon à partir d’un point situé à mi-hauteur du mont Saana. Bien que cela semble relativement facile à réaliser, ce n’est pas le cas lorsque plusieurs dizaines de kilos de bouteilles d’hélium doivent être transportés à la main. Autant dire que nous avons tous eu nos séances sportives ! Une fois sur place, les choses se sont déroulées sans heurt, depuis l’assemblage du ballon et son arrimage jusqu’au lancement test au-dessus du petit plateau. En bref, cette journée était entièrement un effort de groupe et il était incroyable de voir le ballon juste au-dessus de nous, d’entendre sa transmission radio et de capter les vibrations de la corde de l’helikite qui maintenait un lien avec la terre de cette incursion dans les cieux.

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Day two at Field_Notes and our first launch of the helikite! I’m working as part of the HAB (High Altitude Bioprospecting) group exploring extremophile life in the sub-arctic atmosphere @bioartsociety #field_notes2019 #ferallabs

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“Field_Notes – The Heavens” se poursuit jusqu’au dimanche 22 septembre. Lire le deuxième chapitre du journal de bord.

Field_Notes est un programme organisé par la Bioart Society et fait partie de la série Feral Labs Network
Le Feral Labs Network est cofinancé par le programme Europe Créative de l’Union Européenne. La coopération est menée par Projekt Atol à Ljubljana (Slovénie). Les autres partenaires #ferallabs sont la Bioart Society (Helsinki, Finlande), Catch (Helsingor, Danemark), Radiona (Zagreb, Croatie), Schmiede (Hallein, Autriche) et Art2M/Makery (France).