J’ai flotté dans un caisson de privation sensorielle Meïsō

J'ai glissé dans ce bain pour me laisser porter par le vide. © Victor Didelot

Meïsō est le premier centre de flottaison en France. Un projet prototypé dans un lab parisien par deux adeptes des caissons de privation sensorielle. On a testé pour vous.

Victor Didelot

Flotter pour se relaxer dans un caisson de privation sensorielle. C’est la promesse de la start-up parisienne Meïsō (méditation en japonais), créée en 2013 par Alexandre Kournwsky, designer inventeur, et Maïté Breger, sophrologue et anthropologue, qui ont expérimenté le caisson de privation sensorielle à l’étranger et ont décidé d’ouvrir le premier centre de flottaison en France. Quitte à tout créer de A à Z, du prototype conçu à la Paillasse jusqu’à l’ouverture de leur centre en janvier 2017 à Paris 10ème.

TADAAAA!!! ÇA Y EST ON A LE LOCAL ! @EspaceMeiso s'agrandit !! pic.twitter.com/S455WoPxWn

— meïsō (@EspaceMeiso) March 19, 2016

Les caissons de flottaison sont apparus dans les années 1950. Imaginés par le chercheur psychédélique John C. Lilly dans le cadre de ses travaux sur la conscience, ces caissons d’isolation (ou de privation) sensorielle sont une sorte de cocon fermé dans lequel on s’allonge pour y flotter sans aucun effort. L’eau à la température du corps est saturée en sel pour maximiser l’effet de relaxation. Le caisson est généralement situé dans une pièce fermée hermétiquement aux bruits et à la lumière extérieurs, de façon qu’aucun stimulus ne vienne perturber l’expérience.

C’est depuis la Paillasse, le biohacklab parisien, qu’Alexandre et Maïté développent leur prototype, présentent au public leur preuve de concept et lancent en mars 2016 une campagne de financement participatif afin d’ouvrir leur tout premier centre dans Paris.

Le timelapse de la fabrication du cocon Meïsō:

Défi réussi puisque Meïsō récolte 22825€ (sur 10000€ demandés). « La Paillasse, c’est un peu notre nid où le projet a pu éclore », explique Maïté. Après quelques mois de chantier, le centre a ouvert en janvier 2017, boulevard de la Chapelle dans le 10ème.

A l’intérieur, ambiance sérénité. © Victor Didelot

Accueilli par un «maître flotteur»

Derrière la porte du 51 boulevard de la Chapelle, tout au fond de la cour, une petite enseigne en bois parsemée de mousse : c’est l’entrée de Meïsō. Alice, une amie qui voulait aussi tenter l’expérience, m’accompagne. Simon Dommel, « maître flotteur » et masseur pour Meïsō, nous accueille. Nous enlevons nos chaussures à l’entrée, comme dans les maisons japonaises, déposons nos affaires dans des casiers. Nous nous installons dans le salon où Simon nous explique les bienfaits de la flottaison, le fonctionnement à l’intérieur de la cabine et le déroulement de notre séance.

Un grand salon pour se poser avant et récupérer après. © Victor Didelot

Comme la salinité de l’eau équivaut à presque deux fois celui de la mer Morte (mais avec les vertus du magnésium, réputé pour soulager les douleurs musculaires et réduire les douleurs cutanées), il faut faire attention à ne pas s’en mettre dans les yeux, la bouche ou le nez (quelque peu désagréable, c’est l’expérience qui parle). Au cas où, un brumisateur d’eau douce est à disposition.

Simon nous présente ensuite les quatre types d’ambiances pour la méditation guidée qui nous accompagnera une dizaine de minutes avant le vide complet de la privation sensorielle. Il y a « le cocon du moine », une atmosphère de bols tibétains et de carillons, « le cocon de méditation », avec des exercices de respiration pour améliorer la détente, « le cocon de Morphée », pour apaiser les tensions, ou « le cocon de création », pour « rencontrer votre artiste intérieur et créer votre propre univers ». C’est ce dernier que j’ai choisi, pareil pour Alice. On peut aussi plonger directement dans le noir, option réservée aux adeptes de la privation sensorielle.

La beauté des lagons

Au sous-sol, les deux cabines sont entièrement équipées : douche et serviettes, bouchons d’oreille, crème grasse et pansements (pour les petits bobos), et… du vinaigre (pour éviter d’avoir du sel dans les oreilles le lendemain). Sans oublier le bouton d’aide au cas où, au bord du bassin de 2,50m de diamètre. Alice entre dans sa cabine, et choisit une couleur d’ambiance, me dit « à bientôt dans un autre monde » en fermant la porte. Je choisis un bleu turquoise qui rappelle la beauté des lagons, et ferme ma porte.

Je suis les recommandations à la lettre : je prends une douche et enfile les bouchons d’oreille avant de me glisser, nu comme un ver, dans cette eau aux faux airs caribéens. La température de la cabine est parfaitement adaptée, autour de 25° pour l’air ambiant et 35° pour l’eau. Je me glisse alors dans l’eau salée, à la texture huileuse enveloppante comme du coton. Ce matelas d’eau, chargé de 700kg de sel de magnésium, soulève mon poids en réduisant de 80% la gravité. Les lumières commencent à fondre doucement vers l’obscurité. Une voix féminine me demande de m’allonger et de commencer ma flottaison.

Une cabine pleine de zénitude, «approuvée par les grands claustrophobes». © Meiso

Pas d’autre bruit que la voix qui me guide dans le noir le plus total. Ces 15mn de « méditation guidée » m’ont paru une éternité. Quand le silence se fait, il m’est impossible de me concentrer. Il faut que je bouge. Je m’amuse à tourner en rond, allongé dans mon bassin, puis à me laisser porter par le courant. Combien de temps s’écoule-t-il ? Impossible à dire, mais, à un moment, j’ai l’impression que tout s’arrête de bouger. Vraiment tout. L’eau, l’air, le temps et mon corps sont comme figés. Je me sens très relaxé. Et puis, les lumières se rallument doucement.

Que s’est-il passé ? Me serais-je endormi ? J’ai perdu toute notion du temps. La même voix me demande de sortir du bassin afin que l’eau soit nettoyée et filtrée. J’obéis, reprends une douche pour rincer le sel et rejoins Alice et Simon dans le salon. Nous discutons de notre expérience de flottaison autour d’un thé. Alice a trouvé que la voix l’aidait beaucoup pour atteindre un grand niveau de concentration pour méditer. Elle s’est sentie « comme transportée dans le temps ». On sort tous les deux avec une profonde sensation de détente.

Le caisson Meïsō, assure le couple concepteur, n’a pas fini de livrer ses secrets. Il pourrait être utile pour étudier les ondes du cerveau durant la flottaison, de manière à ajuster la lumière et la musique selon le rythme cardiaque, ou encore aider à explorer les rêves lucides.

Vous voulez essayer? La séance d’une heure de Meïsō coûte 60€ (45€ tarif étudiants et chômeurs)

Thomas Landrain n’est plus président de la Paillasse

La Paillasse, 750m2 au cœur de Paris, accueille chaque année 300 événements, comme ici la 2ème Fashion Tech Week en 2015. © Makery

Trois mois que cela couvait. Le médiatique cofondateur du biohacklab parisien a démissionné, remplacé par Hacene Lahreche. Un changement de direction qui signe la fin de l’époque «bac à sable» des labs.

Annick Rivoire

Difficile de faire plus discret… Thomas Landrain, l’emblématique président cofondateur de la Paillasse, le biohacklab parisien, a démissionné. C’est le « mot du président » affiché sur le nouveau site de la Paillasse et signé Hacene Lahreche, qui l’annonce : « Je lui succède à la présidence. » Huit ans que Thomas Landrain portait sa vision coopérative d’une science ouverte et d’un laboratoire citoyen, depuis les débuts dans un squat de banlieue jusqu’au déménagement de l’association à Paris intra-muros il y a trois ans. Trois mois déjà que l’affaire couve (et que Makery enquête…), mais la Paillasse comme Thomas Landrain ont joué la montre pour présenter une version apaisée de la transition.

Thomas Landrain (ici en 2016 au Fablab Festival) présidait la Paillasse depuis 2009. © Makery
Le nouveau président de la Paillasse, Hacene Lahreche. © DR

Pour Hacene Lahreche, « Thomas avait une voix unique mais chaque contributeur à la Paillasse est une figure forte, et il est toujours administrateur ». Même son de cloche du côté de Marc Fournier, actuel trésorier et autre cofondateur de la Paillasse : « J’ai travaillé pendant des années avec Thomas et sans lui, ce qu’est devenu la Paillasse n’aurait pas existé. Aujourd’hui, il est nécessaire que l’image de la communauté ressorte. » Thomas Landrain avance deux raisons à sa démission : « La première, c’est que la Paillasse arrive à fonctionner sans moi et que je ne suis pas un manager, mais plutôt un porteur de projets d’extension, de R&D et de prospective, et la deuxième, c’est que j’avais en tête de réaliser une vision qui dépasse le cadre de la Paillasse de reconnexion des espaces scientifiques. »

En février 2017, Romain Tourte, résident de la Paillasse (projet Tamata Ocean), anime un atelier pour enfants. © Makery

La fin de l’innocence des labs

Si le changement de direction est assumé de part et d’autre, il n’en est pas moins un signal fort de la fin d’une époque, celle du « bac à sable » des labs, comme le dit Thomas Landrain. La fin d’une ère d’innocence et d’émergence de ces tiers-lieux qui ont défriché de nouveaux modèles d’innovation ouverte, de coopération dans la technologie, les communautés et la science et sont aujourd’hui plus ou moins tous confrontés aux changements d’échelle. De la microcommunauté de pionniers bénévoles à l’espace de coworking ou à l’incubateur, de l’association à la start-up, de la preuve de concept (POC) au prototype jusqu’à la fabrication… les labs sont certes de plus en plus nombreux, mais ils doivent faire face aux contradictions de leur modèle économique émergent. On en veut pour preuve les réactions nombreuses à deux articles publiés récemment sur Makery, le premier sur les nouvelles orientations de la Myne, le biohacklab lyonnais, le deuxième sur le rôle des fablabs dans la transition de territoires en déshérence comme Amiens, avec la chronique de Yann Paulmier de la Machinerie.

Les biohackers du hangar

Pour comprendre la situation, un petit retour en arrière s’impose. Thomas Landrain, biologiste de formation, a cofondé La Paillasse avec une poignée de jeunes scientifiques enthousiastes, adeptes de la science et du matériel ouverts, pour faire participer les jeunes chercheurs chômeurs à des projets ambitieux et lancer une « recherche scientifique alternative ». En 2009, la Paillasse réunit une poignée de passionnés dans les locaux du /tmp/lab, pionnier des hacklabs français alors installé dans un hangar à Vitry-sur-Seine. En 2014, c’est le « saut quantique » (dixit Thomas Landrain à Makery en 2016), avec le déménagement au 226 rue Saint-Denis à Paris, sur 750m2 (dont une bonne partie en sous-sol), un loyer de 25000€ et le passage obligé à la professionnalisation. Après des années de « financement Pôle emploi », comme le dit l’un des historiques, la Paillasse emploie une dizaine de salariés depuis fin 2016.

Porte-parole du DiYbio

C’est l’époque où Thomas Landrain arpente la planète pour défendre sa vision du DiYbio, du MIT aux fabconfs et autres TED conférences. 

En 2014, au côté du père des fablabs Neil Gershenfeld :

@lapaillasse in Barcelona 4 #fab10 @t_landrain presenting Biohacking in front of @NeilGershenfeld & @tomasdiez pic.twitter.com/RlVjk4sKpY

— Daily laurel (@dailylaurel) July 4, 2014

En 2016, à la conférence du MIT The Future of People :

Next up: Luminary Thomas Landrain @tholand_ on the future of knowledge. #TheFutureOfPeople pic.twitter.com/IoX45uqcPQ

— The Future of People (@futureofpeople) December 3, 2016

En 2016 toujours, en Californie pour Biohack the Planet :

Thomas Landrain @tholand_ from Parisian biohacker lab @LaPaillasse talking at @BioHTPCon tonight. #DIYbio pic.twitter.com/52CGPw4Bfn

— Counter Culture Labs (@CountrCultrLabs) September 24, 2016

Landrain est un peu l’arbre DiYbio qui cache la forêt de la communauté de la Paillasse. Les tensions en interne se font sentir. « J’ai parfois été traité d’autocrate parce qu’il a fallu prendre des décisions, reconnaît Thomas Landrain, mais il fallait cracher du fric, rémunérer des salariés, être excellent…» Pour Marc Fournier, « on vit la transition depuis trois ans, quand on est sorti du squat et que notre écosystème très divers a vécu le changement d’échelle, d’un œil pas tout le temps bienveillant ». L’homme pressé de changer la donne est certes « totalement génial » (Hacène Lahrèche), mais sa vision n’embarque pas toutes les sensibilités présentes dans la communauté.

En 2016, la Paillasse lance le challenge Epidemium, un projet de recherche ouverte en ligne sur l’épidémiologie du cancer, sur la base du bénévolat, en partenariat avec le laboratoire Roche. Un labo privé dans un fablab, le loup dans la bergerie ? Même Marc Fournier, qui aujourd’hui défend la phase 2 d’Epidemium qui vient d’être lancée, était « circonspect ». Mais comme l’écosystème des hackerpaces évolue, les entreprises privées et leur regard sur l’open innovation aussi… L’expérience, une preuve de concept pour la Paillasse, est aujourd’hui remise en selle avec une ambition plus grande encore : aller « jusqu’à la publication scientifique », défend Marc Fournier.

Cédric Villani (médaille Fields) et (au micro) Bernard Nordlinger, spécialiste en chirurgie digestive, faisaient partie du jury d’Epidemium en 2016. © CC-by-2.0 Studio Poussin

Les axes 2017 de la Paillasse

Le nouveau président, Hacene Lahreche, a lui aussi un profil scientifique (il a signé une thèse en physique et microélectronique). Arrivé à la Paillasse en tant que bénévole en septembre 2014, il a travaillé « sur le montage de projets collectifs complexes et réuni pendant toute cette période 1 million d’euros de subventions, budgets participatifs, ressources de coworking… ». A la question de l’éventuel changement d’orientation de la Paillasse, il répond : « On a ajouté au projet de labo public et culturel libriste la notion d’entrepreneuriat. »

Le changement dans la continuité ? La Paillasse compte bien poursuivre sa politique d’open résidence, premier des trois axes de développement du lab parisien. Une quinzaine de résidents, en échange d’un espace gratuit pour développer leurs projets, aussi bien scientifiques que graphiques ou technologiques, participent cinq jours par mois à des projets collaboratifs au sein du lab. Après la première édition, lancée sous la présidence de Thomas Landrain, un deuxième appel à projets sera lancé à la rentrée.

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Deuxième axe, la science participative, qui s’incarne dans le challenge Epidemium. La première saison avait réuni pendant six mois seize équipes (300 personnes, un tiers d’étudiants et deux tiers de pros) pour baliser les métadonnées du cancer. Pour sa deuxième saison, ouverte le 6 juin, « les équipes se mettent en place doucement, nous avons identifié une dizaine de projets que nous voyons régulièrement lors des meetups que nous organisons », explique Olivier de Fresnoye, en charge de l’organisation. Le challenge ouvert jusqu’en décembre s’attaque cette fois au développement d’un outil prédictif sur la progression du cancer dans le temps et l’espace. Plus d’un millier de personnes se sont manifestées sur Meetup et « 130 personnes ont créé leur compte sur notre nouvelle plateforme », ajoute Olivier de Fresnoye.

We are about to start! Follow the evening with #epidemium2 and discover the upcoming challenges. #open #data #science #cancer pic.twitter.com/0a7qJRybhB

— Epidemium (@epidemium_cc) June 6, 2017

Le troisième et tout nouvel axe de développement de la Paillasse nouvelle direction, c’est « l’entrepreneuriat étudiant inclusif », dit Hacene Lahreche. Le projet Reboot, pour « réinitialiser le campus » selon le président, sera lancé en octobre. Il associe cinq établissements d’enseignement supérieur franciliens (deux écoles d’ingénieurs, l’Ensiie et Télécom SudParis, les Arts déco (Ensad), l’université d’Evry (UEVE) et l’école de commerce de l’Institut Mines-Télécom Télécom Ecole de Management) et cinq « lieux inspirants » (c’est ainsi qu’ils sont décrits dans le premier communiqué de presse), dont la Paillasse, avec les incubateurs C19 et IMT Etoile, Creative Valley et le biocluster Cancer Campus). L’idée ? Soutenir et encourager des « projets portés par des jeunes avec une visée entrepreneuriale sur les sciences et technologies open source », explique Hacene Lahreche.

En attendant cette nouvelle mue, la Paillasse « est dans la continuité de la vision du MIT pour abaisser les barrières entre les corps de métiers scientifiques, assure Marc Fournier. On garde 300 événements par an (la Paillasse privatise et coopère à tout un tas de manifestations, ndlr), on continue d’être un lieu très occupé pour héberger les communautés de chercheurs (des neurosciences à l’ingénierie artificielle), à soutenir open source et open sciences. » Et puisque le changement s’opère dans la continuité, Thomas Landrain garde un pied dans la place. Son nouveau projet, une ONG internationale qu’il s’apprête à lancer fin juillet avec Olivier de Fresnoye et Mehdi Benchoufi, tous deux coordinateurs d’Epidemium, Marc Santolini, chercheur au Network Science Institute de Boston et Leo Blondel, thésard en biologie computationelle à Harvard, s’intitule JoGL (Just One Giant Lab).

#Epidemium2 new platform was built thanks to @justonegiantlab technology! #data #science #open pic.twitter.com/ui5InxFObR

— Epidemium (@epidemium_cc) June 6, 2017

Cette plateforme dont l’idée a germé au sein de la Paillasse, est partenaire d’Epidemium saison 2 – le site Epidemium s’appuie sur une infrastructure JoGL. Cet « institut de recherche en mode ouvert et distribué reprend le fonctionnement des communautés de hackers pour de l’intérêt général », explique Thomas Landrain. Et répond à l’obsession de l’ex-président de la Paillasse : « Ce n’est plus possible aujourd’hui de laisser aux dix millions de chercheurs dans le monde la totale responsabilité de faire avancer la science, il s’agit de créer une nation de chercheurs à différents niveaux pour faire avancer le schmilblick. »

En savoir plus sur la Paillasse, le challenge Epidemium et sur JoGL (mise en ligne du site jogl.io fin juillet)

Premier challenge Reboot au Collège des Bernardins

© Carine Claude
Carine Claude
Dur de garder l’équilibre avec ce simulateur VR de course en bobsleigh… © Carine Claude

Mettre de l’éthique dans le numérique ? Le vénérable Collège des Bernardins, qui planche depuis deux ans sur l’émergence d’un nouvel humanisme numérique, a choisi ce thème pour lancer son premier challenge Reboot, une compétition de projets étudiants par équipes dont les vainqueurs ont été départagés lors d’une finale le 23 juin. L’idée ? Concrétiser l’apport des séminaires de recherche de sa chaire transdisciplinaire « L’humain au défi du numérique » en ouvrant ses portes à des étudiants extérieurs.

Mécènes sur un plateau

Plateforme solidaire, appli pour faciliter les dons aux associations, parc connecté façon smart city ou escape game pour expliquer le cyberharcèlement aux enfants… les neuf équipes finalistes, principalement des étudiants ingénieurs ou en école de commerce, se sont affrontées lors d’une soirée de pitches parfois laborieuse, souvent bon enfant. Grand prix des Bernardins, l’équipe des Backers est repartie avec un chèque de 5000€ sous le bras pour peaufiner son projet de plateforme destinée à simplifier les dons caritatifs via une appli ou un terminal CB.

Les finalistes du challenge Reboot lors de la remise des prix le 23 juin. © Carine Claude

Pour les autres, ce sont les grandes entreprises mécènes de l’événement qui ont mis la main à la poche, une pratique désormais systématisée dans les start-ups challenges. Le prix Orange a ainsi été décerné à Solilink, un réseau de mise en relation entre associations, bénévoles et personnes dans le besoin qui bénéficiera de trois mois d’incubation au sein de l’accélérateur d’entreprise La Ruche. Côté prix Société générale, le coup de cœur a été attribué au projet Mon artiste, un système de location d’œuvres d’art qui présente la particularité de réinventer à la fois la roue et l’artothèque, tandis que le prix Accor allait à l’équipe de Travelder et son idée de faire voyager des jeunes avec des vieux. Pour cette belle intention, ils auront gagné un séjour dans un établissement du groupe et la chance d’aller faire bronzette à Biarritz…

Show laser, bananes connectées et démos de VR

Tandis qu’un show laser lançait le final de la remise des prix, les Bernardins avaient déployé sous leur nef gothique ateliers et démos ludiques, notamment une course de bobsleigh en VR et un piano-banane Makey Makey, le fameux kit électronique qui permet de remplacer les touches de clavier par n’importe quel objet conducteur, fruits et légumes compris. « Un grand écart entre le XIIIème et le XXIème siècle pour faire rentrer le Collège dans la modernité tout en respectant ses origines », explique Hubert du Mesnil, son directeur.

Démonstration de Makey Makey sous la nef des Bernardins. © Carine Claude

Les résultats du challenge Reboot

Il était une fois mille pneus pour faire un square Marin

Vue sur le square Marin à l'heure du goûter, depuis la fenêtre d'un riverain qui a participé au chantier. © Nicolas Barrial

Samedi 24 juin était inaugurée l’aire de jeux du square Marin dans le 14ème à Paris. Cet espace de 1500m2 a été aménagé à coûts contrôlés avec les habitants, en utilisant près de mille pneus recyclés.

Nicolas Barrial

Samedi 24 juin à 14h, dans le square Marin, jouxtant le boulevard Brune dans le 14ème à Paris, la fanfare de musiciens matelots couvre à peine les piaillements des enfants, tout à la fête d’inauguration de leur nouvelle aire de jeux. Celle qu’ils ont construite ensemble sur une friche à l’abandon.

Un chantier exemplaire de coconception et coconstruction avec les habitants, dans une démarche d’écoconception à base de pneus de récup’. A bien y regarder, ils sont partout : ici, en bouées de sauvetage ou en monstre des mers à tête toboggan dont les anneaux sont des pneus de tracteurs ; là, en bordures de parterres fleuris et jusqu’au phare, un empilement de gros boudins rouge et blanc. Des tonneaux de bois et un vrai bateau, l’Auguste, offert par la Ville de Paris, achèvent ce tableau… marin comme le nom du square.

Excitation et repos dans l’espace aménagé de 1500m2. © Nicolas Barrial
Les pneus, y’a pas mieux pour s’agripper et grimper. © Nicolas Barrial
Le phare-pneus devant le monstre marin et ses anneaux-pneus. © Nicolas Barrial
Un peu de nature semi-sauvage. © Nicolas Barrial
L’Auguste «flotte» sur les copeaux de bois bleu turquoise. © Nicolas Barrial

Le chantier a coché toutes les cases de la coconstuction responsable : tout en récup’ et zéro déchet, il répond aussi à un impératif économique (le coût de jeux neufs aurait condamné le projet). En 2014, l’association Mom’Didot, nouvelle dans le quartier de la porte de Vanves, et une équipe de développement locale s’attaquent à la valorisation de la dalle Lichtenberger-Renoir. Ce square résidentiel privé, emblématique de l’architecture sur dalles des années 1960, est à l’abandon depuis des années. La mairie d’arrondissement, le syndic mais aussi les habitants qui traversent l’espace, se constituent en groupe de travail. Un appel d’offres est lancé, remporté par Oikos, le cabinet cofondé par Concetta Sangrigoli.

Une des premières opérations du groupe de travail est une bande dessinée, A la recherche de la clef ! Puis, en échange de petits travaux chez les habitants, on recueille leur avis sur la destinée de cet espace. La démarche est récompensée en 2015 par un Territoria d’Or de l’Observatoire national de l’innovation publique.

Etude de conception du cabinet d’architecture Oikos. © Oikos

Pour transformer le terrain en aire pour enfants, avec un budget de 186000€, la récup’ s’impose pour les éléments de jeux. Oikos organise des ateliers de coconception où les enfants participent en nombre. Le projet reçoit un financement du budget participatif de la Ville de Paris. Reste à trouver la matière première : en mars 2016, un don d’Aliapur, une entreprise de recyclage de pneus, permet le démarrage des travaux.

La participation des enfants à la conception se voit! © Nicolas Barrial
Chacun cherche sa dalle, créée dans les ateliers de céramique. © Nicolas Barrial

Sahid Maoucha, un professionnel du bâtiment qui a découvert le chantier sur le site Je m’engage de la Ville de Paris, a tressé des ceintures de sécurité sur des pneus pour créer des assises confortables. Il paraît que des établissements parisiens veulent désormais les mêmes !

Les pneus et les assises en ceintures de sécurité tressées de Sahid Maoucha. © Nicolas Barrial
Portraits des coconstructeurs par l’artiste Marie-Annick Lesueur. © Nicolas Barrial
La maire du 14ème (au milieu, au 1er rang) et l’architecte Concetta Sangrigoli (en marin au 2ème rang), entourées des bénévoles samedi. © Nicolas Barrial

Le budget du projet se veut aussi pilote en termes de transparence. Il a été communiqué dans un livret remis à tous lors de l’inauguration. On y apprend que ce sont bien les 6000 heures de bénévolat qui ont fait la différence, ramenant le prix au mètre carré à 128€ ! C’est la tête du dragon, qui a dû être fabriquée ex nihilo, les normes de sécurité sur les toboggans étant particulièrement sévères, qui a coûté le plus cher (30000€) : « Il fait 1% de la surface, mais 15% du budget », explique Concetta Sangrigoli. Enfin, la certification des éléments, l’animation des ateliers ont coûté 40000€. La Ville a financé le projet à hauteur de 86000€, le syndic, un bailleur, l’Apec et des assureurs ont financé les 100000€ restants.

Jean-Pierre Rogermont, riverain et bénévole, n’est pas peu fier de l’aventure. © Nicolas Barrial
Un espace pour les personnes âgées avait été soumis au vote. Les enfants l’ont emporté mais elles étaient aussi de la fête samedi. © Nicolas Barrial

A en juger par les cris des enfants lors de l’inauguration, de nombreuses histoires vont naître dans le square Marin… même s’il est déjà plein des souvenirs de sa coconstruction.

La construction du monstre marin, par Paris-Brune, côté impair:

D’autres clips de la construction sur la chaîne Youtube de l’association Paris-Brune, côté impair

Ayiyikoh, le fablab de Yopougon, joue l’insertion des jeunes Ivoiriens

Photo de famille des makers geeks libristes d'Ayiyikoh (avec quelques filles !). © Caroline Grellier

Visite chez les codeurs d’Ayiyikoh à Abidjan, qui défendent depuis 2014 l’open source pour l’autonomie économique en Afrique. Le fablab forme les jeunes au code et à l’entrepreneuriat.

Caroline Grellier

Abidjan, envoyée spéciale

Il est 11h, me voilà coincée en plein embouteillage dans un taxi, zouglou dans les oreilles, à l’arrêt sur un pont dans une chaleur humide en ce début de saison des pluies : bienvenue dans la capitale économique ivoirienne, Abidjan.

Abidjan, ses lagunes, ses ponts, et… ses embouteillages. © Caroline Grellier

Une heure plus tard, j’arrive à Yopougon, quartier populaire plein de vie au nord-ouest de la ville. Le taxi me dépose devant le collège Saint-Augustin où m’attend Loulou Beugré, ingénieur informaticien et président du fablab Ayiyikoh (signifiant « associons-nous » en godié, langue vernaculaire de Côte d’Ivoire).

Derrière ces portes bleues, le fablab de Yopougon, Ayiyikoh. © Caroline Grellier

Les amis libristes

L’histoire démarre en 2014, sur les bancs de l’université et dans les clubs informatiques. D’événement tech en découverte de Linux se forme une bande de copains, qui se découvre l’envie de créer son propre lab. Puisque l’école manque de pratique technologique et qu’ils n’ont pas de cadre pour développer leurs projets, Loulou Beugré et Pacôme Kouakou N’dri s’associent pour lancer « @yiyokoh, incubateur et fablab ».

Pacôme Kouakou N’dri et Loulou Beugré, les deux cofondateurs d’Ayiyikoh. © Caroline Grellier

Depuis deux ans, c’est dans un local prêté par la famille que la vingtaine de jeunes aux profils variés qui forment la communauté Ayiyikoh se retrouvent. Le jour de ma visite, derrière les écrans dépassent une dizaine de têtes. Concentrées sur l’apprentissage de code. Je m’installe dans la salle de réunion. Sur les murs, le ton est donné : les logos des grandes communautés libristes ont été peints à la main.

Merci de trouver ici, chers bénévoles, l'expression de notre profonde gratitude… L'aventure continue #GoAyiyikoh #peintureparty pic.twitter.com/F5cFvV9nxD

— AYIYIKOH (@ayiyikoh) March 27, 2017

Les préceptes du partisan de l’open source Florent Youzon sont ici à l’œuvre. D’ailleurs, le tonton des logiciels libres en Afrique ne cesse d’inspirer ces jeunes et les soutient avec enthousiasme.

Pour la plupart autodidactes, les codeurs d’Ayiyikoh affichent un haut niveau en informatique et réseaux. Ce n’est pas un hasard si la bande de geeks ivoiriens s’est fixée comme axe majeur de projets pour le lab la création de frameworks, ce socle d’applications qui leur permettra d’arrêter « d’être consommateurs mais plutôt producteurs », explique Moussa Coulibaly, infographiste. Le premier prototype en cours de développement se nomme Soutra, comprenez « faut m’aider » en nouchi (le jargon ivoirien tant chéri dans le pays).

«Nous voulons inculquer la culture du libre, partager cette philosophie qui réunit nos valeurs et est adaptée à notre contexte africain.»

Loulou Beugré, cofondateur d’Ayiyikoh

Ambiance studieuse au lab, ça code… © Caroline Grellier

Le fablab a choisi le statut d’association. Son modèle économique ? Ayiyikoh effectue des prestations de développement d’applications mobiles et de sites web. Le dernier projet en date est né lors du Festival de promotion des activités génératrices de revenus (FePro AGR) : Blikoto (« palabre de brousse terminé ») est une application de gestion des conflits fonciers, sujet très sensible en Afrique où ils sont source de nombreuses querelles et escroqueries. Le fablab de Yopougon participe aussi à des hackathons et a d’ailleurs été deux fois lauréat de l’Africa Web Festival.

Ce modèle économique permet de financer en partie l’achat de matériels et de proposer des formations aux jeunes de Yopougon en Arduino, en sécurité informatique, etc. La plupart des ateliers sont basés sur l’apprentissage du code, jusqu’à des niveaux avancés. Ce qui n’empêche pas les makers de s’intéresser au montage d’imprimantes 3D et à l’impression de circuits imprimés pour développer de nouvelles compétences. Un projet de Jerry-cyber est aussi en réflexion. Bref, les envies et idées ne manquent pas.

Un rendez-vous pour les #graphistes #libre samedi 01 juillet 2017 #gimp #inkscape #scribus #samedigraphique #ayiyikoh pic.twitter.com/PS9kR4AytR

— AYIYIKOH (@ayiyikoh) June 23, 2017

Redonner confiance aux jeunes

Une centaine de jeunes du quartier et des alentours fréquentent le lab, âgés de 20 à 30 ans. Ayiyikoh défend avec ferveur l’autoformation et a un objectif en tête : le développement local à travers la montée en compétences des jeunes.

« Le lab revêt un rôle éducatif très important, dans la continuité de l’école, explique Loulou Beugré. Ici, nous voulons bannir l’esprit de concurrence et apprendre aux jeunes à travailler ensemble, à mutualiser et partager pour évoluer ensemble. Nous travaillons beaucoup en collaboration avec les autres labs ivoiriens et africains, les clubs informatique des grandes écoles. Développer une attitude autodidacte est primordial car face à nos problèmes, qui mieux que nous-mêmes pour trouver des solutions pertinentes ? Nous avons les réponses mais manquons de confiance en nos potentiels. »

Bonne humeur au programme d’Ayiyikoh. © Ayiyikoh

Donner confiance aux jeunes, les encourager à entreprendre est l’une des préoccupations du lab. Sont ainsi en préparation des formations pour apprendre à s’exprimer en public, pour en ligne de mire créer un incubateur.

Un tremplin pour l’insertion professionnelle

Le rôle social du lab a fait ses preuves. Les entreprises ivoiriennes ont bien repéré le fablab comme un pôle de compétences, un vivier de jeunes dynamiques, motivés, autodidactes et de haut niveau. « Le lab a changé la vie de certains qui sont passés par ici », dit Josué Romba, administrateur système. Autour de l’incontournable garba, rituel culinaire convivial de la communauté pour sceller la fin de la discussion, les makers d’Ayoyokoh s’amusent : « Le lab se fait piller ! On commence à manquer de main-d’œuvre car les gens montent en compétences et les entreprises les recrutent ! Ils reviennent quand même pour réinvestir leurs connaissances dans le lab. Et s’ils ne viennent pas, au bout de trois semaines, on leur tire les oreilles ! »

La page Facebook et le compte Twitter d’Ayiyikoh

SOS canicule, notre best of de soluces DiY

Si vous aussi, vous en êtes réduits à ça, ces soluces anti-canicule sont pour vous. © Instant Vantage CC-by-SA-2.0

La vague de chaleur s’éternise. Il faut réagir! Pour rester frais sans se ruiner, suivez le guide des meilleurs tutos DiY anti-canicule.

la rédaction

De la clim DiY à la piscine à 100€, les makers regorgent de créativité quand il s’agit de lutter contre le coup de chaud. Et une fois de plus, la canicule est partie pour durer… Courage ! Comme chaque été, Makery a fait le tour des solutions DiY spéciales fraîcheur.

Le N°1 incontesté de nos meilleurs tutos de l’été. © DR

L’un de nos tutos de saison préféré (et le vôtre aussi, vous l’avez plébiscité sur les réseaux sociaux) : la clim bricolée dans une glacière en 15mn, montre en main.

Equipement

Pour fabriquer une clim maison, il faut :
– Une vieille glacière (neuve aussi, ça marche, sinon, une boîte en polystyrène fera l’affaire) ;
– Un tube de PVC en coude ;
– Une perceuse ;
– Une scie ;
– Un ventilateur (oui, celui qui brasse de l’air chaud en ce moment) ;
– Des bouteilles d’eau glacée ou toute autre sorte de glace ;
– Des cheveux d’ange, du papier crépon ou tout autre truc qui vole pour plus d’effet ;
– Du scotch.

Tuto

1. Poser son ventilateur sur le couvercle de la glacière et en marquer le tour. Faire de même avec le (ou les, pour plus de puissance) tube(s) de PVC.
2. Scier selon les marques.
3. Placer son ventilateur pointé vers le bas et le tube aux endroits découpés. On peut aussi les fixer avec de la colle chaude si besoin.
4. Scotcher les bandelettes sur le tube.
5. Placer la glace dans la glacière.
6. Brancher. Chiller.

Démo du climatiseur DIY par Desertsun02:

Envie d’être au frais partout ? Pour construire une clim portative, le principe est le même. Il faut simplement remplacer le ventilo par un miniventilateur qui fonctionne avec une batterie, la glacière par un tube PVC et deux embouts, et le tube en coude par un fil en plastique que l’on doit trouer pour laisser sortir l’air. On peut même prévoir assez de longueur pour enrouler le tube autour de son cou. Effet garanti…

Construire sa clim portative, par Izzy Swan (en anglais):

La clim dans un seau à peinture

La scie cloche montée sur une perceuse pour des trous bien propres. © eHow

Il s’agit bien d’une variante de la glacière-clim. Sauf qu’ici, c’est encore plus simple : on utilise un seau à peinture en plastique avec couvercle. Et en plus le système est portable grâce à l’anse du seau. Coût : environ 50€.

Equipement

– Un seau à peinture en plastique de 20l muni d’un couvercle ;
– Un ventilateur ;
– Un rouleau de polystyrène ;
– Une scie cloche.

Tuto

1. Découper le couvercle du seau à la taille d’un ventilateur placé à la verticale pour le coller dessus (en laissant le couvercle amovible).
2. Tapisser l’intérieur du seau avec du polystyrène expansé, puis avec de la matière utilisée dans les sacs isothermes (magasins de surgelés).
3. Découper un tube PVC en trois sections.
4. Faire trois trous du diamètre du tube de PVC sur les côtés du seau avec une scie cloche.
5. Insérer les tubes.
6. Placer un bidon de 3 à 5l d’eau congelée au milieu et replacer le ventilateur dessus.

Le seau clim par eHow (en anglais):

L’éco-cooler rafraîchit pour zéro euro

On fait confiance aux Bangladais en matière de lutte contre la chaleur. © Bengali Birokti’s

L’éco-cooler est un système inventé par un Bangladais qui s’est inspiré de l’air frais expulsé lorsqu’on pince les lèvres. L’air qui entre dans la maison est rafraîchi en passant à travers des entonnoirs en plastique, alignés sur un panneau posé sur la fenêtre. Les ingénieurs crient à l’imposture mais tout le monde adore ce projet zéro énergie et 100% récup’, qui ferait baisser la température d’une pièce de 5°.

Equipement

– Des bouteilles en plastique ;
– Une planche en bois ;
– Une scie cloche.

Tuto

1. Découper une planche en bois de la taille de la fenêtre.
2. Découper une bouteille d’eau en plastique en deux et conserver la partie goulot et son bouchon.
3. A l’aide de la bouteille, marquer les emplacements sur la planche, pour un alignement des entonnoirs bord à bord, horizontalement et verticalement.
4. Percer des trous de la taille du goulot à l’aide d’une scie cloche.
5. Découper le nombre de bouteilles nécessaires et les insérer dans la planche.
6. Fixer les bouteilles à l’aide des bouchons et la planche sur la fenêtre, goulots vers l’extérieur.

L’inventeur de l’éco-cooler explique la méthode (en anglais):

Le hack du ventilo façon plombier

On raccorde les tubes réfrigérants à des tubes plastique d’aquarium. © Fixitsamo

Transformez votre ventilo en clim en enroulant des tubes de cuivre sur sa grille que vous alimenterez en eau fraîche depuis une glacière. Résultat : une baisse significative de la température de l’air propulsé pendant près de trois heures. L’eau est en circuit fermé, il suffit de renouveler la glace. Il y a un peu de matériel, mais c’est moins cher qu’une clim. Coût : 30€ environ (sans le ventilateur).

Equipement

– Un tube de réfrigération en cuivre ;
– Un ventilateur ;
– Un tube en plastique souple ;
– Une pompe à eau pour aquarium ;
– Une glacière souple.

Tuto

1. Enrouler et fixer le tube sur l’extérieur de la grille d’un ventilateur.
2. Faire sortir les extrémités à l’arrière du ventilateur.
3. Les relier à deux sections de tubes en plastique souple.
4. Relier l’extrémité de l’un des tubes à la pompe.
5. Remplir de glace et d’un fond d’eau.
6. Plonger la pompe et l’autre tube en plastique dans le fond d’eau.
7. Brancher la pompe.
8. Allumer le ventilateur.

Transformer son ventilo en clim par Fixitsamo (en anglais):

Une piscine à prix imbattable… © DR

Pour les amateurs d’upcycling et de mobilier de jardin DiY, cette piscine en palettes de récup’ se monte en l’espace d’un week-end avec un minimum de matériel pour un coût d’environ 100€.

Equipement

– 9 palettes ;
– 3 grandes bâches ;
– Des sangles ;
– Un rouleau d’adhésif imperméable large ;
– Une dizaine de vieilles serviettes de bain ;
– Des planches de bambou ;
– Un rouleau de canisse en bambou fin ;
– Un marteau et des clous.

Tuto

1. Placer les palettes en cercle sur une grande bâche.

© DR

2. Fixer les palettes avec des sangles.

© DR

3. Placer une 2ème bâche à l’intérieur et garnir les coins de serviettes de bain pour amortir les angles.

© DR

4. Garnir le contour de planches de bambou pour faire un rebord, recouvrir d’une 3ème bâche intérieure et fixer avec l’adhésif.

© DR

5. Décorer de canisses en bambou, remplir d’eau et faire plouf !

© DR

Si vous aussi vous avez une solution DiY à partager, les commentaires sont à vous!

La carte d’Europe des vacances makers

Au Klimacamp 2015, le rendez-vous européen des activistes pour le climat. © Klimacamp

Voici notre guide de l’été des «camps» pour codeurs, bricoleurs, biohackers… Voyage cartographié en seize étapes, depuis le fin fond du Danemark jusqu’en Sicile, pour décliner toutes les variétés du make estival.

la rédaction

Vous organisez un camp et n’êtes pas sur la carte? Faites-le nous savoir (en commentaire ci-dessous ou par mail à contact@makery.info)!

Les chatbots japonais jouent aux loups-garous

Les cartes du jeu de société Les loups-garous de Thiercelieux. © Lebestdelgel CC-by-SA 4.0

A Yokohama du 31 août au 1er septembre, un concours d’intelligence artificielle basé sur le jeu Werewolf propose de développer des bots imposteurs et calculateurs.

Cherise Fong

De notre correspondante à Tokyo

Après la stratégie abstraite du jeu de go, le bluff du jeu de poker extrême Texas Hold’em et même la sensibilité visuelle de Pictionary, c’est à la psychologie de groupe que s’attaque l’intelligence artificielle des chatbots japonais avec le projet « Artificial Intelligence Werewolf » (AIWolf).

Werewolf, adaptation thématique du jeu originel Mafia inventé par un professeur de psychologie russe en 1987 (et adopté en France sous le nom des Loups-garous de Thiercelieux), est un jeu de société qui, une fois les cartes distribuées, repose entièrement sur le dialogue, souvent mensonger, entre les joueurs. Il peut se jouer soit dans une pièce réelle, soit en ligne. Les joueurs sont divisés en deux camps : d’un côté, les villageois qui coopèrent pour démasquer et tuer les loups-garous ; de l’autre, les loups-garous qui complotent pour tuer les villageois pendant la nuit, tout en se faisant passer pour des villageois « innocents » pendant la journée. Il va sans dire que les loups-garous sont obligés de bluffer et de mentir pour survivre.

Werewolf stimule l’intelligence artificielle

Ce jeu de rôle à confrontation présente plusieurs défis pour l’intelligence artificielle. D’abord, les bots doivent communiquer en langage naturel, voire persuasif, qui va bien au-delà du test de Turing. Ensuite, il s’agit d’un jeu dit d’informations incomplètes, comme le poker, où les joueurs doivent prendre des décisions tout en ignorant des éléments clés de la partie. De plus, les pouvoirs des joueurs sont « asymétriques », dans le sens où certains (les loups-garous) en savent plus que les villageois qui ignorent l’identité des loups-garous. Ainsi, la recherche informatique impliquée va de l’apprentissage automatique à la science cognitive, en passant par le traitement du langage et la programmation logique.

Le projet AIWolf, lancé en 2013 par un groupe de chercheurs japonais en intelligence artificielle, propose une plateforme open source qui permet aux développeurs de créer des agents informatiques qui jouent le jeu en ligne en s’exprimant naturellement (mais pas forcément honnêtement) et en (ré)agissant selon une intuition et un raisonnement humains – des chatbots qui se font passer pour des loups-garous qui se font passer pour des villageois…

La boîte du jeu Werewolf japonais, édité par Jinraw. © DR

Le projet AIWolf est soutenu principalement par l’éditeur de jeux Oink Games, la jeune société tokyoïte dédiée au jeu Werewolf Jinraw, et le professeur-chercheur à l’université d’Electro-Communications, coauteur d’un livre sur l’intelligence artificielle appliquée au jeu Werewolf, Kosuke Shinoda.

Depuis 2014, en parallèle au développement collectif des agents informatiques, l’association organise chaque année les AI Werewolf Mini Games, dans le cadre du concours de jeux AI à l’université d’Electro-Communications, et chaque été le grand concours AI Werewolf à la Computer Entertainment Developers Conference (Cedec), en plus de présentations, conférences et ateliers sur l’intelligence artificielle appliquée au jeu Werewolf durant l’année.

Des algorithmes psychologues

Le 3ème concours AI Werewolf aura lieu à Yokohama dans le cadre de la Cedec 2017 du 31 août au 1er septembre, pour un grand prix de 100000¥ (800€). Le jeu-concours se situera dans un village composé de 5 personnes, dont 2 villageois, 1 loup-garou, 1 voyante et 1 fou, avec un temps limite de réponse de 5 secondes (ponctuation et émoticônes interdites). Les agents peuvent être créés en langages Java, .NET ou Python. Les règles complètes et conditions du jeu (en japonais, dernière mise à jour le 17 juin 2017), ainsi que deux agents de langage naturel développés pour les Mini Games en mars, sont disponibles sur le site de AIWolf. L’inscription par équipe, jusqu’au 14 juillet, est gratuite. Les tours préliminaires auront lieu fin juillet.

Etant données les particularités de ce jeu et les personnalités individuelles de chaque joueur humain, on a hâte de voir les prochains agents issus de l’apprentissage profond : des algorithmes psychologues, capables de nous tromper avec leurs mensonges tout en dénonçant les nôtres, et prêts à rallier la foule pour nous éliminer. Les chatbots imposteurs, calculateurs, détecteurs de mensonges et lyncheurs… la nouvelle frontière de l’intelligence artificielle ?

En savoir plus sur AIWolf (en anglais et japonais)

Mobile Labo, les «petits débrouillards» du Togo

Les animateurs scientifiques de Mobile Labo à la Mini Maker Faire Lomé les 26 et 27 mai. © Caroline Grellier
Caroline Grellier
Mobile Labo à la Mini Maker Faire de Lomé les 26 et 27 mai. © Caroline Grellier

A la Lomé Mini Maker Faire fin mai, on a repéré le stand de Mobile Labo, qui a séduit petits et grands avec ses expériences scientifiques comme la détection de présence d’amidon, la réalisation de maquettes de bâtiments en contreplaqué, ou encore ses petits jeux électroniques à tester.

Depuis 2014, l’équipe d’animateurs scientifiques de Mobile Labo, menée par Dodzi Aglago, prof de maths et physique-chimie au collège, sillonne le Togo d’école en école pour proposer des expériences en complément des cours. Le plus souvent, faute de moyens pour réaliser des travaux pratiques et apprendre par l’expérimentation, les formations restent très théoriques dans l’un des plus petits pays africains. Plus de 300 établissements scolaires togolais ont déjà fait appel à ces makers fous de science. Et la demande croît : chimie, physique, génie civil, géologie, biologie, informatique, architecture, médecine… le champ des matières est vaste pour la vingtaine de passionnés qui composent ce laboratoire mobile évoquant les Petits débrouillards en France.

Bricoleurs aguerris, les scientifiques de Mobile Labo conçoivent et fabriquent eux-mêmes les supports de leurs expérimentations. En médecine par exemple, l’achat de maquettes toutes prêtes pour expliquer le système nerveux demeure trop onéreux pour les établissements togolais. Mobile Labo propose ses supports faits maison, un peu à la C’est pas sorcier !

Prochaine étape ? L’acquisition d’une voiture ou d’un petit bus pour faciliter les déplacements de l’équipe, promouvoir davantage la science et démocratiser l’apprentissage par le faire en Afrique.

Pour contacter Mobile Labo

par Caroline Grellier, correspondante au Togo

Le grand bond en avant chinois vers un Internet inviolable

Capture écran. © DR
Nicolas Barrial
Les photons ont été envoyés sur deux relais terrestres dans les montagnes du Tibet. © DR

Des scientifiques chinois viennent d’établir un record de distance pour une intrication quantique. C’est ce qu’ils affirment dans la publication scientifique Science du 16 juin, préfigurant un Internet quantique aux propriétés quasiment inviolables. « Action fantôme à distance. » C’est ainsi qu’incrédule, Albert Einstein décrivait le phénomène d’intrication quantique selon lequel deux particules, rendues jumelles et distantes l’une de l’autre, ont la faculté de répercuter instantanément un changement opéré sur l’une vers l’autre.

Si les scientifiques ne l’expliquent toujours pas, ils en ont saisi le potentiel en termes de communication. L’équipe chinoise menée par le physicien Jian-Wei Pan a testé le phénomène sur de grandes distances en établissant un record de distance pour une intrication quantique. Ils ont utilisé Micius, un satellite chinois lancé en août 2016 dans le cadre du programme Quess (Expériences quantiques à l’échelle de l’espace). Le satellite est équipé d’un système qui permet de créer des photons intriqués, soit un cristal altérant la lumière dans lequel est envoyé un laser.

Une paire de photons intriqués a été créée de sorte que, lorsqu’on mesurait l’un d’entre eux, l’autre avait un état de polarisation opposé. Puis, ces photons ont été séparés et envoyés sur deux relais terrestres situés à Delingha et Lijiang, deux villes chinoises situées dans les montagnes du Tibet, séparées d’environ 1200km. L’expérience répétée a montré que les photons étaient bien intriqués à plus de mille reprises, soit plus que par simple chance, et ce, sur une distance qui pulvérise le dernier record établi en 2012 par une équipe autrichienne, 143km environ, entre les îles de La Palma et de Tenerife aux Canaries.

L’expérience décrite en vidéo par le site «Science» (en anglais)

Si on évoque l’idée d’un Internet quantique, c’est parce que les données qui passeraient par ce biais seraient protégées là où, d’ordinaire, elles sont le plus fragiles : pendant le transport. En fait, il n’y a pas de transport, c’est pour cela que l’on parle aussi de téléportation quantique. Les hackers du futur pourraient devoir faire avec l’action fantôme…

Cependant envoyer des mails quantiques à ses amis n’est pas encore pour demain. En effet, le voyage du photon est sensible aux perturbations de toute sorte, par exemple, la traversée d’une atmosphère « sale ». C’est bien pour ça que le vide spatial, c’est encore ce qu’il y a de mieux pour éviter la friture sur la ligne.

Lire l’article paru dans «Science»